{"id":7955,"date":"2016-03-19T19:39:05","date_gmt":"2016-03-19T18:39:05","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=7955"},"modified":"2025-02-09T18:25:54","modified_gmt":"2025-02-09T17:25:54","slug":"la-mouette","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2016\/03\/la-mouette\/","title":{"rendered":"La Mouette"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">La Mouette<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">D&rsquo;Anton Tchekhov \/ mise en sc\u00e8ne Thomas Ostermeier \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \/ du 26 f\u00e9vrier au 13 mars 2016 \/ Critiques par Camille Logoz, Suzanne Crettex, Nadia Hachemi, Fanny Utiger et Waqas Mirza. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>26 f\u00e9vrier 2016<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/camille-logoz\/\">Camille Logoz<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Immersion<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"588\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/03\/La_Mouette-5009-1024x588.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-10170\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/03\/La_Mouette-5009-1024x588.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/03\/La_Mouette-5009-250x144.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/03\/La_Mouette-5009-300x172.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/03\/La_Mouette-5009-768x441.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/03\/La_Mouette-5009-624x358.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/03\/La_Mouette-5009.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9Arno Declair<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Thomas Ostermeier pr\u00e9sente \u00e0 Vidy une interpr\u00e9tation riche et sensible de&nbsp;<\/em>La Mouette<em>&nbsp;de Tchekhov. Une perspective sur le monde actuel, une temporalit\u00e9 appesantie et un humour sinc\u00e8re donnent le ton \u00e0 cette pi\u00e8ce aux \u00e9tranges accents de justesse et de familiarit\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Sur sc\u00e8ne, l\u2019espace est tant\u00f4t herm\u00e9tiquement clos, tant\u00f4t grand ouvert, incluant le public. Un banc court le long du mur, accueillant les com\u00e9diens une fois leur sc\u00e8ne termin\u00e9e, faisant d\u2019eux des figurants pour un temps. La sc\u00e9nographie s\u2019ouvre sur l\u2019ext\u00e9rieur au travers d\u2019une immense fresque, r\u00e9alis\u00e9e en direct par une ouvri\u00e8re. Un certain temps s\u2019\u00e9coule avant qu\u2019on ne saisisse le paysage montagneux que figure la peinture. Les meubles qui occupent le devant de la sc\u00e8ne, d\u00e9plac\u00e9s d\u2019un acte \u00e0 l\u2019autre, plongent les personnages dans une confusion similaire&nbsp;: \u00abQuelle dr\u00f4le d\u2019id\u00e9e de faire un bureau ici\u2026\u00bb \u00abCe n\u2019\u00e9tait pas un salon, avant?\u00bb Le d\u00e9cor donne ainsi forme aux m\u00e9canismes de processus en cours \u2013 processus de construction de l\u2019image, d\u2019interpr\u00e9tation, de r\u00e9flexion \u2013 et place le spectacle par ce ralentissement photographique dans une temporalit\u00e9 flottante, exclue du monde r\u00e9el&nbsp;: le temps d\u2019interrogation sur le monde et de l\u2019effort de compr\u00e9hension.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette confrontation entre temps r\u00e9el et temporalit\u00e9 densifi\u00e9e op\u00e8re rapidement. Le spectacle s\u2019ouvre sur l\u2019organisation et la repr\u00e9sentation de la pi\u00e8ce \u00e9crite par Constantin, jeune auteur entrav\u00e9 par le succ\u00e8s de sa m\u00e8re et les relations de celle-ci dans le monde artistique. Alors qu\u2019il est clair qu\u2019on assiste \u00e0 une mise en abyme du th\u00e9\u00e2tre, et que celle-ci produit un m\u00e9tadiscours manifeste de la volont\u00e9 d\u2019Ostermeier de renouveler cette pratique, le public ne peut r\u00e9primer, lorsque la repr\u00e9sentation dans la repr\u00e9sentation commence, un sentiment de m\u00e9fiance et de d\u00e9j\u00e0-vu face au spectacle ultra crypt\u00e9 et abstrait de Constantin, qui verse dans les pires clich\u00e9s du th\u00e9\u00e2tre contemporain&nbsp;: mise \u00e0 nu, gore, musique assourdissante, angoisse. Une p\u00e9riode d\u2019immersion est n\u00e9cessaire pour prendre conscience de ce d\u00e9calage.<\/p>\n\n\n\n<p>Si cette ironie et discr\u00e9pance entre attentes et r\u00e9ception demande d\u2019accorder toute sa confiance \u00e0 la pi\u00e8ce pour devenir \u00e9vidente, l\u2019humour qui la pars\u00e8me est lui saisissable dans l\u2019imm\u00e9diat. Ostermeier dans sa mise en sc\u00e8ne et Olivier Cadiot dans sa traduction travaillent et valorisent la tonalit\u00e9 comique du texte, en l\u2019ancrant dans une contemporan\u00e9it\u00e9 qui touche chaque spectatrice et spectateur. Le jeu remarquable des actrices et acteurs dessine des personnages \u00e0 la sensibilit\u00e9 particuli\u00e8re, \u00e9mouvante, r\u00e9v\u00e9l\u00e9e dans leur rapport conflictuel au monde.<\/p>\n\n\n\n<p>On dit parfois que quand un personnage devient vrai pour un autre (\u00e0 la mani\u00e8re des personnages de Zola apparaissant dans diff\u00e9rents volumes de la saga des Rougon-Macquart par exemple), quand il r\u00e9ussit \u00e0 sauter le pas d\u2019une fiction \u00e0 une autre, il devient potentiellement r\u00e9el pour le reste du monde. Ainsi, les personnages assis sur le banc en second plan, dont les interactions se situent hors jeu, font montre d\u2019une proximit\u00e9 et d\u2019une complicit\u00e9 qui ont pour effet de reconduire cette m\u00eame connivence entre eux-m\u00eames et le public. Ostermeier cr\u00e9e ainsi un niveau de th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 qui englobe personnages et public sur le m\u00eame plan, dans le m\u00eame mouvement que cette temporalit\u00e9 propre \u00e0 l\u2019\u0153uvre qui exige de s\u2019y livrer et d\u2019oublier toute contingence ext\u00e9rieure. Avec cet espace d\u2019immersion, Ostermeier t\u00e9moigne une nouvelle fois de sa capacit\u00e9 \u00e0 \u00e9tendre le jeu \u00e0 un maximum de sph\u00e8res pour provoquer d\u2019instinct chez le spectateur un engagement sinc\u00e8re et entier dans le th\u00e9\u00e2tre et pour la pi\u00e8ce.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>26 f\u00e9vrier 2016<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/camille-logoz\/\">Camille Logoz<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>26 f\u00e9vrier 2016<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/suzanne-crettex\/\">Suzanne Crettex<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">De Tchekhov et au-del\u00e0<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"684\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/03\/La_Mouette-0075-1024x684.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-10168\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/03\/La_Mouette-0075-1024x684.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/03\/La_Mouette-0075-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/03\/La_Mouette-0075-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/03\/La_Mouette-0075-768x513.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/03\/La_Mouette-0075-624x417.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/03\/La_Mouette-0075.jpg 1198w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9Arno Declair<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Il fallait oser faire appara\u00eetre des personnages tchekhoviens, tout droit sortis de la campagne russe, sur des chansons des Doors ou de Velvet Underground. Leur faire lire des passages d\u2019un des derniers Houellebecq. Et surtout, faire allusion \u00e0 Daesch et aux r\u00e9fugi\u00e9s politiques syriens tout en gardant \u00e0 l\u2019esprit que&nbsp;<\/em>La Mouette<em>&nbsp;avait \u00e9t\u00e9 jou\u00e9e pour la premi\u00e8re fois un 17 octobre 1896 sur la sc\u00e8ne du th\u00e9\u00e2tre Alexandrinski, \u00e0 Saint-Petersbourg.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ce pari, \u00e0 voir la salle comble et \u00e0 entendre les applaudissements fournis, il semble que Thomas Ostermeier l\u2019ait remport\u00e9 haut la main. La mise en sc\u00e8ne ultra-coh\u00e9rente, transpos\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9poque contemporaine sans trop en faire, fait ressortir l\u2019intemporalit\u00e9 d\u2019un texte qui ne saurait vieillir puisqu\u2019il d\u00e9cortique au scalpel les ressorts intimes du c\u0153ur humain&nbsp;; toujours les m\u00eames, que ce soit \u00e0 Vidy ou ailleurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur une sc\u00e8ne peinte d\u2019un gris neutre \u2013 en forme de non-lieu o\u00f9 tous les possibles sont encore ouverts \u2013 quelques planches, celles d\u2019un th\u00e9\u00e2tre au bord d\u2019un lac. C\u2019est en effet ce soir-l\u00e0 que Constantin, un jeune dramaturge en mal d\u2019inspiration tentant d\u2019exister par le th\u00e9\u00e2tre, monte sa premi\u00e8re pi\u00e8ce. Avec Nina, celle qu\u2019il aime et qui joue pour lui, il repr\u00e9sente l\u2019\u00ab&nbsp;avant-garde&nbsp;\u00bb en tentant d\u2019assumer, comme il le mentionne au public, tout ce que ce mot recouvre de r\u00e9volutionnaire et de convenu \u00e0 la fois.<\/p>\n\n\n\n<p>En face d\u2019eux, assis dans le public le temps de cette \u00ab&nbsp;pi\u00e8ce&nbsp;dans la pi\u00e8ce&nbsp;\u00bb, il y a ceux qui r\u00e9ussissent. En apparence du moins. Irina, la m\u00e8re de Constantin, une actrice \u00e0 succ\u00e8s qui croit s\u2019emp\u00eacher de vieillir en lisant Houellebecq sur son linge de bain. Elle est aussi l\u2019amante du nouvelliste renomm\u00e9 Trigorine. En vacances pour quelques jours \u00e0 la campagne, ils se reposent des succ\u00e8s \u00e0 Moscou, o\u00f9 ils passent de galas en conf\u00e9rences et ovations, sans voir le d\u00e9sespoir de ceux qui les entourent, Constantin le premier.<\/p>\n\n\n\n<p>Et dans cette pi\u00e8ce, il y a surtout \u00ab&nbsp;la Mouette&nbsp;\u00bb, la belle Nina, interpr\u00e9t\u00e9e par l\u2019impressionnante M\u00e9lodie Richard. \u00ab&nbsp;Une jeune fille passe toute sa vie sur le rivage d\u2019un lac. Elle aime le lac, comme une mouette, et elle est heureuse et libre&nbsp;\u00bb. \u00e7a, c\u2019\u00e9tait son histoire, mais au d\u00e9but, avant qu\u2019elle ne rencontre Trigorine, en tombe folle amoureuse, qu\u2019elle ne se lance \u00e0 corps perdu dans le th\u00e9\u00e2tre. \u00ab&nbsp;Mais un homme arrive par hasard et, quand il la voit, par d\u00e9s\u0153uvrement, la fait p\u00e9rir \u00bb&nbsp;; c\u2019\u00e9tait ce qui l\u2019attendait ensuite, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elle tombe, devienne l\u2019ombre d\u2019elle-m\u00eame. Elle semble faire \u00e9cho \u00e0 la peinture de l\u2019arri\u00e8re-fond, compl\u00e9t\u00e9e d\u2019acte en acte, et sur laquelle on croit d\u00e9celer un oiseau, puis un paysage. Puis un grand trou noir.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est surtout l\u00e0 o\u00f9 la mise en sc\u00e8ne trouve sa profonde justesse&nbsp;: dans le ton qu\u2019elle adopte. Elle balance all\u00e8grement entre la noirceur et l\u2019\u00e9go\u00efsme des personnages et ce qu\u2019ils ont de grin\u00e7ant dans leur qu\u00eate d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e d\u2019eux-m\u00eames&nbsp;; entre la pesanteur et l\u2019insignifiance. Elle floute les pistes, r\u00e9v\u00e8le la profondeur d\u2019un chef-d\u2019\u0153uvre, d\u2019une \u00e9criture \u00e0 partir de laquelle elle prend son envol. Extr\u00eames beaut\u00e9 et fragilit\u00e9 d\u2019une pi\u00e8ce que j\u2019\u00e9viterais de comparer au vol d\u2019un albatros, pour m\u2019abstenir d\u2019un lieu commun.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>26 f\u00e9vrier 2016<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/suzanne-crettex\/\">Suzanne Crettex<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>26 f\u00e9vrier 2016<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/nadia-hachemi\/\">Nadia Hachemi<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">De l\u2019envol \u00e0 la chute<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"614\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/03\/La_Mouette-9026-1024x614.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-10173\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/03\/La_Mouette-9026-1024x614.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/03\/La_Mouette-9026-250x150.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/03\/La_Mouette-9026-300x180.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/03\/La_Mouette-9026-768x460.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/03\/La_Mouette-9026-624x374.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/03\/La_Mouette-9026.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9Arno Declair<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Le th\u00e9\u00e2tre. Son glamour et ses p\u00e9rils. Les vocations et d\u00e9sillusions qu\u2019il suscite. Que repr\u00e9senter et comment&nbsp;? Actuellement \u00e0 Vidy l\u2019art dramatique est le centre de tous les conflits.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019attente. C\u2019est ainsi que cette pi\u00e8ce s\u2019\u00e9lance dans un pr\u00e9ambule ultra contemporain o\u00f9 dialoguent deux personnages avant le d\u00e9but d\u2019une pi\u00e8ce ench\u00e2ss\u00e9e. Cette entr\u00e9e en mati\u00e8re \u00e9trange annonce d\u2019embl\u00e9e la tonalit\u00e9 extr\u00eamement autor\u00e9f\u00e9rentielle et postmoderne d\u2019une pi\u00e8ce qui a pour th\u00e8me le th\u00e9\u00e2tre. La sc\u00e8ne du th\u00e9\u00e2tre de Vidy, transform\u00e9e pour l\u2019occasion en boitier gris muni de bancs qui longent chaque paroi, est le lieu de grands pr\u00e9paratifs de la part de Constantin, le personnage principal qui fait jouer une pi\u00e8ce pour la premi\u00e8re fois. Pendant ce temps les autres personnages qui ne quitteront pratiquement jamais la sc\u00e8ne restent assis dans le fond, assistant de mani\u00e8re absente \u00e0 cette installation, occupant un espace liminal, hors coulisse, qui pourtant n\u2019est pas vraiment celui de l\u2019action.<\/p>\n\n\n\n<p>Le nouveau spectacle d\u2019Ostermeier parvient avec brio \u00e0 jongler entre les diff\u00e9rentes th\u00e9matiques de la pi\u00e8ce d\u2019Anton Tchekhov. Une t\u00e2che ais\u00e9e&nbsp;? Assur\u00e9ment pas, compte tenu de la richesse du texte&nbsp;! L\u2019art, la notori\u00e9t\u00e9, les conflits interg\u00e9n\u00e9rationnels et familiaux, l\u2019amour passion et tragique, tant de probl\u00e9matiques centrales \u00e0 la vie humaine avanc\u00e9es par Tchekhov et que le spectateur se fait un plaisir de retrouver chez Ostermeier. Mais c\u2019est le th\u00e9\u00e2tre, objet de toutes les obsessions et convoitises des personnages, qui reste le point focal de tous les faisceaux de signification du spectacle.<\/p>\n\n\n\n<p>La pi\u00e8ce de Constantin, ultra avant-gardiste et obscure, se fait l\u2019embl\u00e8me de toute l\u2019histoire des personnages et de leurs conflits. Quel est le r\u00f4le du th\u00e9\u00e2tre&nbsp;? Comment trouver des motifs r\u00e9ellement originaux et se placer \u00e0 la suite des pr\u00e9curseurs du pass\u00e9&nbsp;? Comment se positionner dans cette escalade endiabl\u00e9e vers l\u2019\u00e9trange nouveaut\u00e9 qu\u2019est l\u2019avant-garde&nbsp;? Tant de questions qui torturent Constantin et qui dirigent sa cr\u00e9ation artistique.<\/p>\n\n\n\n<p>Le romantisme et le d\u00e9sir de renomm\u00e9e s\u2019en m\u00ealent \u00e0 travers la figure de Nina. Naturellement attir\u00e9e par Constantin \u00ab&nbsp;comme une mouette vers un lac&nbsp;\u00bb elle se d\u00e9tourne de lui en faveur de Trigorine, l\u2019\u00e9crivain c\u00e9l\u00e8bre qui lui ouvrira les portes de sa vocation ou ce qu\u2019elle croit l\u2019\u00eatre&nbsp;: devenir actrice&nbsp;! Le m\u00e9canisme qui m\u00e8nera \u00e0 la fin tragique se voit enclench\u00e9 par ce choix. L\u2019art et l\u2019amour se m\u00ealent et se font obstacle.<\/p>\n\n\n\n<p>Un motif reste, lancinant, obsessionnel, celui de la mouette qui se fait abattre par un passant pouss\u00e9 par son d\u00e9soeuvrement. Symbole d\u2019une jeunesse foudroy\u00e9e dans son envol\u00e9e vers les sommets. Enferm\u00e9s dans la boite close qu\u2019est la sc\u00e8ne, les personnages se d\u00e9battent, stagnent, et s\u2019effondrent sous les yeux passionn\u00e9s des spectateurs. La pi\u00e8ce, se terminant sur un suicide, martel\u00e9e par les d\u00e9sillusions de ses protagonistes semble r\u00e9unir tous les ingr\u00e9dients d\u2019une trag\u00e9die bien path\u00e9tique. Le spectacle se limiterait-il donc \u00e0 son pathos&nbsp;? Certainement pas&nbsp;! Le public rit et sourit fr\u00e9quemment gr\u00e2ce \u00e0 une mise en sc\u00e8ne o\u00f9 se cristallise toute la dr\u00f4lerie de la tragicom\u00e9die de Tchekhov. L\u2019utilisation de morceaux de rock des ann\u00e9es soixante et septante \u00e0 la fois actuels et r\u00e9tros permet de dynamiser la pi\u00e8ce en lui donnant une tonalit\u00e9 moderne. La fid\u00e9lit\u00e9 au texte, alli\u00e9e \u00e0 cette atmosph\u00e8re brute donne une mise en sc\u00e8ne modernis\u00e9e qui met en relief la port\u00e9e universelle du texte.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>26 f\u00e9vrier 2016<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/nadia-hachemi\/\">Nadia Hachemi<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>26 f\u00e9vrier 2016<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/fanny-utiger\/\">Fanny Utiger<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">De l\u2019envol \u00e0 la chute<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"588\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/03\/La_Mouette-5009-1-1024x588.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-10169\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/03\/La_Mouette-5009-1-1024x588.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/03\/La_Mouette-5009-1-250x144.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/03\/La_Mouette-5009-1-300x172.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/03\/La_Mouette-5009-1-768x441.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/03\/La_Mouette-5009-1-624x358.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/03\/La_Mouette-5009-1.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9Arno Declair<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>D\u2019une histoire tragi-comique dans laquelle on ne voit pas grand chose si ce n\u2019est l\u2019ennui de personnages d\u00e9prim\u00e9s, Thomas Ostermeier questionne et triture le th\u00e9\u00e2tre dans une pi\u00e8ce au flou riche et passionnant.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Vautr\u00e9s sur des bancs, ils attendent, d\u00e9s\u0153uvr\u00e9s, dans un grand cube gris, pareil \u00e0 un bunker ou au fond d\u2019un immense garage. Quelques \u00e9l\u00e9ments de mobilier \u00e9gar\u00e9s, entass\u00e9s, patientent sur le c\u00f4t\u00e9. Rien ne se passe. Jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019une femme se l\u00e8ve et peigne sur le fond de cette terne bo\u00eete. On ne saurait dire quoi.&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;Oh, you\u2019re a rock\u2019n\u2019roll suicide\u2026 You\u2019re not alone<\/em>\u2026&nbsp;<em>\u00bb<\/em>&nbsp;Un air de Bowie, comme pour annoncer le drame \u2013 si c\u2019en est un \u2013 qui s\u2019\u00e9talera sur les deux prochaines heures, brise le silence. La plong\u00e9e dans le th\u00e9\u00e2tre, dans le jeu, se fera progressive.<\/p>\n\n\n\n<p>Un homme et une femme s\u2019avancent alors, s\u2019approchent des deux micros qui tr\u00f4nent sur les planches pos\u00e9es au devant de la sc\u00e8ne. Sont-ce Macha et l\u2019instituteur qui parlent des conflits en Syrie et d\u2019un amour, de lui \u00e0 elle ? Tout semble m\u00eal\u00e9\u2026 Les autres personnages s\u2019animeront bient\u00f4t, cependant, et la pi\u00e8ce pourra assur\u00e9ment commencer. Puis Constantin, dramaturge en herbe, pr\u00e9sentera la sienne, tentant vainement d\u2019attirer l\u2019attention et le respect de sa m\u00e8re, Irina, actrice plus int\u00e9ress\u00e9e par ses propres d\u00e9clamations shakespeariennes que par l\u2019avant-garde \u00e0 laquelle s\u2019attelle son fils.<\/p>\n\n\n\n<p><em>La Mouette&nbsp;<\/em>de Tchekhov, dans son texte m\u00eame, th\u00e9matise le th\u00e9\u00e2tre, l\u2019interroge. De telles probl\u00e9matiques semblent donc, aujourd\u2019hui, difficilement \u00e9vitables&nbsp;; Ostermeier les exacerbe. La cr\u00e9ation de Constantin, aussi sanglante que tonitruante, se pr\u00e9sente comme un exemple presque caricatural du th\u00e9\u00e2tre d\u2019avant-garde actuel. Ce ne sera pas une p\u00e2le r\u00e9citation de mots qui rendra Irina irrespectueusement hilare, mais une dizaine de minutes d\u2019un spectacle presque castelluccien, au cours duquel le jeune cr\u00e9ateur \u00e9ventre un bouc et se douche de son sang, au son de percussions et bruits \u00e9lectroniques forts \u00e0 en faire trembler les si\u00e8ges\u2026 Ensuite et surtout, Ostermeier questionne le th\u00e9\u00e2tre et le jeu dans un nivellement du plateau. Plus d\u2019opposition traditionnelle entre ce dernier et les coulisses, mais un entre-deux, sur les bords de ce fameux bunker. Des acteurs qui s\u2019y posent, on ne sait s\u2019ils jouent encore ou non. Ils sont dans le flou.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est dans ce flou que r\u00e9side la majeure partie de la r\u00e9ussite de cette pi\u00e8ce. Celle-ci est riche en d\u00e9tails, on en tirerait des pages et des pages, mais cette lenteur, presque stagnation par moment, est passionnante. Les personnages de&nbsp;<em>La Mouette<\/em>&nbsp;sont une bande d\u2019\u00e9gocentriques \u2013 si ce n\u2019est pas narcissiques \u2013 tous en pleine d\u00e9prime mais tellement aveugl\u00e9s, paradoxalement par ce m\u00eame \u00e9gotisme, qu\u2019il ne voient que celle des autres, jamais la leur. Constantin fait bien s\u00fbr figure d\u2019exception, conscient d\u00e8s le d\u00e9but de l\u2019hypocrisie ambiante qui r\u00e8gne autour de lui&nbsp;; or lui seul mettra fin \u00e0 ses jours, ne voyant d\u2019autre issue. Lorsqu\u2019il met ses acteurs au sein de ce gris, Ostermeier th\u00e9matise l\u2019errance de leurs personnages. Ils ne sont ni dans le noir des coulisses, ni devant le blanc \u00e9clatant des projecteurs de sc\u00e8ne, comme Trigorine, Irina et comparses ne sont ni heureux ni au fond du trou, ou s\u2019ils fr\u00f4lent celui-ci, ils ne le voient pas. Rien ne se passe, dans le gris, rien ne d\u00e9tonne\u2026 Et si tout cela doit se construire au prix de quelques longueurs dramaturgiques, elles ne font finalement qu\u2019augmenter encore cet effet de flottement g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ambiance du spectacle est peut-\u00eatre ce qui y fonctionne le mieux, notamment gr\u00e2ce aux choix musicaux. Modernis\u00e9e avec justesse, la pi\u00e8ce de Tchekhov est ici agr\u00e9ment\u00e9e de nombreux morceaux de rock, des Doors \u00e0 David Bowie. Leurs airs sont loin d\u2019\u00eatre r\u00e9cents, certes, ils sont n\u00e9anmoins intemporels. Le metteur en sc\u00e8ne semble avoir trouv\u00e9 dans le texte une chose dont on ne se serait pas dout\u00e9&nbsp;; il en sort, gr\u00e2ce \u00e0 une sc\u00e9nographie, un jeu et une musique alli\u00e9s savamment, une \u00e2me presque&nbsp;<em>underground<\/em>, laquelle trouve bon \u00e9cho dans notre \u00e9poque. C\u2019est ce qui fait de cette&nbsp;<em>Mouette<\/em>&nbsp;un spectacle fascinant.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>26 f\u00e9vrier 2016<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/fanny-utiger\/\">Fanny Utiger<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>26 f\u00e9vrier 2016<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/waqas-mirza\/\">Waqas Mirza<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Faire du moderne avec des Anciens<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/03\/La_Mouette-8265-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-10171\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/03\/La_Mouette-8265-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/03\/La_Mouette-8265-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/03\/La_Mouette-8265-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/03\/La_Mouette-8265-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/03\/La_Mouette-8265-624x416.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/03\/La_Mouette-8265.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9Arno Declair<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Quand Ostermeier met en sc\u00e8ne&nbsp;<\/em>La Mouette&nbsp;<em>d\u2019<\/em><em>Anton Tchekhov au th<\/em><em>\u00e9\u00e2tre de Vidy, c\u2019est l\u2019occasion de retrouvailles fructueuses. R\u00e9union de connaisseurs: d\u2019abord, celle d\u2019un metteur en sc\u00e8ne avec une troupe francophone qu\u2019il a dirig\u00e9e dans&nbsp;<\/em>Les Revenants&nbsp;<em>en 2013; ensuite, celle d\u2019une actrice, Val\u00e9rie Dr\u00e9ville, qui joue le r\u00f4le d\u2019Irina, la m\u00e8re, artiste reconnue, vingt ans apr\u00e8s avoir endoss\u00e9 le r\u00f4le de Nina, la jeune com\u00e9dienne en devenir.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Qui ici appr\u00e9cie le th\u00e9\u00e2tre contemporain&nbsp;?&nbsp;\u00bb lance Konstantin Treplev, en ouverture d\u2019une&nbsp;<em>Mouette<\/em>&nbsp;remani\u00e9e. Silence absolu dans la salle vidyenne, qui affiche d\u00e9j\u00e0 complet de nombreux soirs pour la derni\u00e8re production du metteur en sc\u00e8ne berlinois. Seule une spectatrice intr\u00e9pide ose lever la main. S\u2019instaure ainsi un climat propice \u00e0 faire sentir au public d\u2019aujourd\u2019hui le d\u00e9bat esth\u00e9tique qui oppose, dans la fiction, les classicistes et les avant-gardistes, pr\u00e9parant la repr\u00e9sentation r\u00e9solument contemporaine qui y sera mont\u00e9e par Treplev.<\/p>\n\n\n\n<p>Un micro et une poutre en bois, \u00e0 laquelle sera attach\u00e9e Nina. Ce d\u00e9cor minimaliste est accompagn\u00e9 d\u2019un texte obscur : \u00ab&nbsp;Hommes, lions, aigles et perdrix, cerfs cornus, poissons silencieux, habitants de l\u2019eau, etc.&nbsp;\u00bb, que l\u2019on d\u00e9c\u00e8le \u00e0 travers une basse assourdissante. Konstantin monte sur une \u00e9chelle, et d\u00e9p\u00e8ce un bouc suspendu au-dessus de sa muse-amante ; le sang coule \u00e0 flots. Crisp\u00e9s, les spectateurs se redressent gentiment et regrettent le ton comique introductif, cette connivence surprenante \u00e9tablie par les personnages. Puis l\u2019humour est de retour, mais il n\u2019est pas relanc\u00e9 par Treplev, qui en est plut\u00f4t la victime. Sa m\u00e8re a difficilement support\u00e9 la pi\u00e8ce, \u00ab incompr\u00e9hensible \u00bb d\u2019apr\u00e8s elle. Elle pr\u00e9f\u00e8re largement l\u2019art classique, \u00e9cole dans laquelle elle d\u00e9veloppe avec succ\u00e8s son talent, domaine dans lequel elle puise son compagnon actuel, un \u00e9crivain aussi c\u00e9l\u00e8bre que discret. Et voici que l\u2019autre n\u0153ud essentiel de l\u2019intrigue se trouve naturellement introduit : les relations, familiales et amoureuses, avec tous les non-dits qui rongent petit \u00e0 petit les liens interpersonnels.<\/p>\n\n\n\n<p>Konstantin veut \u00e9pater sa m\u00e8re tout en r\u00e9volutionnant le monde du th\u00e9\u00e2tre. Dans sa lutte, il embarque m\u00eame son amoureuse. Mais celle-ci s\u2019entiche de l\u2019amant d\u2019Irina, Trigorine, dont elle conna\u00eet les livres par c\u0153ur. Sans oublier Macha, au visage marqu\u00e9 par les traits de la d\u00e9pression : elle aime Konstantin, dont elle admire v\u00e9ritablement le talent artistique, mais en \u00e9pousera un autre. Ce n\u2019est donc pas \u00e9tonnant que les meilleurs moments mettent en sc\u00e8ne des duos de personnages en variant sur le motif de la r\u00e9v\u00e9lation. Complicit\u00e9 timide lorsque Nina tente de retenir Trigorine avec un \u00e9loge admiratif de son \u00e9criture. Tension explosive quand Irina et son fils se jettent mutuellement des reproches sanglants au beau milieu d\u2019une sc\u00e8ne de tendresse maternelle. M\u00e9lancolie empreinte d\u2019ironie \u00e0 la vue de Macha qui s\u2019enivre aux c\u00f4t\u00e9s de Trigorine, tous deux souffrant de manquer du courage n\u00e9cessaire pour suivre leurs aspirations affectives respectives.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, ces sc\u00e8nes sont loin d\u2019\u00eatre intimes. En effet, les acteurs sont tous pr\u00e9sents sur sc\u00e8ne, qu\u2019ils soient sollicit\u00e9s ou non, du moins dans la premi\u00e8re partie de la pi\u00e8ce. Le d\u00e9cor, enti\u00e8rement peint en gris, camoufle l\u00e9g\u00e8rement un bord sur\u00e9lev\u00e9. L\u00e0 \u00ab&nbsp;sortent&nbsp;\u00bb s\u2019asseoir les acteurs \u2013 ou les personnages&nbsp;? \u2013 qui troquent leur temps de jeu pour une place de spectateur, tout en restant visibles aux yeux du public. Quelques rares sorties de sc\u00e8ne dans le coin sup\u00e9rieur droit viennent contrebalancer l\u2019effet&nbsp;<em>huis-clos<\/em>&nbsp;qui r\u00e8gne tout au long de la repr\u00e9sentation. Et il y a aussi l\u2019immense fresque \u00e9nigmatique peinte au fil de la pi\u00e8ce par Marine Dillard. A coups intermittents de rouleaux de peinture, un paysage montagnard se dessine pour situer l\u2019action dans un d\u00e9cor provincial; le tout compl\u00e9t\u00e9 par de nombreuses r\u00e9f\u00e9rences au \u00ab&nbsp;magnifique lac&nbsp;\u00bb sur lequel le th\u00e9\u00e2tre lui-m\u00eame a une fabuleuse vue. Un espace ferm\u00e9, mais ouvert sur le monde. Un peu comme cette pi\u00e8ce ancr\u00e9e dans la Russie du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, mais assez souple pour englober l\u2019\u00e9poque contemporaine.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>26 f\u00e9vrier 2016<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/waqas-mirza\/\">Waqas Mirza<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.vidy.ch\/la-mouette-0\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D&rsquo;Anton Tchekhov \/ mise en sc\u00e8ne Thomas Ostermeier \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \/ du 26 f\u00e9vrier au 13 mars 2016 \/ Critiques par Camille Logoz, Suzanne Crettex, Nadia Hachemi, Fanny Utiger et Waqas Mirza.<\/p>\n","protected":false},"author":1001220,"featured_media":10171,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,2],"tags":[136,156,162,152,154],"class_list":["post-7955","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-de-vidy","tag-camille-logoz","tag-fanny-utiger","tag-nadia-hachemi","tag-suzanne-crettex","tag-waqas-mirza"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7955","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001220"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7955"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7955\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":21115,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7955\/revisions\/21115"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/10171"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7955"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7955"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7955"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}