{"id":7525,"date":"2015-11-30T10:14:54","date_gmt":"2015-11-30T09:14:54","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=7525"},"modified":"2025-02-10T12:26:54","modified_gmt":"2025-02-10T11:26:54","slug":"rentrer-au-volcan","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2015\/11\/rentrer-au-volcan\/","title":{"rendered":"Rentrer au volcan"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Rentrer au volcan<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Cr\u00e9ation et mise en sc\u00e8ne Augustin Rebetez \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \/ du 27 novembre au 11 d\u00e9cembre 2015 \/ Critiques par Elisa Picci et Simon Falquet. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>27 novembre 2015<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/elisa-picci\/\">Elisa Picci<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Au-del\u00e0 du r\u00e9el<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/11\/RENTRER_AU_VOLCAN_08-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-10092\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/11\/RENTRER_AU_VOLCAN_08-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/11\/RENTRER_AU_VOLCAN_08-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/11\/RENTRER_AU_VOLCAN_08-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/11\/RENTRER_AU_VOLCAN_08-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/11\/RENTRER_AU_VOLCAN_08-624x416.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/11\/RENTRER_AU_VOLCAN_08.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9Augustin Rebetez<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Avec&nbsp;<\/em>Rentrer au volcan<em>, Augustin Rebetez nous invite \u00e0 entrer dans un monde \u00e0 la fois sombre et po\u00e9tique, o\u00f9 le r\u00e9alisme ne trouve plus aucune place : les corps humains se disloquent et les d\u00e9cors prennent vie. Un m\u00e9lange de performances tant vocales que physiques dans un univers archa\u00efque, \u00e9trange et parfois teint\u00e9 d\u2019humour.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Augustin Rebetez est photographe, dessinateur et plasticien. Son art est \u00e9galement marqu\u00e9 par des installations bricol\u00e9es de toutes sortes, toujours \u00e0 l\u2019image d\u2019un monde venu d\u2019ailleurs, qu\u2019il nous pr\u00e9sente aujourd\u2019hui sur la sc\u00e8ne de Vidy. D\u00e9j\u00e0 bien connu dans le domaine des arts visuels, notamment par les multiples expositions \u00e0 succ\u00e8s qu\u2019il fait \u00e0 travers le monde et les nombreux prix qu\u2019il a re\u00e7us, Augustin Rebetez se lance \u00e0 pr\u00e9sent dans le th\u00e9\u00e2tre avec sa toute premi\u00e8re cr\u00e9ation sc\u00e9nique,&nbsp;<em>Rentrer au volcan,&nbsp;<\/em>faisant appel \u00e0 des performeurs originaires de diff\u00e9rents pays.<\/p>\n\n\n\n<p>Le spectacle commence d\u00e9j\u00e0 dans la caf\u00e9t\u00e9ria du th\u00e9\u00e2tre de Vidy. Les murs sont couverts des dessins et peintures de l\u2019artiste. Les spectateurs peuvent \u00e9galement profiter de quelques-unes de ses installations, comme par exemple une sorte de grande cabane noire portant l\u2019inscription \u00ab&nbsp;cin\u00e9ma&nbsp;\u00bb, dans laquelle on d\u00e9couvre des vid\u00e9os qui concernent ses productions. En s\u2019approchant peu \u00e0 peu de la salle de spectacle, le public sent d\u00e9j\u00e0 qu\u2019il entre dans un ailleurs. Le couloir qui y m\u00e8ne, imprim\u00e9 lui-m\u00eame par l\u2019art d\u2019Augustin Rebetez, devient un passage vers un autre monde.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur sc\u00e8ne, on peut alors observer librement la danseuse Iona Kewney faisant des contorsions et s\u2019agitant brutalement. Un homme, debout \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019elle, se penche en avant et se rel\u00e8ve constamment. Le silence se fait dans la salle mais sur sc\u00e8ne rien ne se passe de plus. Le spectateur peut essayer de deviner ce que repr\u00e9sente le d\u00e9cor plong\u00e9 dans l\u2019obscurit\u00e9. On per\u00e7oit des installations \u00e9lectriques c\u00f4t\u00e9 jardin, des sortes de cabanes pas tellement identifiables dans le fond et une petite maisonnette avec d\u2019autres constructions singuli\u00e8res c\u00f4t\u00e9 cour. Et surtout, une gigantesque boule noire suspendue au plafond. Celle-ci explose alors, provoquant le chaos et laissant les spectateurs compl\u00e8tement d\u00e9boussol\u00e9s. Des performeurs v\u00eatus enti\u00e8rement de noir et masqu\u00e9s sortent des d\u00e9cors. Certains hurlent, d\u2019autres se d\u00e9placent comme si leurs articulations ne les soutenaient plus, le bruit en devient presque d\u00e9sagr\u00e9able. Le spectateur va d\u00e8s lors osciller pendant toute la repr\u00e9sentation entre po\u00e9sie et inqui\u00e9tude.<\/p>\n\n\n\n<p>Si l\u2019on se retrouve envo\u00fbt\u00e9 par de remarquables performances musicales et vocales, qui vont d\u2019un registre lyrique \u00e0 des tonalit\u00e9s beaucoup plus rock, on est aussi d\u00e9stabilis\u00e9 par des prestations plus d\u00e9concertantes mais tout aussi fascinantes&nbsp;: \u00e0 Louis Jucker, musicien punk qui am\u00e8ne une certaine s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 par le son de sa voix et de sa guitare succ\u00e8de par exemple un performeur v\u00eatu de noir, \u00e0 la t\u00eate de cheval avec un dentier humain, qui r\u00e9cite un texte difficilement compr\u00e9hensible, actionnant un m\u00e9canisme lui permettant de bouger le dentier en m\u00eame temps qu\u2019il parle. Les performeurs jouent aussi avec les d\u00e9cors bricol\u00e9s, et selon l\u2019endroit o\u00f9 le spectateur est assis, il peut avoir l\u2019illusion que soudain ces d\u00e9cors se d\u00e9placent seuls. Dans ce monde, l\u2019humain n\u2019est plus le seul \u00eatre capable de s\u2019exprimer.<\/p>\n\n\n\n<p>Vous l\u2019aurez compris,&nbsp;<em>Rentrer au volcan<\/em>&nbsp;est une invitation \u00e0 entrer dans un autre monde o\u00f9 l\u2019art se d\u00e9ploie dans diverses formes, tandis que des \u00e9motions toujours diff\u00e9rentes saisissent le spectateur pendant une heure de repr\u00e9sentation. Tentez donc l\u2019exp\u00e9rience et entrez dans l\u2019univers si particulier d\u2019Augustin Rebetez qui vous accueille jusqu\u2019au 11 d\u00e9cembre au th\u00e9\u00e2tre de Vidy&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>27 novembre 2015<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/elisa-picci\/\">Elisa Picci<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>27 novembre 2015<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/simon-falquet\/\">Simon Falquet<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Sombre fabrique \u00e0 r\u00eaves<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/11\/RENTRER_AU_VOLCAN_01-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-10090\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/11\/RENTRER_AU_VOLCAN_01-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/11\/RENTRER_AU_VOLCAN_01-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/11\/RENTRER_AU_VOLCAN_01-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/11\/RENTRER_AU_VOLCAN_01-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/11\/RENTRER_AU_VOLCAN_01-624x416.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/11\/RENTRER_AU_VOLCAN_01.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9Augustin Rebetez<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Augustin Rebetez rentre au th\u00e9\u00e2tre avec une patte artistique d\u00e9j\u00e0 \u00e9prouv\u00e9e. Sa premi\u00e8re cr\u00e9ation,&nbsp;<\/em>Rentrer au volcan<em>, croise la musique, la danse et la performance dans un univers infernal peupl\u00e9 de d\u00e9mons masqu\u00e9s et d\u2019installations grotesques.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai beaucoup ri durant le spectacle. J\u2019ai ri une premi\u00e8re fois en entrant dans la salle et en voyant une femme tordre et remuer son corps au sol, tandis qu\u2019un homme immobile serrait les poings le long du corps, debout, les yeux par terre. La femme avait des gestes fr\u00e9n\u00e9tiques et sauvages, mais silencieux, en accord avec un fond sonore fait de pulsations sourdes. Elle avait surtout une souplesse impressionnante. Une seconde fois, j\u2019ai ri quand le gros ballon noir qui pendait devant nos yeux a fait paf, et que tout s\u2019est soudain acharn\u00e9 \u00e0 hurler et fourmiller dans une cacophonie de pi\u00e8ces de m\u00e9tal entrechoqu\u00e9es et de lumi\u00e8res criantes. Une gigantesque montagne de bruit, mais du bruit extr\u00eamement agressif, et j\u2019ai eu beaucoup de tendresse pour les nombreuses vieilles dames pr\u00e9sentes avec le mari ou les petits-enfants.<br>Des \u00eatres encapuchonn\u00e9s courent en poussant des installations \u00e0 roulettes, ils se convulsent et rampent, titubent et dansent \u00e0 la fois. C\u2019est un spectacle d\u00e9lirant, o\u00f9 tout s\u2019impose puis se d\u00e9robe \u00e0 notre regard, o\u00f9 rien n\u2019est tangible ou pr\u00e9visible. Alors, la voix d\u2019un chanteur se trouve un chemin pour capter notre attention. Cette voix est importante, elle n\u2019est pas seulement un instrument de plus. \u00c7a commence \u00e0 ressembler \u00e0 quelque chose de nommable, un concert\u2026 Chaque petite pi\u00e8ce se range dans un rythme lourd qui imite les mouvements des poumons et des organes. C\u2019est toujours violent, mais c\u2019est d\u00e9j\u00e0 de l\u2019ordre.<br>J\u2019ai dit que j\u2019avais beaucoup ri. La premi\u00e8re fois, parce qu\u2019on me donnait \u00e0 voir quelque chose de grotesque. Le grotesque ne tue pas la beaut\u00e9, mais le s\u00e9rieux. Je ne sais pas si Augustin Rebetez voulait qu\u2019on en rie. Je crois que cette femme \u00e9tait \u00e0 la fois ensorcel\u00e9e et ensorcelante, elle devait nous intriguer. Mais il y avait du s\u00e9rieux \u00e0 \u00e9vider, le s\u00e9rieux d\u2019avant la porte d\u2019entr\u00e9e. On rit, \u00e7a nous assouplit. Le deuxi\u00e8me rire, c\u2019est une participation au d\u00e9lire qui avait lieu dans la salle. Une sorte de folie douce, une euphorie&nbsp;: il s\u2019agissait de faire corps avec la frayeur g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, vorace, dans le volcan. D\u2019ordinaire, la participation du spectateur aux sentiments d\u2019un spectacle garde quelque chose de tr\u00e8s galant&nbsp;: c\u2019est une invitation, un choix, un jeu. Ici, on se sent forc\u00e9 quelque part, et on se surprend \u00e0 aimer \u00e7a. C\u2019est juste assez bien goupill\u00e9 pour qu\u2019on ne prenne pas cela pour du viol.<\/p>\n\n\n\n<p>Une premi\u00e8re impression pourrait \u00eatre celle d\u2019un spectacle sombre, bruyant, tortur\u00e9. On pourrait facilement le d\u00e9crire en ces termes. Cette impression me para\u00eet appropri\u00e9e, bien s\u00fbr, mais chacun de ces mots est bien assez connot\u00e9 n\u00e9gativement pour qu\u2019on puisse encore s\u2019imaginer pouvoir les utiliser sans fond de sarcasme.&nbsp;<em>Sombre<\/em>&nbsp;par esprit d\u2019introspection, un certain mysticisme, de l\u2019esbroufe facile.&nbsp;<em>Bruyant<\/em>&nbsp;: encore plus d\u2019esbroufe, la force pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e \u00e0 la m\u00e9lodie, la facilit\u00e9 \u00e0 la r\u00e9flexion.&nbsp;<em>Tortur\u00e9<\/em>&nbsp;: romantique au sens d\u2019\u00e9corch\u00e9 vif, au sens de Regardez-moi Plaignez-moi cette \u00e2me sombre et bruyante, le mal et la souffrance comme posture \u00e0 la mode.<br>A mon sens, Augustin Rebetez ne fait pas l\u2019erreur d\u2019aller dans ce sens. Il y a bien de la noirceur dans ses tableaux, mais il \u00e9vite de tomber dans les pi\u00e8ges que sont tous ces clich\u00e9s. J\u2019ai en t\u00eate le sourire d\u2019enfant d\u2019Augustin Rebetez lors d\u2019une interview \u00e0 Montreux, vieille de deux ans. Un visage serein, calme et communicatif. Son propos \u00e9tait clair et construit, rien d\u2019une introspection adolescente. Ce n\u2019est qu\u2019une interview, et je sens que je m\u2019\u00e9loigne de la question, mais cette image renforce mon besoin de parler de ce spectacle en tant qu\u2019acte constructeur, plut\u00f4t qu\u2019en simple effusion magmatique.<br>Apr\u00e8s le morceau de musique tintamarresque, des tableaux s\u2019encha\u00eenent o\u00f9 se croisent des personnages masqu\u00e9s et des sculptures troublantes d\u2019inutilit\u00e9. C\u2019est un carnaval tr\u00e8s laid, toujours tr\u00e8s convulsif et insaisissable. On pense aux repr\u00e9sentations de l\u2019enfer de Bosch, gorg\u00e9 de surprises affreuses, de d\u00e9mons comiques, brassant des spectacles absurdes. On retrouve la m\u00eame inventivit\u00e9 perverse, une vie florissante dans les souterrains.<br>Cet enfer est une grande fabrique \u00e0 histoires. Mim\u00e9es, dans\u00e9es\u2026 Les histoires, on peut les chercher dans les quelques phrases que l\u2019on capte en fran\u00e7ais. Mais elles se font surtout dans les regards crois\u00e9s avec les figures qui bougent devant nous. Un cauchemar \u00e0 t\u00eate allong\u00e9e termin\u00e9e par un dentier, un mineur boitillant dans les t\u00e9n\u00e8bres, lampe frontale, ouvrant des portes vides. Ces histoires se font sous la surface de la peau, elles r\u00e9animent des vieilles peurs innomm\u00e9es, des n\u00e9vroses. Les masques ne repr\u00e9sentent rien de connu. Mais ils nous parlent, on les reconna\u00eet bien. On n\u2019est pas dans l\u2019univers d\u2019Augustin Rebetez, c\u2019est lui qui p\u00e9n\u00e8tre le n\u00f4tre. Il nous montre nos propres histoires, d\u2019anciennes d\u00e9raisons, des folies d\u2019enfance. Une longue g\u00e9n\u00e9alogie des arch\u00e9types et des r\u00eaves pourrait aboutir \u00e0 ce spectacle. Une longue mythologie imprononc\u00e9e.<br>C\u2019est un geste de constructeur, celui du raconteur d\u2019histoires. C\u2019est-\u00e0-dire que nous sommes bouscul\u00e9s, mais pas par un \u00e9difice qui s\u2019effondre et nous prend dans sa chute. Plut\u00f4t, c\u2019est une structure qui s\u2019\u00e9rige et nous implique dans son chantier.<br>Ce qui renforce le plus cette id\u00e9e, qui conf\u00e8re aussi toute sa force d\u2019\u00e9vocation au spectacle, c\u2019est s\u00fbrement la sc\u00e9nographie. Il y a l\u2019escalier mont\u00e9 sur roulette, l\u2019estrade, les tabourets, la petite niche et plein de choses, mais il y a surtout une pi\u00e8ce ma\u00eetresse&nbsp;: un fantastique paravent. Grand, en planches de bois \u00e9paisses et trois ou quatre portes. Il est sans cesse d\u00e9plac\u00e9 et malmen\u00e9&nbsp;: ouvert, ferm\u00e9, claqu\u00e9, tap\u00e9. Il d\u00e9coupe l\u2019espace pour chaque nouvelle sc\u00e8ne, ses portes cr\u00e9ent des chor\u00e9graphies incongrues et des surprises. En outre, il est in\u00e9galitaire&nbsp;: il cache certains \u00e9l\u00e9ments \u00e0 la moiti\u00e9 du public, pour les montrer \u00e0 l\u2019autre, et les tableaux prennent un aspect bien diff\u00e9rent, se comprennent diff\u00e9remment, suivant la place dans les gradins. Le paravent \u00e9tait s\u00fbrement la meilleure solution pour donner vie \u00e0 ce monde instable et aberrant&nbsp;: il est \u00e0 la fois l\u00e9ger et imposant, mobile et rigide. Comme j\u2019ai aim\u00e9 ce paravent. Merci au paravent.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a eu encore beaucoup de rires tout au long du spectacle. Augustin Rebetez a une forme de subversion efficace parce que jamais tr\u00e8s s\u00e9rieuse. Son enfer est comique, sautillant, ses d\u00e9mons font peur et rire \u00e0 la fois. C\u2019est le rire carnavalesque de Rabelais, une grande f\u00eate auquel tout le monde prend part, un tourbillon irr\u00e9sistible contre tout ce qui nous restait de certitude. Rentrer au volcan, c\u2019est laisser ce feu nous consumer.<br>Si l\u2019on veut prolonger la m\u00e9taphore du volcan, on peut se souvenir comment les d\u00e9bris des explosions rendent la terre fertile. Les civilisations naissent aux abords des volcans. J\u2019ai en t\u00eate le dernier tableau du spectacle. Un long ruban de papier perfor\u00e9 fait son chemin sur la sc\u00e8ne et passe le long d\u2019une sorte de machine \u00e0 p\u00e9dales. Un homme allong\u00e9 p\u00e9dale et une m\u00e9lodie douce commence une longue course. Un air enfantin, au c\u0153ur d\u2019une instrumentation qui va crescendo. Petit bande fragile de papier d\u00e9roul\u00e9 qui finit sa course dans les mains de la femme du d\u00e9but, voil\u00e9e comme au milieu d\u2019un d\u00e9sert. Elle semble scruter les \u00e9toiles \u00e0 travers les petits trous du ruban. Au pied du volcan, la terre encore chaude est d\u00e9j\u00e0 constell\u00e9e de verdure.<br>J\u2019ai aim\u00e9 la violence du d\u00e9but, la douceur de la fin. Je ne crois pas qu\u2019elles soient v\u00e9ritablement antinomiques. Ils s\u2019inscrivent dans un processus, un cycle fait d\u2019\u00e9ruptions et de floraison. On y mettra les mots qu\u2019on veut. Le spectacle est tr\u00e8s ouvert, tr\u00e8s peu de choses sont r\u00e9ellement dites. Augustin Rebetez n\u2019aurait pas les m\u00eames mots que moi, s\u00fbrement. Il aurait \u00e9vit\u00e9 la lourdeur d\u2019une m\u00e9taphore fil\u00e9e, sans doute. Mais je crois qu\u2019il ne demande qu\u2019\u00e0 ce qu\u2019on parle de cette exp\u00e9rience. Non pas pour comprendre, mais pour la remplir d\u2019histoires diff\u00e9rentes.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>27 novembre 2015<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/simon-falquet\/\">Simon Falquet<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.vidy.ch\/rentrer-au-volcan\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cr\u00e9ation et mise en sc\u00e8ne Augustin Rebetez \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \/ du 27 novembre au 11 d\u00e9cembre 2015 \/ Critiques par Elisa Picci et Simon Falquet.<\/p>\n","protected":false},"author":1001220,"featured_media":10091,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,2],"tags":[132,151],"class_list":["post-7525","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-de-vidy","tag-elisa-picci","tag-simon-falquet"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7525","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001220"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7525"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7525\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":21189,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7525\/revisions\/21189"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/10091"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7525"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7525"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7525"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}