{"id":984,"date":"2013-11-07T11:30:17","date_gmt":"2013-11-07T10:30:17","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=984"},"modified":"2025-02-10T14:02:24","modified_gmt":"2025-02-10T13:02:24","slug":"triomphe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2013\/11\/triomphe\/","title":{"rendered":"Le Triomphe de l&rsquo;amour"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Le Triomphe de l&rsquo;amour<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">de Marivaux \/ mise en sc\u00e8ne Galin Stoev \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \u00e0 Lausanne \/ du 5 au 17 novembre 2013 \/ Critiques par Cecilia Galindo, Sabrina Roh et Jonas Parson. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>5 novembre 2013<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a title=\"Cecilia Galindo\" href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/cecilia-galindo\/\">Cecilia Galindo<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Quand l&rsquo;amour \u00e9branle la raison<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"652\" height=\"431\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2013\/11\/Triomphe-de-lamour-Cecilia-Galindo-1.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-21831\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2013\/11\/Triomphe-de-lamour-Cecilia-Galindo-1.png 652w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2013\/11\/Triomphe-de-lamour-Cecilia-Galindo-1-300x198.png 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2013\/11\/Triomphe-de-lamour-Cecilia-Galindo-1-250x165.png 250w\" sizes=\"auto, (max-width: 652px) 100vw, 652px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Mario del Curto<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong><em>Les personnages sautent et gambadent, les r\u00e9pliques fusent et les livres s\u2019envolent&nbsp;: dans ce jeu mouvement\u00e9 men\u00e9 uniquement par des hommes, Galin Stoev nous livrait hier soir lors de la premi\u00e8re au Th\u00e9\u00e2tre de Vidy une lecture brillante du <\/em>Triomphe de l\u2019amour<em> de Marivaux. Un spectacle original et r\u00e9jouissant dont on se souviendra encore longtemps.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les murs qui entourent la sc\u00e8ne sont constitu\u00e9s par une imposante biblioth\u00e8que. Une quantit\u00e9 de livres, tous bien rang\u00e9s, y prennent la poussi\u00e8re et attendent qu\u2019une main instruite vienne les caresser. Dans les rayons, des serpents naturalis\u00e9s, des cr\u00e2nes, des papillons \u00e9pingl\u00e9s et autres objets scientifiques forment un v\u00e9ritable cabinet de curiosit\u00e9 int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 la collection livresque. C\u2019est dans cet environnement aust\u00e8re mais \u00e9l\u00e9gant que les premiers personnages, \u00e9trangers au lieu, font leur entr\u00e9e. Les projecteurs tourn\u00e9s vers eux les d\u00e9tachent sensiblement du d\u00e9cor, comme si leurs confidences \u00e9taient \u00e0 mettre \u00e0 part, en dehors de l\u2019action elle-m\u00eame. \u00ab&nbsp;Nous voici, je pense, dans les jardins du philosophe Hermocrate\u00bb, annonce l\u2019un d\u2019entre eux. Un jardin peu commun et tr\u00e8s ferm\u00e9, celui de la sagesse et de la raison.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une m\u00e9canique pr\u00e9cise<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e9onide, princesse de Sparte et h\u00e9riti\u00e8re d\u2019un tr\u00f4ne usurp\u00e9, \u00e9chafaude un plan dans le but d\u2019atteindre le c\u0153ur du jeune Agis, l\u2019h\u00e9ritier l\u00e9gitime du pouvoir. Le jeune homme demeure cach\u00e9 chez le philosophe Hermocrate, qui lui enseigne les vertus de la sagesse et les dangers que repr\u00e9sente l\u2019autre sexe. Avec L\u00e9ontine, s\u0153ur d\u2019Hermocrate un peu vieille fille, ils vivent reclus, enti\u00e8rement tourn\u00e9s vers l\u2019apprentissage des sciences. Afin de pouvoir s\u2019entretenir avec Agis pour lui d\u00e9clarer son amour et se faire aimer en retour sans qu\u2019il sache qu\u2019elle est de sang ennemi, L\u00e9onide doit donc se d\u00e9barrasser des obstacles que constituent Hermocrate et L\u00e9ontine. D\u00e9guis\u00e9e en homme, sous le nom de Phocion, tandis que sa suivante, par un m\u00eame travestissement, prend le nom d\u2019Hermidas, elle aborde le philosophe et pr\u00e9tend avoir besoin de ses sages conseils. Ce dernier l\u2019identifie comme femme&nbsp;: c\u2019est donc sous le nom d\u2019Aspasie qu\u2019elle cherchera \u00e0 les s\u00e9duire, lui et et son prot\u00e9g\u00e9,&nbsp; et sous l\u2019identit\u00e9 du jeune Phocion qu\u2019elle charmera la vertueuse L\u00e9ontine. L\u2019amour met en place un stratag\u00e8me bien \u00e9tabli.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec <em>Le Triomphe de l\u2019amour<\/em>, le metteur en sc\u00e8ne bulgare n\u2019en est pas \u00e0 sa premi\u00e8re adaptation d\u2019un texte de Marivaux. En 2011, il cr\u00e9ait pour la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise <em>Le Jeu de l\u2019amour et du hasard<\/em> (qui fut &nbsp;repr\u00e9sent\u00e9 au Th\u00e9\u00e2tre du Jorat en juin 2013), dont la sc\u00e9nographie, sign\u00e9e Galin Stoev lui-m\u00eame, \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 le reflet des m\u00e9canismes amoureux. Dans cette nouvelle rencontre avec les plaisirs du marivaudage, Stoev propose un d\u00e9cor symbolique qui tombera sous le poids des \u00e9v\u00e9nements, tout comme les personnages d\u00e9vou\u00e9s au savoir succomberont aux sentiments qu\u2019ils repoussent d\u2019abord. Lorsque L\u00e9onide et sa suivante Corine s\u2019invitent dans l\u2019antre du philosophe, les tic-tacs ent\u00eatants d\u2019une montre se font entendre, annon\u00e7ant que le plan dessin\u00e9 par la princesse est en marche. Puis un livre tombe \u00e0 terre, premier signe d\u2019un d\u00e9sordre qui s\u2019installera progressivement sur la sc\u00e8ne. Plus la strat\u00e9gie de L\u00e9onide fonctionne, plus les livres jonchent le sol, qu\u2019ils soient d\u00e9pos\u00e9s, lanc\u00e9s ou qu\u2019ils tombent simplement du haut de la biblioth\u00e8que. Et c\u2019est ainsi que l\u2019amour s\u2019insinue entre les rayons et triomphe peu \u00e0 peu de la raison.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>O\u00f9 sont les femmes&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La pi\u00e8ce de Marivaux pose la question de l\u2019identit\u00e9 au sein d\u2019un univers norm\u00e9, une interrogation que Galin Stoev fait sienne en proposant une distribution strictement masculine. Le travestissement est alors double, puisque les com\u00e9diens Yann Lheureux (Corine-Hermidas) et Nicolas Maury (L\u00e9onide-Phocion) incarnent des femmes qui se d\u00e9guisent en hommes. Le metteur en sc\u00e8ne explique ce \u00ab&nbsp;parti pris issu du th\u00e9\u00e2tre \u00e9lisab\u00e9thain&nbsp;\u00bb par une envie de pousser la transformation au-del\u00e0 du v\u00eatement. Il estime \u00e9galement que ce choix sugg\u00e8re \u00ab&nbsp;un code et un niveau de convention de jeu qui situe imm\u00e9diatement l\u2019enjeu dramatique en dehors de tout r\u00e9alisme&nbsp;\u00bb, le spectateur pouvant alors plus ais\u00e9ment se situer dans l\u2019imaginaire, ce qui fonctionne tr\u00e8s bien. Mais un homme qui joue un personnage f\u00e9minin, c\u2019est aussi une incongruit\u00e9 qui provoque le rire \u00e0 certains moments. Nicolas Maury offre \u00e0 nos yeux une L\u00e9onide dr\u00f4le et capricieuse, presque caricaturale, dont la d\u00e9marche f\u00e9line ? qui sied parfaitement \u00e0 son nom&nbsp;? s\u2019observe avec un sourire en coin. Il en va de m\u00eame pour le com\u00e9dien Airy Routier, en L\u00e9ontine condamn\u00e9e \u00e0 \u00eatre masculine, qui se d\u00e9couvre petit \u00e0 petit, au propre comme au figur\u00e9, et exprime sa f\u00e9minit\u00e9 avec passion \u00e0 l\u2019issue de l\u2019aventure. Ils sont si convaincants, ces travestis-l\u00e0, qu\u2019on a peine \u00e0 parler d\u2019eux au masculin \u00e0 la sortie du th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette pi\u00e8ce enti\u00e8rement masculine, l\u2019imaginaire prend le dessus et les \u00e9motions sont au rendez-vous. Ne soyez donc pas si raisonnables&nbsp;: quittez votre ermitage et partez visiter le jardin d\u2019Hermocrate&nbsp;! Il vous y accueillera encore jusqu\u2019au 17 novembre.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>5 novembre 2013<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a title=\"Cecilia Galindo\" href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/cecilia-galindo\/\">Cecilia Galindo<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>5 novembre 2013<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a title=\"Sabrina Roh\" href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/sabrina-roh\">Sabrina Roh<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le Triomphe de l\u2019amour perd de sa puissance<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"652\" height=\"431\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2013\/11\/Triomphe-de-lamour-Cecilia-Galindo-1.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-21831\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2013\/11\/Triomphe-de-lamour-Cecilia-Galindo-1.png 652w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2013\/11\/Triomphe-de-lamour-Cecilia-Galindo-1-300x198.png 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2013\/11\/Triomphe-de-lamour-Cecilia-Galindo-1-250x165.png 250w\" sizes=\"auto, (max-width: 652px) 100vw, 652px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Mario del Curto<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong><em>Galin Stoev nous propose en ce moment, au Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \u00e0 Lausanne, de r\u00e9interroger l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 entre les sexes&nbsp;: Le Triomphe de l\u2019amour de Marivaux est jou\u00e9 uniquement par des hommes. Un pari audacieux qui ne convaincra cependant pas sur tous les points.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Deux hommes se tiennent sur le devant de la sc\u00e8ne. Ils scrutent le public. Derri\u00e8re eux, une immense biblioth\u00e8que nous indique que l\u2019on se trouve dans le salon d\u2019une maison tr\u00e8s respectable. L\u2019un des com\u00e9diens imite la voix et les attitudes d\u2019une femme. Est-ce l\u00e0 le dialogue entre L\u00e9onide, princesse de Sparte, et sa suivante, Corine&nbsp;? Il est vrai que les h\u00e9ro\u00efnes du <em>Triomphe de l\u2019amour<\/em> sont d\u00e9guis\u00e9es en hommes et se font appeler respectivement Phocion et Hermidas. Sous ce d\u00e9guisement, la princesse pense pouvoir p\u00e9n\u00e9trer dans la maison du c\u00e9l\u00e8bre philosophe Hermocrate, o\u00f9 vivent aussi sa s\u0153ur, L\u00e9ontine, et Agis, fils de Cl\u00e9om\u00e8ne dont le tr\u00f4ne a \u00e9t\u00e9 usurp\u00e9. En usant de ses charmes \u00e0 la fois masculins et f\u00e9minins, L\u00e9onide r\u00e9ussira son dessein, \u00e0 savoir se faire aimer du philosophe et de sa s\u0153ur pour se rapprocher du v\u00e9ritable objet de ses d\u00e9sirs&nbsp;: Agis. Dans cette pi\u00e8ce, Marivaux use des quiproquos li\u00e9s au travestissement&nbsp;: c\u2019est chez lui un <em>leitmotiv<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Galin Stoev, metteur en sc\u00e8ne bulgare travaillant entre Sofia, Bruxelles et Paris, fait sien ce motif en montant <em>Le Triomphe de l\u2019amour<\/em> avec une distribution enti\u00e8rement masculine. Chez Marivaux, le lecteur est confront\u00e9 \u00e0 des femmes imitant des hommes alors que Galin Stoev nous propose des hommes qui imitent des femmes qui imitent des hommes. Il instaure donc un niveau suppl\u00e9mentaire dans le jeu des identit\u00e9s masqu\u00e9es et amplifie l\u2019ambivalence des sexes. Ce proc\u00e9d\u00e9, tout en prolongeant l\u2019esprit de la pi\u00e8ce \u00e9crite en 1732, promettait d\u2019intensifier la port\u00e9e burlesque de la mascarade et de cr\u00e9er une distanciation de plus en faisant \u00e9clater les cat\u00e9gorisations de genres.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un semblant de folie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il est vrai qu\u2019il y a bien des moments o\u00f9 le ridicule de la situation et les attitudes des personnages font sourire dans la mise en sc\u00e8ne de Galin Stoev, habitu\u00e9 \u00e0 travailler sur des textes contemporains, comme ceux d\u2019Ivan Viripaev ou encore d\u2019Hanock Levin, mais aussi sur des textes classiques. On pense par exemple \u00e0 la sc\u00e8ne o\u00f9 Hermocrate confie \u00e0 son \u00e9l\u00e8ve Agis qu\u2019il s\u2019est laiss\u00e9 aller \u00e0 des sentiments amoureux pour une femme. A quatre pattes, le philosophe d\u00e9clame la grandeur de ses sentiments tandis que, tout en l\u2019\u00e9coutant, le jeune homme babille comme un enfant. Et tout cela, au milieu d\u2019une multitude de livres. Cet \u00e9l\u00e9ment sc\u00e9nographique illustre d\u2019ailleurs bien le triomphe de l\u2019amour sur la raison: alors qu\u2019au d\u00e9but de la pi\u00e8ce les personnages semblent contempler et manipuler avec soin ces ouvrages, plus l\u2019amour se fait une place dans leur vie, plus ils maltraitent ces \u00e9crits qui incarnent la raison et la morale. Cependant, on aimerait que la mise en sc\u00e8ne exprime de mani\u00e8re plus radicale le chaos qui finit par r\u00e9gner dans cette maison. M\u00eame lorsqu\u2019entre deux sc\u00e8nes les com\u00e9diens s\u2019amusent \u00e0 d\u00e9pouiller la biblioth\u00e8que, ils le font de fa\u00e7on trop mesur\u00e9e&nbsp;: se saisissant des livres par piles, ils les posent plus ou moins violemment sur le sol. Le grain de folie est l\u00e0, mais on attend toujours plus.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Clich\u00e9s et caricatures<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Et ce n\u2019est malheureusement pas le choix d\u2019une distribution exclusivement masculine qui comblera nos attentes de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0. En se voulant comiques, les com\u00e9diens n\u2019\u00e9chappent pas aux clich\u00e9s lorsqu\u2019ils imitent les femmes. Dans son interpr\u00e9tation de L\u00e9onide, Nicolas Maury semble vouloir incarner une \u00ab&nbsp;pimb\u00eache&nbsp;\u00bb: il se dandine, se touche constamment les cheveux et sort sans cesse son post\u00e9rieur d\u2019un air provocateur. Il est vrai que le com\u00e9dien, avec son physique androgyne et ses mani\u00e8res gracieuses donne au personnage de L\u00e9onide une ambigu\u00eft\u00e9 comique. Mais si la repr\u00e9sentation de la femme en tant que personnage ridicule fait rire, elle peut aussi \u00eatre jug\u00e9e r\u00e9ductrice. Pourquoi repr\u00e9senter L\u00e9onide de la sorte&nbsp;? On ne reconna\u00eet pas dans cette femme sans morale ni bon sens l\u2019h\u00e9ro\u00efne de Marivaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Galin Stoev semble avoir voulu moderniser la pi\u00e8ce classique et cela se ressent dans la fa\u00e7on de parler adopt\u00e9e par les com\u00e9diens. Nicolas Maury met au service du personnage de L\u00e9onide sa voix fluette et sa capacit\u00e9 \u00e0 pousser des cris stridents. Le jeu d\u2019acteur est sans conteste admirable mais pousse \u00e0 l\u2019extr\u00eame la repr\u00e9sentation de L\u00e9onide en tant que femme manipulatrice et capricieuse, tout en empi\u00e9tant sur l\u2019espi\u00e8glerie et l\u2019ing\u00e9niosit\u00e9 du personnage. Arlequin, personnage type de la commedia dell\u2019arte, adopte quant \u00e0 lui un accent qui copie les jeunes banlieusards d\u2019aujourd\u2019hui. Est-ce une tentative du metteur en sc\u00e8ne pour rendre la pi\u00e8ce du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle plus accessible au public&nbsp;? La d\u00e9marche est compr\u00e9hensible. Mais les clich\u00e9s ont plut\u00f4t tendance \u00e0 rendre les personnages risibles et donc, d\u2019une certaine mani\u00e8re, \u00e9trangers au public.<\/p>\n\n\n\n<p>Galin Stoev a donc fait un choix audacieux en ce qui concerne la distribution essentiellement masculine. Une id\u00e9e prometteuse qui a renforc\u00e9 les jeux de dupes typiques du th\u00e9\u00e2tre de Marivaux mais qui transforme les personnages en caricatures de la modernit\u00e9. On garde le c\u00f4t\u00e9 comique mais on en perd l\u2019\u00e9motion&nbsp;: alors que la pi\u00e8ce originale repr\u00e9sente le triomphe de l\u2019amour sur la raison, l\u2019amour semble ici avoir perdu un peu de son importance.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>5 novembre 2013<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a title=\"Sabrina Roh\" href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/sabrina-roh\">Sabrina Roh<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>5 novembre 2013<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a title=\"Jonas Parson\" href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/jonas-parson\">Jonas Parson<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Un homme, qui joue une femme d\u00e9guis\u00e9e en homme, embrasse une femme, jou\u00e9e par un homme<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"652\" height=\"431\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2013\/11\/Triomphe-de-lamour-Cecilia-Galindo-1.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-21831\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2013\/11\/Triomphe-de-lamour-Cecilia-Galindo-1.png 652w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2013\/11\/Triomphe-de-lamour-Cecilia-Galindo-1-300x198.png 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2013\/11\/Triomphe-de-lamour-Cecilia-Galindo-1-250x165.png 250w\" sizes=\"auto, (max-width: 652px) 100vw, 652px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Mario del Curto<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong><em>Entre faux-semblants et d\u00e9guisements, Galin Stoev reprend dans sa mise en sc\u00e8ne du <\/em>Triomphe de l&rsquo;amour<em> de Marivaux \u00e0 Vidy, avec une distribution enti\u00e8rement masculine, un proc\u00e9d\u00e9 qui n&rsquo;a plus grand chose d&rsquo;\u00e9lisab\u00e9thain mais devient une c\u00e9l\u00e9bration extravagante du travestissement. Un m\u00e9lange audacieux et heureux entre burlesque et r\u00e9flexion sur les troubles de l&rsquo;identit\u00e9.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;intrigue de cette com\u00e9die est des plus simples : L\u00e9onide, princesse de Sparte, se d\u00e9guise en Phocion, jeune homme du monde, pour entrer dans la demeure de son ennemi politique et philosophique, l\u2019ermite Hermocrate, afin de s\u00e9duire son disciple, Agis, dont elle est tomb\u00e9e amoureuse. Elle devra se faire aimer du philosophe et de son aust\u00e8re s\u0153ur pour arriver \u00e0 ses fins, dans un parcours rempli de tromperies et de quiproquos, pour le plus grand plaisir du public.<\/p>\n\n\n\n<p>Galin Stoev nous offre une r\u00e9flexion sur les faux-semblants et les troubles de l&rsquo;identit\u00e9. Quand avons-nous affaire \u00e0 des personnages qui sont sinc\u00e8res, et quand ne font-ils que dissimuler&nbsp;? Le sur-jeu qui \u00f4te volontairement tout r\u00e9alisme aux personnages- on pense \u00e0 l&rsquo;excellente prestation de Nicolas Maury alias L\u00e9onide, dans un r\u00f4le de \u00ab&nbsp;folle&nbsp;\u00bb &#8211; jette un trouble sur la question de savoir qui trompe qui. L\u00e9onide joue un r\u00f4le dans l&rsquo;intrigue, mais les faux-semblants et le travestissement se retrouvent aussi dans le travestissement des com\u00e9diens, ce qui ajoute un niveau de suppl\u00e9mentaire de tromperie dans la pi\u00e8ce.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une farce extravagante<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le metteur en sc\u00e8ne d&rsquo;origine bulgare &#8211; qui a d\u00e9j\u00e0 mis en sc\u00e8ne Marivaux \u00e0 la Com\u00e9die Fran\u00e7aise et au th\u00e9\u00e2tre du Jorat lors de la derni\u00e8re saison &#8211; a d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;insister sur un certain caract\u00e8re farcesque de la pi\u00e8ce, \u00e0 grand renfort de claques, de poings brandis dans le dos, de chutes et d&rsquo;une gestuelle exag\u00e9r\u00e9e. Les \u00e9l\u00e9ments les plus graves de la pi\u00e8ce \u2013 toute l&rsquo;intrigue politique autour de la soif de justice de L\u00e9onide, l&rsquo;insertion de la pi\u00e8ce dans un contexte presque tragique \u2013 sont d\u00e9pouill\u00e9s de leur s\u00e9rieux et mis \u00e0 distance par l&rsquo;utilisation de micros pour les \u00e9noncer, les mettant en d\u00e9calage total avec le reste de la pi\u00e8ce. Le recours au micro vient placer ces propos sur un autre plan d&rsquo;\u00e9nonciation, mat\u00e9riellement parlant, poussant ce fil de l&rsquo;intrigue hors de la pi\u00e8ce. De m\u00eame, les d\u00e9clarations d&rsquo;amour sont ridiculis\u00e9es par une utilisation ironique de path\u00e9tiques morceaux au violon.<\/p>\n\n\n\n<p>Une seule sc\u00e8ne \u00e9chappe \u00e0 l&rsquo;impitoyable ridiculisation : c&rsquo;est celle de l&rsquo;h\u00e9b\u00e9tude totale d&rsquo;Agis lorsqu&rsquo;il se rend compte de la tromperie de L\u00e9onide. La sobri\u00e9t\u00e9 soudaine du jeu du com\u00e9dien, qui se retrouve seul en sc\u00e8ne, hagard, immobile, silencieux, est renforc\u00e9e par le d\u00e9roulement, auquel on assiste derri\u00e8re le d\u00e9cor, d&rsquo;une sc\u00e8ne entre L\u00e9ontine et Hermocrate. Plus enthousiastes l&rsquo;un que l&rsquo;autre, ils se r\u00e9jouissent de leur d\u00e9cision de se marier- jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;ils se rendent compte qu&rsquo;ils ont des vues sur la m\u00eame personne. Agis, lui, a compris d&#8217;embl\u00e9e la supercherie, et cet instant de lucidit\u00e9 nous offre une m\u00e9ditation sur les d\u00e9g\u00e2ts que peuvent causer le mensonge. Mais il n&rsquo;est pas question de rester trop longtemps dans un registre s\u00e9rieux, et la pi\u00e8ce retombe rapidement dans la farce.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un \u00ab&nbsp;Marivaux pour tous&nbsp;\u00bb&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans le contexte d&rsquo;une banalisation de l&rsquo;homophobie en France &#8211; marqu\u00e9e par la mont\u00e9e d&rsquo;un mouvement contre le mariage pour tous -, le choix de Galin Stoev est d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment provocateur. En faire une pi\u00e8ce \u00ab&nbsp;sur&nbsp;\u00bb l&rsquo;homosexualit\u00e9 serait trop simpliste et r\u00e9ducteur, et il s&rsquo;agit ici plut\u00f4t de saisir les troubles qui existent dans la construction de nos identit\u00e9s &#8211; identit\u00e9 des personnages, mais aussi des com\u00e9diens. L\u00e9ontine par exemple, dans une maison interdite aux femmes, est devenue une \u00ab&nbsp;non-femme&nbsp;\u00bb, qui ne se lib\u00e8rera et s&rsquo;assumera comme femme que par l&rsquo;amour. Ceci \u00e9videmment de la mani\u00e8re la plus extravagante et fantasque qui soit, pour notre plus grand plaisir. Mais la question de l&rsquo;homosexualit\u00e9 n&rsquo;est jamais loin&nbsp;: la disparition des sentiments de L\u00e9ontine pour Phocion apr\u00e8s qu&rsquo;il s&rsquo;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00eatre une fille n&rsquo;est pas aussi claire ici que dans le texte de Marivaux, et une certaine ambigu\u00eft\u00e9 demeure.<\/p>\n\n\n\n<p>Sans faire de grand discours, cette pi\u00e8ce vient simplement brouiller les identit\u00e9s des genres, et affirmer le triomphe de l&rsquo;amour au-del\u00e0 de tout genre ou orientation sexuelle.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>5 novembre 2013<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a title=\"Jonas Parson\" href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/jonas-parson\">Jonas Parson<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/vidy.ch\/fr\/evenement\/galin-stoev-le-triomphe-de-lamour\/#artistes\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>de Marivaux \/ mise en sc\u00e8ne Galin Stoev \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \u00e0 Lausanne \/ du 5 au 17 novembre 2013 \/ Critiques par Cecilia Galindo, Sabrina Roh et Jonas Parson.<\/p>\n","protected":false},"author":784,"featured_media":21831,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,2],"tags":[37,27,29],"class_list":["post-984","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-de-vidy","tag-cecilia-galindo","tag-jonas-parson","tag-sabrina-roh"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/984","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/784"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=984"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/984\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":21833,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/984\/revisions\/21833"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/21831"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=984"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=984"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=984"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}