{"id":643,"date":"2013-08-12T11:07:58","date_gmt":"2013-08-12T09:07:58","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/bases\/?p=643"},"modified":"2017-11-20T13:40:48","modified_gmt":"2017-11-20T12:40:48","slug":"constructivisme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/bases\/2013\/08\/constructivisme\/","title":{"rendered":"Le constructivisme"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify\">En sciences sociales, il est courant de trouver des travaux proposant d&rsquo;\u00e9tudier la construction sociale de tel ou tel ph\u00e9nom\u00e8ne. Le courant de recherche du constructivisme est n\u00e9 au 20e si\u00e8cle des travaux de Berger et Luckmann. Il consiste en l&rsquo;\u00e9tude de ph\u00e9nom\u00e8nes sociaux qui \u00e0-priori semblent naturels et allant de soi, et propose d&rsquo;en faire la gen\u00e8se, de montrer qu&rsquo;ils sont construits, contingents, et historiquements situ\u00e9s. Ne niant pas que la r\u00e9alit\u00e9 existe, cette posture se propose par exemple d&rsquo;\u00e9tudier la mani\u00e8re dont ont \u00e9t\u00e9 form\u00e9es des cat\u00e9gories sociales, plut\u00f4t que leurs caract\u00e9ristiques intrins\u00e8ques.<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le constructivisme est un courant qui \u00e9merge au 20e si\u00e8cle dans diverses disciplines (philosophie, math\u00e9matiques, sociologie, architecture,&#8230;) selon lesquelles son usage et son sens varient. Cette h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 de r\u00e9flexions a contribu\u00e9 \u00e0 une confusion par rapport \u00e0 ce que l&rsquo;on entend par des termes comme \u00ab\u00a0constructivisme\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0construction sociale\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb, dont les significations peuvent varier consid\u00e9rablement d&rsquo;un auteur \u00e0 l&rsquo;autre. Apr\u00e8s un bref d\u00e9tour \u00e9pist\u00e9mologique, c&rsquo;est le constructivisme en sciences sociales dont il sera question dans la suite de ce texte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Historiquement, le constructivisme vient de la <strong>philosophie des sciences<\/strong>. Ce champ d&rsquo;\u00e9tudes cherche notamment \u00e0 comprendre ce qui fonde la connaissance et en particulier les crit\u00e8res qui font qu&rsquo;une activit\u00e9 est dite scientifique. Le constructivisme s&rsquo;inscrit dans un d\u00e9bat qui l&rsquo;oppose \u00e0 l&#8217;empirisme et au r\u00e9alisme. L&rsquo;objet de l&rsquo;affrontement porte sur la mani\u00e8re dont sont acquises les connaissances et notamment le r\u00f4le du chercheur dans ce processus. L&rsquo;approche empiriste postule que l&rsquo;exp\u00e9rience est \u00e0 l&rsquo;origine de la connaissance: le chercheur observe, et \u00e0 partir de sa perception de la r\u00e9alit\u00e9, il peut tirer des th\u00e9ories (au contraire du rationalisme, o\u00f9 c&rsquo;est de la raison que na\u00eet la connaissance). En ce qui concerne le r\u00e9alisme, il suppose l&rsquo;existence d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 objective et ind\u00e9pendante de l&rsquo;humain: les objets de recherche sont consid\u00e9r\u00e9s comme ind\u00e9pendants de l&rsquo;observateur et l&rsquo;influence qu&rsquo;il peut avoir sur son objet est ignor\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les constructivistes ne nient pas l&rsquo;existence de la r\u00e9alit\u00e9, mais affirment qu&rsquo;on ne peut la conna\u00eetre. Pour eux, <strong>la connaissance de la r\u00e9alit\u00e9 est une construction<\/strong>: le chercheur participe \u00e0 construire son objet, de par la fa\u00e7on dont il observe, de par ses a-prioris, ses repr\u00e9sentations, etc. Le chercheur n&rsquo;a pas un acc\u00e8s direct au monde r\u00e9\u00e9l, mais seulement \u00e0 une repr\u00e9sentation de celui-ci, que chacun construit, et qui est influenc\u00e9e par ses id\u00e9es ou sa culture. La connaissance n&rsquo;est donc pas ind\u00e9pendante du contexte dans lequel elle est cr\u00e9\u00e9e, elle d\u00e9pend de l&rsquo;action humaine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le constructivisme se base sur trois affirmations g\u00e9n\u00e9rales (Sandywell, 20XX, p.96): premi\u00e8rement, la <strong>th\u00e8se #ontologique#<\/strong>, selon laquelle ce qui apparait comme \u00e9tant \u00ab\u00a0naturel\u00a0\u00bb est en r\u00e9alit\u00e9 le r\u00e9sultat de pratiques sociales; deuxi\u00e8mement, la <strong>th\u00e8se #\u00e9pist\u00e9mologique#<\/strong>, selon laquelle la connaissance des ph\u00e9nom\u00e8nes sociaux est elle-m\u00eame produite socialement; enfin la <strong>th\u00e8se #m\u00e9thodologique#<\/strong>, selon laquelle la recherche sur la construction sociale de la r\u00e9alit\u00e9 doit \u00eatre prioritaire par rapport \u00e0 d&rsquo;autres proc\u00e9dures m\u00e9thodologiques.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Berger et Luckmann: La construction sociale de la r\u00e9alit\u00e9 (1966)<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">En sociologie, le constructivisme est une approche qui envisage <strong>la r\u00e9alit\u00e9 sociale comme une construction sociale<\/strong>. Peter L. Berger et Thomas Luckmann sont les premiers \u00e0 d\u00e9velopper cette approche dans un ouvrage de r\u00e9f\u00e9rence: \u00ab\u00a0<em>The Social Construction of Reality<\/em>\u00a0\u00bb (1966). Ils se proposent de montrer comment la r\u00e9alit\u00e9 sociale (les normes, les valeurs, la culture,&#8230;) est construite par des acteurs sociaux. La construction sociale se fait \u00e0 travers deux processus: l&rsquo;externalisation (l&rsquo;\u00eatre humain construit la r\u00e9alit\u00e9 sociale) et l&rsquo;internalisation (\u00e0 travers la socialisation, l&rsquo;\u00eatre humain int\u00e9riorise cette r\u00e9alit\u00e9). Cet ouvrage a eu un impact \u00e9norme sur la sociologie contemporaine, il est l&rsquo;un des plus lus et est consid\u00e9r\u00e9 comme l&rsquo;un des plus importants livres de sociologie du 20e si\u00e8cle.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Exemples de constructions sociales<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Ian Hacking, observant depuis quelques ann\u00e9es que l&rsquo;expression \u00ab\u00a0construction sociale de&#8230;\u00a0\u00bb est \u00e0 la mode, propose une d\u00e9finition synth\u00e9tique de ce qu&rsquo;on entend souvent par <strong>construction sociale<\/strong>:<br \/>\n\u00ab\u00a0<em>Dire que le ph\u00e9nom\u00e8ne ou l\u2019institution X est socialement construit signifie: que X n\u2019est pas naturel, in\u00e9vitable, qu\u2019il aurait pu \u00eatre diff\u00e9rent ou ne pas exister dans une autre configuration sociale ou historique; mais que X est g\u00e9n\u00e9ralement tenu pour naturel, acquis, stable, ou d\u00e9fini une fois pour toutes. Il n\u2019est donc pas inutile d\u2019en souligner les aspects \u00ab socialement construits \u00bb face aux travaux qui les r\u00e9futent<\/em>.\u00a0\u00bb (expliqu\u00e9 par Loriol, 2012, p.8).<br \/>\nAutrement dit, il est utile de faire la gen\u00e8se d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne social ou d&rsquo;une institution qui semble exister naturellement, pour montrer sa contingence et son caract\u00e8re historiquement situ\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Voici quelques exemples de recherches sur la construction sociale:<\/p>\n<ul>\n<li>La <strong>construction sociale du <a title=\"Le genre\" href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/bases\/2013\/09\/le-genre\/\">genre<\/a><\/strong>: le masculin et le f\u00e9minin nous semblent naturels, puisque bas\u00e9s sur des diff\u00e9rences biologiques entre hommes et femmes. Une analyse constructiviste dira plut\u00f4t que ce sont des processus sociaux (comme la reproduction sociale ou l&rsquo;\u00e9ducation) qui font que les individus acqui\u00e8rent des caract\u00e9ristiques f\u00e9minines ou masculines, et que les relations de <a title=\"Le genre\" href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/bases\/2013\/09\/le-genre\/\">genre<\/a> sont donc contingentes plus que naturelles.<\/li>\n<li>La <strong>construction sociale des femmes r\u00e9fugi\u00e9es<\/strong> (\u00e9tudi\u00e9e par Moussa, 1992): il n&rsquo;est pas question de nier qu&rsquo;il existe des femmes r\u00e9fugi\u00e9es, mais il s&rsquo;agit de montrer que l&rsquo;id\u00e9e de femme r\u00e9fugi\u00e9e en tant que cat\u00e9gorie sociale est construite. Le terme \u00ab\u00a0femme r\u00e9fugi\u00e9e\u00a0\u00bb renvoie \u00e0 la fois \u00e0 des personnes, mais aussi \u00e0 une id\u00e9e, une cat\u00e9gorie sociale. Moussa montre que cette id\u00e9e, cette classification, est contingente: elle est le r\u00e9sultat d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements, d&rsquo;une l\u00e9gislation, d&rsquo;acteurs sociaux. De plus, le statut de femmes r\u00e9fugi\u00e9es a des effets sur les personnes: l&rsquo;\u00e9tiquetage leur donne une vision particuli\u00e8re d&rsquo;elles-m\u00eames et construit leur identit\u00e9.<\/li>\n<li>Les travaux d&rsquo;<a title=\"Edward Said\" href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/bases\/2013\/07\/576\/\">Edward Said<\/a> sur l&rsquo;orientalisme<\/li>\n<li>Les travaux de <a title=\"Michel Foucault\" href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/bases\/2013\/07\/michel-foucault\/\">Michel Foucault<\/a>, par exemple sur les prisons ou sur la sexualit\u00e9<\/li>\n<\/ul>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Critiques<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Une critique souvent faite au constructivisme est celle du <a title=\"Relativisme\" href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/bases\/2013\/07\/relativisme\/\"><strong>relativisme<\/strong><\/a> (tout est relatif: il n&rsquo;y a que des points de vue qui sont tous aussi valables les uns que les autres puisque la r\u00e9alit\u00e9 est inatteignable). La r\u00e9ponse constructiviste est que la plupart des travaux portant sur la construction sociale ne sont pas relativistes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Une autre critique est que <strong>tout est construction sociale<\/strong>. Les constructivistes r\u00e9torquent qu&rsquo;ils ne pr\u00e9tendent pas que la r\u00e9alit\u00e9 n&rsquo;existe pas et que tout soit social, mais que \u00ab\u00a0<em>la d\u00e9marche constructiviste porte en priorit\u00e9 le regard sur les processus historiques et sociaux de production du sens et leurs effets en retours sur la \u00ab r\u00e9alit\u00e9 sociale \u00bb<\/em>\u00a0\u00bb (Loriol, 2012, p.13).<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p style=\"text-align: left\">Berger, P., &amp; Luckmann, T. (2012). <em>La construction sociale de la r\u00e9alit\u00e9 (3e \u00e9d.)<\/em>. Paris: Armand Colin.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\">Hacking, I. (2001). <em>Entre science et r\u00e9alit\u00e9: la construction sociale de quoi?<\/em> Paris: \u00c9ditions la D\u00e9couverte.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\">Loriol, M. (2012).<em> La construction du social: souffrance, travail et cat\u00e9gorisation des usagers dans l\u2019action publique<\/em>. Rennes: Presses universitaires de Rennes.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\">Mol\u00e9nat, X. (2003). La Construction sociale de la r\u00e9alit\u00e9. <em>Sciences humaines<\/em>, 140(7), p.32.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\">Riopel, M. (2013). \u00c9pist\u00e9mologie et enseignement des sciences. Consult\u00e9 \u00e0 l\u2019adresse <a href=\"https:\/\/sites.google.com\/site\/epistemologieenseignement\/\">https:\/\/sites.google.com\/site\/epistemologieenseignement\/<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: left\">Sandywell, B. (2008). Constructivism. In Darity, W. A. (\u00e9d). <em>International Encyclopedia of the Social Sciences<\/em>. Detroit: Macmillan Reference USA.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Projets de recherche<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\"><a title=\"OGM: panac\u00e9e ou d\u00e9sastre pour les pays en d\u00e9veloppement? *\" href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/bases\/2013\/08\/ogm-panacee-ou-desastre-pour-les-pays-en-developpement\/\">OGM: panac\u00e9e ou d\u00e9sastre pour les pays en d\u00e9veloppement?<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En sciences sociales, il est courant de trouver des travaux proposant d&rsquo;\u00e9tudier la construction sociale de tel ou tel ph\u00e9nom\u00e8ne. Le courant de recherche du constructivisme est n\u00e9 au 20e si\u00e8cle des travaux de Berger et Luckmann. 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