{"id":2229,"date":"2022-05-30T11:54:38","date_gmt":"2022-05-30T09:54:38","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/?p=2229"},"modified":"2022-05-30T11:59:45","modified_gmt":"2022-05-30T09:59:45","slug":"ce-que-lintersectionnalite-fait-au-care-pour-une-theorie-feministe-des-domesticites","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/ce-que-lintersectionnalite-fait-au-care-pour-une-theorie-feministe-des-domesticites\/","title":{"rendered":"Ce que l\u2019intersectionnalit\u00e9 fait au care : pour une th\u00e9orie f\u00e9ministe des domesticit\u00e9s"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<h4 class=\"has-text-align-left wp-block-heading\">Par Noura Kaspar<\/h4>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<div class=\"wp-block-file alignright\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/files\/2022\/05\/Ce-que-lintersectionnalite\u0301-fait-au-care-pour-une-the\u0301orie-fe\u0301ministe-des-domesticite\u0301s-\u2013-BISS.pdf\" class=\"wp-block-file__button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-e9ea31ef-d5b0-4658-982c-5a50c76384e0\">T\u00e9l\u00e9charger l&rsquo;article en PDF<\/a><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p>Compte-rendu de la conf\u00e9rence de Caroline Ibos du 7 avril 2022 organis\u00e9e par le Centre en \u00e9tude genre de l\u2019universit\u00e9 de Lausanne autour de la question du<em> care<\/em> et des domesticit\u00e9s.<br><br>Caroline Ibos est professeure de sociologie au sein du d\u00e9partement d\u2019\u00e9tude de genre de l\u2019universit\u00e9 Paris 8 Vincennes Saint-Denis. Ses principaux champs de recherches sont les \u00e9thiques du <em>care<\/em>, la sociologie des domesticit\u00e9s, les rapports de domination et intersectionnalit\u00e9, les luttes et r\u00e9sistances des subalternis\u00e9\u00b7e\u00b7s ainsi que sur les migrations, circulations et pratiques de la globalisation.<br><br>Peut-on appeler les femmes qui s&rsquo;occupent de nos enfants des domestiques ? Aujourd\u2019hui, le terme semble choquant, il nous ram\u00e8ne \u00e0 une domination qui para\u00eet avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9pass\u00e9e depuis longtemps. On entend plus volontiers dire que ces femmes \u201cfont partie de la famille\u201d. N\u00e9anmoins, la mani\u00e8re dont on les d\u00e9signe implique un enjeu particulier. Ainsi, il s\u2019agit de tenir compte de leurs positions au sein d\u2019un champ de forces des rapports sociaux.<br><br>Dans son travail, Caroline Ibos adopte une m\u00e9thode qui consiste en une observation \u00e0 la fois immersive et flottante. Elle prend le parti de ne pas faire d\u2019entretiens avec ces femmes qu\u2019elle observe dans des squares parisiens. Elles sont, pour la plupart, n\u00e9es en Afrique de l\u2019Ouest, exil\u00e9es en France et elles s\u2019occupent d\u2019enfants blancs provenant de la classe moyenne sup\u00e9rieure.\u00a0<br><br>Au travers de son travail, elle souhaite mettre au jour les engrenages d\u2019une domination syst\u00e9mique mise \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre \u00e0 l\u2019\u00e9chelle globale et nationale de la pr\u00e9carisation des travailleuses du <em>care<\/em>. Elle a pour but de repenser les subjectivit\u00e9s politiques \u00e0 partir des domesticit\u00e9s et vice-versa. Elle porte un int\u00e9r\u00eat particulier aux questions des rapports de pouvoir et questionne ce que les domesticit\u00e9s r\u00e9v\u00e8lent de ces rapports.\u00a0<br><br>Pour ce faire, Caroline Ibos souhaite faire dialoguer le champ th\u00e9orique du<em> care <\/em>et celui des domesticit\u00e9s. Elle opte pour une approche intersectionnelle permettant d\u2019\u00e9tudier les tensions qui existent entre \u00e9thique et politique du <em>care.\u00a0<\/em><br><br>Un regard critique est port\u00e9 sur les travaux sociologiques des domesticit\u00e9s contemporaines qui, selon elle, pensent les relations sociales comme des relations entre des individus \u201cd\u00e9sincarn\u00e9s, coup\u00e9s de leurs corps et de leurs \u00e9motions\u201d. Intervient alors le paradigme du <em>care<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u201cLe paradigme du <em>care<\/em> a permis de ressaisir, dans les enqu\u00eates, un champ lexical et analytique qui, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, \u00e9tait tr\u00e8s effac\u00e9 et ignor\u00e9, celui des \u00e9motions, des affects, du toucher, des attachements, des corps.\u201d<\/p><cite>Caroline Ibos, 7 avril, Universit\u00e9 de Lausanne<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>N\u00e9anmoins, selon Caroline Ibos, les discours des \u00e9thiques du <em>care<\/em> visent souvent \u00e0 une revalorisation morale de ces m\u00e9tiers. Cette posture pose plusieurs probl\u00e8mes. D\u2019une part, elle ne permet pas de penser l\u2019\u00e9mancipation puisqu&rsquo;elle ne fait qu&rsquo;ajouter de la valeur \u00e0 une activit\u00e9 qui se d\u00e9roule dans l\u2019exploitation. D\u2019autre part, elle fait \u201cporter le politique aux domin\u00e9s\u201d alors m\u00eame qu\u2019il n\u2019y a pas de r\u00e9elles pistes de revalorisation. En effet, les solutions propos\u00e9es par les \u00e9thiques du <em>care<\/em> ne permettent pas de se saisir de la source du probl\u00e8me. L\u2019attention reste port\u00e9e sur les exploit\u00e9s et leur marge de man\u0153uvre individuelle et non pas sur l\u2019enjeu m\u00eame du probl\u00e8me qui se situe plut\u00f4t au niveau structurel.\u00a0<br><br>Dans les travaux pr\u00e9c\u00e9dents cit\u00e9s par la conf\u00e9renci\u00e8re, on note celui de Carol Gilligan, fortement critiqu\u00e9 pour son naturalisme, notamment par Joan Tronto. Caroline Ibos souligne que bien que Tronto critique le naturalisme de Gilligan, elle oublie la question du souci de soi. Selon la conf\u00e9renci\u00e8re, penser l\u2019\u00e9thique du <em>care <\/em>uniquement dans une optique de r\u00e9paration du monde ne permet plus de penser le sujet et ainsi m\u00e8ne \u00e0 une \u00e9thique normative.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u201cLe souci de soi peut \u00eatre une strat\u00e9gie. D\u00e8s lors qu\u2019on pense souci de soi et souci de l\u2019autre alors il y a une piste pour penser la question de l\u2019\u00e9mancipation\u201d<\/p><cite>Caroline Ibos, 7 avril, Universit\u00e9 de Lausanne<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Ainsi, Caroline Ibos, propose de penser l\u2019\u00e9thique du<em> care<\/em> avec la notion de souci de soi et de l\u2019autre. Le souci de soi pens\u00e9 comme une strat\u00e9gie permet de consid\u00e9rer l\u2019aspect politique de l\u2019\u00e9mancipation, point central des domesticit\u00e9s selon la conf\u00e9renci\u00e8re.<br><br>La premi\u00e8re piste propos\u00e9e par Caroline Ibos est de ne plus appeler ces femmes \u00ab\u00a0travailleuses du <em>care<\/em>\u201d, terme qui r\u00e9duit l\u2019existence au rapport d\u2019exploitation, mais de privil\u00e9gier le terme de \u201csubalterne du soin\u201d qui sugg\u00e8re les exp\u00e9riences plurielles de ces femmes.<br><br>Une deuxi\u00e8me piste reposerait sur l\u2019\u00e9tude des r\u00e9sistances et des luttes qui sont port\u00e9es par ces femmes. Ainsi, il convient de ne pas les concevoir uniquement comme sujets moraux, mais d\u2019y int\u00e9grer la dimension de lutte.<br><br>La troisi\u00e8me piste consiste en la sollicitation de l\u2019intersectionnalit\u00e9 dans l\u2019\u00e9tude de l\u2019\u00e9thique du <em>care<\/em>. Ainsi, Caroline Ibos propose de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la mani\u00e8re dont sont conceptualis\u00e9es les \u00e9thiques du <em>care<\/em>, leurs origines, les actrices et acteurs en jeu. De plus, il lui semble important de penser l\u2019exclusion au<em> care<\/em> comme repr\u00e9sentation des rapports de pouvoir. Priver certains groupes du <em>care<\/em> (communautaire) est une mani\u00e8re d\u2019emp\u00eacher l\u2019organisation et l\u2019entraide sociale.\u00a0<br><br>Une derni\u00e8re piste serait de penser le <em>care<\/em> comme une strat\u00e9gie, une ressource efficace, un moyen de s\u2019organiser dans la lutte vers l\u2019\u00e9mancipation. Caroline Ibos prend l\u2019exemple des ouvri\u00e8res d\u2019H\u00e9nin-Beaumont qui ont \u00e9t\u00e9 licenci\u00e9es de l\u2019usine Samsonite. Ces femmes ont cr\u00e9\u00e9 un mouvement de r\u00e9sistance par la mise en place d\u2019une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre qui a tenu gr\u00e2ce aux liens forts et solidaires entre les ouvri\u00e8res.<br><br>De la conf\u00e9rence, s\u2019ensuit un \u00e9change entre la conf\u00e9renci\u00e8re et le public. Ainsi, on questionne la pertinence de faire, \u00e0 l\u2019\u00e9poque actuelle, des enqu\u00eates ethnographiques desquelles d\u00e9coulent forc\u00e9ment des questionnements sur la relation dans l\u2019enqu\u00eate. Question abord\u00e9e g\u00e9n\u00e9ralement de fa\u00e7on mineure, elle pousse, chercheur\u00b7euse\u00b7s, enseignant\u00b7e\u00b7s et \u00e9tudiant\u00b7e\u00b7s \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 de nouvelles m\u00e9thodes plus pertinentes. Plus tard, une deuxi\u00e8me intervenante souligne l\u2019id\u00e9e selon laquelle les \u00e9thiques du <em>care <\/em>sont travers\u00e9es par des rapports de pouvoir. De ce fait, il serait, selon elle, impossible de redonner des capacit\u00e9s de care dans ces circonstances. Elle pr\u00e9cise que cela serait possible uniquement lorsque les personnes sont \u00e0 \u00e9galit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire, qu\u2019elles partagent potentiellement des exp\u00e9riences communes, une identit\u00e9 commune. S&rsquo;ensuit une discussion sur les narrations observ\u00e9es sur les femmes racis\u00e9es militantes. Une double optique est apport\u00e9e par la conf\u00e9renci\u00e8re concernant l\u2019utilisation d\u2019adjectifs tels que \u201cfortes\u201d, \u201cfi\u00e8res\u201d, \u201cdignes\u201d. Ces termes permettent \u00e0 la fois, la revendication d\u2019un courage cens\u00e9 inverser les repr\u00e9sentations de servilit\u00e9. Cependant, ils conduisent, en m\u00eame temps, \u00e0 essentialiser ces femmes et de ce fait \u00e0 minimiser leurs souffrances.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Informations <\/h3>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table class=\"has-fixed-layout\"><tbody><tr><td>Pour citer cet article<\/td><td>Nom Pr\u00e9nom, \u00ab Titre \u00bb. Blog de l\u2019Institut des sciences sociales [En ligne], mis en ligne le XX mois 2022, consult\u00e9 le XX mois 2022. URL :<\/td><\/tr><tr><td>Autrice <\/td><td>Noura Kaspar, \u00e9tudiante en Bachelor<\/td><\/tr><tr><td>Contact<\/td><td><a href=\"mailto:noura.kaspar@unil.ch\">noura.kaspar@unil.ch<\/a><\/td><\/tr><tr><td>Enseignement<\/td><td>S\u00e9minaire <em>Sociologie des masculinit\u00e9s<\/em><br><br>Par S\u00e9bastien Chauvin et Estelle Rothlisberger<\/td><\/tr><\/tbody><\/table><\/figure>\n\n\n\n<p>\u00a9 Illustration : Pixabay<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Compte-rendu de la conf\u00e9rence de Caroline Ibos du 7 avril 2022 organis\u00e9e par le Centre en \u00e9tude genre de l\u2019universit\u00e9 de Lausanne autour de la question du care et des domesticit\u00e9s.<\/p>\n","protected":false},"author":1002306,"featured_media":2230,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"template-full-width-cover.php","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[6],"tags":[183,184],"class_list":{"0":"post-2229","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-comptes-rendus","8":"tag-domesticite","9":"tag-intersectionnalite"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2229","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002306"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2229"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2229\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2230"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2229"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2229"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/biss\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2229"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}