{"id":5563,"date":"2025-02-18T11:27:19","date_gmt":"2025-02-18T10:27:19","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/biss2\/?p=5563"},"modified":"2025-02-26T11:00:12","modified_gmt":"2025-02-26T10:00:12","slug":"gouts-et-degouts-lies-aux-styles-de-vie-dun-jeune-habitant-du-quartier-sous-gare-de-lausanne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/biss2\/gouts-et-degouts-lies-aux-styles-de-vie-dun-jeune-habitant-du-quartier-sous-gare-de-lausanne\/","title":{"rendered":"Go\u00fbts et d\u00e9gouts li\u00e9s aux styles de vie d\u2019un jeune habitant du quartier sous-gare de Lausanne"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\" style=\"flex-basis:66.66%\">\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Par Camille Bardet<\/h2>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\" style=\"flex-basis:33.33%\">\n<div class=\"wp-block-file\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/biss2\/files\/2025\/02\/Gouts-et-degouts-lies-aux-styles-de-vie-dun-jeune-habitant-du-quartier-sous-gare-de-Lausanne-\u2013-BISS.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download>T\u00e9l\u00e9charger l&rsquo;article en PDF<\/a><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>1. Pr\u00e9sentation de l\u2019enqu\u00eat\u00e9<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Il y a trois mois, j\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 un entretien avec Mathieu, 28 ans, habitant dans le quartier sous-gare \u00e0 Lausanne. Nous nous sommes rencontr\u00e9s via zoom, il \u00e9tait sur son canap\u00e9, un poster d\u2019art moderne accroch\u00e9 derri\u00e8re lui. Mathieu est le compagnon de la s\u0153ur de ma meilleure amie, et je l\u2019ai contact\u00e9 dans le cadre d\u2019une enqu\u00eate de terrain exploratoire sur la gentrification.<\/p>\n\n\n\n<p>Mathieu a une coupe au bol avec une raie au milieu, une moustache et un style \u00ab&nbsp;branch\u00e9&nbsp;\u00bb mais \u00ab&nbsp;d\u00e9contract\u00e9&nbsp;\u00bb&nbsp;: il y a une recherche de style dans le choix des v\u00eatements mais sans pour autant faire trop habill\u00e9. Il est de nationalit\u00e9 suisse et d\u2019origine allemande et autrichienne, il est \u00e9galement dipl\u00f4m\u00e9 d\u2019un master en psychologie sociale \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Lausanne et travaille actuellement en tant que chercheur en sciences sociales pour une universit\u00e9. Il avait mont\u00e9 une entreprise avec des amis apr\u00e8s ses \u00e9tudes, mais il manquait de stabilit\u00e9 sur plusieurs points et ne se sentait pas \u00e0 l\u2019aise dans le poste qui lui \u00e9tait attribu\u00e9, vu son manque d\u2019exp\u00e9rience dans le milieu professionnel. Mathieu vit dans le quartier sous-gare de Lausanne avec sa compagne depuis quelques mois, il a toujours habit\u00e9 en Suisse. Son p\u00e8re est directeur d\u2019une assurance juridique et avocat et sa m\u00e8re s\u2019occupait des enfants quand il \u00e9tait petit mais est maintenant employ\u00e9e de commerce pour un arboretum. Cette enfance privil\u00e9gi\u00e9e lui a donn\u00e9 l\u2019occasion de beaucoup voyager.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>2. D\u00e9marche m\u00e9thodologique<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>J\u2019ai rencontr\u00e9 Mathieu dans le cadre du s\u00e9minaire de sociologie g\u00e9n\u00e9rale. Mon enqu\u00eate s\u2019est bas\u00e9e sur le texte de Sylvie Tissot\u00a0: \u00ab\u00a0\u201d<em>Anything but Soul Food<\/em>\u201d. <em>Go\u00fbts et d\u00e9go\u00fbts alimentaires chez les habitants d&rsquo;un quartier gentrifi\u00e9\u00a0\u00bb<sup>1<\/sup><\/em>. Le terme \u00ab gentrification \u00bb d\u00e9signe, sur un territoire donn\u00e9, le processus de mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart voire de remplacement d\u2019une population faiblement dot\u00e9e en capital \u00e9conomique et culturel au profit d\u2019une autre plus privil\u00e9gi\u00e9e. J\u2019ai tout de suite pens\u00e9 \u00e0 Mathieu pour cette enqu\u00eate, en effet lorsque les textes ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9s en d\u00e9but d\u2019ann\u00e9e je me suis dit que j\u2019avais l\u2019enqu\u00eat\u00e9 parfait pour ce sujet, je l\u2019imaginais d\u00e9j\u00e0 avec son gilet en laine, son pantalon de seconde main et ses mocassins, pr\u00eat \u00e0 me r\u00e9pondre avec son grand sourire. Dans les modes de vie de sa copine je reconnaissais les caract\u00e9ristiques de la gentrification, que ce soit li\u00e9 \u00e0 la nourriture ou \u00e0 tous les registres du style de vie.\u00a0 Mathieu est un dipl\u00f4m\u00e9 aux go\u00fbts exotiques et branch\u00e9s et ayant l\u2019air de pouvoir se le permettre. En outre, il a r\u00e9cemment d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 dans le quartier sous-gare, reconnu \u00e0 Lausanne comme le quartier \u00ab\u00a0branch\u00e9\u00a0\u00bb apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 un quartier populaire, ce qui compl\u00e8te le profil type du gentrifieur. Le contact avec Mathieu a \u00e9t\u00e9 facilit\u00e9 par ma condition sociale se rapprochant de la sienne. \u00c9tant un jeune intellectuel qui vient de s\u2019installer dans le quartier, le prix du logement est encore suffisamment accessible mais ce sont des personnes plus \u00e2g\u00e9es et avec de plus grands moyens financiers qui risquent de le remplacer par la suite avec les loyers qui vont certainement augmenter avec le temps. Ceci explique ses go\u00fbts qui se rapprochent d\u2019un environnement privil\u00e9gi\u00e9, mais qui incluent aussi des pratiques \u00e9loign\u00e9es du mod\u00e8le \u00ab\u00a0bourgeois\u00a0\u00bb, comme participer \u00e0 des manifestations politiques ou aller dans des brocantes par exemple, ce qui lui permet d\u2019avoir un certain confort mais de continuer \u00e0 para\u00eetre \u00ab\u00a0cool\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans son \u00e9tude, Sylvie Tissot parle du quartier gentrifi\u00e9 de <em>South End<\/em> \u00e0 Boston o\u00f9 la population nouvellement install\u00e9e rejette la <em>Soul Food<\/em>, nourriture typique de la culture afro-am\u00e9ricaine mais tr\u00e8s peu di\u00e9t\u00e9tique. Les habitus \u00ab\u00a0branch\u00e9s\u00a0\u00bb de cette nouvelle population favoris\u00e9e penchent vers\u00a0l\u2019\u00ab exotisme culinaire \u00bb comme l\u2019a expliqu\u00e9 Pierre Bourdieu dans <em>La distinction<\/em><sup>2<\/sup>. Les choix quant \u00e0 l\u2019alimentation sont au centre de mon enqu\u00eate mais celle-ci d\u00e9peint en r\u00e9alit\u00e9 plusieurs \u00e9l\u00e9ments propres au \u00ab\u00a0style de vie\u00a0\u00bb dans ce quartier. Les commerces et les activit\u00e9s pr\u00e9f\u00e9r\u00e9es par cette population forment un ensemble de pratiques sociales typiques des habitants de quartiers gentrifi\u00e9s. J\u2019ai tent\u00e9 de comparer ces habitudes \u00e0 celles de mon enqu\u00eat\u00e9 et de son entourage, certaines choses allaient certainement co\u00efncider ou non et j\u2019ai donc trouv\u00e9 cela pertinent. J\u2019ai interrog\u00e9 Mathieu sur son quartier, ses habitudes alimentaires et celles de ses amis, ainsi que sur ses exp\u00e9rience pass\u00e9es et futures afin de cerner son style de vie. Au cours de la conversation, il a beaucoup mentionn\u00e9 les voyages, auxquels il donne une grande importance mais \u00e0 propos desquels il est r\u00e9ticent maintenant, en grande partie d\u00fb \u00e0 sa conscience \u00e9cologique. Je me suis rendue compte que ces voyages sont partie int\u00e9grante de la mani\u00e8re dont il se con\u00e7oit\u00a0: comme un jeune homme progressiste et ouvert sur le monde sans le d\u00e9truire.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"162\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/biss2\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-1024x162.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-1178\" style=\"aspect-ratio:6.378787878787879;width:421px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/biss2\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-1024x162.png 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss2\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-300x47.png 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss2\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-768x121.png 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss2\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-1536x243.png 1536w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss2\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-2048x323.png 2048w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss2\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-1120x177.png 1120w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss2\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-540x85.png 540w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss2\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-1080x171.png 1080w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss2\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-1980x313.png 1980w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Les choix quant \u00e0 l\u2019alimentation sont au centre de mon enqu\u00eate mais celle-ci d\u00e9peint en r\u00e9alit\u00e9 plusieurs \u00e9l\u00e9ments propres au \u00ab style de vie \u00bb dans ce quartier.<\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>3. \u00c9l\u00e9ments du contexte de vie<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>3.1 Le quartier<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Mathieu a grandi \u00e0 Aubonne dans une famille de classe moyenne sup\u00e9rieure. D\u00e8s ses 23 ans et ce pendant 4 ans, il a habit\u00e9 dans une colocation situ\u00e9e \u00e0 l\u2019avenue d\u2019Echallens \u00e0 Lausanne, \u00e9tant encore en train d\u2019\u00e9tudier, c\u2019est ses parents qui payaient le loyer. Il d\u00e9crit ce quartier de Lausanne o\u00f9 il habitait auparavant comme \u00ab&nbsp;bobo pop&nbsp;\u00bb&nbsp;: \u00e0 la fois alternatif et branch\u00e9 mais avec un niveau de vie \u00ab&nbsp;populaire&nbsp;\u00bb, dit-il.<\/p>\n\n\n\n<p>Il vit maintenant depuis 6 mois dans un appartement sous-gare avec sa compagne. Il explique qu\u2019ils ont pu avoir acc\u00e8s facilement \u00e0 ce logement car ils connaissaient les anciens locataires qui les ont pr\u00e9venus quand ils quittaient l\u2019appartement. Nous pouvons donc en d\u00e9duire qu\u2019ils fr\u00e9quentaient des gens de ce niveau de vie avant m\u00eame d\u2019y habiter, donc leur style de vie gr\u00e2ce \u00e0 leur position sociale ressemblait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 ceux de ce quartier. Mathieu d\u00e9crit l\u2019appartement comme tr\u00e8s \u00ab&nbsp;fonctionnel&nbsp;\u00bb&nbsp;avec un balcon, une cuisine et une machine \u00e0 laver. Selon lui, m\u00eame si ce n\u2019est pas l\u2019endroit le plus riche du quartier, la diff\u00e9rence est nette par rapport \u00e0 son ancien logement qui n\u2019avait pas le m\u00eame confort. L\u2019enqu\u00eat\u00e9 m\u2019a d\u00e9crit l\u2019ambiance comme tr\u00e8s calme, ce qui est agr\u00e9able quand on est chez soi, mais parfois presque trop calme et manque \u00e0 ses yeux de charme, notamment d\u2019un c\u00f4t\u00e9 \u00ab&nbsp;communautaire&nbsp;\u00bb. Le quartier leur semble trop impersonnel, donc ils ne sortent plus autant. \u00c0 l\u2019avenue d\u2019Echallens, il avait l\u2019habitude quand il sortait de chez lui, d\u2019aller dans la rue et d\u2019y voir du monde et de l\u2019ambiance. Ceci est \u00e9galement d\u00fb au co\u00fbt de la vie qui est plus \u00e9lev\u00e9 sous-gare car la client\u00e8le a des moyens financiers sup\u00e9rieurs. Pas de fast food ici, mais par exemple un restaurant indien o\u00f9 mangent principalement des familles&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Y\u2019a un resto indien qui est tr\u00e8s bon mais tu payes vite 30 balles ton plat, \u00e0 l\u2019avenue d\u2019Echallens y\u2019avait le petit spot \u00e0 ramen, un spot avec des pizzas pas cher et tout<\/em>&nbsp;\u00bb. Cependant, il est pertinent de remarquer que Mathieu avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 socialis\u00e9 \u00e0 aimer des plats comme les <em>ramen<\/em>, nourriture qui provient de l\u2019\u00e9tranger et co\u00fbte quand m\u00eame plus de 10 francs, une somme dont pas tout le monde peut se permettre.<\/p>\n\n\n\n<p>Sa vision du quartier par rapport \u00e0 l\u2019ancien, en plus de son enfance, nous montrent bien sa position sociale favoris\u00e9e qui a form\u00e9 ses go\u00fbts et sa culture, int\u00e9gr\u00e9s dans son style de vie.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>3.2 La cuisine<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>J\u2019ai beaucoup discut\u00e9 avec Mathieu de ses habitudes alimentaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Son restaurant pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 pour aller manger avec des amis est un libanais, ou un autre qui fait des bowls orientaux. Pour lui c\u2019est le juste milieu entre quelque chose de bon et de sain, \u00ab&nbsp;<em>histoire de se faire plaisir en toute bonne conscience<\/em>&nbsp;\u00bb. Il admet avoir ador\u00e9 les fast food durant son enfance mais ses pr\u00e9f\u00e9rences ont chang\u00e9. On peut donc en d\u00e9duire que ses go\u00fbt actuels alimentent le cercle vertueux des habitants des quartiers gentrifi\u00e9s. En effet, sa demande au niveau culinaire pousse l\u2019offre \u00e0 se d\u00e9velopper dans ce sens pour satisfaire les consommateurs.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la maison, il m\u2019a expliqu\u00e9 qu\u2019il adorait cuisiner mais pour lui \u00e7a n\u2019\u00e9tait pas vraiment une corv\u00e9e, au contraire, il voit cela comme un bon moment qui le coupe de sa journ\u00e9e de travail&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>C\u2019est la cuisine qui me fait sentir que y\u2019a rien qui m\u2019oppresse, c\u2019est assez th\u00e9rapeutique au final<\/em>&nbsp;\u00bb. Mathieu et sa compagne essaient de faire \u00e0 manger plut\u00f4t que de commander mais il explique que cela d\u00e9pend du temps qu\u2019ils peuvent prendre. On comprend qu\u2019il a le confort de pouvoir commander quand il le souhaite, manger au restaurant ou encore compter sur sa compagne, ce qui n\u2019est pas le cas d\u2019un grand nombre de femmes pour qui l\u2019accomplissement de ces t\u00e2ches domestiques est une obligation quotidienne. Pour ce qui est des repas, puisque, comme il me l\u2019a dit lors de l\u2019entretien&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>on se l\u00e2che sur de la malbouffe parfois en soir\u00e9es, par exemple je vais me prendre un bon burger<\/em>&nbsp;\u00bb, \u00e0 la maison ils mangent sainement pour maintenir une certaine stabilit\u00e9. Ils ne mangent pas de gluten car sinon ils risquent de se sentir ballonn\u00e9, les plats sont \u00e0 base de quinoa, boulgour ou riz avec des l\u00e9gumes ou des prot\u00e9ines v\u00e9g\u00e9tales car ils ne mangent pas de viande, par conscience \u00e9cologique. Finalement, l\u2019\u00e9quilibre dans leur assiette leur permet ainsi de le maintenir dans leur vie. Ce style de vie est bien typique des habitants des quartiers gentrifi\u00e9s comme Sylvie Tissot l\u2019explique dans son texte. En effet, l\u2019auteure montre que les habitants des quartiers gentrifi\u00e9s cherchent \u00e0 se d\u00e9marquer des classes populaires notamment gr\u00e2ce \u00e0 leur alimentation. Ils privil\u00e9gient des aliments plus fins contre des plats gras jug\u00e9s malsains et vulgaires, ils choisissent ce qu\u2019ils adoptent mais aussi ce qu\u2019ils repoussent. Ces jugements de go\u00fbt vont donc passablement changer le paysage commercial du quartier en le renouvelant afin de correspondre \u00e0 des normes culinaires bien pr\u00e9cises, allant du type de nourriture, au choix des mat\u00e9riaux et du d\u00e9cor selon les \u00e9tablissements. La ville, ou du moins le quartier appara\u00eet alors comme un endroit \u00ab&nbsp;ouvert sur le monde&nbsp;\u00bb \u00e0 m\u00eame d\u2019accueillir des populations diversifi\u00e9es dans leurs origines, mais surtout des populations ayant des moyens financiers non n\u00e9gligeables. Ce processus se d\u00e9roule au d\u00e9triment des commerces et plus largement des habitants ant\u00e9rieurement pr\u00e9sents dans ces quartiers, pour qui le co\u00fbt de la vie devient trop \u00e9lev\u00e9. L\u2019exemple de Tissot se base sur la \u00ab&nbsp;<em>soul food<\/em>&nbsp;\u00bb qui est une nourriture grasse de tradition afro-am\u00e9ricaine et qui est rejet\u00e9e par les gentrifieurs car oppos\u00e9e aux modes \u00ab&nbsp;<em>healthy<\/em>&nbsp;\u00bb. J\u2019ai retrouv\u00e9 chez mon enqu\u00eat\u00e9 les m\u00eames \u00e9l\u00e9ments qui expliquent donc les logiques des pratiques d\u2019ouverture et de fermeture \u00e0 certains go\u00fbts et produits dans les quartiers gentrifi\u00e9s, comme le dit Tissot&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>les cultures l\u00e9gitimes se transforment, en puisant parfois dans les pratiques ill\u00e9gitimes. (\u2026) donnent finalement \u00e0 voir ce que la \u00ab diversit\u00e9 \u00bb fait \u00e0 la distinction sociale.<\/em>&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mathieu et sa compagne cuisinent parfois tous les deux, pour \u00ab&nbsp;partager ce moment&nbsp;\u00bb, m\u2019a-t-il expliqu\u00e9. Il m\u2019a \u00e9galement dit que beaucoup de ses recettes \u00e9taient inspir\u00e9es du r\u00e9seau social Instagram. On peut supposer que c\u2019est une fa\u00e7on pour lui d\u2019avoir une bonne image de sa propre vie en s\u2019inspirant de celles des influenceurs auxquels il s\u2019identifie.&nbsp; Ainsi, la conception que nous avons de l\u2019alimentation va bien plus loin que le simple fait de se nourrir, elle est largement symbolique et contribue \u00e0 construire notre identit\u00e9 sociale. &nbsp;Pour Mathieu, c\u2019est un des \u00e9l\u00e9ments fondateurs de son style de vie sain, \u00e9cologique et \u00ab&nbsp;ouvert sur le monde&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est clair que la plupart des personnes qu\u2019il c\u00f4toie ont une alimentation, de m\u00eame qu\u2019une position socio-\u00e9conomique, similaire \u00e0 la sienne. Lorsque je lui ai demand\u00e9 comment ses go\u00fbts avaient \u00e9volu\u00e9 \u00e0 travers le temps, il m\u2019a dit que quand il \u00e9tait enfant il d\u00e9testait beaucoup d\u2019aliments, son adolescence quant \u00e0 elle \u00e9tait centr\u00e9e sur la viande et le pain, mais maintenant il est attir\u00e9 par des choses diff\u00e9rentes&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Maintenant j\u2019ai pris beaucoup de plaisir dans des trucs qu\u2019avant je trouvais pas ouf, l\u00e0 un bon Dahl \u00e7a me fait trop plaisir de le pr\u00e9parer&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;\u00e7a m\u2019aurait sembl\u00e9 chiant&nbsp;mais maintenant je trouve \u00e7a cool<\/em> \u00bb. Il dit qu\u2019il a parfois l\u2019impression d\u2019\u00eatre un \u00ab&nbsp;daron&nbsp;\u00bb (un p\u00e8re de famille, un \u00ab&nbsp;vieux&nbsp;\u00bb) mais que c\u2019est assez \u00ab&nbsp;cool&nbsp;\u00bb au final.<\/p>\n\n\n\n<p>De plus, Mathieu m\u2019a dit appartenir \u00e0 un groupe de course \u00e0 pied avec lequel il sort tous les dimanches, ce qui me semble participer dans la recherche d\u2019un mode de vie sain et certainement d\u2019une apparence \u00ab&nbsp;fit&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces \u00e9l\u00e9ments nous indiquent que la position sociale des habitants de quartiers gentrifi\u00e9s leur permet d\u2019avoir des pratiques aimantaires saines, avec de bons produits, \u00e9tant souvent exotiques. Plus largement, les fr\u00e9quentations et la socialisation, forment les go\u00fbts en mati\u00e8re de cuisine, de sport ou encore de fa\u00e7on de parler ou de s\u2019habiller. De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, l\u2019entretien que j\u2019ai eu avec Mathieu a beaucoup recoup\u00e9 le texte de Sylvie Tissot : les habitants des quartiers gentrifi\u00e9s cherchent \u00e0 manger des choses per\u00e7ues comme \u00ab&nbsp;saines&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;simples&nbsp;\u00bb et sont attir\u00e9s par une alimentation plus exotique que traditionnelle. Le go\u00fbt affirm\u00e9 par Mathieu pour ces produits mais aussi pour la pratique de la cuisine comme activit\u00e9 de choix, reposante et agr\u00e9able, le distingue des classes populaires dans lesquelles la cuisine est plus souvent per\u00e7ue comme une corv\u00e9e quotidienne.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>3.3 Les voyages<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Mathieu et moi avons aussi parl\u00e9 de ses voyages afin d\u2019approfondir la question des styles de vie au sens large, et ses r\u00e9ponses ont \u00e9t\u00e9 passionnantes. Il dit appr\u00e9cier voyager, mais explique qu\u2019il l\u2019a surtout fait par le pass\u00e9. Il avait plus de vacances, moins de responsabilit\u00e9s vis-\u00e0-vis de son employeur, il partait avec ses parents, ou ensuite gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019argent qu\u2019il gagnait avec des petits jobs \u00e9tudiants. Il a \u00e9galement fait un voyage \u00ab&nbsp;Erasmus&nbsp;\u00bb aux \u00c9tats-Unis et en a profit\u00e9 pour voyager au Mexique. Ces \u00e9l\u00e9ments permettent de situer la classe favoris\u00e9e \u00e0 laquelle Mathieu appartenait depuis le d\u00e9but de sa vie. Cependant, il a r\u00e9duit la cadence depuis environ trois ans. En effet, sa volont\u00e9 d\u2019investir financi\u00e8rement, les responsabilit\u00e9s nouvelles qu\u2019il a acquises ou encore les nombre de semaines de vacances qui ne sont plus les m\u00eames. De plus, sa conscience \u00e9cologique l\u2019a assez vite rattrap\u00e9 \u00ab&nbsp;<em>J\u2019ai tellement pris l\u2019avion que quand je suis rentr\u00e9 de mon Erasmus, j\u2019ai eu une prise de conscience, \u00e7a me paraissait d\u00e9mesur\u00e9 et je me suis dit que j\u2019avais un peu abus\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb. Depuis trois ans donc, il voyage uniquement en Europe et en train, ce qu\u2019il estime \u00eatre une bonne alternative \u00e9cologique. Mathieu dit que s\u2019il reprenait l\u2019avion ce serait pour un long voyage et il faudrait que cela en vaille la peine, cependant trouver la possibilit\u00e9 de le faire n\u2019est plus aussi simple. Il semble que dans le discours de Mathieu, lorsqu\u2019il parle de la cuisine autant que des voyages, sa conscience \u00e9cologique est souvent en contradiction avec (et parfois subordonn\u00e9e \u00e0) son plaisir.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"162\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/biss2\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-1024x162.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-1178\" style=\"aspect-ratio:6.378787878787879;width:421px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/biss2\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-1024x162.png 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss2\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-300x47.png 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss2\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-768x121.png 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss2\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-1536x243.png 1536w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss2\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-2048x323.png 2048w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss2\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-1120x177.png 1120w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss2\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-540x85.png 540w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss2\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-1080x171.png 1080w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss2\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-1980x313.png 1980w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Il semble que dans le discours de Mathieu, lorsqu\u2019il parle de la cuisine autant que des voyages, sa conscience \u00e9cologique est souvent en contradiction avec (et parfois subordonn\u00e9e \u00e0) son plaisir<\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>A propos de son \u00ab&nbsp;Erasmus&nbsp;\u00bb, Mathieu dit avoir appr\u00e9ci\u00e9 ce voyage car il s\u2019y est senti int\u00e9gr\u00e9 comme un local et non comme un simple touriste. Le discours qu\u2019il tient semble bien d\u00e9couler de sa volont\u00e9 de se distinguer des classes populaires, qui incarnent les \u00ab&nbsp;touristes&nbsp;\u00bb (\u00ab&nbsp;de masse&nbsp;\u00bb) donc les \u00ab&nbsp;mauvaises pratiques&nbsp;\u00bb de mobilit\u00e9 et de loisir. Au contraire, Mathieu d\u00e9veloppe ce qu\u2019il con\u00e7oit comme de \u00ab&nbsp;bonnes pratiques&nbsp;\u00bb. On peut retenir de cette enqu\u00eate que la cuisine n\u2019est qu\u2019un \u00e9l\u00e9ment parmi l\u2019ensemble des go\u00fbts et des pratiques distinctives des fractions intellectuelles des classes moyennes sup\u00e9rieures, notamment en situation de gentrification. Mathieu m\u2019a fait part de son c\u00f4t\u00e9 sportif comme de sa conscience \u00e9cologique en passant par les manifestations auxquelles il participe r\u00e9guli\u00e8rement. Ce sont ces pr\u00e9f\u00e9rences et bien d\u2019autres qui le permet de se distinguer par ses go\u00fbts mais aussi ses d\u00e9go\u00fbts.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>4. Conclusions g\u00e9n\u00e9rales<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Revenons pour terminer sur le terme de <em>bobo<\/em> que Mathieu a utilis\u00e9 plus d\u2019une fois durant l\u2019interview. Le terme <em>bobo<\/em> signifie initialement \u00ab&nbsp;bourgeois-boh\u00e8me&nbsp;\u00bb, mais cette notion aux contours flous est plus int\u00e9ressante \u00e0 appr\u00e9hender sous l\u2019angle des usages sociaux qui en sont faits. En utilisant le terme \u00ab&nbsp;bobo pop&nbsp;\u00bb, Mathieu inclue dans une m\u00eame appellation les termes \u00ab&nbsp;bourgeois&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;populaire&nbsp;\u00bb, qui apparaissent a priori oppos\u00e9s. On peut faire l\u2019hypoth\u00e8se qu\u2019il entend ainsi justifier son style de vie plut\u00f4t bourgeois par le fait qu\u2019il aime certaines choses plus banales. Les membres des classes moyennes-sup\u00e9rieures, en particulier dans les fractions intellectuelles, sont souvent attir\u00e9s par le mode de vie des bourgeois-boh\u00e8me \u00ab&nbsp;branch\u00e9s&nbsp;\u00bb qu\u2019ils envient. Finalement, on ne peut pas vraiment dire qui&nbsp;\u00ab&nbsp;l\u2019est&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;ne l\u2019est pas&nbsp;\u00bb, et ce n\u2019est pas une question pertinente sociologiquement, car c\u2019est plus une cat\u00e9gorie relationnelle qui sert de repoussoir&nbsp;: le \u00ab&nbsp;bobo&nbsp;\u00bb c\u2019est toujours l\u2019autre. Ce qui a \u00e9t\u00e9 pertinent pour moi dans cette enqu\u00eate, est que lorsqu\u2019on questionne quelqu\u2019un au cours d\u2019un entretien, on se questionne toujours un peu soi-m\u00eame aussi. Alors finalement, si ma condition sociale se rapproche de la sienne, \u00e0 quel point mon mode de vie risque-t-il de se rapprocher progressivement du sien&nbsp;? Je n\u2019ai qu\u2019une emprise limit\u00e9e sur ces \u00e9l\u00e9ments mais c\u2019est un r\u00e9el pouvoir que d\u2019en prendre conscience.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n\n\n\n<p><sup>1<\/sup>Sylvie Tissot, \u00ab 9. \u201cAnything but Soul Food\u201c. Go\u00fbts et d\u00e9go\u00fbts alimentaires chez les habitants d&rsquo;un quartier gentrifi\u00e9 \u00bb, in Philippe Coulangeon et al., Trente ans apr\u00e8s La Distinction de Pierre Bourdieu, Paris, La D\u00e9couverte, 2013, p. 141-152.<\/p>\n\n\n\n<p><sup>2<\/sup>Pierre Bourdieu, La distonction, Paris, Minuit, 1979<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Informations <\/h2>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table class=\"has-fixed-layout\"><tbody><tr><td><strong>Pour citer cet article <\/strong><\/td><td>Pour citer cet article<br>Nom Pr\u00e9nom, \u00ab Titre \u00bb. Blog de l\u2019Institut des sciences sociales [En ligne], mis en ligne le XX mois 2022, consult\u00e9 le XX mois 2023. URL :<\/td><\/tr><tr><td><strong>Auteur\u00b7ice<\/strong><\/td><td>Par Camille Bardet, \u00e9tudiante<\/td><\/tr><tr><td><strong>Contact<\/strong><\/td><td><a href=\"mailto:camille.bardet.1@unil.ch\">camille.bardet.1@unil.ch<\/a><\/td><\/tr><tr><td><strong>Enseignement<\/strong><\/td><td>S\u00e9minaire de sociologie g\u00e9n\u00e9rale<br><br>Par Marc Perrenoud et Lucile Qu\u00e9r\u00e9<\/td><\/tr><\/tbody><\/table><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cet article analyse les styles de vies qui influencent les go\u00fbts et d\u00e9gouts d\u2019un jeune habitant du quartier sous-garde \u00e0 Lausanne. En s\u2019appuyant sur l\u2019essai de Sylvie Tissot \u00ab Anything but Soul Food \u00bb ainsi qu\u2019un entretien ethnographique, nous chercheront \u00e0 comprendre comment les choix de vie de ces populations sont influenc\u00e9s directement par leur environnement.<\/p>\n","protected":false},"author":1002820,"featured_media":5590,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"template-full-width-cover.php","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[5],"tags":[31,45],"class_list":{"0":"post-5563","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-articles","8":"tag-culture","9":"tag-gouts"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/biss2\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5563","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/biss2\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/biss2\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/biss2\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002820"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/biss2\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5563"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/biss2\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5563\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5588,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/biss2\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5563\/revisions\/5588"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/biss2\/wp-json\/wp\/v2\/media\/5590"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/biss2\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5563"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/biss2\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5563"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/biss2\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5563"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}