{"id":7416,"date":"2015-11-16T21:31:28","date_gmt":"2015-11-16T20:31:28","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=7416"},"modified":"2025-02-10T12:28:55","modified_gmt":"2025-02-10T11:28:55","slug":"intrigue-et-amour","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2015\/11\/intrigue-et-amour\/","title":{"rendered":"Intrigue et amour"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Intrigue et amour<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">De Friedrich Schiller \/ mise en sc\u00e8ne Yves Beaunesne \/ TPR (La Chaux-de-Fond) \/ 14 novembre 2015 \/ en tourn\u00e9e jusqu\u2019en mars 2016 \/ Critiques par Laura Weber et L\u00e9a Giotto. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>14 novembre 2015<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/laura-weber\/\">Laura Weber<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Schiller rajeuni<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft is-resized\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/11\/intrigueEtAmour.png\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/11\/intrigueEtAmour-290x200.png\" alt=\"\u00a9Guy Delahaye\" class=\"wp-image-7411\" style=\"width:300px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9Guy Delahaye<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Figure de proue du romantisme allemand, Friedrich von Schiller \u00e9crivait en 1784&nbsp;<\/em>Intrigue et amour,<em>&nbsp;pi\u00e8ce subversive \u00e0 l\u2019encontre de l\u2019ordre social et du pouvoir tyrannique. Aujourd\u2019hui, malgr\u00e9 les d\u00e9cennies qui nous s\u00e9parent de cette p\u00e9riode, le cri r\u00e9volutionnaire de Schiller n\u2019a pas perdu de sa vigueur, notamment gr\u00e2ce \u00e0 sa remarquable mise en sc\u00e8ne par Yves Beaunesne.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ferdinand, fils du puissant et corrompu Comte Pr\u00e9sident Von Walter, s\u2019\u00e9prend d\u2019une jeune fille, Louise Miller, issue d\u2019une classe plus modeste. Aussi pur et sublime que soit leur amour, il sera pourtant mis en p\u00e9ril par le p\u00e8re de Ferdinand, usant des moyens les plus perfides pour s\u00e9parer les deux amants provenant de deux rangs sociaux diff\u00e9rents. Dans ce drame, l\u2019auteur r\u00e9v\u00e8le les m\u00e9canismes insidieux de la tyrannie et son influence jusque dans la sph\u00e8re de l\u2019intime. En 1784, un vent de r\u00e9volte souffle sur l\u2019Europe pour une jeune g\u00e9n\u00e9ration en proie au mal-\u00eatre. Friedrich von Schiller en cristallise dans&nbsp;<em>Intrigue et amour&nbsp;<\/em>les enjeux tant politiques que sentimentaux. L\u2019auteur allemand sera, d\u2019ailleurs, nomm\u00e9 \u00ab&nbsp;citoyen d\u2019honneur&nbsp;\u00bb par l\u2019Assembl\u00e9e l\u00e9gislative fran\u00e7aise, cr\u00e9\u00e9e peu apr\u00e8s la R\u00e9volution.<\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9anmoins se pose le probl\u00e8me de l\u2019actualisation d\u2019une telle \u0153uvre. Aussi admirable que soit cette pi\u00e8ce, sa forme ne correspond plus n\u00e9cessairement au go\u00fbt du public actuel. Une m\u00e9fiance envers les st\u00e9r\u00e9otypes des \u0153uvres romantiques s\u2019est \u00e9tablie au gr\u00e9 des d\u00e9cennies et l\u2019on redoute parfois de la part de ce courant une effusion de sentiments trop prononc\u00e9e, un accent excessif mis sur le path\u00e9tique. Pourtant, Yves Beaunesne parvient \u00e0 contourner ce probl\u00e8me gr\u00e2ce \u00e0 une habile r\u00e9\u00e9criture r\u00e9solument \u00ab&nbsp;moderne&nbsp;\u00bb. Les dialogues sont revisit\u00e9s par le metteur en sc\u00e8ne et la traductrice Marion Bern\u00e8de&nbsp;; de nombreuses r\u00e9pliques en langage courant sont ins\u00e9r\u00e9es afin de d\u00e9samorcer le path\u00e9tique et d\u2019apporter plus de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 et de comique dans cette pi\u00e8ce dramatique. Ce dispositif se r\u00e9v\u00e8le d\u2019une grande efficacit\u00e9, sans pour autant entraver au propos principal de la pi\u00e8ce.<\/p>\n\n\n\n<p>Un autre d\u00e9calage s\u2019op\u00e8re entre la pi\u00e8ce et sa mise en sc\u00e8ne&nbsp;; lors de la repr\u00e9sentation, tout le dispositif th\u00e9\u00e2tral est perceptible par le spectateur. La m\u00e9tath\u00e9\u00e2tralit\u00e9 est particuli\u00e8rement investie&nbsp;: les coulisses sont visibles depuis les gradins et on peut y apercevoir les acteurs d\u00e9ambuler avant leurs entr\u00e9es en sc\u00e8ne, les spots lumineux sont ajust\u00e9s entre chaque acte sous les yeux du public, tout comme les changements de costume. En outre, sur la droite de la sc\u00e8ne se trouvent plusieurs rangs de pantins articul\u00e9s qui invitent sans doute le spectateur \u00e0 s\u2019interroger sur le dispositif de mise en abyme du jeu th\u00e9\u00e2tral. De cette sorte, une prise de distance est visuellement install\u00e9e avec le drame jou\u00e9 au m\u00eame moment.<\/p>\n\n\n\n<p>Un d\u00e9calage entre l\u2019\u0153uvre romantique du XVIIIe si\u00e8cle et son adaptation moderne qui donne une nouvelle force \u00e0&nbsp;<em>Intrigue et Amour.<\/em><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>14 novembre 2015<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/laura-weber\/\">Laura Weber<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>14 novembre 2015<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/lea-giotto\/\">L\u00e9a Giotto<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Mise \u00e0 jour<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft is-resized\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/11\/intrigueEtAmour.png\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/11\/intrigueEtAmour-290x200.png\" alt=\"\u00a9Guy Delahaye\" class=\"wp-image-7411\" style=\"width:300px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9Guy Delahaye<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Remettre au go\u00fbt du jour une \u0153uvre phare du romantisme r\u00e9volutionnaire allemand, voici le projet ambitieux de Yves Beausnesne. Mais la question se pose&nbsp;:&nbsp;est-il possible, en 2015, de faire r\u00e9sonner des questions de 1784&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Se r\u00e9volter contre un syst\u00e8me qu\u2019il jugeait corrompu et obscurantiste au travers d\u2019une histoire d\u2019amour impossible. Voici l\u2019id\u00e9e que le jeune Schiller, alors \u00e2g\u00e9 de 25 ans, cherchait \u00e0 exploiter en 1784 avec la repr\u00e9sentation d\u2019un double aveuglement&nbsp;: celui de l\u2019ordre social comme celui de l\u2019amour. Retravailler ce projet en 2015, c\u2019est pour Yves Beaunesne, metteur en sc\u00e8ne, poser une question qui semble \u00e9ternellement actuelle&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00e0 quel moment un \u00eatre d\u00e9cide-t-il de ne plus ob\u00e9ir&nbsp;?&nbsp;\u00bb \u2013 et se concentrer sur la tyrannie sociale, qui \u00ab&nbsp;n\u2019est pas seulement publique, mais aussi intime&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Louise, fille d\u2019un modeste pr\u00e9cepteur de musique \u00e0 la cour, entretient une relation passionn\u00e9e avec Ferdinand, fils du tr\u00e8s puissant Pr\u00e9sident Von Walter, et donc bien au-dessus de sa condition. Malgr\u00e9 l\u2019opposition de son p\u00e8re, Ferdinand est pr\u00eat \u00e0 abandonner sa condition au nom de son amour. Le Pr\u00e9sident fait alors appel \u00e0 ses ressources les plus retorses. Ainsi Ferdinand se verra-t-il fianc\u00e9 \u00e0 la favorite du Duc, et Louise contrainte d\u2019\u00e9crire une fausse lettre. L\u2019intrigue se noue, enserrant leur amour sous des manigances tortueuses. La question \u00e9ternelle du romantisme se pose dans toute sa puissance&nbsp;: qui, de l\u2019amour ou des obligations, triomphera&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>En 1784, cette pi\u00e8ce se pose comme un v\u00e9ritable pamphlet contre l\u2019absolutisme et Schiller apparait comme un pr\u00e9curseur du romantisme allemand. En truffant sa pi\u00e8ce de critiques contre le syst\u00e8me des duch\u00e9s, d\u00e9peint comme corrompu et manipulateur, Schiller en fait une arme politique. Il use ainsi de l\u2019histoire des amours et de la r\u00e9volte de la jeunesse pour mettre en sc\u00e8ne la lutte pour la libert\u00e9. La double perspective qui illustre \u00e0 la fois la lutte des classes et la lutte familiale, voire la lutte int\u00e9rieure, donne \u00e0 Schiller une inscription \u00e0 part dans l\u2019histoire de la dramaturgie allemande, car il double son projet esth\u00e9tique d\u2019une dimension sociale et politique.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 travers une mise en sc\u00e8ne extravagante et dans un d\u00e9cor jouant sur le m\u00e9ta-spectacle, avec notamment la pr\u00e9sence de mat\u00e9riaux de construction et des acteurs qui d\u00e9placent eux-m\u00eames les objets du d\u00e9cor, la repr\u00e9sentation oscille entre un drame historique et une atmosph\u00e8re loufoque. Si l\u2019\u00e9quilibrisme entre les deux vacille parfois un peu trop et que le spectateur ne sait plus quel camp choisir, il faut reconna\u00eetre que le jeu des acteurs att\u00e9nue ces quelques d\u00e9s\u00e9quilibres.<\/p>\n\n\n\n<p>Le projet d\u2019actualiser une pi\u00e8ce qui est en r\u00e9sonnance compl\u00e8te avec son \u00e9poque peut sembler hardi et pour le moins intrigant. \u00ab&nbsp;Allier h\u00e9ritage et modernit\u00e9&nbsp;\u00bb, voici le projet de cette interpr\u00e9tation du drame de Schiller par Yves Beausnesne. Sortir une \u0153uvre historique de son cadre de production semble d\u00e9licat, mais la richesse de celle-ci semble \u00eatre sa permanence, ou sa constante actualisation de par l\u2019immortalit\u00e9 des sujets touch\u00e9s. Car si Schiller brandissait ses textes en \u00e9tendard politique, les questions qu\u2019il pose ne sont pas seulement d\u2019ordre social, mais paraissent relatives \u00e0 la nature humaine. En effet, quand cupidit\u00e9, mensonge et tromperie ne seront-ils plus d\u2019actualit\u00e9&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>14 novembre 2015<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/lea-giotto\/\">L\u00e9a Giotto<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.tpr.ch\/spectacle2015-2016\/intrigue-et-amour\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De Friedrich Schiller \/ mise en sc\u00e8ne Yves Beaunesne \/ TPR (La Chaux-de-Fond) \/ 14 novembre 2015 \/ en tourn\u00e9e jusqu\u2019en mars 2016 \/ Critiques par Laura Weber et L\u00e9a Giotto.<\/p>\n","protected":false},"author":1001220,"featured_media":10102,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,169],"tags":[135,134],"class_list":["post-7416","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-tpr-la-chaux-de-fonds","tag-laura-weber","tag-lea-giotto"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7416","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001220"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7416"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7416\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":21208,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7416\/revisions\/21208"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/10102"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7416"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7416"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7416"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}