{"id":6248,"date":"2026-03-15T09:06:52","date_gmt":"2026-03-15T08:06:52","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/?p=6248"},"modified":"2026-03-18T23:14:24","modified_gmt":"2026-03-18T22:14:24","slug":"controler-ou-soigner-le-poids-de-lhistoire-tumultueuse-de-lelectrochoc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/controler-ou-soigner-le-poids-de-lhistoire-tumultueuse-de-lelectrochoc\/","title":{"rendered":"Contr\u00f4ler ou soigner ? Le poids de l\u2019histoire tumultueuse de l\u2019\u00e9lectrochoc"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-border-background-color has-background\">Dans le cadre de ce cours, dispens\u00e9 lors du semestre d&rsquo;automne 2024, les \u00e9tudiant\u00b7e\u00b7s d\u00e9veloppent une enqu\u00eate autour d\u2019un th\u00e8me choisi collectivement, apprennent \u00e0 r\u00e9aliser une recherche documentaire, \u00e0 analyser des sources primaires et \u00e0 produire un travail \u00e9crit original contribuant \u00e0 un projet commun.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading has-accent-color has-text-color has-link-color wp-elements-dc65cf7c639d95b4e8fd6d50f30a2a00\" style=\"font-size:30px\"><strong>Une enqu\u00eate de Oc\u00e9ane <strong>Moser <\/strong>et Enya<\/strong> <strong>Blaser <\/strong><\/h3>\n\n\n\n<div style=\"height:50px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p><strong><strong><strong>Introduction<\/strong><\/strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019historien fran\u00e7ais, Herv\u00e9 Guillemain, \u00e9crivait en 2020 que \u00ab choquer c\u2019est faire \u00bb pour les psychiatres<sup>a<\/sup> \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1930 et au d\u00e9but des ann\u00e9es 1940 car, auparavant, ces derniers ne pouvaient qu\u2019adopter une position passive face au traitement de leurs patient\u00b7e\u00b7s<sup>1<\/sup>. C\u2019est donc notamment avec la th\u00e9rapie par \u00e9lectrochocs que le psychiatre glisse d\u2019une position passive \u00e0 une position active dans le traitement des patient\u00b7e\u00b7s car il peut enfin agir sur les corps des malades<sup>2<\/sup> :<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"162\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-1024x162.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-1178\" style=\"object-fit:cover;width:300px;height:40px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-1024x162.png 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-300x47.png 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-768x121.png 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-1536x243.png 1536w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-2048x323.png 2048w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-1120x177.png 1120w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-540x85.png 540w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-1080x171.png 1080w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-1980x313.png 1980w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\" style=\"font-size:15px\"><blockquote><p>\u00ab <em>Mais que fait donc un psychiatre lorsqu\u2019il \u00ab\u00a0choque\u00a0\u00bb ses patient\u00b7e\u00b7s : Exerce-t-il son contr\u00f4le sur les corps ? Soulage-t-il les sympt\u00f4mes des malades ? Et, que provoque-t-il au niveau du cerveau de ses patient\u00b7e\u00b7s ?<\/em>\u00bb<\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Ces questions sont au c\u0153ur de l\u2019histoire complexe et mouvement\u00e9e de la th\u00e9rapie par \u00e9lectrochocs (ECT). Il s\u2019agira donc dans cet essai d\u2019explorer les diff\u00e9rents emplois de l\u2019ECT, de son \u00e9mergence \u00e0 aujourd\u2019hui, et d\u2019\u00e9tudier sa r\u00e9ception \u00e0 travers les diff\u00e9rentes p\u00e9riodes que la pratique a travers\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous verrons, dans un premier temps que l\u2019ECT sera re\u00e7ue d\u00e8s les ann\u00e9es 40 comme une v\u00e9ritable innovation dans la pratique psychiatrique car le, ou rarement la, soignant\u00b7e peut enfin traiter de mani\u00e8re efficace les sympt\u00f4mes psychotiques de ses patient\u00b7e\u00b7s. Ensuite, avec l\u2019av\u00e8nement des neuroleptiques et des antid\u00e9presseurs, le primat des th\u00e8ses psychanalytiques et la mont\u00e9e des mouvements antipsychiatriques, la pratique des \u00e9lectrochocs va conna\u00eetre un d\u00e9clin et va \u00eatre mise en p\u00e9ril dans de nombreux contextes. N\u00e9anmoins, la pratique ne dispara\u00eet jamais compl\u00e8tement et regagne du terrain \u00e0 partir des ann\u00e9es 2000. Malgr\u00e9 les innovations et un regain d\u2019int\u00e9r\u00eat pour la pratique, nous montrerons que l\u2019ECT demeure une pratique stigmatis\u00e9e du fait des id\u00e9es re\u00e7ues \u00e0 son encontre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong><strong><strong>Secouer pour soigner<\/strong><\/strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La pratique psychiatrique de l\u2019\u00e9lectrochoc s\u2019inscrit dans le courant empiriste de la psychiatrie. En effet, la th\u00e9rapie na\u00eet de diff\u00e9rentes exp\u00e9riences et d\u00e9couvertes m\u00e9dicales qui lui pr\u00e9c\u00e8dent dont le coma insulinique et le choc au cardiazol. Ces deux pratiques s\u2019installent en 1935 dans le monde de la psychiatrie et sont accueillies avec enthousiasme par les psychiatries des pays d\u00e9velopp\u00e9s. Elles \u00e9mergent dans un contexte d\u2019exp\u00e9rimentation clinique et sont principalement employ\u00e9es pour traiter les schizophr\u00e9nies. L\u2019enthousiasme que suscitent ces nouvelles th\u00e9rapies est d\u00fb au changement de dynamique qu\u2019elles induisent dans le milieu de la psychiatrie ; la t\u00e2che des psychiatres ne se r\u00e9duit plus qu\u2019\u00e0 interner les malades mentaux et attendre leur r\u00e9mission spontan\u00e9e car ils deviennent des agents actifs capables d\u2019agir sur les sympt\u00f4mes des patient\u00b7e\u00b7s pour les calmer. En effet, avant les th\u00e9rapies de choc, le psychiatre adoptait le plus souvent une position passive car il attendait que la maladie se gu\u00e9risse d\u2019elle-m\u00eame. Or, les schizophr\u00e8nes ne gu\u00e9rissaient pas spontan\u00e9ment et faisaient des ann\u00e9es d\u2019aller-retours dans les institutions m\u00e9dicales. Les hospitalisations passag\u00e8res furent suivies par les transferts des patient\u00b7e\u00b7s dans des asiles ou sanatoriums. Gr\u00e2ce \u00e0 la d\u00e9couverte des comas insuliniques, l\u2019asile n\u2019est plus qu\u2019une simple \u00ab prison \u00bb visant \u00e0 surveiller les \u00ab d\u00e9tenus \u00bb car on observe une r\u00e9elle am\u00e9lioration de l\u2019\u00e9tat des malades \u00e0 leur r\u00e9veil. Le psychiatre auparavant ali\u00e9niste, qui avait pour but premier de contenir ses patient\u00b7e\u00b7s, se transforme en un psychiatre qui a le sentiment de pouvoir gu\u00e9rir les malades et agir directement sur les pathologies<sup>2<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques mois suivant l\u2019\u00e9mergence du coma insulinique, la premi\u00e8re v\u00e9ritable th\u00e9rapie de choc voit le jour : le choc au cardiazol. Cette nouvelle th\u00e9rapie a pour but de produire des convulsions (ce qui n\u2019\u00e9tait pas le but premier de l\u2019insulinoth\u00e9rapie) chez un\u00b7e patient\u00b7e mais, cette fois-ci, sans provoquer de coma. C\u2019est gr\u00e2ce au camphre, puis au cardiazol en Europe<sup>b<\/sup>, que le psychiatre de Budapest, Ladislas von Meduna, provoqua des convulsions chez ses patient\u00b7e\u00b7s schizophr\u00e8nes sans employer d\u2019insuline. Apr\u00e8s avoir longuement \u00e9tudi\u00e9 les cerveaux de patient\u00b7e\u00b7s atteint\u00b7e\u00b7s d\u2019\u00e9pilepsie et ceux de patient\u00b7e\u00b7s atteint\u00b7e\u00b7s de schizophr\u00e9nie Meduna se demanda si un antagonisme biologique pouvait exister entre les deux maladies et donc si, inversement, l\u2019\u00e9pilepsie pouvait soigner les schizophr\u00e8nes. Apr\u00e8s une p\u00e9riode d\u2019exp\u00e9rimentation avec le camphre (une substance similaire au cardiazol mais comportant diff\u00e9rents inconv\u00e9nients), Meduna commence \u00e0 traiter, en 1934, ses patient\u00b7e\u00b7s avec du cardiazol. Mais le cardiazol ne fut jamais un grand succ\u00e8s car il ne d\u00e9clenchait pas toujours les convulsions d\u00e9sir\u00e9es et \u00e9tait redout\u00e9 des patient\u00b7e\u00b7s<sup>3<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><strong><strong>L\u2019introduction de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 dans les th\u00e9rapies de choc<\/strong><\/strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est en 1938 que la pratique de l\u2019\u00e9lectrochoc est inaugur\u00e9e par Ugo Cerletti et son assistant Lucio Bini \u00e0 Rome<sup>3<\/sup>. C\u2019est en se penchant sur les trouvailles de Meduna sur les effets th\u00e9rapeutiques des crises \u00e9pileptiformes provoqu\u00e9es par le cardiazol que Cerletti eut l\u2019id\u00e9e de produire des crises \u00e9pileptiques \u00e0 vis\u00e9e th\u00e9rapeutique chez l\u2019homme en rempla\u00e7ant le cardiazol par l\u2019\u00e9lectricit\u00e9. Apr\u00e8s une p\u00e9riode d\u2019exp\u00e9rimentation sur des chiens et des cochons, il conclut qu\u2019un choc \u00e0 faible intensit\u00e9 peut \u00eatre exp\u00e9riment\u00e9 sur l\u2019homme. En mars 1938, l\u2019\u00e9quipe de Cerletti fait l\u2019exp\u00e9rience du premier \u00e9lectrochoc sur un homme schizophr\u00e8ne, \u00e0 qui on ne demande pas le consentement qui n\u2019\u00e9tait pas encore dans les m\u0153urs. Cerletti relate dans ses \u00e9crits que l\u2019exp\u00e9rimentation se fait de mani\u00e8re cach\u00e9e et dans une atmosph\u00e8re de frayeur. Au premier essai, le patient reste \u00e9veill\u00e9 et demande qu\u2019on cesse l\u2019exp\u00e9rience mais les chercheurs proc\u00e8dent \u00e0 un second essai \u00e0 un voltage plus \u00e9lev\u00e9 et pendant un laps de temps plus long. Le patient entre alors en crise convulsive et perd connaissance. D\u2019apr\u00e8s Cerletti, le patient aurait quitt\u00e9 la clinique de Rome trois mois plus tard et aurait \u00e9t\u00e9 gu\u00e9ri. En effet, le psychiatre est convaincu de sa pratique et, en mai 1938, il pr\u00e9sente les r\u00e9sultats de ses exp\u00e9rimentations \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie Royale de Rome<sup>2<\/sup>. Par la suite, les \u00e9lectrochocs sont rapidement introduits en Allemagne, en Hollande, en Angleterre, en Su\u00e8de, au Danemark, aux \u00c9tats-Unis, au Japon<sup>4,5<\/sup>. En Suisse, ils suscitent beaucoup d\u2019int\u00e9r\u00eat, notamment aupr\u00e8s des psychiatres Max M\u00fcller, m\u00e9decin-directeur de l\u2019h\u00f4pital psychiatrique de M\u00fcnsingen et Oscar L. Foler, directeur de l\u2019h\u00f4pital psychiatrique de Prangins<sup>6<\/sup>. En France, ou encore en Belgique, la diffusion de l\u2019\u00e9lectrochoc est retard\u00e9e \u00e0 cause de la guerre. L\u2019\u00e9lectrochoc n\u2019y est donc adopt\u00e9 qu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es 40 car il est difficile de s\u2019approprier le mat\u00e9riel n\u00e9cessaire \u00e0 la pratique durant la guerre<sup>5<\/sup>. Seulement, peu d\u2019informations sur la pratique suffisent \u00e0 convaincre les psychiatres fran\u00e7ais, qui faisaient face \u00e0 une restriction de l\u2019utilisation du cardiazol et de l\u2019insuline pendant la guerre et l\u2019Occupation, d\u2019adopter la nouvelle pratique. Face \u00e0 l\u2019interdiction allemande du traitement par l\u2019insuline dans les asiles psychiatriques, l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 se pr\u00e9senta comme la solution par excellence et, en avril 1941, Lapipe et Rondepierre pr\u00e9sentent leur premier sismoth\u00e8rec aupr\u00e8s de la soci\u00e9t\u00e9 m\u00e9dico-psychologique<sup>2<\/sup>. Un autre acteur important dans l\u2019expansion de la pratique fut Lothar Kalinowsky, qui fr\u00e9quenta la clinique de Cerletti au d\u00e9but de la th\u00e9rapie par \u00e9lectrochocs. Il contribua \u00e0 l\u2019expansion de la pratique en France, en Angleterre et aux USA o\u00f9 la pratique fut bien re\u00e7ue dans les lieux dans lesquels elle \u00e9tait introduite car il n\u2019y avait plus besoin de se battre avec les patient\u00b7e\u00b7s pour pouvoir les injecter au metrazol. Cependant, il faut noter que la pratique de l\u2019\u00e9lectrochoc ne parvint pas \u00e0 s\u2019imposer aussi ais\u00e9ment aux \u00c9tats-Unis car cette derni\u00e8re s\u2019opposait aux traditions psychanalytiques pr\u00f4n\u00e9es de l\u2019\u00e9poque. En effet, les psychiatres psychanalytiques de la fin des ann\u00e9es 40 \u00e9taient tr\u00e8s suspicieux de la pratique car, si les r\u00e9sultats de celle-ci pouvaient s\u2019expliquer par la biologie du cerveau, alors leurs th\u00e9ories psychanalytiques, qui attribuaient les maladies psychotiques \u00e0 des probl\u00e8mes de \u00ab bases psychodynamiques \u00bb<sup>3<\/sup>, tombaient \u00e0 l\u2019eau. Aux USA, c\u2019est donc par opposition id\u00e9ologique que l\u2019ECT ne fut que peu pratiqu\u00e9e \u00e0 la fin des ann\u00e9es 40 et dans les ann\u00e9es 50<sup>3<\/sup>. Mais, g\u00e9n\u00e9ralement, l\u2019\u00e9lectrochoc va rapidement remplacer le choc au cardiazol \u00e0 travers le monde du fait de sa plus grande efficacit\u00e9 th\u00e9rapeutique, sa facilit\u00e9 d\u2019emploi et son co\u00fbt beaucoup plus avantageux<sup>4,2<\/sup>. La pratique va, dans certains contextes des ann\u00e9es 40, \u00eatre utilis\u00e9e massivement et parfois m\u00eame de mani\u00e8re abusive<sup>1<\/sup>. C\u2019est notamment ce que l\u2019on constate dans le film suisse de Victor Rich (fig. 1 et 2), tourn\u00e9 en 1940, qui suit le traitement par \u00e9lectrochocs, administr\u00e9 par le docteur Oscar L. Forel, d\u2019un jeune homme de 18 ans pour traiter sa \u00ab p\u00e9d\u00e9rastie \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire, son homosexualit\u00e9<sup>6<\/sup>. Nous voyons ici que la pratique s\u2019\u00e9carte, dans certaines instances, de son domaine de pr\u00e9dilection, \u00e0 savoir le traitement m\u00e9dical des d\u00e9pressions s\u00e9v\u00e8res et des schizophr\u00e9nies, en \u00e9tant mobilis\u00e9e comme instrument de contention, voire de punition, des sujets.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"320\" height=\"118\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2026\/03\/figure-1.jpeg\" alt=\"figure 1\" class=\"wp-image-6251\" style=\"width:629px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2026\/03\/figure-1.jpeg 320w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2026\/03\/figure-1-300x111.jpeg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 320px) 100vw, 320px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Figure 1 :<\/strong> Extraits du film de Victor Rich sur la pratique des \u00e9lectrochocs, sous le Dr Oscar L. Forel, \u00e0 Prangin en 1940.<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"320\" height=\"80\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2026\/03\/figure-2.jpeg\" alt=\"figure 2\" class=\"wp-image-6252\" style=\"width:629px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2026\/03\/figure-2.jpeg 320w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2026\/03\/figure-2-300x75.jpeg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 320px) 100vw, 320px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Figure 2 :<\/strong> Extraits du film de Victor Rich sur la pratique des \u00e9lectrochocs, sous le Dr Oscar L. Forel, \u00e0 Prangin en 1940.<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Malgr\u00e9 ces d\u00e9rives, l\u2019ECT reste une pratique efficace pour traiter les sympt\u00f4mes psychotiques des malades. Cependant, la th\u00e9rapie ne va pas s\u2019av\u00e9rer \u00eatre une panac\u00e9e dans le traitement de la schizophr\u00e9nie car elle ne gu\u00e9rissait pas r\u00e9ellement la maladie<sup>4<\/sup>. Elle va alors \u00eatre majoritairement utilis\u00e9e pour traiter la m\u00e9lancolie et la d\u00e9pression.<\/p>\n\n\n\n<p>Avant 1939, la th\u00e9rapie par \u00e9lectrochocs se pratiquait sans anesth\u00e9sie et les convulsions pouvaient parfois provoquer des fractures au niveau de la m\u00e2choire et des cervicales. C\u2019est alors que les psychiatres am\u00e9ricains Walter Freeman et Abram Bennett commenc\u00e8rent \u00e0 employer du curare<sup>d<\/sup> pour tenter de pr\u00e9venir les fractures. Le curare \u00e9tant une substance plut\u00f4t dangereuse, fut remplac\u00e9, d\u00e8s 1952, par une substance plus s\u00fbre, la succinylcholine, en combinaison avec un barbiturate methohexital sodium (Brevital) servant d\u2019anesth\u00e9siant. D\u00e8s 1959, l\u2019ECT devient le traitement par excellence pour traiter les d\u00e9pressions avec manies et les d\u00e9pressions majeures. L\u2019ann\u00e9e 1959 fut une sorte d\u2019\u00e2ge d\u2019or de la pratique des \u00e9lectrochocs en psychiatrie mais celle-ci allait cependant \u00eatre mise en p\u00e9ril par l\u2019av\u00e8nement des neuroleptiques et des antid\u00e9presseurs, le primat de la psychanalyse et par la mont\u00e9e du mouvement antipsychiatrique<sup>3<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><strong><strong>L\u2019av\u00e8nement de la pharmacologie<\/strong><\/strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 partir des ann\u00e9es 50, une nouvelle \u00e8re de la psychiatrie d\u00e9bute, l\u2019\u00e8re psychopharmacologique qui est accompagn\u00e9e de la mont\u00e9e progressive du primat de la psychanalyse<sup>5<\/sup>. D\u00e8s 1952, une psychiatrie scientifique se construit avec le d\u00e9veloppement d\u2019hypoth\u00e8ses sur la neurochimie des maladies mentales. C\u2019est avec la d\u00e9couverte dans les ann\u00e9es 50, de la chlorpromazine et de l\u2019halop\u00e9ridol, les premiers neuroleptiques, que les psychiatres voient la relation avec le ou la patient\u00b7e se transformer. Les neuroleptiques calment les patient\u00b7e\u00b7s agit\u00e9\u00b7e\u00b7s mais soulagent aussi leurs sympt\u00f4mes psychotiques, ce qui permet de d\u00e9placer les soins en dehors de l\u2019h\u00f4pital. Dans les ann\u00e9es 50, sont aussi d\u00e9couverts deux classes d\u2019antid\u00e9presseurs<sup>e<\/sup> et les anxiolytiques<sup>f<\/sup>. La d\u00e9couverte de ces diff\u00e9rentes substances est \u00e0 la fondation de la psychopharmacologie moderne. C\u2019est en \u00e9tudiant les modes d\u2019action des neuroleptiques et des antid\u00e9presseurs que se d\u00e9velopp\u00e8rent les connaissances autour de la neurochimie c\u00e9r\u00e9brale et c\u2019est alors que l\u2019\u00e9tiologie des maladies en psychiatrie devint possible. C\u2019est donc dans les ann\u00e9es 1950 et 1960 que les th\u00e9ories sur la psychiatrie biologique furent d\u00e9velopp\u00e9es, donnant alors des pistes d\u2019explications des causes physiologiques des maladies mentales. Or, les hypoth\u00e8ses faites dans le domaine de la psychiatrie biologique demeurent floues et les causes des maladies sont toujours inconnues. Comme le souligne Jean-No\u00ebl Missa : \u00ab\u00a0[\u2026] l\u2019\u00e9difice th\u00e9orique de la psychiatrie biologique reste encore maigre et fragile.\u00a0\u00bb<sup>7<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p><strong><strong><strong>La mont\u00e9e du mouvement antipsychiatrique<\/strong><\/strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est surtout avec la crise antipsychiatrique, d\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 70, que les \u00e9lectrochocs vont rapidement conna\u00eetre un d\u00e9clin. La pratique de l\u2019ECT va \u00eatre prise comme symbole d\u2019une psychiatrie r\u00e9pressive et barbare et va faire l\u2019objet des critiques les plus virulentes<sup>4<\/sup>. Les partisans du mouvement antipsychiatrique consid\u00e8rent la pratique comme violente<sup>g<\/sup> et objet de contr\u00f4le refl\u00e9tant les dynamiques dominantes de la soci\u00e9t\u00e9 de l\u2019\u00e9poque. Dans les ann\u00e9es 70-80, les militants se battent contre les institutions paternalistes dont fait partie la psychiatrie ; on cherche \u00e0 redonner la voix aux patient\u00b7e\u00b7s qui veulent se r\u00e9approprier leur corps. On se bat donc notamment, dans le domaine m\u00e9dical, pour le droit au consentement qui, jusqu\u2019\u00e0 l\u00e0, n\u2019\u00e9tait pas dans les m\u0153urs de l\u2019\u00e9poque<sup>8<\/sup>. La toute-puissance du psychiatre sur les corps des patient\u00b7e\u00b7s va alors \u00eatre renvers\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Afin de mieux cerner l\u2019impact des mouvements antipsychiatriques sur la pratique psychiatrique, nous avons d\u00e9cid\u00e9 de nous concentrer sur le contexte local du canton de Gen\u00e8ve qui a connu des \u00e9branlements dont les traces sont encore visibles aujourd\u2019hui. Nous avons eu la chance de rencontrer le Professeur Fran\u00e7ois Ferrero qui a travers\u00e9, en tant que jeune psychiatre, cette p\u00e9riode critique de l\u2019histoire de la psychiatrie genevoise sur laquelle il revient dans son ouvrage intitul\u00e9 <em>Psychiatry and antipsychiatry, Inquiry into the Geneva 1980s psychiatry crisis<\/em>, publi\u00e9 en 2022. Dans les ann\u00e9es 70-80, deux \u00e9v\u00e8nements centraux vont faire d\u00e9bats et radicalement changer le contexte psychiatrique du canton. Le premier est celui de l\u2019internement forc\u00e9 \u00e0 la clinique Bel-Air d\u2019une jeune militante, nomm\u00e9e Anna, qui subit des \u00e9lectrochocs sans son consentement. La jeune femme milite devant la centrale nucl\u00e9aire de G\u00f6sgen et, apr\u00e8s la manifestation, semble rester plong\u00e9e dans une sorte d\u2019\u00e9tat catatonique. Elle est arr\u00eat\u00e9e par la police du canton de Soleure, \u00e0 laquelle elle s\u2019oppose, puis est intern\u00e9e contre son gr\u00e9 le jour suivant \u00e0 la clinique Bel-Air \u00e0 Gen\u00e8ve. Anna s\u2019oppose \u00e0 son internement forc\u00e9 et d\u00e9cide d\u2019entamer une gr\u00e8ve de la faim en signe de protestation, c\u2019est alors qu\u2019elle re\u00e7oit des \u00e9lectrochocs sans son consentement. L\u2019internement forc\u00e9 de la jeune militante et l\u2019administration d\u2019\u00e9lectrochocs sans son consentement cr\u00e9ent une vague d\u2019indignation au sein de la population et font l\u2019objet de plusieurs articles de journaux. En 1979, l\u2019Association pour les Droits des Usagers de la Psychiatrie (ADUPSY) est cr\u00e9\u00e9e pour soutenir les revendications des individus et, en janvier 1980, des militants r\u00e9ussissent \u00e0 entrer dans les \u00e9tablissements de l\u2019h\u00f4pital psychiatrique pour voler deux machines d\u2019ECT qui furent, ensuite, d\u00e9truites et d\u00e9pos\u00e9es devant la porte du pr\u00e9sident du Conseil de Surveillance de la Psychiatrie, une instance avec beaucoup de pouvoir sur les admissions et les hospitalisations des patient\u00b7e\u00b7s<sup>8<\/sup>. Le second \u00e9v\u00e8nement marquant est celui de la mort tragique d\u2019un jeune homme, nomm\u00e9 Alain, \u00e0 la suite d\u2019une cure de sommeilh \u00e0 la m\u00eame clinique, le 29 juin 1980. Alain \u00e9tait un jeune \u00e9tudiant brillant de 27 ans qui avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 hospitalis\u00e9 plusieurs fois dans diff\u00e9rents \u00e9tablissements et qui \u00e9tait suivi par un psychanalyste et un psychiatre. Il \u00e9tait, de plus, l\u2019un des membres fondateurs et un membre actif de l\u2019ADUPSY. Sa mort fut donc l\u2019objet de grandes manifestations et de d\u00e9bats politiques autour des pratiques psychiatriques<sup>8<\/sup>. D\u2019apr\u00e8s Ferrero, le traitement d\u2019Alain par une cure de sommeil est quelque peu inhabituel ; une s\u00e9ance d&rsquo;ECT aurait probablement \u00e9t\u00e9 plus appropri\u00e9e mais, comme le mat\u00e9riel avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9truit plusieurs mois auparavant et qu\u2019il n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9, vu le climat social et politique d\u00e9licat, la cure de sommeil fut le traitement administr\u00e98. Nous voyons donc, qu\u2019\u00e0 Gen\u00e8ve, les militants antipsychiatriques vont s\u00e9v\u00e8rement condamner la pratique des \u00e9lectrochocs qui \u00e9tait auparavant fortement pratiqu\u00e9e. Or, la mort d\u2019Alain ne fut pas due \u00e0 l\u2019ECT et aurait peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 pr\u00e9venue si le mat\u00e9riel n\u00e9cessaire \u00e0 la pratique n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9truit et condamn\u00e9. Toutefois, l\u2019internement forc\u00e9 d\u2019Anna et la mort d\u2019Alain vont entra\u00eener une vague de d\u00e9monstrations contre les pratiques psychiatriques et, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, contre celle de l\u2019\u00e9lectrochoc qui va \u00eatre assimil\u00e9e \u00e0 ces deux \u00e9v\u00e8nements d\u00e9licats et tragiques. L\u2019ECT ne va alors plus \u00eatre pratiqu\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui dans le canton de Gen\u00e8ve.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><strong><strong>La renaissance de l\u2019\u00e9lectrochoc<\/strong><\/strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La th\u00e9rapie par \u00e9lectrochoc est la seule th\u00e9rapie de choc qui n\u2019ait jamais cess\u00e9 d\u2019\u00eatre pratiqu\u00e9e. Malgr\u00e9 les crises travers\u00e9es, elle continue d\u2019\u00eatre pratiqu\u00e9e dans certaines cliniques. En Suisse romande, la th\u00e9rapie par \u00e9lectrochoc fait son grand retour dans les h\u00f4pitaux dans les ann\u00e9es 2000, bien qu\u2019elle n\u2019ait jamais cess\u00e9 d\u2019exister et d\u2019\u00eatre utilis\u00e9e car, auparavant, elle \u00e9tait prescrite mais que tr\u00e8s peu. De nombreux changements surviennent dans la mani\u00e8re de pratiquer la th\u00e9rapie ; l\u2019environnement dans laquelle elle est pratiqu\u00e9e se transforme, la technique conna\u00eet des innovations et de nouvelles formations sont cr\u00e9\u00e9es pour les soignant\u00b7e\u00b7s. \u00c0 la suite d\u2019un entretien avec le Dr Mall, psychiatre au Centre de Psychiatrie Interventionnelle \u00e0 Lausanne et sp\u00e9cialiste en ECT, nous avons pu avoir des informations sur la renaissance de la pratique. En effet, l\u2019ECT a pu \u00eatre \u00ab red\u00e9couverte \u00bb notamment par le recul des psychoth\u00e9rapies analytiques, qui \u00e9taient d\u00e9favorables \u00e0 des techniques psychiatriques efficaces au niveau biologique. Leur recul laisse davantage de place aux techniques neurobiologiques. Mais ce n\u2019est pas le seul facteur qui contribue au regain d\u2019int\u00e9r\u00eat pour la th\u00e9rapie ; les antid\u00e9presseurs ne paraissent plus aussi miraculeux aux yeux des m\u00e9decins car ils ne sont pas davantage tol\u00e9r\u00e9s, ni plus efficaces qu\u2019auparavant et ne pr\u00e9sentent plus de nouveaut\u00e9. Il faut aussi noter l\u2019avanc\u00e9e technologique de la neuroimagerie, dans les ann\u00e9es 2010, qui a permis de d\u00e9montrer que l\u2019ECT ne provoquait pas de l\u00e9sions, comme certains m\u00e9decins pouvaient le revendiquer, et de mieux comprendre les m\u00e9canismes en jeu lors d\u2019une s\u00e9ance d\u2019ECT. Dans la m\u00eame perspective, les \u00e9tudes scientifiques men\u00e9es sur les \u00e9lectrochocs sont plus pertinentes et plus vigoureuses que dans le pass\u00e9. Ce sont donc le recul de la pharmacologie et de la psychoth\u00e9rapie ainsi que l\u2019avancement de la neuroimagerie et des \u00e9tudes scientifiques, qui ont permis la red\u00e9couverte de l\u2019ancienne technique efficace des \u00e9lectrochocs<\/p>\n\n\n\n<p>Tout d\u2019abord, la mani\u00e8re dont est administr\u00e9 l\u2019ECT n\u2019est plus la m\u00eame. Elle consiste toujours \u00e0 faire passer un courant \u00e9lectrique, \u00e0 l\u2019aide d\u2019\u00e9lectrodes plac\u00e9s sur la tempe des patient\u00b7e\u00b7s, pour provoquer une crise \u00e9pileptique mais, on ne parle plus d\u2019un <em>courant <\/em>\u00e9lectrique comme nous pouvions le voir auparavant. Il s\u2019agit plut\u00f4t de l\u2019administration d\u2019un champ \u00e9lectrique. Avec les appareils actuels, la stimulation totale ne dure pas plus de 8 secondes. Pendant chaque seconde, il y a des pics tr\u00e8s \u00e9troits positifs et n\u00e9gatifs qui r\u00e9pondent \u00e0 un fonctionnement physiologique des cellules nerveuses. Pour chaque s\u00e9ance d\u2019ECT, on applique une anesth\u00e9sie g\u00e9n\u00e9rale qui dure environ 10 minutes. Les cellules nerveuses vont s\u2019activer en m\u00eame temps que l\u2019administration du choc et vont cr\u00e9er une crise d\u2019\u00e9pilepsie. Ce seraient probablement les m\u00e9canismes d\u00e9clench\u00e9s par notre organisme pour arr\u00eater la crise \u00e9pileptique qui seraient impliqu\u00e9s dans l\u2019efficacit\u00e9 de l\u2019ECT<sup>9<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Lors de notre entretien, le Dr Mall nous explique que les m\u00e9canismes en jeu lors d\u2019une s\u00e9ance d\u2019ECT ont plusieurs explications, mais que celles-ci resteront toujours une simplification de ce qu\u2019il se passe r\u00e9ellement au niveau neurobiologique, et cela pas uniquement pour l\u2019ECT, mais pour toutes les techniques utilis\u00e9es en psychiatrie. De plus, l\u2019ECT n\u2019est pas prescrite, ni efficace, sur n\u2019importe quel trouble ; ce n\u2019est pas un traitement miraculeux qui fonctionne dans n\u2019importe quelles conditions. En Occident, on la prescrit notamment pour les personnes qui sont atteintes de d\u00e9pression r\u00e9sistante, cependant, pas toutes les d\u00e9pressions r\u00e9sistantes sont un bon indicateur de la r\u00e9ussite de la th\u00e9rapie. Le Dr Mall nous explique qu\u2019il y a des crit\u00e8res qu\u2019il reconna\u00eet assez facilement pour savoir si l\u2019ECT va fonctionner. Une caricature d\u2019une personne atteinte de d\u00e9pression r\u00e9sistante, pour laquelle la th\u00e9rapie fonctionnerait bien, serait celle d\u2019une personne pour laquelle la maladie est apparue soudainement, voire brutalement, sans cause identifiable, et dont les sympt\u00f4mes contrastent avec la vie psychique ant\u00e9rieure. Les sympt\u00f4mes sont notamment des sympt\u00f4mes physiques, comme un manque d\u2019\u00e9nergie et l\u2019absence d\u2019expressions faciales. Mais, ce n\u2019est pas le seul trouble pour lequel la th\u00e9rapie est efficace, en effet, tous les troubles de l\u2019humeur peuvent \u00eatre de bons pr\u00e9dicteurs, comme les troubles bipolaires, pour lesquels la th\u00e9rapie va stabiliser l\u2019humeur, mais aussi pour les schizophr\u00e9nies et les psychoses. Le Dr Mall explique que la schizophr\u00e9nie et les troubles psychotiques avec des id\u00e9es d\u00e9lirantes sont des tr\u00e8s bons r\u00e9cepteurs de l\u2019ECT et, qu\u2019en Asie, l\u2019ECT est propos\u00e9e principalement pour les personnes atteintes de schizophr\u00e9nie et de psychoses.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019espace dans lequel on pratique l\u2019ECT a aussi v\u00e9cu de nombreux changements au cours du temps. En effet, avant la cr\u00e9ation de l\u2019unit\u00e9 de psychiatrie interventionnelle \u00e0 Lausanne, la th\u00e9rapie ECT \u00e9tait pratiqu\u00e9e dans les blocs op\u00e9ratoires, sans organisation de praticit\u00e9. Il n\u2019y avait pas forc\u00e9ment beaucoup d\u2019informations sur la mani\u00e8re de pratiquer la th\u00e9rapie et on se retrouvait face au fait, sans indications pr\u00e9alables. Ayant v\u00e9cu cette situation, le Dr. Mall d\u00e9cide de cr\u00e9er un espace au CHUV, ainsi qu\u2019une formation, pour pratiquer cette th\u00e9rapie. Par la suite, le Dr Mall d\u00e9cide d\u2019ouvrir un cabinet sp\u00e9cialis\u00e9, le Centre de Psychiatrie Interventionnelle, \u00e0 Lausanne. Ce cabinet est discret et a pour but de d\u00e9stigmatiser les \u00e9lectrochocs en les pratiquant dans un environnement qui n\u2019est pas celui de l\u2019h\u00f4pital psychiatrique. De plus, il d\u00e9cide d\u2019introduire une formation permettant aux praticien\u00b7ne\u00b7s de l\u2019ECT de se recertifier tous les 5 ans pour \u00eatre \u00e0 jour au niveau des innovations autour de la pratique. Gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019ouverture de cette unit\u00e9, la pratique de la th\u00e9rapie est pass\u00e9e, en 2010, d\u2019une cinquantaine de patient\u00b7e\u00b7s par ann\u00e9e \u00e0 environ 1500 patient\u00b7e\u00b7s par ann\u00e9e, en 2016.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Dr Mall, intervenant en deuxi\u00e8me ligne, a, en g\u00e9n\u00e9ral, une bonne r\u00e9ception de la part des patient\u00b7e\u00b7s lorsqu\u2019il propose la th\u00e9rapie. Une enqu\u00eate qualitative men\u00e9e dans un h\u00f4pital universitaire a pu distinguer que, pour que les psychiatres proposent la th\u00e9rapie \u00e0 leurs patient\u00b7e\u00b7s, il\u00b7elle\u00b7s doivent d\u2019abord \u00eatre convaincu\u00b7e\u00b7s des b\u00e9n\u00e9fices de celle-ci et pour poursuivre le traitement, il\u00b7elle\u00b7s se basent sur les am\u00e9liorations que la th\u00e9rapie a d\u00e9j\u00e0 pu provoquer. Pour pouvoir proposer la th\u00e9rapie, il est plus difficile d\u2019expliquer les m\u00e9canismes en jeu lors d\u2019une s\u00e9ance d\u2019ECT que lors de la prise de psychotropes, o\u00f9 les psychiatres peuvent plus facilement expliquer les m\u00e9canismes des m\u00e9dicaments pour faire accepter le traitement par leurs patient\u00b7e\u00b7s. C\u2019est une des raisons pour laquelle les traitements d\u2019ECT sont souvent propos\u00e9s comme traitement de dernier recours car les psychiatres utilisent, comme argument, la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 du tableau clinique et la r\u00e9sistance au m\u00e9dicament<sup>10<\/sup>. Pourtant, ce que reproche le Dr Mall, c\u2019est justement de la proposer en dernier recours car, si elle \u00e9tait propos\u00e9e en d\u00e9but de maladie, elle aurait une meilleure efficacit\u00e9.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"162\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-1024x162.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-1178\" style=\"object-fit:cover;width:300px;height:40px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-1024x162.png 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-300x47.png 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-768x121.png 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-1536x243.png 1536w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-2048x323.png 2048w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-1120x177.png 1120w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-540x85.png 540w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-1080x171.png 1080w, https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2021\/10\/Capture-decran-2021-05-27-a-18.38.49-1980x313.png 1980w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\" style=\"font-size:15px\"><blockquote><p>\u00ab L\u2019image de l\u2019ECT est encore difficilement accept\u00e9e par la population g\u00e9n\u00e9rale, bien que de nombreux changements sont intervenus entre le temps de l\u2019antipsychiatrie et la pratique actuelle. \u00bb<br><\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Un m\u00e9moire de Louis-Marie Petit (2017)<sup>11<\/sup> a \u00e9t\u00e9 men\u00e9 sur les repr\u00e9sentations sociales de l\u2019ECT et, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, sur la mani\u00e8re dont elle est repr\u00e9sent\u00e9e dans les m\u00e9dias et les films, comme arme de r\u00e9gimes autoritaires et de r\u00e9pression des personnes sortant de la norme. On peut aussi apercevoir que, d\u2019un point de vue linguistique, la th\u00e9rapie porte trois noms : l\u2019\u00e9lectrochoc, l\u2019\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie (ECT) ou sismoth\u00e9rapie, qui est une appellation Fran\u00e7aise li\u00e9e \u00e0 son contexte historique d\u2019\u00e9mergence. Dans le domaine m\u00e9dical, le \u00ab traitement par \u00e9lectrochoc \u00bb n\u2019est plus employ\u00e9 car il a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par le terme \u00ab \u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie \u00bb (ECT) ou \u00ab sismoth\u00e9rapie \u00bb. Pourtant, dans les m\u00e9dias, le terme \u00ab \u00e9lectrochoc \u00bb est presque tout le temps utilis\u00e9 ce qui g\u00e9n\u00e8re des repr\u00e9sentations n\u00e9gatives et brutales de la th\u00e9rapie car le terme renvoie \u00e0 des repr\u00e9sentations d\u2019un inconscient collectif, d\u2019un savoir populaire<sup>11<\/sup>. Le fait de faire passer de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 dans le cerveau pour soigner reste socialement dur \u00e0 accepter, pourtant, les risques de mortalit\u00e9 sont moins importants que lors de prises de traitements m\u00e9dicamenteux. D\u2019apr\u00e8s le Dr Mall, on serait \u00e0 environ 1 personne sur 50&rsquo;000 avec les antid\u00e9presseurs pour 1 personne sur 100&rsquo;000 avec l\u2019ECT.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><strong><strong>Les d\u00e9fis actuels de l\u2019\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie<\/strong><\/strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La th\u00e9rapie ECT a prouv\u00e9 son efficacit\u00e9 au cours du temps, cependant, elle engendre des effets secondaires \u00e0 court terme, tels que des pertes de m\u00e9moire qui, pour certain\u00b7e\u00b7s patient\u00b7e\u00b7s, peuvent \u00eatre probl\u00e9matiques. En effet, c\u2019est le cas d\u2019une patiente, qui t\u00e9moigne dans une \u00e9mission de la RTS, ayant mal v\u00e9cu les effets secondaires de la th\u00e9rapie et souffrant de troubles cognitifs importants comme une perte de ses liens familiaux, li\u00e9e aux troubles de m\u00e9moire. Il faut donc peser les co\u00fbts du risque et les avantages de la th\u00e9rapie<sup>12<\/sup>. Mais, le Dr Mall souligne que les effets secondaires des m\u00e9dicaments ne sont pas moins probl\u00e9matiques que ceux des \u00e9lectrochocs, m\u00eame si les patient\u00b7e\u00b7s les acceptent plus facilement. Et, comme mentionn\u00e9 plus haut, il a \u00e9t\u00e9 prouv\u00e9 que la th\u00e9rapie ne g\u00e9n\u00e8re pas de l\u00e9sions au cerveau, comme cela a souvent pu \u00eatre utilis\u00e9 pour revendiquer la dangerosit\u00e9 de la th\u00e9rapie. Pourtant, un conseiller UDC en 2016 et en 2017 revendique son interdiction car c\u2019est \u00ab une renaissance en toute discr\u00e9tion d\u2019une m\u00e9thode inhumaine qui provoquerait des d\u00e9g\u00e2ts irr\u00e9versibles au cerveau. \u00bb. Cependant, le Conseil F\u00e9d\u00e9ral s\u2019oppose \u00e0 la revendication du conseiller en assurant que la pratique est bien int\u00e9gr\u00e9e dans de nombreux pays et que c\u2019est au m\u00e9decin de choisir le traitement ad\u00e9quat pour un\u00b7e patient\u00b7e<sup><sup>13<\/sup><\/sup>. Le Dr Mall et le Pr Ferrero sont tous deux d\u2019accord sur le fait que la pratique, \u00e0 condition d\u2019\u00eatre bien encadr\u00e9e, n\u2019est pas dangereuse. Bien que la th\u00e9rapie ne soit plus pratiqu\u00e9e actuellement dans les cantons de Gen\u00e8ve et du Jura, cette absence ne r\u00e9sulte pas d\u2019une interdiction formelle, mais plut\u00f4t de choix institutionnels et de sensibilit\u00e9s professionnelles. Certains psychiatres privil\u00e9gient d\u2019autres approches th\u00e9rapeutiques ou orientent leurs patient\u00b7e\u00b7s vers des \u00e9tablissements situ\u00e9s dans des cantons o\u00f9 l\u2019ECT est pratiqu\u00e9e. Ces r\u00e9ticences ne rel\u00e8vent pas uniquement de consid\u00e9rations id\u00e9ologiques, mais s\u2019inscrivent dans une histoire locale marqu\u00e9e par les controverses autour de l\u2019ECT. Ainsi, les d\u00e9bats actuels portent moins sur l\u2019efficacit\u00e9 clinique de la th\u00e9rapie que sur sa signification \u00e9thique et symbolique dans la pratique psychiatrique contemporaine<sup><sup>14<\/sup><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><strong><strong>Nouvelles pratiques issues de l\u2019ECT<\/strong><\/strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Des recherches sur les m\u00e9canismes en jeu lors d\u2019une s\u00e9ance d\u2019ECT sont toujours en cours. Bradley Voytek, neuroscientifique \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Californie \u00e0 San Diego, et Maryam Soltani, psychiatre dans la m\u00eame universit\u00e9, ont trouv\u00e9 une piste d\u2019explication de l\u2019efficacit\u00e9 de l\u2019ECT. En effet, ce serait la crise \u00e9pileptique qui aurait pour effet \u00ab d\u2019augmenter l\u2019inhibition neuronale et cet effet inhibiteur serait parfois associ\u00e9 \u00e0 une diminution des sympt\u00f4mes de la d\u00e9pression \u00bb<sup><sup>15<\/sup><\/sup>. Ce qui est int\u00e9ressant, c\u2019est que les th\u00e9rapies d\u00e9velopp\u00e9es \u00e0 partir de l\u2019ECT, comme la rTMS (la stimulation magn\u00e9tique transcr\u00e2nienne), auraient les m\u00eames m\u00e9canismes inhibiteurs que l\u2019ECT. La rTMS consiste \u00e0 stimuler ou inhiber des zones cibl\u00e9es par champs magn\u00e9tiques. En fonction des zones trait\u00e9es, il y a la possibilit\u00e9 de traiter diff\u00e9rentes douleurs et sympt\u00f4mes. La pratique est moins efficace que l\u2019ECT mais, pour des personnes souffrant de d\u00e9pression non-psychotique, elle reste plus efficace que les antid\u00e9presseurs. C\u2019est un traitement qui n\u2019est pas tr\u00e8s agr\u00e9able car les patient\u00b7e\u00b7s sont conscient\u00b7e\u00b7s mais les effets secondaires sont moindres, ce qui peut permettre de prescrire plus souvent le traitement et d\u2019\u00eatre plus facilement accept\u00e9 par les patient\u00b7e\u00b7s. Cependant, cette th\u00e9rapie n\u2019est pas encore rembours\u00e9e par l\u2019assurance. D\u2019autres d\u00e9riv\u00e9s sont arriv\u00e9s r\u00e9cemment sur le march\u00e9 comme la stimulation transcr\u00e2nienne \u00e0 courant direct, qui est un casque que l\u2019on porte \u00e0 la maison qui administre un courant tr\u00e8s faible. Elle n\u2019a pas d\u2019effets secondaires mais est beaucoup moins efficace que l\u2019ECT.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><strong><strong>Conclusion<\/strong><\/strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La th\u00e9rapie par \u00e9lectrochocs a v\u00e9cu de nombreux changements au cours du temps, passant d\u2019une th\u00e9rapie brutale, voire punitive, \u00e0 une th\u00e9rapie ambulatoire pratiqu\u00e9e dans un environnement moins stigmatisant et plus s\u00e9curisant que dans le pass\u00e9. De plus, elle passe d\u2019une th\u00e9rapie pratiqu\u00e9e \u00e0 la cha\u00eene, soignant tous types de maladies, dans un contexte de psychiatrie empirique, \u00e0 une th\u00e9rapie de dernier recours qui pourrait, cependant, \u00eatre prescrite plus t\u00f4t lorsque cela est n\u00e9cessaire. Actuellement, son efficacit\u00e9 n\u2019est plus remise en doute car, bien encadr\u00e9e, elle a toute sa place dans la psychiatrie. Cela dit, des recherches sont encore en cours pour mieux comprendre les m\u00e9canismes permettant de traiter les maladies psychiques. En effet, si les m\u00e9canismes lors d\u2019une s\u00e9ance d\u2019ECT pouvaient \u00eatre expliqu\u00e9s aux patient\u00b7e\u00b7s, il serait plus facile de les convaincre de l\u2019utilit\u00e9 de la th\u00e9rapie face \u00e0 d\u2019autres traitements. Comprendre les m\u00e9canismes derri\u00e8re la pratique permettrait aussi de pouvoir la proposer plus t\u00f4t, lorsqu\u2019elle est n\u00e9cessaire, et non pas seulement comme traitement de dernier recours lorsqu\u2019il y a une r\u00e9sistance aux m\u00e9dicaments15. N\u00e9anmoins, la repr\u00e9sentation de la th\u00e9rapie doit encore changer car elle v\u00e9hicule toujours, aupr\u00e8s de la population g\u00e9n\u00e9rale, une mauvaise image, malgr\u00e9 l\u2019envie des psychiatres de la d\u00e9stigmatiser pour pouvoir traiter davantage de patient\u00b7e\u00b7s plus rapidement et de mani\u00e8re efficace. Il est cependant difficile de changer l\u2019image populaire de la pratique car elle renvoie \u00ab \u00e0 de fortes \u00e9motions, \u00e0 la peur et \u00e0 une atteinte \u00e0 la libert\u00e9, comme certaines repr\u00e9sentations de l\u2019ECT le v\u00e9hiculent, qui est un levier redoutablement efficace pour enraciner une d\u00e9fiance en cette th\u00e9rapeutique \u00bb<sup><sup>11<\/sup><\/sup>. Toutefois, il serait envisageable de r\u00e9duire la stigmatisation de cette pratique en sensibilisant le public, notamment en expliquant son fonctionnement et en mettant en lumi\u00e8re les bienfaits de la th\u00e9rapie.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><strong><strong>Remerciements<\/strong><\/strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Nous tenons \u00e0 remercier tout particuli\u00e8rement le Pr Fran\u00e7ois Ferrero et le Dr Jean-Fr\u00e9d\u00e9ric Mall d\u2019avoir pris le temps de nous rencontrer, de r\u00e9pondre \u00e0 nos questions et de nous avoir apporter tant de mat\u00e9riel pour d\u00e9velopper notre sujet.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:42px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Notes de base de page<\/h3>\n\n\n\n<p>a. Dans les parties de cet essai relatives au pass\u00e9 de la pratique des \u00e9lectrochocs, nous parlerons toujours du psychiatre au masculin. En effet, la psychiatrie fut, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, quasi exclusivement un domaine masculin. De plus, tous les noms de psychiatres que nous allons rencontrer sont ceux d\u2019hommes. Nous notons cependant une exception dans nos lectures, le nom d\u2019Edith Klemperer, une des premi\u00e8res femmes neurologue et psychiatre. Cette derni\u00e8re a notamment fait l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019emploi de l\u2019insuline dans le traitement du delirium tremens<sup>2<\/sup>. Le cardiazol est \u00ab (\u2026) un succ\u00e9dan\u00e9 de l\u2019huile camphr\u00e9e. \u00bb<sup>2<\/sup><\/p>\n\n\n\n<p>b. Le cardiazol est \u00ab (\u2026) un succ\u00e9dan\u00e9 de l\u2019huile camphr\u00e9e. \u00bb<sup>2<\/sup> <\/p>\n\n\n\n<p>c. Appareil fran\u00e7ais servant \u00e0 produire des \u00e9lectrochocs chez les patient\u00b7e\u00b7s. <\/p>\n\n\n\n<p>d. La curarisation est une intervention qui a pour but de paralyser les muscles. Dans l\u2019ECT, elle sert \u00e0 contrer les convulsions provoqu\u00e9es par les courants \u00e9lectriques. <\/p>\n\n\n\n<p>e. Les antid\u00e9presseurs inhibiteurs monoamine-oxydase et les antid\u00e9presseurs tricycliques. <\/p>\n\n\n\n<p>f. Les anxiolytiques m\u00e9probamate et chlordiaz\u00e9poxide. <\/p>\n\n\n\n<p>g. L\u2019ECT ne se faisait pas encore partout sous narcose et certains psychiatres estimaient obtenir de meilleurs r\u00e9sultats sans cette derni\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>h. Pratique th\u00e9rapeutique consistant \u00e0 administrer des traitements pharmacologiques afin de provoquer l\u2019endormissement.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:10px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Biographie<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"has-light-background-background-color has-background\">1. Guillemain, H. (2020). Les effets secondaires de la technique. Patients et institutions psychiatriques au temps de l\u2019\u00e9lectrochoc, de la psychochirurgie et des neuroleptiques retard (ann\u00e9es 1940-1970). Revue d\u2019histoire moderne et contemporaine, 671(1), 72-98. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/rhmc.671.0072\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/rhmc.671.0072<\/a><br><br>2. Missa, J.-N. (2006). Naissance de la psychiatrie biologique. Histoire des traitements des maladies mentales au XXe si\u00e8cle. PUF. ISBN 2-13-055114.<br><br>3. Shorter, E. &amp; Healy, D. (2007). Shock therapy, A history of electroconvulsive treatment in mental illness. Rutgers University Press. ISBN 978-0-8135-5425-9.<br><br>4. Von Bueltzingsloewen, I. (2010). Un fol espoir th\u00e9rapeutique ? L\u2019introduction de l\u2019\u00e9lectrochoc dans les h\u00f4pitaux psychiatriques fran\u00e7ais (1941-1945). Annales historiques de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, 8(1), 93-104. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/ahe.008.0093\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/ahe.008.0093<\/a><br><br>5. Edel, Y. et Caroli, F. (1987). Histoire de l\u2019\u00e9lectrochoc : des traitements \u00e9lectriques \u00e0 la convulsivoth\u00e9rapie en psychiatrie. Bulletin d\u2019histoire de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, 9(1), 87-114. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3406\/helec.1987.1012\">https:\/\/doi.org\/10.3406\/helec.1987.1012<\/a><br><br>6. Tinguely, R. (2023). Premiers usages de l\u2019\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie en Suisse. Histoire, m\u00e9decine et sant\u00e9, 23(printemps 2023), 163-168. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/hms.6980\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/hms.6980<\/a><br><br>7. Missa J.-N. (2009). Chapitre 1. Les fondements neuroscientifiques de la psychopathologie : de la d\u00e9couverte des m\u00e9dicaments psychotropes aux premi\u00e8res hypoth\u00e8ses sur les fondements neuroscientifiques des maladies mentales. Dans Franck, N., Herv\u00e9, C. et Rozenberg, J. J., Psychose, langage et action : Approches neuro-cognitives (pp. 25-32). De Boeck Sup\u00e9rieur. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/dbu.dagog.2009.01.0025\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/dbu.dagog.2009.01.0025<\/a><br><br>8. Ferrero, F. (2022). Psychiatry and antipsychiatry, Inquiry into the Geneva 1980s psychiatry crisis. INHN publisher.<br><br>9. RTS. (2017). Avis d\u2019expert : Des \u00e9lectrochocs contre la d\u00e9pression [\u00c9mission t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e]. RTS Un. <a href=\"https:\/\/avisdexperts.ch\/videos\/view\/6859\">https:\/\/avisdexperts.ch\/videos\/view\/6859<\/a><br><br>10. Michel, A. et Youn\u00e8s, N. (2019). Les obstacles \u00e0 la mise en place d\u2019un traitement par \u00e9lectro-convulsivoth\u00e9rapie en psychiatrie. Une enqu\u00eate qualitative. L&rsquo;information psychiatrique, 95(6), 425-430. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1684\/ipe.2019.1973\">https:\/\/doi.org\/10.1684\/ipe.2019.1973<\/a><br><br>11. Petit, L.-M. (2017). Les repr\u00e9sentations sociales de l\u2019\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie : analyse historique, filmographique et m\u00e9diatique du traitement (Publication N\u00b0223314862) [Doctoral dissertation, Universit\u00e9 Grenoble Alpes]. Dumas. <a href=\"https:\/\/dumas.ccsd.cnrs.fr\/dumas-01677899v1\/document\">https:\/\/dumas.ccsd.cnrs.fr\/dumas-01677899v1\/document<\/a><br><br>12. Magnin, P. et B\u00fcrgi, C. (R\u00e9al.). (2012). \u00c9lectrochocs : la th\u00e9rapie conna\u00eet un retour en gr\u00e2ce dans les h\u00f4pitaux psychiatriques romands. AMS prod. group : TSR. [\u00c9mission t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e]. Mise au point. <a href=\"https:\/\/www.rts.ch\/play\/tv\/-\/video\/-?urn=urn:rts:video:3761712\">https:\/\/www.rts.ch\/play\/tv\/-\/video\/-?urn=urn:rts:video:3761712<\/a><br><br>13. Parlement Suisse. (2016, 15 d\u00e9cembre). Electroconvulsioth\u00e9rapie (\u00e9lectrochocs). Site web du Parlement Suisse. <a href=\"https:\/\/www.parlament.ch\/fr\/ratsbetrieb\/suche-curia-vista\/geschaeft?AffairId=20164041\">https:\/\/www.parlament.ch\/fr\/ratsbetrieb\/suche-curia-vista\/geschaeft?AffairId=20164041<\/a><br><br>14. Etter, J.-F. et Bertschy, G. (2008). Electroconvulsivoth\u00e9rapie : Point de vue sur un traitement banni. Revue M\u00e9dicale Suisse, 4(148), 676-679. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.53738\/REVMED.2008.4.148.0676\">https:\/\/doi.org\/10.53738\/REVMED.2008.4.148.0676<\/a><br><br>15. Landau, E. (2024). L\u2019\u00e9tonnant pouvoir des \u00e9lectrochocs. Cerveau &amp; Psycho, 168, 25-27.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>lllustration d&rsquo;en-t\u00eate:<\/strong> g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par l\u2019intelligence artificielle ChatGPT<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Traitement r\u00e9volutionnaire ou outil de contr\u00f4le psychiatrique ? L\u2019\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie (ECT) suscite encore aujourd&rsquo;hui un d\u00e9bat passionn\u00e9. Longtemps d\u00e9cri\u00e9e, cette th\u00e9rapie fait son retour dans certains milieux psychiatriques. Entre controverses, avanc\u00e9es scientifiques et r\u00e9sistances id\u00e9ologiques, enqu\u00eate sur une pratique qui ne laisse personne indiff\u00e9rent.<\/p>\n","protected":false},"author":1002689,"featured_media":6262,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"template-full-width-cover.php","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[5],"tags":[417,414,416,129,418],"class_list":{"0":"post-6248","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-articles","8":"tag-controverse","9":"tag-electrochocs","10":"tag-psychiatrie","11":"tag-stigmatisation","12":"tag-traitement-medical"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6248","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002689"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6248"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6248\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6281,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6248\/revisions\/6281"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6262"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6248"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6248"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6248"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}