{"id":6276,"date":"2026-03-19T00:32:11","date_gmt":"2026-03-18T23:32:11","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/?p=6276"},"modified":"2026-03-19T00:32:11","modified_gmt":"2026-03-18T23:32:11","slug":"la-fabrique-dun-homme-nouveau-reflexion-sur-les-gueules-cassees","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/la-fabrique-dun-homme-nouveau-reflexion-sur-les-gueules-cassees\/","title":{"rendered":"La fabrique d\u2019un homme nouveau : r\u00e9flexion sur les gueules cass\u00e9es"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-border-background-color has-background\">Dans le cadre de ce cours, dispens\u00e9 lors du semestre d&rsquo;automne 2024, les \u00e9tudiant\u00b7e\u00b7s d\u00e9veloppent une enqu\u00eate autour d\u2019un th\u00e8me choisi collectivement, apprennent \u00e0 r\u00e9aliser une recherche documentaire, \u00e0 analyser des sources primaires et \u00e0 produire un travail \u00e9crit original contribuant \u00e0 un projet commun.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading has-accent-color has-text-color has-link-color wp-elements-443db2a72dac72c35ff1c7a56bbe5bf1\" style=\"font-size:30px\"><strong>Une enqu\u00eate de Swann <strong>Puippe<\/strong> et No\u00e9mie<\/strong> <strong>Campiche <\/strong><\/h3>\n\n\n\n<div style=\"height:50px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p><em>L\u2019homme<\/em>, et non l\u2019\u00eatre humain mais bien l\u2019homme masculinis\u00e9, est un enjeu social. Il convient de pr\u00e9ciser que l\u2019\u00e9crit qui suit ne s\u2019inscrit pas dans une sociologie du genre, mais rel\u00e8ve plut\u00f4t d\u2019une sociologie historique relative \u00e0 la p\u00e9riode de la Grande Guerre. Dans ce contexte, les enjeux li\u00e9s aux constructions identitaires de ces hommes se perp\u00e9tuent dans l\u2019apr\u00e8s-guerre et la compr\u00e9hension de cette p\u00e9riode continue de fa\u00e7onner un enjeu au XXIe si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p>Envoy\u00e9s au front, sous les balles et les nouvelles techniques destructrices de la p\u00e9riode de 1914 \u00e0 1918, les hommes revenus intacts furent peu nombreux. Les d\u00e9g\u00e2ts, qu\u2019ils soient physiques ou psychologiques, se trouvent alors en grand nombre ; une charge nouvelle pour la m\u00e9decine, confront\u00e9e \u00e0 des blessures corporelles jusqu\u2019alors in\u00e9dites. Se distingue alors ce que la m\u00e9decine de guerre a appel\u00e9 des <em>mutil\u00e9s<\/em> de guerre, et non plus des <em>bless\u00e9s<\/em> de guerre, longtemps relev\u00e9s par l\u2019historiographie. En effet, cette distinction semble peut-\u00eatre anodine, mais rel\u00e8ve en r\u00e9alit\u00e9 de la pr\u00e9sence d\u2019une contre-histoire, o\u00f9 le terme bless\u00e9 renvoie \u00e0 une image romantique et h\u00e9ro\u00efque, tandis que le <em>mutil\u00e9<\/em> \u00e9voque, au contraire, la terreur et l\u2019incompl\u00e9tude. D\u2019autant plus, lorsque la mutilation touche au visage, ces figures d\u00e9mystifi\u00e9es de la premi\u00e8re guerre mondiale connaissent une iconographie quasiment inexistante dans les m\u00e9moires. C\u2019est pourquoi, en parcourant des travaux de la m\u00e9decine de guerre et en les rapportant \u00e0 des r\u00e9alisations esth\u00e9tiques, notre analyse manifeste un int\u00e9r\u00eat de recherche sur l\u2019implication sociale et historique de ces hommes renomm\u00e9s <em>gueules cass\u00e9es<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>De fait, la citation \u00ab <em>Quel genre d\u2019homme devons-nous fabriquer ?<\/em>\u00bb du Dr Jos\u00e9 Delgado (1915 \u2013 2011) \u2013 un fervent partisan du contr\u00f4le de l\u2019esprit et du corps \u2013 permet \u00e0 l\u2019analyse de soulever des questions en lien avec la manipulation de ces corps traumatis\u00e9s (Delgado cit. in Denis-Morel, 2015 : 79). Comment ces individus, vant\u00e9s par la propagande, sont-ils retourn\u00e9s \u00e0 leurs foyers ? De quelle fa\u00e7on leurs blessures d\u00e9-figurantes ont-elles impact\u00e9 leur intimit\u00e9, et surtout, quels enjeux de reconstruction identitaires en ont d\u00e9coul\u00e9 ?<\/p>\n\n\n\n<p>Pour r\u00e9pondre \u00e0 ces questions, l\u2019analyse tentera de rendre compte en quoi leurs identit\u00e9s ont connu des transformations et comment elles ont \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9es et (re)fa\u00e7onn\u00e9es tour \u00e0 tour, relevant de l\u2019impact social et personnel impos\u00e9 \u00e0 ces hommes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ni tout \u00e0 fait vivant, ni tout \u00e0 fait entier<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Selon les statistiques de 2018 relev\u00e9es par Claire Maingon dans <em>Mains coup\u00e9es sur paupi\u00e8res closes\u202f: blessures, mutilations subies et sublim\u00e9es des artistes en guerre (1914-1930)<\/em>, la Premi\u00e8re Guerre mondiale a produit en tout 33,9 millions d\u2019infirmes (Maingon, 2018 : 8). En France, sur 6\u2019515\u2019200 hommes revenus du champ de bataille, 2\u2019800&rsquo;000 sont bless\u00e9s, dont 700&rsquo;000 mutil\u00e9s. Concr\u00e8tement, fin 1918 le pays compte 1\u2019500&rsquo;000 invalides. De m\u00eame pour l\u2019Allemagne, dont 2,7 millions de soldats restent estropi\u00e9s \u00e0 vie d\u2019un ou plusieurs membres, et pour le cas de l\u2019Angleterre, 12,3 % de ses hommes reviennent avec un handicap permanent (Maingon, 2018 : 8). Par cons\u00e9quent, cet amas de chiffres \u2013 et pour ne pas dire de chairs \u2013 d\u00e9peint non seulement \u00ab <em>une p\u00e9riode de la vie o\u00f9 les bras et les jambes se perdaient <\/em>\u00bb, comme le dirait Camus, mais illustre surtout la violence de la Grande Guerre (Biard cit\u00e9, Maingon, 2018 : 8 &#8211; 10).<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"704\" height=\"439\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2026\/03\/image_2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-6286\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2026\/03\/image_2.jpg 704w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2026\/03\/image_2-300x187.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2026\/03\/image_2-540x337.jpg 540w\" sizes=\"auto, (max-width: 704px) 100vw, 704px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Ill. 1 Auteur inconnu, Les\u202f\u00ab\u202fgueules cass\u00e9es\u202f\u00bb pr\u00e9sentes \u00e0 Versailles le 28 juin 1919 (source: Wikimedia<\/em>)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Comme le rel\u00e8ve cette photographie de 1919, la blessure physique devient ind\u00e9tournable et in\u00e9vitablement visible ; l\u2019individu mutil\u00e9 devient alors m\u00e9connaissable et son identit\u00e9 boulevers\u00e9e. Parmi ces alt\u00e9rations multiples, les hommes dont le visage est atteint sont symboliquement nomm\u00e9s les gueules cass\u00e9es. Ce qualificatif, forg\u00e9 en 1921 par le colonel Picot (1862\u20131938), porte en lui une forme de stigmatisation et participe \u00e0 un r\u00e9ductionnisme identitaire. En effet, en les nommant par leur blessure, la soci\u00e9t\u00e9 occulte leur individualit\u00e9 et leur parcours, les assignant \u00e0 une cat\u00e9gorie sociale \u00e0 part, marginale et d\u00e9finie uniquement par la trace visible de la guerre. C\u2019est pourquoi il est int\u00e9ressant, pour la suite de notre analyse, de s\u2019arr\u00eater sur cette oscillation qui \u00e9merge de la Premi\u00e8re Guerre mondiale : obstin\u00e9e \u00e0 exalter ses soldats au nom de la nation, la guerre sacrifie pourtant l\u2019individu qu\u2019elle pr\u00e9tend glorifier.<\/p>\n\n\n\n<p>Initialement, sur le champ de bataille, les <em>gueules cass\u00e9es<\/em> \u00e9taient jug\u00e9s insauvables. Seulement, touch\u00e9s par des blessures non-mortelles, ces hommes au visage d\u00e9chir\u00e9 surv\u00e9curent en nombre. La nation se retrouve donc avec des hommes ayant servi au combat, maintenant invalides et n\u00e9cessiteux de r\u00e9ins\u00e9rer la soci\u00e9t\u00e9. D\u00e8s lors, il fallut repenser non seulement leur place, mais aussi la mani\u00e8re de concevoir leur corps. \u00c0 ce titre, \u00e9merge au XXe si\u00e8cle de nouveaux champs de connaissance qui participent \u00e0 cette transformation du regard.<\/p>\n\n\n\n<p>La m\u00e9decine, par exemple, dut rapidement s\u2019adapter avec le d\u00e9veloppement, dans un temps bref, de la chirurgie maxillo-faciale en tant que discipline autonome. Son principal int\u00e9r\u00eat \u00e9tait de pallier les pertes de substances cutan\u00e9es et osseuses, en d\u00e9veloppant diverses techniques op\u00e9ratoires et de greffes (Denis-Morel et al., 2015 : 109 &#8211; 110). Nous pouvons relever des noms de chirurgiens et de m\u00e9decins fran\u00e7ais tels que L\u00e9on Dufourmentel (1884\u20131957), Alexis Carrel (1873\u20131944) ou encore Hippolyte Morestin (1869\u20131919). Les reconstructions pouvaient s\u2019apparenter \u00e0 l\u2019image ci-dessous.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1333\" height=\"1094\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2026\/03\/image_3.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-6287\" style=\"aspect-ratio:1.21847569465464;width:533px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2026\/03\/image_3.jpg 1333w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2026\/03\/image_3-300x246.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2026\/03\/image_3-768x630.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2026\/03\/image_3-1120x919.jpg 1120w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2026\/03\/image_3-540x443.jpg 540w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2026\/03\/image_3-1080x886.jpg 1080w\" sizes=\"auto, (max-width: 1333px) 100vw, 1333px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Ill. 2 Auteur inconnu, File : Plastic surgery, 1917-1919 (source: Wikimedia)<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"162\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-1024x162.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-1178\" style=\"object-fit:cover;width:300px;height:40px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-1024x162.png 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-300x47.png 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-768x121.png 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-1536x243.png 1536w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-2048x323.png 2048w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-1120x177.png 1120w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-540x85.png 540w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-1080x171.png 1080w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-1980x313.png 1980w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\" style=\"font-size:15px\"><blockquote><p><em>\u00ab Nous entendons par indiff\u00e9rence, l\u2019action de la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019apr\u00e8s-guerre \u00e0 accorder davantage d\u2019importance \u00e0 apaiser le regard de l\u2019autre, plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 la r\u00e9habilitation psychique de l\u2019individu bless\u00e9. \u00bb<\/em><\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>De ces avanc\u00e9es cliniques reste cependant une vision dualiste moderne de l\u2019\u00eatre humain, o\u00f9 le corps est r\u00e9duit \u00e0 un mat\u00e9riau uniquement \u00e0 r\u00e9parer. Cette coexistence non miscible qui oppose l\u2019esprit de l\u2019homme \u00e0 son propre corps engendre, selon le sociologue David Le Breton, une volont\u00e9 collective de l\u2019oubli (Le Breton cit. in Bourquin et al., 2015 : 394 \u2013 396). Nous entendons par indiff\u00e9rence, l\u2019action de la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019Apr\u00e8s-guerre \u00e0 porter d\u2019avantage d\u2019importance \u00e0 apaiser le regard de l\u2019autre, plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 la r\u00e9habilitation psychique de l\u2019individu bless\u00e9. Si la m\u00e9decine permet d\u00e9sormais de soigner m\u00e9dicalement les visages d\u00e9truits, ces interventions r\u00e9sonnent n\u00e9anmoins avec une perte de reconnaissance sociale (Denis-Morel et al., 2015 : 107). Effectivement, l\u2019\u00e9tymologie du mot \u00ab visage \u00bb renvoie \u00e0 la vision, \u00e0 la mat\u00e9rialisation de son identit\u00e9 distincte par le regard des autres. Perdre la moiti\u00e9 de son visage, ou simplement un signe distinctif de ce dernier, ram\u00e8ne \u00e0 perdre son souvenir dans le monde social. Dans le cas des <em>gueules cass\u00e9es<\/em>, l\u2019individu, r\u00e9duit \u00e0 n\u2019\u00eatre que chair \u00e0 canon, perd son \u00e9galit\u00e9 et son pass\u00e9 (Denis-Morel et al., 2015 : 107). C\u2019est pourquoi, le corps ne peut \u00eatre dissoci\u00e9 dans cette analyse d\u2019une conception du corps comme un \u00eatre poreux, travers\u00e9 par la parole, le psychisme et le regard des autres, demandant une attention plus que particuli\u00e8re au ressenti \u00e0 la suite de la r\u00e9insertion sociale de ces hommes, plus qu\u2019\u00e0 leur r\u00e9adaptation pratique et esth\u00e9tique (Gehrhardt, 2013 : 268). La citation qui suit donne l\u2019impulsion premi\u00e8re qui a permis d\u2019explorer cette voie d\u2019analyse :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab\u00a0<em>Parfaitement, c\u2019est moi ; les Boches avaient eu beau m\u2019ab\u00eemer le portrait, le docteur leur a fait la nique. Il m\u2019a fabriqu\u00e9, comme vous le voyez, une g\u2026. tr\u00e8s potable. Je crois qu\u2019il m\u2019a m\u00eame embelli et qu\u2019on me trouvera plus chouette, l\u00e0-bas au pays, lorsque j\u2019y retournerai apr\u00e8s la guerre.\u00a0\u00bb <\/em>(Chevallier, 2021)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p><strong>Quelle utilit\u00e9 pour un soldat qui ne sert plus \u00e0 la guerre ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s la Grande Guerre, les nations vont essayer tant bien que mal de fondre les gueules cass\u00e9es dans la foule du peuple (Renucci, 2003 : 106). Il va \u00eatre n\u00e9cessaire de r\u00e9introduire ces hommes dans la soci\u00e9t\u00e9. Il va \u00eatre question, \u00e0 l\u2019aide de diff\u00e9rents artifices, de leur redonner une personnalit\u00e9 en leur cr\u00e9ant une image masculinisante afin de les d\u00e9peindre comme des hommes utiles, capables et valoris\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Le masque est alors pens\u00e9 afin de redonner une certaine esth\u00e9tique aux <em>gueules cass\u00e9es<\/em>, simplifiant la t\u00e2che de r\u00e9insertion de ces hommes \u2013 de dissimuler leurs d\u00e9formations \u2013, en r\u00e9sum\u00e9, de faciliter leur r\u00e9int\u00e9gration. Le m\u00e9decin, sculpteur et enseignant Robert Tait McKenzie (1867\u20131938), explique que ces masques cr\u00e9ent une illusion compl\u00e8te de normalit\u00e9 lorsque quiconque se retrouve \u00e0 quelques m\u00e8tres de ceux-ci. D\u00e8s lors, les hommes appareill\u00e9s peuvent tenir des postes de chauffeurs, de portiers, de commis ou d\u2019autres types de professions impliquant n\u00e9cessairement des interactions sociales. Il explique que les masques permettent \u00e0 ces braves hommes de ne pas faire face \u00e0 une r\u00e9action pouvant \u00eatre blessante de la part des passants ; ils sont aptes \u00e0 travailler avec tranquillit\u00e9, sans \u00eatre d\u00e9visag\u00e9s (Gehrhardt, 2013 : 273). Ces masques aspirent \u00e0 se rapprocher de l\u2019ancienne image des bless\u00e9s du visage et sont principalement utiles aux mutil\u00e9s qui ont des traits grossiers, m\u00eame apr\u00e8s plusieurs interventions chirurgicales.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1333\" height=\"966\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2026\/03\/image_1-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-6285\" style=\"aspect-ratio:1.3799533799533799;width:563px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2026\/03\/image_1-1.jpg 1333w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2026\/03\/image_1-1-300x217.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2026\/03\/image_1-1-768x557.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2026\/03\/image_1-1-1120x812.jpg 1120w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2026\/03\/image_1-1-540x391.jpg 540w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2026\/03\/image_1-1-1080x783.jpg 1080w\" sizes=\"auto, (max-width: 1333px) 100vw, 1333px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Ill. 3 Nicholls, n.d, The Development of Reconstructive Plastic Surgery during the First World War, Imperial War Museum collection (source:  Wikimedia)<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>En effet, ce camouflage de blessures de guerre est pens\u00e9 comme un artifice permettant aux soldats d\u2019oublier leur nouvelle apparence et, de fait, de restaurer leurs personnes telles qu\u2019elles \u00e9taient avant les tranch\u00e9es (Gehrhardt, 2013 : 271). Anna Coleman Ladd (1878 \u2013 1939), l\u2019une des sculpteur\u00b7ice\u00b7s de ces masques, affirme :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab\u00a0<em>Mon objectif n\u2019est pas seulement de fournir \u00e0 un homme un masque pour cacher son affreuse mutilation, mais de mettre dans le masque une part de cet homme, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019homme qu\u2019il \u00e9tait avant la trag\u00e9die.<\/em>\u00a0\u00bb (Maingon, 2014 : 217)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Dans ce discours, Ladd pr\u00f4ne le retour \u00e0 une vie ant\u00e9rieure, \u00e0 un regain de vie des mutil\u00e9s que permet l\u2019acc\u00e8s aux masques (Ackerman, 2016 : 11). Cela peut \u00eatre lu comme une tentative de camouflage des horreurs de la guerre : il s\u2019agit alors de d\u00e9guiser un visage devenu tabou en ce qu\u2019il rappelle une p\u00e9riode destructrice. Ainsi, le masque peut \u00eatre vu comme un dispositif permettant de gommer une r\u00e9alit\u00e9 qui menace l\u2019ordre social d\u2019apr\u00e8s la Grande Guerre (Ackerman, 2016 : 20).<\/p>\n\n\n\n<p>Les masques, bien qu\u2019\u00e9tant cr\u00e9\u00e9s comme tentatives de \u00ab r\u00e9paration sociale \u00bb, ne sont en fait que de simples art\u00e9facts incapables de r\u00e9ellement modifier ce qu\u2019inspirent les gueules cass\u00e9es. Leur r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9rangeante est toujours bien pr\u00e9sente : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab\u00a0<em>Avoir \u00e9t\u00e9 un homme, avoir mis toutes ses forces \u00e0 r\u00e9aliser en plein ce que ce mot veut dire et n\u2019\u00eatre plus que \u00e7a. Un objet de terreur pour son propre enfant, une charge quotidienne pour sa femme, une honte pour l\u2019humanit\u00e9. Laissez-moi mourir.<\/em>\u00a0\u00bb (R\u00e9mi, 1942 : 110)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Dans ce contexte, Otto Dix, peintre allemand, s\u2019impose comme figure repr\u00e9sentatrice des <em>gueules cass\u00e9es <\/em>(Maingon, 2014 : conclusion sans pagination). En effet, alors que les mutil\u00e9s de guerre ont pour habitude d\u2019\u00eatre \u00e9rig\u00e9s en h\u00e9ros et, de fait, de conduire autrui \u00e0 \u00e9prouver de la sympathie ou de la reconnaissance envers eux, Otto Dix peint cette r\u00e9alit\u00e9 bien diff\u00e9rente : il d\u00e9montre que le masque peine \u00e0 att\u00e9nuer les difficult\u00e9s d\u2019int\u00e9gration que les gueules cass\u00e9es affrontent au quotidien (Delaporte, 2001 : 160). <em>Son \u0153uvre Les Joueurs de skat ou Mutil\u00e9s de guerre jouant aux cartes<\/em> (1920) montre trois hommes autour d\u2019une table, jouant aux cartes \u2013 comme le stipule le titre \u2013 dans ce qui semble \u00eatre une brasserie. Sa d\u00e9marche n\u2019embellit pas ces gueules cass\u00e9es : bien que certains traits ou autres attirails ne relatent pas compl\u00e8tement de la r\u00e9alit\u00e9, Otto Dix d\u00e9peint les rencontres effectives qu\u2019autrui pourrait faire au d\u00e9tour d\u2019un bar. Ces trois hommes ont des traits tir\u00e9s, la peau ros\u00e9e et bossel\u00e9e, des membres manquants, des tuyaux et autres morceaux de ferraille compl\u00e8tent certaines parties de leurs corps. Ses \u0153uvres s\u2019opposent ainsi \u00e0 l\u2019h\u00e9ro\u00efsation classique et romantique des mutil\u00e9s de guerre et d\u00e9peignent la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019une difficile r\u00e9int\u00e9gration sociale.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9l\u00e9ment primordial d\u2019une r\u00e9insertion sociale r\u00e9ussie est la n\u00e9cessit\u00e9 pour les gueules cass\u00e9es de se recr\u00e9er une identit\u00e9. Ne pouvant pas retrouver leur identit\u00e9 pass\u00e9e, ils sont ramen\u00e9s \u00e0 leur pr\u00e9sent \u00e0 chaque \u00e9tape et contexte de leur vie. Il faut donc qu\u2019ils s\u2019acceptent tels qu\u2019ils sont, cela s\u2019av\u00e9rant \u00eatre extr\u00eamement complexe. De fait, bien que leur blessure au visage soit en premier lieu un traumatisme physique, son impact psychologique est d\u2019autant plus important. Comme Joanne Bourke l\u2019explique, \u00ab <em>perdre son visage est, en partie, perdre son identit\u00e9<\/em> \u00bb (Bourke, 2016 : 269)<sup>1<\/sup>. Les blessures de la face effacent les traits individuels des victimes de la guerre et viennent donc perturber leur reconnaissance et leur appartenance au sein d\u2019une communaut\u00e9 (Bourke, 2016 : 269). Cet investissement d\u2019une identit\u00e9 nouvelle est d\u2019autant plus complexe lorsque les proches des <em>gueules cass\u00e9es<\/em> les rejettent. Ils se retrouvent alors d\u00e9laiss\u00e9s, comme dans ce po\u00e8me, et doivent survivre seuls \u00e0 cette d\u00e9couverte de soi:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab\u00a0<em>Jolie petite aim\u00e9e <\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Te souviens-tu du jour <\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>O\u00f9 de tes doigts de f\u00e9e <\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Tu fis na\u00eetre l\u2019amour<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>H\u00e9las quand je revins <\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Avec sur mon visage <\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Le sceau que le destin <\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Voulut de mon courage<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Tu ne vis plus en moi <\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Qu\u2019un simple mutil\u00e9 <\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Tr\u00e8s glorieux soit,<\/em> <\/p>\n\n\n\n<p><em>Mais qu\u2019on ne peut aimer<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Souffrir dans mon amour<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Non, j\u2019aurai d\u00fb mourir <\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Et dans ton \u00e2me alors <\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>L\u2019homme que tu aimais <\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Aurait grandi encore <\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Et ne serait plus laid.<\/em>\u00a0\u00bb (Pierre, 1950 : 14)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Dans ce po\u00e8me, l\u2019auteur se retrouve seul, sa bien-aim\u00e9e l\u2019ayant laiss\u00e9 apr\u00e8s avoir constat\u00e9 l\u2019\u00e9tendue de ses blessures et, dans son d\u00e9sarroi, dit pr\u00e9f\u00e9rer la mort \u00e0 la vie. Ici, est explicit\u00e9e la difficult\u00e9 \u00e0 laquelle les gueules cass\u00e9es sont confront\u00e9s lors d\u2019un retour en soci\u00e9t\u00e9. Le masque est donc pens\u00e9 comme l\u2019une des premi\u00e8res approches permettant aux gueules cass\u00e9es de s\u2019ins\u00e9rer dans la soci\u00e9t\u00e9 plus simplement et rapidement en privil\u00e9giant le camouflage afin de ne pas effrayer plut\u00f4t que l\u2019acceptation et la normalisation des d\u00e9figurations. L\u2019id\u00e9e qui sous-tend cette pratique est celle de l\u2019effacement de la m\u00e9moire de la blessure, de la guerre, et donc, de restaurer une personnalit\u00e9 perdue (Bourke, 2016 : 271). Il permettrait de dissimuler la vraie identit\u00e9 de leurs porteurs, couvrant leurs visages et produisant une illusion de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, pour finalement pouvoir se dissimuler au sein du reste de la soci\u00e9t\u00e9 sans \u00eatre d\u00e9figur\u00e9 (Bourke, 2016 : 279). Cependant, ces masques font basculer leurs propri\u00e9taires dans la sph\u00e8re de l\u2019inhumain. Illusion d\u2019une identit\u00e9 v\u00e9ritable, ces hommes ne peuvent pas transmettre d\u2019expressions (Ackerman, 2016 : 18). Leurs visages sont p\u00e9trifi\u00e9s, impassibles ; en effet, lorsqu\u2019ils portent un masque, les mutil\u00e9s n\u2019ont pas vraiment leur visage, ils sont cantonn\u00e9s \u00e0 un simulacre de leur ancienne apparence et personnalit\u00e9 et ne peuvent pas se d\u00e9voiler (Bourke, 2016 : 278). Ils restent ali\u00e9n\u00e9s \u00e0 eux-m\u00eames. Cette ali\u00e9nation peut \u00eatre comprise selon la d\u00e9finition de Marx qui la rapporte au domaine du travail, notamment chez les prol\u00e9taires travaillant dans de grandes industries. Chez Marx, l\u2019activit\u00e9 de l\u2019ouvrier\u00b7\u00e8re n\u2019est plus la sienne, elle appartient \u00e0 un\u00b7e autre et c\u2019est cela qui le ou la m\u00e8ne \u00e0 une perte de soi (Marx, 1972 : 59). Cette perte de soi c\u2019est ce que nous pouvons appeler ali\u00e9nation. Chez les <em>gueules cass\u00e9es<\/em>, c\u2019est une ali\u00e9nation de soi par une apparence stigmatis\u00e9e qui est en jeu. Lorsqu\u2019ils reviennent du front, ces hommes ont un nouvel attribut qui va les mettre dans une position de discr\u00e9dit profond vis-\u00e0-vis du reste de la soci\u00e9t\u00e9 (Goffman, 2012 : 13). Celle-ci va \u00eatre peu respectueuse et manquer de consid\u00e9ration envers eux ce qui va les mener \u00e0 int\u00e9rioriser ce stigmate comme \u00e9tant justifi\u00e9 (Goffman, 2012 : 19). C\u2019est dans ce contexte qu\u2019ils se retrouvent \u00e9trangers \u00e0 eux-m\u00eames, coinc\u00e9s entre leur apparence pass\u00e9e, signifiant l\u2019absence de changement tout en les ramenant \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 difficilement acceptable.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2026 un nouvel embl\u00e8me de masculinit\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les <em>gueules cass\u00e9es<\/em> sont tiraill\u00e9s entre bouffonnerie et hommage, se voient romantis\u00e9s par les soci\u00e9t\u00e9s ; principalement au travers du d\u00e9sir f\u00e9minin accompagn\u00e9 de la d\u00e9sirabilit\u00e9 masculine immat\u00e9rielle \u2013 les hommes \u00e9tant moins cantonn\u00e9s \u00e0 une beaut\u00e9 physique indispensable (Delaporte, 2001 : 164-166). Il est donc primordial d\u2019instaurer chez les femmes un devoir moral d\u2019empathie ainsi que de sympathie et de faire des corps mutil\u00e9s des objets de d\u00e9sir (Bourke, 2016 : 6). Le discours emprunt\u00e9 exprime alors le corps des mutil\u00e9s non pas comme d\u00e9form\u00e9 ou d\u00e9fectif, mais plut\u00f4t comme celui de jeunes hommes forts, virils, en pleine sant\u00e9 ayant malheureusement subi d\u2019atroces souffrances en exer\u00e7ant leur devoir patriotique. Ils sont donc, certes, des mutil\u00e9s, mais ce sont surtout des guerriers (Bourke, 2016 : 5). En effet, les femmes sont encourag\u00e9es \u00e0 rejeter sexuellement ceux qui auraient \u00e9t\u00e9 jug\u00e9s trop maladifs ou ch\u00e9tifs lors du recrutement et, de fait, \u00e0 valoriser ceux qui ont eu l\u2019honneur de servir leur patrie. Certains courriers administratifs en Angleterre stipulent : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab\u00a0<em>Il \u00e9tait d\u2019une importance capitale que l\u2019\u00e9ducation des familles ne soit pas limit\u00e9e \u00e0 ceux dont les d\u00e9fauts physiques les ont rendus inutiles en tant que soldats<\/em>.\u00a0\u00bb(Anon cit\u00e9, Bourke, 2016 : 13)<sup>2<\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>En d\u2019autres termes, ce propos met en avant une hi\u00e9rarchisation des hommes, selon leur valeur per\u00e7ue dans des r\u00f4les militaires et sociaux. Elle refl\u00e8te une pr\u00e9occupation pour la procr\u00e9ation et la transmission des g\u00e9n\u00e9rations ; il est primordial que des femmes se reproduisent avec des gueules cass\u00e9es car, bien que physiquement moins attrayants, ceux-ci sont dot\u00e9s de qualit\u00e9s masculines suppl\u00e9mentaires que le service militaire pourvoit. Concr\u00e8tement, ces enfants h\u00e9riteraient des caract\u00e9ristiques sup\u00e9rieures de leurs p\u00e8res, telles que le courage ou encore la valeur (Bourke, 2016 : 13). D\u00e8s lors, il est attendu des gueules cass\u00e9es qu\u2019ils servent \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019une seconde fa\u00e7on, au travers de la production d\u2019une lign\u00e9e qui pourra, \u00e0 son tour, servir \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. En se penchant sur le taux de natalit\u00e9 de l\u2019Apr\u00e8s-guerre calcul\u00e9 par l\u2019INSEE, il est possible de noter que le pari semble avoir \u00e9t\u00e9 relev\u00e9 : alors qu\u2019en 1916 le taux de natalit\u00e9 est au plus bas \u2013 avec 384\u2019700 naissances \u2013 en 1920, 838\u2019100 nouvelles naissances sont comptabilis\u00e9es en France. Il est cependant important de noter que ces chiffres ne sp\u00e9cifient pas le pourcentage de <em>gueules cass\u00e9es<\/em> devenus parents, ils ne peuvent donc pas prouver que l\u2019imaginaire de virilit\u00e9 construit autour de ces figures soit efficace, mais peut tout de m\u00eame d\u00e9noter une explosion des naissances une fois les hommes revenus des fronts ; certains d\u2019entre eux \u00e9tant des <em>gueules cass\u00e9es<\/em> sont donc certainement devenus p\u00e8res.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"162\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-1024x162.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-1178\" style=\"object-fit:cover;width:300px;height:40px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-1024x162.png 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-300x47.png 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-768x121.png 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-1536x243.png 1536w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-2048x323.png 2048w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-1120x177.png 1120w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-540x85.png 540w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-1080x171.png 1080w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-1980x313.png 1980w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\" style=\"font-size:15px\"><blockquote><p><em>\u00ab Ainsi, la r\u00e9insertion des gueules cass\u00e9es rev\u00eat une dimension sociale, en ce qu\u2019elle vise non seulement un retour \u00e0 une forme de normalit\u00e9, mais \u00e9galement la valorisation et la promotion d\u2019un id\u00e9al de masculinit\u00e9 au service d\u2019une nation. \u00bb<\/em><\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Ainsi, la r\u00e9insertion des <em>gueules cass\u00e9es<\/em> rev\u00eat une dimension sociale. Elle vise non seulement un retour \u00e0 une forme de normalit\u00e9, mais \u00e9galement la valorisation et la promotion d\u2019un id\u00e9al de masculinit\u00e9 au service d\u2019une nation. Oscillant donc entre invisibilisation des s\u00e9quelles et sur-visibilit\u00e9 d\u2019attributs virils, les diff\u00e9rents dispositifs de r\u00e9insertion des gueules cass\u00e9es donne \u00e0 voir des pr\u00e9occupations sociales et soci\u00e9tales qui d\u00e9laisse toute forme d\u2019aide individuelle, au-del\u00e0 des interventions chirurgicales. Le tableau <em>L&rsquo;Origine de la guerre<\/em> \u2013 inspir\u00e9 de l\u2019\u0153uvre <em>L\u2019Origine du monde<\/em> de Gustave Courbet (1819 \u2013 1877) dans une vocation de d\u00e9tournement artistique et f\u00e9ministe \u2013 de Mireille Porte (1947\u2013) dite ORLAN nous permet effectivement de d\u00e9montrer que quelles que soient leurs mutilations faciales, ces mutil\u00e9s restent des <em>hommes <\/em>\u2013 le sexe biologique, ici, comme marqueur symbolique de leur masculinit\u00e9. En ce sens, bien que l\u2019analyse d\u00e9montre que leur individualit\u00e9 tend \u00e0 s\u2019effacer dans la masse \u2013 les gueules cass\u00e9es \u00e9tant regroup\u00e9s dans une seule et m\u00eame r\u00e9alit\u00e9 \u2013, ceux-ci demeurent symboliquement des \u00eatres de la guerre \u2013 et donc masculins. <em>L&rsquo;Origine de la guerre<\/em>, montrant frontalement un sexe masculin, tout en faisant r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la guerre, nous permet d\u2019illustrer le paradoxe selon lequel le visage \u2013 qu\u2019il soit <em>gueule cass\u00e9e<\/em> ou non, se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 un h\u00e9ros ou un bless\u00e9 \u2013, a \u00e9t\u00e9 d\u00e9personnalis\u00e9 par une soci\u00e9t\u00e9 d\u2019Apr\u00e8s-guerre, pour ne synth\u00e9tiser les d\u00e9g\u00e2ts de la guerre que dans un sexe masculin. La guerre cr\u00e9e donc une rupture dans la vie ainsi que dans les relations des <em>gueules cass\u00e9es<\/em> ; les hommes d\u00e9figur\u00e9s sont, certes, ali\u00e9n\u00e9s et stigmatis\u00e9s des autres, mais aussi et surtout \u00e0 eux-m\u00eames (Gehrhardt, 2013 : 279).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les questionnements identitaires contemporains<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Toujours sur notre m\u00eame lanc\u00e9e, nous choisissons de resserrer encore notre analyse autour de ce que ces corps transform\u00e9s permettent de penser. Car si la Grande Guerre nous confronte \u00e0 la violence inflig\u00e9e aux visages et aux identit\u00e9s, elle ouvre \u00e9galement la voie \u00e0 une s\u00e9rie de mutations techniques, sociales et symboliques qui marquent profond\u00e9ment le XXe si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p>Retra\u00e7ons le devenir des progr\u00e8s techniques. Amorc\u00e9s pendant la Premi\u00e8re Guerre mondiale, ces derniers ont permis par la suite des avanc\u00e9es consid\u00e9rables dans la reconstruction du visage humain, ouvrant la voie \u00e0 deux usages contemporains de la chirurgie : d\u2019une part, l\u2019am\u00e9lioration constante de la chirurgie r\u00e9paratrice, orient\u00e9e vers le soin ; d\u2019autre part, le d\u00e9veloppement de la chirurgie dite esth\u00e9tique, qui s\u2019attache d\u00e9sormais \u00e0 transformer le corps selon des normes individuelles mais souvent socialement pr\u00e9con\u00e7ues par la soci\u00e9t\u00e9 et ses attentes de beaut\u00e9. Ces deux branches, bien que distinctes dans leurs finalit\u00e9s, partagent bel et bien un socle technique issu des pratiques de guerre et traduisent un glissement du n\u00e9cessaire vers le volontaire, du soin \u00e0 l\u2019optimisation (Le Breton cit. in Bourquin, 2015 : 394 \u2013 396).<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"162\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-1024x162.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-1178\" style=\"object-fit:cover;width:300px;height:40px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-1024x162.png 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-300x47.png 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-768x121.png 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-1536x243.png 1536w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-2048x323.png 2048w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-1120x177.png 1120w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-540x85.png 540w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-1080x171.png 1080w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-1980x313.png 1980w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\" style=\"font-size:15px\"><blockquote><p><em>\u00ab Car si la guerre a impos\u00e9 des transformations physiques impos\u00e9es, les avanc\u00e9es techniques permettent d\u00e9sormais des m\u00e9tamorphoses conscientes et choisies, qui red\u00e9finissent notre rapport \u00e0 l\u2019identit\u00e9, au visage et \u00e0 la norme. \u00bb<\/em><\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Pourtant, certains discours contemporains appellent \u00e0 une <em>d\u00e9culturation <\/em>et une <em>d\u00e9naturalisation<\/em> du corps humain (Bourquin, 2015 : 394 \u2013 396). Il ne s\u2019agirait plus seulement d\u2019am\u00e9liorer le corps, mais bien de l\u2019augmenter, en le dotant d\u2019implants \u2013 internes ou externes \u2013, de proth\u00e8ses et autres \u00e9l\u00e9ments, ce que Le Breton nomme <em>technocorps<\/em> ou d&rsquo;un <em>homo technologicus<\/em>, parfois m\u00eame envisag\u00e9 comme <em>posthumain<\/em> (Bourquin, 2015 : 394 \u2013 396). Dans cette perspective, la mati\u00e8re organique devient un obstacle \u00e0 d\u00e9passer vers un corps per\u00e7u comme d\u00e9tachable du soi \u2013 obsol\u00e8te. Cette logique transpara\u00eet dans les usages actuels de la chirurgie du visage, devenu un outil au service d\u2019un choix personnel. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cette possibilit\u00e9 de choix \u2013 entre subir, r\u00e9parer, transformer ou augmenter \u2013 qui constitue notre derni\u00e8re r\u00e9flexion. Car si la guerre a impos\u00e9 des transformations physiques impos\u00e9es, les avanc\u00e9es techniques permettent d\u00e9sormais des m\u00e9tamorphoses conscientes et choisies, qui red\u00e9finissent notre rapport \u00e0 l\u2019identit\u00e9, au visage et \u00e0 la norme.<\/p>\n\n\n\n<p>Au XXe si\u00e8cle, lorsque les <em>gueules cass\u00e9es<\/em> \u00e9taient confront\u00e9s \u00e0 une d\u00e9figuration, leur image de soi \u00e9tait longtemps tenue \u00e0 distance. En effet, dans les h\u00f4pitaux, les miroirs \u00e9taient souvent cach\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 ce que les patients soient jug\u00e9s apte \u00e0 affronter leur propre reflet. C\u2019est cette pr\u00e9conception qui permet \u00e0 des artistes du XXIe si\u00e8cle, comme ORLAN, d\u2019incarner une bascule. Bien qu\u2019elle ne soit ni sociologue, ni <em>gueule cass\u00e9e<\/em>, son travail \u2013 fond\u00e9 sur la chirurgie comme outil de cr\u00e9ation artistique \u2013 prolonge les techniques issues de la m\u00e9decine de guerre et permet \u00e0 notre \u00e9tude de s\u2019orienter vers une esth\u00e9tique critique qui, de nos jours, voit le visage comme un terrain mall\u00e9able, ouvert \u00e0 l\u2019exploration directe de l\u2019image de soi permettant de questionner les limites du corps.<\/p>\n\n\n\n<p>Ses \u0153uvres, comme <em>Question de miroir ou Parodie make-up au miroir <\/em>(1993), questionnent les normes du beau, de l\u2019identit\u00e9 et du regard. Le regard, qu\u2019il s\u2019agisse ici du sien ou celui des autres, \u00e9voque les m\u00e9canismes de reconnaissance au c\u0153ur du parcours des bless\u00e9s de la face. En se mettant dans son \u0153uvre face \u00e0 un miroir, ce dernier devient alors le symbole d\u2019un affrontement avec soi-m\u00eame, entre alt\u00e9rit\u00e9 et reconstruction. Ses d\u00e9formations faciales, volontairement visibles et r\u00e9alis\u00e9es par l\u2019ajout de mati\u00e8re \u2013 que \u00e7a soit chirurgicalement ou par le modelage de p\u00e2te \u2013, r\u00e9sonnent directement avec les proth\u00e8ses du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle abord\u00e9es pr\u00e9c\u00e9demment. Alors que ces derni\u00e8res \u00e9taient des objets techniques symboliques con\u00e7us pour r\u00e9parer sans vraiment montrer, ORLAN fait de la transformation un geste revendiqu\u00e9. Elle rend visible ce que la soci\u00e9t\u00e9 tend \u00e0 cacher : le non-conforme, la laideur, l\u2019artifice. Ainsi, l\u00e0 o\u00f9 les <em>gueules cass\u00e9es <\/em>\u00e9taient cens\u00e9s se fondre \u00e0 nouveau dans la soci\u00e9t\u00e9, l\u2019artiste, elle, accentue l\u2019alt\u00e9ration comme acte esth\u00e9tique et politique. De fait, en d\u00e9tournant les outils de la chirurgie r\u00e9paratrice, mais aussi en les utilisant simplement dans un temps post\u00e9rieur, ORLAN r\u00e9v\u00e8le combien la technologie du corps est devenue un vecteur de normes, \u00e0 accepter, interroger ou subvertir.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Conclusion<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les <em>gueules cass\u00e9es<\/em>, loin de repr\u00e9senter de simples sujets de compassion, nous permettent une analyse riche. En effet, ces hommes au visage mutil\u00e9 par la Grande guerre ne sont pas uniquement passifs, mais incarnent activement des repr\u00e9sentations mouvantes sp\u00e9cifiques au XXe si\u00e8cle. <\/p>\n\n\n\n<p>Partant du rappel de la p\u00e9riode difficile de la Premi\u00e8re Guerre mondiale, notre analyse rel\u00e8ve des stigmates rattach\u00e9s \u00e0 ces hommes. Premi\u00e8rement vus comme un support d\u2019innovations techniques m\u00e9dicales, les <em>gueules cass\u00e9es<\/em> incarnent rapidement un sympt\u00f4me de soci\u00e9t\u00e9 malade qui peine \u00e0 les r\u00e9ins\u00e9rer dans une vie d\u2019homme, de p\u00e8re, d\u2019ouvrier ou de tout autre facteur d\u2019individualit\u00e9. Ainsi, bien qu\u2019utiles pour le d\u00e9veloppement de la m\u00e9decine maxillo-faciale, ils incarnent et ouvrent \u00e0 une r\u00e9flexion plus large qui s\u2019articule autour de la notion de virilit\u00e9 h\u00e9ro\u00efque et guerri\u00e8re qui leur est attach\u00e9e. En effet, le contexte cherchant \u00e0 retrouver pour ces hommes une utilit\u00e9 imm\u00e9diate en dehors du front, il pousse, par r\u00e9action, \u00e0 l\u2019effacement de l\u2019aspect individuel et mental de ces hommes invalides. Se perd alors, dans cette volont\u00e9 de r\u00e9insertion, l\u2019aspect social. en h\u00e9ro\u00efsant leur \u00e9tat, au travers des masques et des discours glorifiant leurs services, leur r\u00e9int\u00e9gration les d\u00e9tourne \u2013 voire les invisibilise. De fait, par la valorisation d\u2019attributs symboliques et physiques <em>masculins<\/em>, la soci\u00e9t\u00e9 place au centre une identit\u00e9 de genre sp\u00e9cifiquement guerri\u00e8re qui d\u00e9passe les s\u00e9quelles \u00e9motionnelles d\u2019un tel changement identitaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, portant sp\u00e9cifiquement sur la mani\u00e8re de penser l\u2019identit\u00e9 de ces hommes, notre analyse traverse l\u2019histoire de cette r\u00e9insertion et l\u2019histoire des technologies m\u00e9dicales de guerre afin de consid\u00e9rer la figure des gueules cass\u00e9es comme un d\u00e9placement du regard sur le corps. Le corps <em>mutil\u00e9<\/em> passe \u00e0 un corps dit <em>reconstruit<\/em> au XXe si\u00e8cle, jusqu\u2019\u00e0 devenir un terrain d\u2019exp\u00e9rimentation esth\u00e9tique au XXIe si\u00e8cle. Le visage, autrefois vecteur de reconnaissance, devient alors un support d\u2019expression ou d\u2019optimisation que tout un chacun est capable de mobiliser.<\/p>\n\n\n\n<p>Si la guerre a impos\u00e9 des modifications physiques obligatoires, elle a aussi amorc\u00e9 des avanc\u00e9es techniques et symboliques durables, ouvrant sur une nouvelle mani\u00e8re de penser la construction de soi, la visibilit\u00e9 et le pouvoir symboliques du corps dans l\u2019espace social.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:42px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li>Traduction par nos soins de \u201c <em>To lose one\u2019s face is, in part, to lose one\u2019s identity.<\/em>\u201d<\/li>\n\n\n\n<li>Traduction par nos soins de : \u201c<em>It was of the utmost importance that the rearing of families should not be confined to those whose physical defects have made them useless as soldiers<\/em>\u201d.<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<div style=\"height:10px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Biographie<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"has-light-background-background-color has-background\">Ackerman Ada. (2016). <em>Redonner visage aux gueules cass\u00e9es. Sculpture et chirurgie plastique pendant et apr\u00e8s la Premi\u00e8re Guerre mondiale<\/em>. RACAR : revue d&rsquo;art canadienne \/ Canadian Art Review, 41(1), 5-21. <a href=\"https:\/\/www.jstor.org\/stable\/43855849.\">https:\/\/www.jstor.org\/stable\/43855849<\/a><br><br>Bourke Joanna. (2016). <em>Love and Limblessness: Male Heterosexuality, Disability, and the Great War<\/em>. In : Journal of War &amp; Culture Studies, 9(1), 3-19, DOI : 10.1080\/17526272.2015.1106756.<br><br>Bourquin C\u00e9line, Wykretowicz Hubert, Stiefel Friedrich, et Saraga Michael. (2015). <em>[b]Pluralit\u00e9[\/b] des corps : 3. Les corps li\u00e9s<\/em>. Revue M\u00e9dicale Suisse, 11(461), 394-397. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.53738\/revmed.2015.11.461.0394\">https:\/\/doi.org\/10.53738\/revmed.2015.11.461.0394<\/a><br><br>Chevallier Xavier. <em>Le Dr Hippolyte Morestin (1869-1919), chirurgien des soldats d\u00e9figur\u00e9s de la guerre 14-18<\/em>. Madinin\u2019Art, novembre 2021, disponible sur <a href=\"https:\/\/www.madinin-art.net\/le-dr-hippolyte-morestin-1869-1919-chirurgien-des-soldats-defigures-de-la-guerre-14-18\/ \">https:\/\/www.madinin-art.net\/le-dr-hippolyte-morestin-1869-1919-chirurgien-des-soldats-defigures-de-la-guerre-14-18\/ <\/a>(consult\u00e9 le 2 janvier 2025).<br><br>Delaporte Sophie. (2001). <em>Gueules cass\u00e9es\u202f: les bless\u00e9s de la face de la Grande Guerre<\/em>. Paris : Noesis.<br><br>Denis-Morel Barbara, Ardenne Paul, Arnault Yolande, Co\u00ebllier Sylvie, Devauchelle Bernard, Renaudet Isabelle, Raingeval Emmanuelle, Theler Pierre-Yves, et Tomasovic Dick. (2015). <em>Corps recompos\u00e9\u202f: greffe et art contemporain<\/em>. Aix-en-Provence : Presses universitaires de Provence.<br><br>Gehrhardt Marjorie. (2013). <em>Gueules Cass\u00e9es: The Men Behind the Masks<\/em>. In : Journal of War &amp; Culture Studies, 6(4), 267-281, DOI : 10.1179\/1752628013Y.0000000004.<br><br>Goffman Erving. (2012). <em>Stigmate : les usages sociaux des handicaps<\/em>. Paris : Les \u00c9ditions de Minuit.<br><br>Maingon Claire, Pommereau Claude et Picon Guillaume. (2014). <em>Ecrivains et artistes face \u00e0 la Grande Guerre<\/em>. Paris\u202f: Beaux-arts.\u202f<br><br>Neveu, \u00c9. (2015). <em>Sociologie politique des probl\u00e8mes publics<\/em>. Armand Colin. <a href=\"https:\/\/www.zotero.org\/google-docs\/?jGwvI1\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/arco.neve.2015.01<\/a><br><br>Maingon Claire. (2018).\u202f<em>Mains coup\u00e9es sur paupi\u00e8res closes\u202f: blessures, mutilations subies et sublim\u00e9es des artistes en guerre (1914-1930)<\/em>. Mont-Saint-Aignan : Presses universitaires de Rouen et du Havre.<br><br>Marx Karl. (1972). <em>Manuscrit de 1844. (\u00c9conomie politique et philosophie)<\/em>. Pr\u00e9sentation, traduction et notes d\u2019\u00c9mile Bottigellli, Paris : Les \u00c9ditions sociales.<br><br>Pierre \u00c9douard, dans <em>Bulletin de l\u2019Union des bless\u00e9s de la face<\/em>, juin 1950.<br><br>R\u00e9mi Henriette. (1942). <em>Hommes sans visages<\/em>. Lausanne : Spes.<br><br>Renucci France. (2003).\u202f<em>La construction des Gueules cass\u00e9es. In : Les cahiers de m\u00e9diologie<\/em>, 15(1), 103-111,\u202f<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/cdm.015.0103.\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/cdm.015.0103.<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Image:<\/strong> Nicholls, n.d, <em>The Development of Reconstructive Plastic Surgery during the First World War<\/em>, Imperial War Museum collection (Wikimedia)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Figures embl\u00e9matiques de la violence technologique de la Grande Guerre (1914 \u2013 1918), les gueules cass\u00e9es \u2013 loin de repr\u00e9senter d\u2019uniques objets de compassion \u2013 symbolisent notamment des sujets profond\u00e9ment marqu\u00e9s dans leur chair et leurs identit\u00e9s. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, ces hommes aux visages mutil\u00e9s incarnent activement des repr\u00e9sentations mouvantes sp\u00e9cifiques au XXe si\u00e8cle comme la fabrique m\u00e9dicale et sociale du corps, la construction de soi, ou encore la visibilit\u00e9 et port\u00e9e symbolique dans l\u2019espace social. C\u2019est pourquoi, dans une perspective socio-historique, il est alors int\u00e9ressant de relever ces enjeux dont les r\u00e9sonances se perp\u00e9tuent de l\u2019apr\u00e8s-guerre jusqu\u2019au XXIe si\u00e8cle.<\/p>\n","protected":false},"author":1002689,"featured_media":6285,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"template-full-width-cover.php","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[5],"tags":[420,419,71,328,422,421],"class_list":{"0":"post-6276","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-articles","8":"tag-chirurgie-maxillo-facial","9":"tag-gueules-cassees","10":"tag-identites","11":"tag-masculinite","12":"tag-premiere-guerre-mondiale","13":"tag-xxe-xxie-siecle"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6276","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002689"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6276"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6276\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6292,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6276\/revisions\/6292"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6285"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6276"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6276"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6276"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}