{"id":7367,"date":"2015-11-12T10:00:31","date_gmt":"2015-11-12T09:00:31","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=7367"},"modified":"2025-02-10T12:30:45","modified_gmt":"2025-02-10T11:30:45","slug":"lorenzaccio","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2015\/11\/lorenzaccio\/","title":{"rendered":"Lorenzaccio"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Lorenzaccio<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">D\u2019Alfred de Musset \/ mise en sc\u00e8ne Catherine Marnas \/ La Com\u00e9die (Gen\u00e8ve) \/ du 10 au 14 novembre 2015 \/ Critiques par Sabrina Roh et Lauriane Pointet. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>10 novembre 2015<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/sabrina-roh\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Sabrina Roh<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">De la perdition \u00e0 la r\u00e9volution<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"667\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/11\/149181lorenzaccio_06_pierre_grosbois.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-10074\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/11\/149181lorenzaccio_06_pierre_grosbois.jpg 1000w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/11\/149181lorenzaccio_06_pierre_grosbois-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/11\/149181lorenzaccio_06_pierre_grosbois-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/11\/149181lorenzaccio_06_pierre_grosbois-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/11\/149181lorenzaccio_06_pierre_grosbois-624x416.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9Pierre Grosbois<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Apr\u00e8s&nbsp;<\/em>Lignes de faille<em>, la metteuse en sc\u00e8ne Catherine Marnas revient \u00e0 la Com\u00e9die de Gen\u00e8ve en s\u2019attaquant \u00e0 un chef-d\u2019\u0153uvre de la litt\u00e9rature romantique. Avec&nbsp;<\/em>Lorenzaccio<em>, elle signe une mise en sc\u00e8ne qui traduit toute la complexit\u00e9 du h\u00e9ros, tout en renfor\u00e7ant la signification du geste de ce dernier contre une soci\u00e9t\u00e9 avilie.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019on se le dise franchement, la lecture de&nbsp;<em>Lorenzaccio<\/em>&nbsp;n\u2019est pas de tout repos. En effet, ils sont plus de trente-et-un personnages \u00e0 faire partie de l\u2019un des plus c\u00e9l\u00e8bres drames romantiques. Au long de la lecture, il faudra s\u2019habituer \u00e0 op\u00e9rer d\u2019incessants allers et retours entre le texte et la liste des personnages. Et voici, comme si l\u2019exercice n\u2019\u00e9tait pas d\u00e9j\u00e0 assez \u00e9prouvant, que Lorenzo se voit affubl\u00e9 de plusieurs pr\u00e9noms. N\u2019y a-t-il pas assez d\u2019identit\u00e9s \u00e0 retenir&nbsp;? Fallait-il qu\u2019Alfred de Musset en confie quatre distinctes \u00e0 son h\u00e9ros&nbsp;? Mais n\u2019accusons pas le po\u00e8te et dramaturge d\u2019autant de malice. Utilis\u00e9s soit comme des insultes, soit comme des marques d\u2019affection par ses proches, les diff\u00e9rents surnoms donn\u00e9s \u00e0 Lorenzo repr\u00e9sentent surtout les diff\u00e9rentes faces de son identit\u00e9. Et c\u2019est ce qui semble avoir int\u00e9ress\u00e9 Catherine Marnas. Cette derni\u00e8re ne craint pas, pour sa mise en sc\u00e8ne, de resserrer le texte. Un parti-pris qui, loin d\u2019enlever de la substance \u00e0 la pi\u00e8ce, ne fait que rendre plus clair le dessein du h\u00e9ros, les sentiments qui l\u2019y ont pouss\u00e9 ainsi que ceux qui le traversent avant et apr\u00e8s son geste r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Meurs, meurs<\/em>, crie Lorenzo sur l\u2019immense canap\u00e9 en velours rouge qui occupe le centre de l\u2019espace sc\u00e9nique, tentant de recouvrir de sa voix le c\u00e9l\u00e8bre morceau&nbsp;<em>Aerodynamic&nbsp;<\/em>de Daft Punk, que crachent les enceintes. Cette sc\u00e8ne r\u00e9sume \u00e0 elle seule la situation dans laquelle s\u2019est enlis\u00e9 le jeune homme. Celui qui, un beau jour, a d\u00e9cid\u00e9 de tuer Alexandre de M\u00e9dicis, le duc tyrannique et, accessoirement son cousin, a d\u00fb se donner \u00e0 corps perdu dans la Florence d\u00e9bauch\u00e9e de 1573 afin de gagner la confiance de sa future victime.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Florence la catin<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les diff\u00e9rents int\u00e9rieurs des demeures, les ruelles ainsi que les places publiques ne sont diff\u00e9renci\u00e9s que par le d\u00e9placement du canap\u00e9 et les jeux de lumi\u00e8res. Tous ces lieux repr\u00e9sentent la Florence&nbsp;<em>noy\u00e9e de vin et de sang<\/em>. La Florence du duc de M\u00e9dicis, qui s\u2019est \u00e9lev\u00e9e sur des soir\u00e9es de d\u00e9bauche, dont les confettis joncheront le sol de la sc\u00e8ne de la Com\u00e9die de Gen\u00e8ve durant toute la repr\u00e9sentation, ainsi que sur les cadavres des pauvres opposants. Le corps de Louise Strozzi ne sera d\u2019ailleurs \u00e9vacu\u00e9 que bien apr\u00e8s sa mort, hantant toutes les sc\u00e8nes suivant son empoisonnement.<br>Florence a des allures de maison close dans la mise en sc\u00e8ne de Catherine Marnas. Mais pas de kitch pour cette adaptation de&nbsp;<em>Lorenzaccio<\/em>. Un grand pan de tissu de velours rouge, rappelant le canap\u00e9, pend c\u00f4t\u00e9 cour. Et seul un lustre \u00e0 l\u2019avant-sc\u00e8ne signifie la richesse de la ville.<br>De pair avec cette sobri\u00e9t\u00e9, C\u00e9cile L\u00e9na et Catherine Marnas, \u00e0 la sc\u00e9nographie, ont trac\u00e9 tout un r\u00e9seau de lignes. Celle, horizontale, du canap\u00e9, est parfaitement parall\u00e8le \u00e0 la plateforme tr\u00f4nant \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan. Cette \u00ab&nbsp;sc\u00e8ne sur la sc\u00e8ne&nbsp;\u00bb est orn\u00e9e d\u2019un rideau de lamelles en plastique transparent, en plus du tissu rouge abord\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment. A travers cette mati\u00e8re, qui floute lumi\u00e8re et mouvements, les sc\u00e8nes prennent une allure fantomatique. C\u2019est l\u00e0 que s\u2019exclament les badauds et qu\u2019ont lieu les choses les plus inavouables des f\u00eates auxquelles participent Alexandre et Lorenzo.<br>Cette lin\u00e9arit\u00e9, parfois chamboul\u00e9e par le canap\u00e9 qui tourne sur lui-m\u00eame et que les com\u00e9diens d\u00e9placent, fait \u00e9cho \u00e0 la ligne de conduite adopt\u00e9e par Lorenzo, qu\u2019il suivra malgr\u00e9 toutes les concessions qu\u2019il devra faire et les obstacles rencontr\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les Lorenzi<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Lorenzo se fond parfaitement au milieu de ce paysage rouge et noir. Il joue si bien le jeu du vice orchestr\u00e9 par le duc que tout un chacun finit par le surnommer Lorenzaccio. Mais pourquoi porte-t-il cette perruque blonde qui lui donne l\u2019air du parfait \u00ab&nbsp;minet des discoth\u00e8ques&nbsp;\u00bb \u00e0 chaque fois qu\u2019il sort avec Alexandre&nbsp;? Est-ce un simple d\u00e9guisement&nbsp;? Si, dans la mise en sc\u00e8ne de Catherine Marnas, chaque com\u00e9dien incarne deux r\u00f4les au moins, ce n\u2019est pas le cas de Vincent Dissez. C\u2019est qu\u2019interpr\u00e9ter Lorenzo \u00e9quivaut \u00e0 multiplier les r\u00f4les. Lorenzaccio, Lorenzetta, Renzo\u2026 Le h\u00e9ros de la pi\u00e8ce d\u2019Alfred de Musset m\u00e9rite bien tous ces surnoms. Mani\u00e9r\u00e9 et exub\u00e9rant aux c\u00f4t\u00e9s du duc, il tombe la perruque et retrouve sa sensibilit\u00e9 d\u2019homme de lettres lorsqu\u2019il s\u2019\u00e9vanouit \u00e0 la vue d\u2019une \u00e9p\u00e9e o\u00f9 qu\u2019il vit des moments de complicit\u00e9 avec sa s\u0153ur. Puis, en tant que Lorenzo, ancien \u00e9tudiant que l\u2019envie de passer \u00e0 l\u2019action a sorti de ses r\u00eaveries, il s\u2019assombrit, s\u2019agite et se frotte le bras nerveusement en pensant au meurtre qu\u2019il s\u2019appr\u00eate \u00e0 commettre. Si proche du but, il l\u2019est aussi de la folie. Dans le monologue pr\u00e9c\u00e9dant le meurtre, Vincent Dissez donne \u00e0 voir un Lorenzo proche de la schizophr\u00e9nie, m\u00e9langeant voix, r\u00f4les et propos, alors que seul son corps est \u00e9clair\u00e9 par une lumi\u00e8re froide.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Je suis Lorenzo<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Si la mise en sc\u00e8ne de Catherine Marnas et le jeu fin des com\u00e9diens redonnent un souffle de vie \u00e0 l\u2019humour r\u00e9sidant dans la r\u00e9partie des personnages, elle porte aussi haut et fort la d\u00e9sillusion du jeune Lorenzo&nbsp;; alors que les pires horreurs se cachent derri\u00e8re les paillettes jet\u00e9es par Alexandre, tout le monde se plaint mais personne n\u2019agit.<br>D\u00e9cors et costumes, s\u2019inscrivant dans la p\u00e9riode large allant du milieu du XX<sup>e<\/sup>&nbsp;jusqu\u2019\u00e0 nos jours, s\u2019appuient sur l\u2019histoire commune des spectateurs. Ainsi, chacun peut se reconna\u00eetre en Lorenzo, \u00e2me passionn\u00e9e tentant de s\u2019\u00e9lever contre un syst\u00e8me, petit galet jet\u00e9 dans une vaste mer. Une phrase d\u2019espoir r\u00e9side tout de m\u00eame dans cette pi\u00e8ce du XIX<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle, et c\u2019est celle-ci qu\u2019il s\u2019agit aujourd\u2019hui de retenir&nbsp;:&nbsp;<em>les avalanches se font quelquefois au moyen d\u2019un caillou gros comme le bout du doigt<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>10 novembre 2015<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/sabrina-roh\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Sabrina Roh<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>10 novembre 2015<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/lauriane-pointet\/\">Lauriane Pointet<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Quand le drame romantique devient politique<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"667\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/11\/149181lorenzaccio_pierre_grosbois.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-10075\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/11\/149181lorenzaccio_pierre_grosbois.jpg 1000w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/11\/149181lorenzaccio_pierre_grosbois-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/11\/149181lorenzaccio_pierre_grosbois-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/11\/149181lorenzaccio_pierre_grosbois-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/11\/149181lorenzaccio_pierre_grosbois-624x416.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9Pierre Grosbois<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Est-il possible de renverser un pouvoir tyrannique pour \u00e9tablir \u00e0 la place une R\u00e9publique&nbsp;? La question n\u2019est pas propre \u00e0 l\u2019actualit\u00e9, puisqu\u2019elle \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 au c\u0153ur de la pi\u00e8ce de Musset. Catherine Marmas en propose une version d\u00e9poussi\u00e9r\u00e9e et riche en interpr\u00e9tations.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Remettre au go\u00fbt du jour le drame de Musset, voil\u00e0 l\u2019ambition de Catherine Marnas. L\u2019entr\u00e9e en mati\u00e8re de la pi\u00e8ce le fait assez vite comprendre&nbsp;: alors que, pendant l\u2019installation du public, le com\u00e9dien interpr\u00e9tant Lorenzo toise la salle en d\u00e9ambulant sur le plateau, figure vaguement inqui\u00e9tante dont le costume laisse penser que la pi\u00e8ce sera r\u00e9solument s\u00e9rieuse, une explosion de confettis et les premiers&nbsp;<em>beats<\/em>&nbsp;d\u2019une musique \u00e9lectro se font entendre. Et voil\u00e0 notre Lorenzo qui laisse tomber son ample robe de chambre pour r\u00e9v\u00e9ler un collant vert fluo moulant, et un T-Shirt bleu arborant le message \u00ab&nbsp;c\u2019est vrai et c\u2019est faux&nbsp;\u00bb (on entend dans ce slogan la r\u00e9plique de Lorenzo \u00ab&nbsp;ce que vous dites l\u00e0 est parfaitement vrai, et parfaitement faux, comme tout au monde&nbsp;\u00bb et l\u2019on peut y voir une v\u00e9ritable cl\u00e9 de lecture du personnage) et qui se met \u00e0 danser, bien vite rejoint par d\u2019autres comp\u00e8res aux costumes pour le moins excentriques.<\/p>\n\n\n\n<p>A ce bal masqu\u00e9 explosif succ\u00e8dent les premi\u00e8res r\u00e9pliques du texte de Musset, qui conna\u00eet dans cette version plusieurs coupures et quelques transformations. L\u2019action se d\u00e9roule \u00e0 Florence en 1537. Lorenzo, jeune homme id\u00e9aliste mais tourment\u00e9, tente de restaurer la R\u00e9publique en supprimant le duc Alexandre qui vit en tyran et se pr\u00e9lasse dans le vice. Pour l\u2019\u00e9liminer, Lorenzo ourdit un plan \u00e0 long terme et entreprend de devenir l\u2019un de ses plus proches conseillers, ce qui implique qu\u2019il s\u2019adonne lui aussi \u00e0 cette vie de d\u00e9bauche qu\u2019il m\u00e9prise. Mais le meurtre qu\u2019il finit par perp\u00e9trer ne donnera pas les suites qu\u2019il aurait pu esp\u00e9rer.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le plateau de la Com\u00e9die de Gen\u00e8ve, pas de trace de la cour florentine du XVIe si\u00e8cle. L\u2019espace sc\u00e9nique est s\u00e9par\u00e9 en trois parties distinctes&nbsp;: l\u2019avant-sc\u00e8ne tout d\u2019abord, encore jonch\u00e9e des confettis lanc\u00e9s au d\u00e9but de la pi\u00e8ce, puis une estrade qui court sur toute la largeur de la sc\u00e8ne, et enfin un espace au fond de l\u2019estrade qui nous est dissimul\u00e9 par un rideau de lames en plastique. Ce qui se passe derri\u00e8re ce rideau peut \u00eatre r\u00e9v\u00e9l\u00e9 ou cach\u00e9 \u00e0 loisir en fonction de l\u2019\u00e9clairage, et permet de faire voir des silhouettes fantomatiques ou de faire parler des ombres. Un immense canap\u00e9 mobile aux multiples coussins qui prendra plus tard place sur l\u2019avant-sc\u00e8ne permet de d\u00e9limiter les diff\u00e9rents espaces (chambre de Lorenzo, demeure des Strozzi, etc.). La sc\u00e9nographie met les personnages au centre (l\u2019essentiel de l\u2019action se d\u00e9roule sur l\u2019avant-sc\u00e8ne, au plus pr\u00e8s des spectateurs), tout en manifestant la dichotomie entre vrai et faux, ombre et lumi\u00e8re. Et m\u00eame au c\u0153ur de l\u2019action, l\u2019on garde toujours un \u0153il sur la face cach\u00e9e, ce qui se trouve derri\u00e8re le rideau et qui nous appara\u00eet au travers du filtre trouble des lames de plastique&nbsp;: un monde myst\u00e9rieux et inqui\u00e9tant, \u00e0 l\u2019image de la Florence d\u00e9prav\u00e9e dont Musset fait le portrait.<\/p>\n\n\n\n<p>La pi\u00e8ce porte en elle bien des \u00e9l\u00e9ments susceptibles de faire r\u00e9fl\u00e9chir dans nos soci\u00e9t\u00e9s modernes&nbsp;; elle pose notamment la question de la possibilit\u00e9 d\u2019une vraie r\u00e9volution face au pouvoir en place. Les pr\u00e9occupations des personnages sont \u00e9galement \u00e0 m\u00eame de parler au public d\u2019aujourd\u2019hui&nbsp;: ainsi l\u2019on ne peut rester insensible au d\u00e9senchantement de Lorenzo ou \u00e0 l\u2019envie de r\u00e9volte et de vengeance de Pierre Strozzi, voulant imposer ses id\u00e9es r\u00e9volutionnaires \u00e0 son p\u00e8re. Les costumes viennent ici faciliter l\u2019identification du spectateur moderne, par exemple Pierre Strozzi en polo rose et baskets Nike.<\/p>\n\n\n\n<p>Le texte de Musset invite \u00e0 une lecture du comportement de Lorenzo comme th\u00e9\u00e2tre dans le th\u00e9\u00e2tre, et c\u2019est aussi une des pistes choisies par Catherine Marmas. Le personnage de Lorenzo est tiraill\u00e9 entre sa nature noble et le&nbsp;<em>r\u00f4le<\/em>&nbsp;qu\u2019il doit jouer aupr\u00e8s du duc. Pour signifier cette tension, Lorenzo enfile une perruque d\u00e8s qu\u2019il se trouve avec le duc et qu\u2019il prend un ton faussement enjou\u00e9, mais l\u2019enl\u00e8ve d\u00e8s qu\u2019il livre les vraies pr\u00e9occupations de son c\u0153ur \u2013 et que le duc n\u2019est pas \u00e0 proximit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>La mise en sc\u00e8ne de la fin de la pi\u00e8ce sublime le pessimisme de Lorenzo face \u00e0 la r\u00e9volution. Les r\u00e9publicains ne saisissent pas l\u2019occasion repr\u00e9sent\u00e9e par la mort du duc, et le pouvoir revient \u00e0 C\u00f4me de M\u00e9dicis. Le com\u00e9dien qui jouait le duc se rel\u00e8ve et c\u2019est lui qui endosse le r\u00f4le de C\u00f4me, montrant bien que le changement de dirigeant n\u2019aura pas de v\u00e9ritables cons\u00e9quences. Pour signifier davantage encore que l\u2019Histoire n\u2019est qu\u2019un perp\u00e9tuel recommencement, la musique du d\u00e9but de la pi\u00e8ce fait son retour, et, derri\u00e8re le rideau, les personnages du bal masqu\u00e9 reprennent leur folle soir\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>10 novembre 2015<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/lauriane-pointet\/\">Lauriane Pointet<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.comedie.ch\/programme\/lorenzaccio\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a>\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u2019Alfred de Musset \/ mise en sc\u00e8ne Catherine Marnas \/ La Com\u00e9die (Gen\u00e8ve) \/ du 10 au 14 novembre 2015 \/ Critiques par Sabrina Roh et Lauriane Pointet.<\/p>\n","protected":false},"author":1001220,"featured_media":10075,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,10,38],"tags":[167,29],"class_list":["post-7367","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-theatre-comedie","category-spectacle","tag-lauriane-pointet","tag-sabrina-roh"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7367","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001220"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7367"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7367\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":21216,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7367\/revisions\/21216"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/10075"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7367"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7367"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7367"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}