{"id":669,"date":"2013-08-12T11:51:08","date_gmt":"2013-08-12T09:51:08","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/bases\/?p=669"},"modified":"2013-08-20T18:19:41","modified_gmt":"2013-08-20T16:19:41","slug":"post-modernisme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/bases\/2013\/08\/post-modernisme\/","title":{"rendered":"Le post-modernisme"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify\">Le postmodernisme est un mouvement qui appara\u00eet dans les ann\u00e9es &rsquo;70 dans les arts et s&rsquo;\u00e9tend \u00e0 d&rsquo;autres disciplines dont les sciences sociales. Il remet en cause le <a title=\"Auguste Comte et le positivisme\" href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/bases\/2013\/05\/auguste-comte-et-le-positivisme\/\">positivisme<\/a>, la recherche de lois universelles et de \u00ab\u00a0la\u00a0\u00bb v\u00e9rit\u00e9, au profit d&rsquo;une approche prennant en compte la diversit\u00e9 de points de vue, le fait qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas qu&rsquo;une v\u00e9rit\u00e9, et la prise en compte de la parole des minorit\u00e9s.<!--more--><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Th\u00e9orie<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Le postmodernisme est un mouvement qui apparait \u00e0 la fin des ann\u00e9es &rsquo;70 en architecture et qui s&rsquo;\u00e9tend \u00e0 d&rsquo;autres champs tels que la litt\u00e9rature, la philosophie et les sciences sociales. Il s&rsquo;agit essentiellement de marquer une rupture avec la modernit\u00e9: comme son nom l&rsquo;indique, ce courant se veut une critique du modernisme, dominant dans la culture occidentale jusque dans les ann\u00e9es &rsquo;60 et qui se r\u00e9f\u00e8re \u00ab\u00a0<em>\u00e0 la science positiviste et \u00e0 l&rsquo;id\u00e9ologie du progr\u00e8s<\/em>\u00a0\u00bb (Darnell et Staszak, 2006, p.875).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En architecture et en arts, l&rsquo;objectif est de <strong>rompre avec les attentes conventionnelles<\/strong> qui repr\u00e9sentent le paradigme moderniste. Le style architectural postmoderniste s&rsquo;exprime \u00e0 travers des assemblages de diff\u00e9rents styles dans les fa\u00e7ades des b\u00e2timents, ou alors \u00e0 travers la mise en avant d&rsquo;infrastructures qui restaient auparavant cach\u00e9es comme les ascenseurs, par exemple au Centre Pompidou de Paris ou au Lloyd&rsquo;s Building de Londres (Simon, 2008, p.120).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En litt\u00e9rature, des auteurs tels que Samuel Beckett, William S. Burroughs, ou encore Gabriel Garcia Marquez, parmi beaucoup d&rsquo;autres, \u00e9crivent dans un style qui rompt avec la tradition du r\u00e9cit lin\u00e9aire moderniste. L&rsquo;ironie, le pastiche, les flashbacks, la non-lin\u00e9arit\u00e9, et une structure de narration complexe sont parmi les caract\u00e9ristiques du style postmoderne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En sciences sociales, le postmodernisme implique une mani\u00e8re de penser et de voir le monde diff\u00e9rente de la pens\u00e9e \u00ab\u00a0moderne\u00a0\u00bb dont l&rsquo;origine remonte aux Lumi\u00e8res. L&rsquo;approche moderne est fond\u00e9e sur la sup\u00e9riorit\u00e9 de la raison, l&rsquo;<a title=\"L\u2019Ecole n\u00e9oclassique\" href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/bases\/2013\/05\/lecole-neoclassique\/\">\u00e9conomie n\u00e9oclassique<\/a> et la recherche de lois universelles selon la <a title=\"Auguste Comte et le positivisme\" href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/bases\/2013\/05\/auguste-comte-et-le-positivisme\/\">m\u00e9thode positiviste<\/a>. Celle-ci postule que la connaissance est neutre et universelle et que le chercheur, s&rsquo;il agit avec raison (de mani\u00e8re scientifique), peut saisir \u00ab\u00a0la\u00a0\u00bb r\u00e9alit\u00e9, \u00ab\u00a0la\u00a0\u00bb v\u00e9rit\u00e9. Pour se r\u00e9f\u00e9rer aux th\u00e9ories qui pr\u00e9tendent d\u00e9tenir \u00ab\u00a0la\u00a0\u00bb v\u00e9rit\u00e9, on utilise souvent le terme de \u00ab\u00a0<strong>meta-narrative<\/strong>\u00a0\u00bb (ou \u00ab\u00a0grands r\u00e9cits\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour les postmodernes, l&rsquo;observateur influence toujours sont sujet, <strong>il n&rsquo;y a pas un savoir \u00ab\u00a0vrai\u00a0\u00bb et objectif<\/strong>, il n&rsquo;y a que des interpr\u00e9tations de la r\u00e9alit\u00e9. De plus, en affirmant connaitre \u00ab\u00a0la\u00a0\u00bb v\u00e9rit\u00e9, le chercheur exerce un <strong>pouvoir<\/strong> car sa voix est expos\u00e9e au d\u00e9triment de celle des autres, c&rsquo;est pourquoi la recherche d&rsquo;une v\u00e9rit\u00e9 universelle est remise en question au profit du <a title=\"Relativisme\" href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/bases\/2013\/07\/relativisme\/\">relativisme<\/a>, qui consid\u00e8re qu&rsquo;il y a autant de v\u00e9rit\u00e9s que de points de vue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Sont \u00e9galement rejet\u00e9es les oppositions binaires selon lesquelles, depuis les Lumi\u00e8res, on analyse la soci\u00e9t\u00e9 (sujet-objet, moderne-traditionnel, homme-femme,&#8230;). Celles-ci sont consid\u00e9r\u00e9es comme r\u00e9ductionnistes, car ne prenant pas en compte les nuances et contribuant \u00e0 \u00e9tablir une hi\u00e9rarchie de valeurs o\u00f9 sont valoris\u00e9es celles de la civilisation occidentale. Les postmodernes ne pensent donc pas une raison universelle qui serait la m\u00eame pour chaque individu, mais penchent plut\u00f4t pour <strong>une vari\u00e9t\u00e9 de rationalit\u00e9s diff\u00e9rentes<\/strong> construites et d\u00e9pendantes du contexte historique et culturel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Depuis les Lumi\u00e8res, la raison \u00e9tait porteuse d&rsquo;espoir et \u00e9tait cens\u00e9e am\u00e9liorer la soci\u00e9t\u00e9 gr\u00e2ce au progr\u00e8s. Ce dernier est remis en question tout comme la th\u00e9orie du d\u00e9veloppement qui y est associ\u00e9e (th\u00e9orie de la modernisation). Plut\u00f4t que de porter son attention sur les discours officiels et formels, on pr\u00e9f\u00e9rera une approche qui prenne en compte \u00e0 la fois discours formels et informels, officiels et officieux, ceux des domin\u00e9s et ceux des dominants. Aux approches de d\u00e9veloppement \u00ab\u00a0top-down\u00a0\u00bb officielles, on pr\u00e9f\u00e8re les \u00ab\u00a0<strong>bottom-up<\/strong>\u00ab\u00a0, ou un hybride des deux (Simon, 2008, p.122).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Un apport important du postmodernisme se trouve dans le fait qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas de savoir s&rsquo;il existe une v\u00e9rit\u00e9 vraie, mais d&rsquo;<strong>\u00e9tudier les descriptions qui en sont faites<\/strong> et leur inscription \u00ab\u00a0<em>dans des repr\u00e9sentations et pratiques po\u00e9tiques et politiques<\/em>\u00a0\u00bb (Ghasarian, 1998, p.568 citant Clifford et Marcus, 1986). Par exemple, les &lt;f\u00e9ministes&lt; s&rsquo;inscrivant dans cette approche, ont d\u00e9montr\u00e9 que \u00ab\u00a0<em>la philosophie et la science occidentales sont des id\u00e9ologies de pouvoir construites sur des pr\u00e9suppos\u00e9s patriarcaux et phallocentriques, comme l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une rationalit\u00e9 \u00ab masculine \u00bb face aux voix de l&rsquo;intuition, de la magie et de l&rsquo;enchantement d\u00e9finies, elles, comme \u00ab f\u00e9minines \u00bb<\/em>\u00a0\u00bb (Ghasarian, 1998, p.568).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le postmodernisme critique aussi le fait que le <strong>chercheur<\/strong>, en utilisant le savoir scientifique, pr\u00e9suppose l&rsquo;utilisation de la forme la plus \u00e9lev\u00e9e de raison. Il est donc privil\u00e9gi\u00e9 par rapport \u00e0 celui qu&rsquo;il \u00e9tudie, l&rsquo;Autre (Ghasarian, 1998, p.568). Cela fait prendre conscience \u00e0 l&rsquo;anthropologue qu&rsquo;il se trouve dans un rapport de domination avec les populations qu&rsquo;il \u00e9tudie: son savoir est consid\u00e9r\u00e9 comme plus \u00e9labor\u00e9 que celui de l&rsquo;Autre. Le travail de l&rsquo;anthropologue tel que con\u00e7u avant les ann\u00e9es &rsquo;70, c&rsquo;est-\u00e0-dire une observation objective des faits sociaux, est remis en cause au profit d&rsquo;une approche postmoderne o\u00f9 le chercheur s&rsquo;engage avec ceux qui sont l&rsquo;objet de son \u00e9tude (Darnell et Staszak, 2006, p.876).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le postmodernisme a eu un impact important sur la <strong>g\u00e9ographie<\/strong>: d&rsquo;apr\u00e8s cette approche, le monde \u00e9tudi\u00e9 par le g\u00e9ographe \u00ab\u00a0<em>ne se r\u00e9sout pas en \u00e9quations et n&rsquo;existe pas ind\u00e9pendamment des \u00eatres humains qui le per\u00e7oivent, le con\u00e7oivent, le repr\u00e9sentent, le pratiquent, le construisent. [Il] est une r\u00e9alit\u00e9 sociale et historique, qui existe d&rsquo;abord \u00e0 travers les sens, la pens\u00e9e, la parole, les gestes des \u00eatres humains<\/em>\u00ab\u00a0(Darnell et Staszak, 2006, p.878). Ceci conduit d&rsquo;une part, \u00e0 prendre en compte et donner de la l\u00e9gitimit\u00e9 aux discours et savoirs des \u00ab\u00a0minorit\u00e9s\u00a0\u00bb, et d&rsquo;autre part, \u00e0 \u00e9tudier les objets g\u00e9ographiques non comme des choses objectivables, mais comme des <a title=\"Constructivisme\" href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/bases\/2013\/08\/constructivisme\/\">constructions<\/a> discursives qui sont produites par des repr\u00e9sentations, et qui produisent du sens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les critiques du postmodernisme sont souvent adress\u00e9es \u00e0 sa version extr\u00eame: le postmodernisme revient \u00e0 une forme de <a title=\"Relativisme\" href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/bases\/2013\/07\/relativisme\/\">relativisme<\/a> dans lequel tous les points de vue sont \u00e9gaux. Toute forme d&rsquo;action collective est alors impossible \u00e9tant donn\u00e9 l&rsquo;impossibilit\u00e9 de se mettre d&rsquo;accord sur des r\u00e8gles basiques de vivre-ensemble. On ne peut donc rien faire car chaque situation est diff\u00e9rente.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Parmi les critiques du post-modernisme on trouve aussi les tenants du <a title=\"R\u00e9alisme critique\" href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/bases\/2013\/08\/realisme-critique\/\">r\u00e9alisme critique<\/a>, qui proposent une vision moins relativiste de la construction de la connaissance.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Clifford, J., &amp; Marcus, G. E. (1986). <em>Writing Culture: The Poetics and Politics of Ethnography<\/em>. Berkeley: University of California Press.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Darnell, R., &amp; Staszak, J.-F. (2006). Postmodernisme et sciences humaines. In S. Mesure &amp; P. Savidan (dir.), <em>Dictionnaire des sciences humaines<\/em> (p. 875-879). Paris: Presses Universitaires de France.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ghasarian, C. (1998). A propos des \u00e9pist\u00e9mologies postmodernes. <em>Ethnologie fran\u00e7aise<\/em>, 28(4), 563-577.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Simon, D. (2008). Postmodernism and development. In V. Desai &amp; R. B. Potter (dir.), <em>The Companion to Development Studies<\/em> (2nd \u00e9d., pp. 119-124). London: Hodder Education.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Projets de recherche<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\"><a title=\"Culture et d\u00e9veloppement: quelles interactions? *\" href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/bases\/2013\/07\/culture-et-developpement\/\">Culture et d\u00e9veloppement: quelles interactions? <\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a title=\"Religion et d\u00e9veloppement: quelles interactions? *\" href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/bases\/2013\/07\/religion-et-developpement-quelles-interactions\/\">Religion et d\u00e9veloppement: quelles interactions? <\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le postmodernisme est un mouvement qui appara\u00eet dans les ann\u00e9es &rsquo;70 dans les arts et s&rsquo;\u00e9tend \u00e0 d&rsquo;autres disciplines dont les sciences sociales. 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