Presse romande

Civiliste à Connaissance 3 de janvier à juin 2019, Lucas Jemelin participe, dans le cadre de ses tâches d’information et d’accompagnement des seniors, aux conférences données à Lausanne notamment. Il en retire pour nous une chronique, parfois engagée, fruit de ses pensées et de ses réflexions autour des sujets traités.

25.02.2019 «La presse romande, du succès à la crise»

Les feuilles mortes se ramassent à la pelle. La Gazette de Lausanne, le Journal de Genève ou encore La Suisse ne sont plus. Le Matin ne se lit plus sur papier mais sur la Toile. Toile qui semble inexorablement empêtrer dans ses filets la presse écrite. Cette dernière y perd des plumes. La patte cassée, elle devient le messager boiteux d’un monde médiatique suisse en mutation.

Car Internet est synonyme de gratuité, d’accessibilité, d’immédiateté. Des éléments aujourd’hui indissociables de notre rapport à l’actualité.

Ainsi, nous ne pouvons plus survoler de délicieux « Elle rentre de vacances et trouve un python dans sa chaussure », repérer de doux « Les Britanniques mangent leurs écureuils » ou savourer de délicats « Il commande un maillot de bain… et reçoit des lingots d’or » imprimés sur la machette des caissettes oranges (Le Matin, 26 fév. 2019). Des articles qui nous questionnent sur notre relation au journalisme, car si la disparition de la publication papier du Matin a fait parler, la pertinence de certains de ses articles semblait moins en jeu.

Sommes-nous encore attachés à une réflexion méditée et éclairée du journaliste ? Laissons-nous du temps à cette dernière pour être construite ? Ou réduisons-nous le journaliste à un enquêteur rapide, fournissant des reportages quotidiens dans des délais exigeants, résultant en articles en bonne et due forme mais sans grand fond ?

Guidé par un libéralisme à toute épreuve, on idéalise une objectivité maximale et on obtient une information parfois dénuée de sens, privée de son propos par l’ambition d’une absence totale d’influence sur notre liberté d’opinion.

Certes de loin pas tous les journaux ne proposent ce genre d’articles. Néanmoins, à l’heure des fake news, notamment, il est nécessaire de porter un regard incisif sur nos attentes journalistiques pour que la fin du papier qui se profile ne soit pas également celle de la fin de l’esprit critique.

Lucas Jemelin