Palais mental

Civiliste à Connaissance 3 de janvier à juin 2019, Lucas Jemelin participe à certaines conférences, dans le cadre de ses tâches d’information et d’accompagnement des seniors. Il en retire pour nous une chronique, fruit de ses pensées et de ses réflexions autour des sujets traités. Voici ses impressions.

« Troubles de la mémoire: tous concernés »

Payerne – 13.03.2019 – Conférence d’Andrea Brioschi Guevara, psychologue reponsable et Olivier Rouaud, médecin au Centre Leenaards de la Mémoire-CHUV

Il est 10h38, le feu est vert. La femme en face sur le passage piéton porte un foulard ocre. La pancarte colorée m’avertit gentiment qu’une exposition d’art débute dans deux semaines, tandis que la vitrine à côté m’apprend que, sur présentation d’une carte étudiant, le kebab avec boisson n’est qu’à 10,50 CHF. Ces informations défilent sous mon regard peu attentif, mon intérêt se portant sur mon smartphone et l’e-mail que vient de m’envoyer une école à laquelle je souhaite m’inscrire. Que vais-je retenir de tout cela? Que dois-je retenir de tout ceci?

Heureusement, mon cerveau est là pour faire le tri. Il choisit, un peu à mon insu je dois bien l’avouer, les éléments pertinents qu’il stockera tout seul dans un recoin de ma tête, de façon plus ou moins facile d’accès pour un usage futur. Je dois donc le remercier, sans doute, d’avoir choisi sans réellement m’avertir de laisser un espace de choix pour les documents que je dois envoyer à cette école et un territoire plus restreint pour la couleur du foulard de madame.

Je me questionne. Si mon cerveau emmagasine tant d’informations, même de manière partielle, mon cortex doit être rempli de bon nombre de choses inutiles. Et il serait plus satisfaisant de réserver cet espace pour des connaissances linguistiques ou mathématiques par exemple.

Je décide donc de retrouver une mémoire intentionnelle et non automatique ou instinctive. De temps en temps, j’essaie donc d’utiliser des régions de ma mémoire où je choisis consciemment de classer des informations. Et je gage qu’en les rangeant à cet endroit de façon réfléchie, je démultiplie mes chances de les retrouver facilement.

Certains nomment cette région sélectionnée un « palais mental », et je trouve ce concept fascinant. Une chambre matérialisée dans notre tête, créée de toute pièce, où l’on décide de stocker des renseignements. Une sorte de coffre-fort cérébral dans lequel on associe nos idées aux éléments présents dans ce lieu.

Ainsi, la tapisserie de mon palais mental est couverte de feux verts, 10h38 précise est indiqué sur une horloge suspendue au mur à laquelle pend un foulard ocre. La date de l’exposition est peinte sur une œuvre d’art affichée au-dessus d’un grand bureau où se trouvent un sandwich et trônent les documents scolaires. Encore quelques lignes et j’apprends cette chronique par cœur.

J’avais cependant une autre idée de point final pour ce texte. Je dois bien l’avoir rangée quelque part…

Lucas Jemelin