{"id":7487,"date":"2015-11-25T05:06:28","date_gmt":"2015-11-25T04:06:28","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=7487"},"modified":"2025-02-10T12:27:35","modified_gmt":"2025-02-10T11:27:35","slug":"el-triunfo-de-la-libertad","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2015\/11\/el-triunfo-de-la-libertad\/","title":{"rendered":"El Triunfo de La Libertad"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">El Triunfo de La Libertad<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">De La Ribot, Juan Dominguez et Juan Loriente \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \/ du 20 au 21 novembre 2015 \/ Critique par Simon Falquet. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>20 novembre 2015<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/simon-falquet\/\">Simon Falquet<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Pourquoi viens-tu au th\u00e9\u00e2tre ce soir ?<\/h2>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/11\/La-Ribot_Juan-Dom\u00ednguez_Juan-Loriente_El-Triunfo-de-La-Libertad-2014_La-B\u00e2tie-Festival-de-Gen\u00e8ve_La-Com\u00e9die_Geneva_sept-2014_photo-Gregory-Batardon_06-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-10087\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/11\/La-Ribot_Juan-Dom\u00ednguez_Juan-Loriente_El-Triunfo-de-La-Libertad-2014_La-B\u00e2tie-Festival-de-Gen\u00e8ve_La-Com\u00e9die_Geneva_sept-2014_photo-Gregory-Batardon_06-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/11\/La-Ribot_Juan-Dom\u00ednguez_Juan-Loriente_El-Triunfo-de-La-Libertad-2014_La-B\u00e2tie-Festival-de-Gen\u00e8ve_La-Com\u00e9die_Geneva_sept-2014_photo-Gregory-Batardon_06-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/11\/La-Ribot_Juan-Dom\u00ednguez_Juan-Loriente_El-Triunfo-de-La-Libertad-2014_La-B\u00e2tie-Festival-de-Gen\u00e8ve_La-Com\u00e9die_Geneva_sept-2014_photo-Gregory-Batardon_06-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/11\/La-Ribot_Juan-Dom\u00ednguez_Juan-Loriente_El-Triunfo-de-La-Libertad-2014_La-B\u00e2tie-Festival-de-Gen\u00e8ve_La-Com\u00e9die_Geneva_sept-2014_photo-Gregory-Batardon_06-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/11\/La-Ribot_Juan-Dom\u00ednguez_Juan-Loriente_El-Triunfo-de-La-Libertad-2014_La-B\u00e2tie-Festival-de-Gen\u00e8ve_La-Com\u00e9die_Geneva_sept-2014_photo-Gregory-Batardon_06-624x416.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/11\/La-Ribot_Juan-Dom\u00ednguez_Juan-Loriente_El-Triunfo-de-La-Libertad-2014_La-B\u00e2tie-Festival-de-Gen\u00e8ve_La-Com\u00e9die_Geneva_sept-2014_photo-Gregory-Batardon_06.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9Gregory Batardon<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>J\u2019\u00e9tais d\u2019accord avec mon coll\u00e8gue Basile en sortant voir la pluie \u00e0 la fin du spectacle. Mais avant de vous expliquer sur quoi nous \u00e9tions d\u2019accord, laissez-moi vous parler du couple qui vient au m\u00eame moment nous demander un briquet. Je les f\u00e9licite d\u2019avoir fait partie du groupe des courageux qui ont d\u00e9cid\u00e9 de rester jusqu\u2019au bout. Ils n\u2019ont pas tout \u00e0 fait d\u00e9cid\u00e9, finalement, ils nous confient qu\u2019ils \u00e9taient surtout coinc\u00e9s dans les rangs du fond. C\u2019\u00e9tait minimaliste, on a trouv\u00e9 long mais long, enfin on aime bien, mais l\u00e0 on finit par comprendre le truc, une heure c\u2019est long tout de m\u00eame, enfin c\u2019est fait pour mais voil\u00e0, moyen moyen, payer pour \u00e7a, il aurait fallu plus de ci.<\/p>\n\n\n\n<p>Il se passe, je crois, quelque chose d\u2019int\u00e9ressant dans la critique clope devant la porte des th\u00e9\u00e2tres. Alors qu\u2019un grand nombre d\u2019artistes insistent pour malmener le pacte qui les lie aux spectateurs, ces derniers se voient de plus en plus pi\u00e9g\u00e9s, contraints de r\u00e9agir avant tout au postulat de l\u2019artiste. La question est&nbsp;: on adh\u00e8re, ou pas&nbsp;? Il s\u2019est pass\u00e9 la m\u00eame chose la semaine derni\u00e8re au sortir d\u2019un spectacle de Castellucci. Les discours semblent pi\u00e9g\u00e9s \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de ce portail que nous dresse l\u2019artiste. On entre, ou pas&nbsp;? Dans le cas d\u2019<em>El Triunfo De La Libertad<\/em>, Basile et moi sommes entr\u00e9s, mais comment d\u00e9fendre ce choix&nbsp;? Ce n\u2019est pas d\u00e9fendable, c\u2019est m\u00eame \u00e0 peine discutable, ce n\u2019est m\u00eame pas un dilemme du prisonnier. C\u2019est juste, dans les premi\u00e8res minutes, un peu de notre confiance qu\u2019on choisit de donner, ou pas. Tant que le discours s\u2019arr\u00eate l\u00e0, au pacte de lecture, il n\u2019y aura rien de f\u00e9cond, ce sera comme discuter les r\u00e8gles d\u2019un jeu sans vouloir y jouer.<br>Finalement, ce couple rentrera dormir et nous aussi. Nous ne vivons pas de \u00e7a. Pourtant, ce ph\u00e9nom\u00e8ne se r\u00e9p\u00e9tera souvent, qui continuera d\u2019obstruer les r\u00e9flexions et les discussions sur le th\u00e9\u00e2tre. Pourtant, cet appauvrissement du discours n\u2019est peut-\u00eatre pas enti\u00e8rement le fait du spectateur. Cela, je l\u2019ai soup\u00e7onn\u00e9 un peu par hasard, peut-\u00eatre m\u00eame par erreur, quelques minutes apr\u00e8s le d\u00e9but de la pi\u00e8ce. Cela semble triste ou dr\u00f4le, mais mon hasard, mon erreur, c\u2019est d\u2019avoir r\u00e9ellement appr\u00e9ci\u00e9 la mise en sc\u00e8ne, d\u2019avoir pass\u00e9 un moment agr\u00e9able. Je ne dis pas \u00e7a pour tourner mes phrases&nbsp;: je crois bien que le but de l\u2019installation minimale qu\u2019\u00e9taient ces quatre prompteurs faisant d\u00e9filer du texte pendant une heure, ce n\u2019\u00e9tait pas de nous plaire tout \u00e0 fait. On cherche la contrainte, on cherche \u00e0 g\u00eaner, \u00e0 emb\u00eater. Il devait s\u2019instaurer n\u00e9cessairement un conflit ou un rapport de pouvoir, quelque chose d\u2019une confrontation entre les trois artistes et les quelques spectateurs.<br>Pourtant, j\u2019ai aim\u00e9 suivre le d\u00e9filement des mots comme on suit la pluie jusque dans la bouche d\u2019\u00e9gout. Quelque chose de paisible et de press\u00e9 \u00e0 la fois. Les variations lumineuses et sonores enrobaient les mots et l\u2019histoire sans les g\u00e2cher, avec assez de discr\u00e9tion. L\u2019obscurit\u00e9 \u00e9tait un flottement vague qui se transformait avec lenteur, tandis que l\u2019\u00e9clat des LEDS nous p\u00e9n\u00e9trait sans aucune agressivit\u00e9. Pas d\u2019exc\u00e8s lyrique, pas d\u2019absolu dans les noirs&nbsp;: un \u00e9quilibre bien ma\u00eetris\u00e9. J\u2019avais le corps d\u00e9tendu et attentif, je n\u2019ai ni b\u00e2ill\u00e9, ni regard\u00e9 ma montre. Le silence avait valeur de paix, la paix des acteurs bavards qu\u2019on a tenus loin.<br>Je comprends ceux qui ont quitt\u00e9 le spectacle au milieu. Sans leur avoir demand\u00e9 pourquoi, je crois comprendre. Ils n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 plus stupides qu\u2019un autre. Ils ont un avis sur la pi\u00e8ce, ils n\u2019ont pas d\u00e9test\u00e9 et ils sauraient nuancer leur point de vue. Ils sont comme ce couple qui fumait, qui comprenait la d\u00e9marche sans pour autant l\u2019approuver toujours. Ce qui me trouble, et \u00e7a va m\u00eame finir par m\u2019agacer \u00e0 force d\u2019y penser, c\u2019est cette conviction que tout ce jeu \u00e9tait voulu. Les spectateurs m\u00e9contents ont \u00e9t\u00e9 exemplaires, tandis que Basile et moi figurons parmi les maladroits \u00e0 avoir pris le spectacle \u00e0 contre-temps. Pour me convaincre du contraire, il faudra m\u2019expliquer un certain nombre de choses. Le ton sarcastique des phrases qui nous sont adress\u00e9es sur le prompteur, les questions teint\u00e9es d\u2019une ironie condescendante (\u00ab&nbsp;pourquoi viens-tu au th\u00e9\u00e2tre ce soir&nbsp;?&nbsp;\u00bb), et surtout leurs r\u00e9ponses (\u00ab&nbsp;Parce que demain je vais au cin\u00e9ma.&nbsp;\u00bb). Quels que soient l\u2019histoire racont\u00e9e dans le spectacle, le message \u00e0 faire passer ou m\u00eame la mise en sc\u00e8ne, il y a derri\u00e8re cela une posture claire de l\u2019artiste&nbsp;: il attaque le spectateur.<br>On attaque le spectateur. Ce dernier est forc\u00e9 de r\u00e9agir puisqu\u2019on veut l\u2019impliquer directement. La question revient&nbsp;: j\u2019adh\u00e8re, ou pas&nbsp;? Soit je refuse d\u2019\u00eatre cet individu que l\u2019artiste pointe du doigt et caract\u00e9rise, soit j\u2019accepte humblement, et me laisse enseigner. Il y aura une histoire, au final, un message. Mais peut-on \u00eatre s\u00fbr que c\u2019est vraiment l\u00e0-dessus que portera la discussion&nbsp;? Est-ce que c\u2019est ce qu\u2019on retiendra&nbsp;? Non&nbsp;: le couple est rest\u00e9 fig\u00e9 sur cet affrontement, ils ont trouv\u00e9 l\u2019histoire vague et n\u2019ont pas vraiment cherch\u00e9 \u00e0 comprendre. Je pense qu\u2019ils ne chercheront pas plus par apr\u00e8s, et qu\u2019ils en parleront surtout comme d\u2019une \u00ab&nbsp;pi\u00e8ce faite de sous-titres&nbsp;\u00bb. Et je ne parle m\u00eame pas de ceux qui ne sont pas rest\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 la fin. Ceux-l\u00e0 ne se sont m\u00eame pas rendu compte qu\u2019une histoire \u00e9tait en train d\u2019\u00eatre racont\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a bien une histoire. On entrecroise des \u00e9pisodes de la R\u00e9volution fran\u00e7aise tout juste accomplie, la lune de miel d\u2019un couple de classe moyenne dans un h\u00f4tel des Cara\u00efbes et des consid\u00e9rations imaginaires sur une m\u00e9t\u00e9o inchang\u00e9e pour les si\u00e8cles \u00e0 venir. Ces \u00e9pisodes servent \u00e0 traiter un th\u00e8me principal&nbsp;: celui de la libert\u00e9. Vieille de deux cents ans, cette libert\u00e9 fait aujourd\u2019hui l\u2019objet de questionnements. Nous nous sommes battus pour elle, mais \u00e0 quoi ressemble aujourd\u2019hui la soci\u00e9t\u00e9 qui c\u00e9l\u00e8bre son triomphe&nbsp;? Un monde sans drame, aseptis\u00e9 et immobile. La critique court dans la description des aventures du jeune couple m\u00e9diocre, dans des citations sur la naissance de l\u2019ennui et de la vacuit\u00e9 au XIXe si\u00e8cle, jusque dans la m\u00e9t\u00e9o qui ne change plus d\u2019humeur.<br>Le texte se lit avec plaisir, en partie gr\u00e2ce au dispositif sc\u00e9nique auquel il s\u2019ajuste tr\u00e8s bien. La probl\u00e9matique soulev\u00e9e m\u2019int\u00e9resse. Le message et la prise de position de ces trois artistes m\u2019ont toutefois particuli\u00e8rement d\u00e9\u00e7u. Et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019il faut se d\u00e9barrasser du pi\u00e8ge dans lequel on nous a entra\u00een\u00e9s. La question de l\u2019adh\u00e9sion au parti pris sc\u00e9nique de l\u2019artiste est tellement envahissante, qu\u2019on croit que dire \u00ab&nbsp;oui&nbsp;\u00bb revient \u00e0 adh\u00e9rer \u00e9galement au message, et vice versa. Pourtant, le texte peut faire l\u2019objet d\u2019un discours critique totalement d\u00e9tach\u00e9 de la mise en sc\u00e8ne.<br>L\u2019ironie du texte est port\u00e9e sur la soci\u00e9t\u00e9 actuelle (soci\u00e9t\u00e9 consum\u00e9riste globalis\u00e9e n\u00e9o-ceci ultra-cela) et sur le spectateur comme son repr\u00e9sentant dans la salle de th\u00e9\u00e2tre. Quant aux artistes, ils sont quelque chose qui volette au-del\u00e0, qui regarde de haut. Si je crois qu\u2019une telle posture est inf\u00e9conde, ce n\u2019est pas un jugement \u00e9thique (\u00ab&nbsp;vous ne valez pas mieux que nous&nbsp;\u00bb), m\u00eame s\u2019il y aurait \u00e0 dire de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0 aussi. Je crois que c\u2019est ce qui a contribu\u00e9 \u00e0 fermer totalement le discours (pourquoi les critiques de cette pi\u00e8ce pr\u00e9sentent-elles ce discours comme ouvert?) sur un message pr\u00e9cis qui prend l\u2019allure d\u2019une le\u00e7on qu\u2019on donne. C\u2019est ce qui contribue \u00e0 appauvrir le traitement des deux amoureux dans leur h\u00f4tel&nbsp;: condescendant, mais surtout r\u00e9ducteur. Le propos tend \u00e0 r\u00e9duire la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 une id\u00e9e, quelques impressions, \u00e0 la moquer sans faire le geste de l\u2019interroger vraiment. Le probl\u00e8me n\u2019est pas de rire. Le probl\u00e8me, c\u2019est quand le rire ne sert plus \u00e0 \u00e9clater en fragment une r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019on pr\u00e9sentait comme unique, mais au contraire \u00e0 unifier une r\u00e9alit\u00e9 plurielle pour lui faire ob\u00e9ir \u00e0 notre discours satirique. Ce rire-l\u00e0 est st\u00e9rile.<br>Ce rire-l\u00e0 est st\u00e9rile. Il n\u2019est qu\u2019une strat\u00e9gie rh\u00e9torique comme une autre pour faire accepter une position. Il manipule des clich\u00e9s, ou les fabrique. Il nous dit que notre monde se r\u00e9sume \u00e0 ci ou \u00e7a. Pourquoi viens-tu au th\u00e9\u00e2tre ce soir&nbsp;? Pour entendre dire que le monde est plus complexe que ci ou \u00e7a. Le langage est d\u00e9j\u00e0 bien assez fasciste. Je n\u2019ai pas besoin d\u2019un discours qui s\u2019enferme dans un sens ou un autre, mais d\u2019un discours qui s\u2019ouvre aux possibles de l\u2019existence. Ce couple aux Cara\u00efbes, tout le monde le conna\u00eet, le connaissait d\u00e9j\u00e0 avant le spectacle. Qu\u2019en avons-nous dit de plus&nbsp;? Pourquoi viens-tu au th\u00e9\u00e2tre ce soir&nbsp;? Pour qu\u2019on me dise que j\u2019ai trop souvent moqu\u00e9 ce couple sans le comprendre. Ils ne sont pas tout le monde. Ils ne sont pas l\u2019autre couple, celui qui fumait. \u00c7a ne les rend pas moins risibles, mais \u00e7a doit nous rendre plus exigeants face \u00e0 notre propre jugement. Pourquoi viens-tu au th\u00e9\u00e2tre ce soir&nbsp;? Parce que je paie pour qu\u2019on soit exigeant envers moi. Mais l\u2019exigence, ce n\u2019est pas se poser contre le spectateur. C\u2019est lui vouloir du bien, mais le vouloir difficile.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi viens-tu au th\u00e9\u00e2tre&nbsp;? Pour exercer mon \u0153il \u00e0 voir, mon oreille \u00e0 entendre. On ne m\u2019a pas d\u00e9\u00e7u. J\u2019ai encore des interrogations, je suis encore curieux de l\u2019exp\u00e9rience que j\u2019ai eue. Le vrai discours sur la libert\u00e9 r\u00e9sidait dans la mise en sc\u00e8ne. Il y a beaucoup \u00e0 dire l\u00e0-dessus, sur ce point on m\u2019a donn\u00e9 mati\u00e8re \u00e0 r\u00e9flexion. Mais je n\u2019ai pu y acc\u00e9der qu\u2019en laissant de c\u00f4t\u00e9 les piques qu\u2019on me lan\u00e7ait et en faisant semblant d\u2019oublier que ces gens me prenaient pour le spectateur que je ne suis pas.<br>Il y en a s\u00fbrement eu d\u2019autres comme Basile et moi, le cul entre deux chaises. Peut-\u00eatre plus que ce que j\u2019imagine. On pourrait me reprocher d\u2019avoir pris pour exemple des spectateurs m\u00e9diocres ou de mauvaise foi, alors qu\u2019il faudrait peut-\u00eatre se baser plut\u00f4t sur un quelqu\u2019un d\u2019objectif et de cultiv\u00e9 pour que la r\u00e9ception soit plus proche de l\u2019intention de d\u00e9part. Mais \u00e0 qui s\u2019adresse-t-on vraiment&nbsp;? La Ribot, Juan Dominguez et Juan Loriente voulaient d\u2019un spectateur qui s\u2019impatiente, qui se sente mis \u00e0 nu quand la r\u00e9ponse \u00e0 la question est \u00ab&nbsp;parce que demain je vais au cin\u00e9ma&nbsp;\u00bb. Basile et moi avons \u00e9t\u00e9 les cancres dans l\u2019histoire, ce qui ne nous change pas de l\u2019ordinaire, mais qui rend pour le coup la situation un peu triste, finalement. J\u2019\u00e9tais parti pour dire beaucoup de bien de ce spectacle (nous \u00e9tions sortis enthousiastes), mais cette impression d\u00e9rangeante prend de plus en plus de place. L\u2019impression d\u2019avoir vu quelque chose de beau, mais dirig\u00e9 contre nous. \u00ab&nbsp;Je crois que \u00e7a aurait \u00e9t\u00e9 un geste fort que personne n\u2019applaudisse \u00e0 la fin. \u00c7a aurait fait passer un message je trouve&nbsp;\u00bb, nous disait cette femme en \u00e9crasant son m\u00e9got \u00e0 la sortie du th\u00e9\u00e2tre. Les m\u00e9diocres restent m\u00e9diocres, les bourgeois des bourgeois, et l\u2019artiste a cru prouver quelque chose. Pourquoi viens-tu au th\u00e9\u00e2tre ce soir&nbsp;? La v\u00e9rit\u00e9, c\u2019est que je viens parce que je suis nul. Je suis assez malin pour m\u2019en rendre compte tout seul. Je viens au th\u00e9\u00e2tre pour qu\u2019on me montre des choses, pour apprendre, pour \u00eatre nul un petit peu moins. Pas pour qu\u2019on me fasse la morale.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>20 novembre 2015<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/simon-falquet\/\">Simon Falquet<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.vidy.ch\/el-triunfo-de-la-libertad\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De La Ribot, Juan Dominguez et Juan Loriente \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \/ du 20 au 21 novembre 2015 \/ Critique par Simon Falquet.<\/p>\n","protected":false},"author":1001220,"featured_media":10086,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,2],"tags":[151],"class_list":["post-7487","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-de-vidy","tag-simon-falquet"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7487","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001220"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7487"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7487\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":21195,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7487\/revisions\/21195"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/10086"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7487"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7487"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7487"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}