La Connaissance en question

Civiliste à Connaissance 3 de janvier à juin 2019, Lucas Jemelin participe, dans le cadre de ses tâches d’information et d’accompagnement des seniors, aux conférences. Il en retire pour nous une chronique, parfois engagée, fruit de ses pensées et de ses réflexions autour des sujets traités.

«La Fertilisation in vitro: problème ou panacée?»

Morges – 01.03.2019 – Conférence de Urs Scherrer, professeur honoraire UNIL

Une étude expose que l’enfant issu d’une procréation médicalement assistée présente une pression artérielle anormalement élevée. Le procédé expérimental répond aux attentes académiques et le résultat est considéré probant au regard de l’incertitude faible. Cependant, moins de 100 enfants ont été auscultés. Ce chiffre peut nous sembler modeste. Aux yeux du monde scientifique, il suffit néanmoins à l’expérience pour qu’on lui accorde du crédit.

Je m’interroge cependant. Quel regard devons-nous porter sur de tels procédés?

David Hume entend que toute connaissance provient de l’expérience. Ainsi, l’habitude se révèle notre seul repère qui permette de fonder notre savoir. Conceptualiser pourquoi le soleil se lève chaque matin est inutile, nous le savons parce que nous l’avons vu faire maintes fois.

A partir d’expériences, de grands scientifiques ont cherché à théoriser le monde. La pomme est attirée par la Terre, la Terre est attirée par le Soleil. La Gravité ressort comme un concept que l’expérience mets facilement en pratique puisque la pomme tombe par terre depuis bien des années.

La solidité d’une théorie semble aussi tenir à la capacité de reproduction de l’expérience qui la confirme. Dans un monde comme celui-ci, quel poids donner à la statistique? Un seuil « p » dépassé et c’est la révélation. Quelques millièmes d’incertitude en plus, en revanche, et les résultats ne seront pas étudiés. Notre connaissance se limite-t-elle donc à des seuils prédéfinis? Ces derniers, comme de nombreuses autres tentatives de rationalisation, tentent de rendre cohérent un monde dont nous ne décelons pas toutes les mécaniques. Quelquefois bancals, ces décrets arbitraires ne parviennent pas, à mon sens, à saisir la finalité des pratiques scientifiques qu’ils englobent.

La création de théorèmes et d’axiomes ne s’avérerait-elle pas parfois un coup de poker? Tout le monde sait pourtant que «Dieu ne joue pas aux dés».

Lucas Jemelin