{"id":8189,"date":"2016-05-23T16:38:06","date_gmt":"2016-05-23T14:38:06","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=8189"},"modified":"2024-12-12T15:11:28","modified_gmt":"2024-12-12T14:11:28","slug":"place","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2016\/05\/place\/","title":{"rendered":"Place"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Place<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Cr\u00e9ation pluridisciplinaire de La Section Lopez \/ mise en sc\u00e8ne et \u00e9criture Adina Secretan \/ Arsenic \/ du 20 au 26 mai \/ Critiques par Julia Cela et Jehanne Denogent. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>20 mai 2016<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/julia-cela\/\">Julia Cela<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Loups encoquill\u00e9s<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"760\" height=\"506\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/05\/place_couverture.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-21307\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/05\/place_couverture.jpg 760w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/05\/place_couverture-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/05\/place_couverture-250x166.jpg 250w\" sizes=\"auto, (max-width: 760px) 100vw, 760px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Arsenic<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Faites&nbsp;<\/em>Place<em>&nbsp;au discours schizophr\u00e8ne de l\u2019habitant citadin, entre parano\u00efa d\u00e9mographique et culpabilit\u00e9 bien pensante. Librement inspir\u00e9 de la Po\u00e9tique de l\u2019Espace de Gaston Bachelard, cette performance punk et muette questionne le droit \u00e0 l\u2019espace, g\u00e9ographique comme social.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le texte en gros et gras d\u00e9file en fond de sc\u00e8ne. Blanc sur noir. Police de caract\u00e8re de l\u2019Arsenic. Impossible d\u2019estimer l\u2019avancement du temps, ni depuis combien de temps nous lisons. Coinc\u00e9s dans la lin\u00e9arit\u00e9 du texte qui d\u00e9file sans fin. Des murmures parviennent de la sc\u00e8ne. Ma lecture est par moments g\u00ean\u00e9e par un personnage sans nom, qui se l\u00e8ve pour d\u00e9ambuler sur le sol de catelles disjointes, d\u2019une d\u00e9marche h\u00e9sitante comme pour ne pas d\u00e9ranger.<\/p>\n\n\n\n<p>Le crissement aigu des carr\u00e9s noirs nous d\u00e9range cependant. Il d\u00e9concentre, irrite. Voil\u00e0 que les six personnages d\u00e9placent des carreaux, les soul\u00e8vent avec une d\u00e9licatesse et une discr\u00e9tion insoutenables. Une petite zone du sol est d\u00e9gag\u00e9e. Tous s\u2019y installent, plus ou moins confortablement. De notre c\u00f4t\u00e9, nous, le public, avons rat\u00e9 plusieurs lignes de texte, distraits et agac\u00e9s par les man\u0153uvres qui ont lieu sur le plateau. Nous sommes confortablement install\u00e9s, dans des si\u00e8ges de th\u00e9\u00e2tre et nous sommes agac\u00e9s, oui, d\u2019entendre d\u2019autres que nous se frayer un passage pour se faire une place, eux aussi. Pourtant nous sommes las de lire.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s de longues minutes, retentit, comme en filigrane, un rythme techno, sec et strident. La musique s\u2019amplifie, proportionnellement \u00e0 la taille de la police de caract\u00e8re qui d\u00e9file au mur. Le texte se fait agressif, d\u00e9crivant cr\u00fbment la peur primaire de perdre sa place. Nous nous sentons pris \u00e0 parti par \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;Je&nbsp;\u00bb, dans le texte qui d\u00e9file, c\u2019est nous. C\u2019est nous qui tenons le discours haineux et emport\u00e9, c\u2019est \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb, c\u2019est moi. \u00ab&nbsp;Je&nbsp;\u00bb veux une place, \u00ab&nbsp;je veux entrer dans le ventre de la ville&nbsp;\u00bb, corps organique, corps social, corps culturel, \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb veux tout.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Place<\/em>&nbsp;fait ressentir avec brio les pulsions ambivalentes li\u00e9es \u00e0 l\u2019occupation d\u2019un espace que l\u2019on s\u2019est appropri\u00e9. C\u2019est ressentir le confort claustrophobe de celui qui aime un dedans qui lui offre la l\u00e9gitimit\u00e9 sociale de ne pas appartenir au dehors. La peur de la concurrence, de l\u2019avenir qui pourrait nous foutre \u00e0 la rue. La haine chauvine envers un ennemi invisible mais mena\u00e7ant qui nous enl\u00e8verait notre foyer, qui nous emp\u00eacherait&nbsp;<em>d\u2019habiter<\/em>. Le logement est notre coquille, cruelle et protectrice.<\/p>\n\n\n\n<p>Le texte saisit la probl\u00e9matique du territoire \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du logement, en prenant pour exemple la ville de Lausanne. Il nous am\u00e8ne cependant \u00e0 examiner de plus pr\u00e8s notre compassion coupable et hypocrite pour les mouvements humains \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019Europe. Il d\u00e9nonce la toute-puissance des institutions, l\u2019angoisse administrative inflig\u00e9e aux r\u00e9fugi\u00e9s et l\u2019intransigeance des crit\u00e8res des foyers d\u2019accueil. Surtout, il met en lumi\u00e8re notre propre adh\u00e9rence \u00e0 une doctrine territoriale bureaucrate: notre propre complaisance dans un syst\u00e8me qui est \u00e0 l\u2019origine d\u2019une forme de discrimination sociale que l\u2019on nomme \u00ab&nbsp;solvabilit\u00e9&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>20 mai 2016<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/julia-cela\/\">Julia Cela<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>20 mai 2016<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/jehanne-denogent\/\">Jehanne Denogent<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">ECRIRE !<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"760\" height=\"506\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/05\/place_couverture.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-21307\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/05\/place_couverture.jpg 760w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/05\/place_couverture-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/05\/place_couverture-250x166.jpg 250w\" sizes=\"auto, (max-width: 760px) 100vw, 760px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Arsenic<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Le spectacle&nbsp;<\/em>Place,&nbsp;<em>actuellement \u00e0 l\u2019Arsenic, propose une exp\u00e9rience profond\u00e9ment d\u00e9rangeante. A d\u00e9conseiller \u00e0 ceux qui cherchent au th\u00e9\u00e2tre un moyen de s\u2019\u00e9vader de la r\u00e9alit\u00e9&nbsp;.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Quelle t\u00e2che difficile de prendre la plume apr\u00e8s&nbsp;<em>Place<\/em>&nbsp;! Il ne semble n\u2019y avoir plus aucune conviction, plus aucune l\u00e9gitimit\u00e9 sur laquelle m\u2019appuyer.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec un pessimisme implacable, incontr\u00f4lable, Adina Secr\u00e9tan vise indiff\u00e9remment, de ses mots-armes, la crise du logement, la segmentation de la soci\u00e9t\u00e9, les hommes politiques, les machistes, les institutions th\u00e9\u00e2trales, les bobos qui habitent le quartier \u00ab&nbsp;sous gare&nbsp;\u00bb \u00e0 Lausanne, les artistes, les intellos f\u00e9rus de Deleuze, et donc aussi elle-m\u00eame&nbsp;: jeune artiste lausannoise qui prom\u00e8ne son exemplaire de Deleuze entre la Manufacture et l\u2019Arsenic, complice malgr\u00e9 tout d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 sociale qu\u2019elle abhorre.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Place<\/em>&nbsp;est un cri du c\u0153ur. Il fait \u00e9clater nos coquilles de confort. Pourtant, c\u2019est un cri silencieux. Pas un mot n\u2019est prononc\u00e9 par les com\u00e9diens. On entend uniquement le grincement des centaines de petits miroirs noirs au sol, formant un dallage d\u00e9sarticul\u00e9. La col\u00e8re ne s\u2019exprime pas dans les sons mais dans les mots, projet\u00e9s sur le mur du fond. En lettres majuscules, un texte d\u00e9file, incoercible. Il prend toute la place&nbsp;: sur le mur, dans le reflet des miroirs, sur nos r\u00e9tines, dans nos t\u00eates. Avec un humour f\u00e9roce, ce&nbsp;<em>je<\/em>&nbsp;\u2013 mais qui parle en fait&nbsp;? \u2013 attaque et ne laisse rien debout.<\/p>\n\n\n\n<p>Un texte-spectacle , des com\u00e9diens accessoires sans r\u00e9pliques&nbsp;: le th\u00e9\u00e2tre, dans sa dimension formelle et sociale, semble lui aussi remis en question. Le dispositif est impertinent, violent. Absolue, la voix \u00e9nonciative prend possession de l\u2019espace et de la parole, r\u00e9duisant les com\u00e9diens et le public au silence. Nous ne pouvons que docilement lire ce soliloque enflamm\u00e9 et assister au d\u00e9mant\u00e8lement de nos valeurs et de notre position de spectateur. L\u2019exp\u00e9rience est \u00e9prouvante et ne peut laisser indiff\u00e9rent.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelle t\u00e2che difficile de prendre la plume apr\u00e8s un tel cataclysme&nbsp;! Cela est pourtant n\u00e9cessaire. Pour que le dialogue puisse \u00eatre r\u00e9instaur\u00e9. Pour \u00e9chapper au silence d\u2019\u00e9chec et de fatalit\u00e9. Pour crier mon d\u00e9saccord face \u00e0 un pessimisme st\u00e9rile.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>20 mai 2016<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/jehanne-denogent\/\">Jehanne Denogent<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.arsenic.ch\/programme\/place\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cr\u00e9ation pluridisciplinaire de La Section Lopez \/ mise en sc\u00e8ne et \u00e9criture Adina Secretan \/ Arsenic \/ du 20 au 26 mai \/ Critiques par Julia Cela et Jehanne Denogent.<\/p>\n","protected":false},"author":1001220,"featured_media":21307,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,3,38],"tags":[22,155],"class_list":["post-8189","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-theatre-de-larsenic","category-spectacle","tag-jehanne-denogent","tag-julia-cela"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8189","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001220"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8189"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8189\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":21309,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8189\/revisions\/21309"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/21307"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8189"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8189"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8189"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}