{"id":7213,"date":"2015-10-27T18:58:32","date_gmt":"2015-10-27T17:58:32","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=7213"},"modified":"2025-02-10T12:32:44","modified_gmt":"2025-02-10T11:32:44","slug":"le-voyage-dalice-en-suisse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2015\/10\/le-voyage-dalice-en-suisse\/","title":{"rendered":"Le voyage d\u2019Alice en Suisse"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Le voyage d\u2019Alice en Suisse<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">de Lukas B\u00e4rfuss \/ traduction H\u00e9l\u00e8ne Mauler et Ren\u00e9 Zahnd \/ mise en sc\u00e8ne Gian Manuel Rau \/ La Grange de Dorigny \/ du 22 au 25 et du 29 au 31 octobre 2015 \/ Critique par Lauriane Pointet. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>22 octobre 2015<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/lauriane-pointet\/\">Lauriane Pointet<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La mort comme derni\u00e8re libert\u00e9<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/10\/1_VOYAGE_ALICE\u00a9MARTIN_REEVE-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-10012\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/10\/1_VOYAGE_ALICE\u00a9MARTIN_REEVE-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/10\/1_VOYAGE_ALICE\u00a9MARTIN_REEVE-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/10\/1_VOYAGE_ALICE\u00a9MARTIN_REEVE-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/10\/1_VOYAGE_ALICE\u00a9MARTIN_REEVE-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/10\/1_VOYAGE_ALICE\u00a9MARTIN_REEVE-624x416.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/10\/1_VOYAGE_ALICE\u00a9MARTIN_REEVE.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9Martin Reeve<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Un voyage en Suisse sans billet de retour&nbsp;: si Alice se rend \u00e0 Zurich, c\u2019est bien dans l\u2019id\u00e9e de pouvoir y b\u00e9n\u00e9ficier de l\u2019aide au suicide. Un sujet difficile mais toujours actuel, trait\u00e9 avec beaucoup de subtilit\u00e9 par la Compagnie Camastral.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est pas souvent que l\u2019on sort d\u2019un spectacle avec un go\u00fbt p\u00e2teux dans la bouche, et le c\u0153ur l\u00e9g\u00e8rement retourn\u00e9. C\u2019est pourtant ce qui s\u2019est produit en ouverture de saison du th\u00e9\u00e2tre de la Grange de Dorigny. Sujet pol\u00e9mique qui alimente r\u00e9guli\u00e8rement le d\u00e9bat dans la presse helv\u00e9tique et internationale, l\u2019assistance au suicide est au c\u0153ur de la pi\u00e8ce de l\u2019auteur zurichois Lukas B\u00e4rfuss.<\/p>\n\n\n\n<p>Alice, souffrant dans sa chair comme dans son esprit, mais toutefois encore jeune et belle, d\u00e9cide de faire appel \u00e0 un m\u00e9decin suisse qui pratique l\u2019assistance au suicide et qui pourra lui permettre de quitter cette vie dont elle ne veut plus. Ce m\u00e9decin, c\u2019est Gustav Strom&nbsp;; il a choisi d\u2019appliquer son serment d\u2019Hippocrate en venant en aide \u00e0 ceux dont la souffrance est devenue intol\u00e9rable. Dernier recours alors que toutes les autres institutions ont \u00e9chou\u00e9 \u00e0 comprendre ou soulager la souffrance de ces hommes et de ces femmes, il se heurte aux multiples difficult\u00e9s inh\u00e9rentes \u00e0 une telle t\u00e2che. Respectant le cadre l\u00e9gal suisse, apr\u00e8s avoir sond\u00e9 leur volont\u00e9 et les avoir aid\u00e9s \u00e0 r\u00e9soudre les probl\u00e8mes de paperasse administrative, il propose \u00e0 ses patients d\u2019en terminer avec la vie dans un discret appartement de la banlieue zurichoise.<\/p>\n\n\n\n<p>La pi\u00e8ce est construite en vingt-quatre tableaux et met en sc\u00e8ne une galerie de personnages&nbsp;gravitant autour du docteur Strom et d\u2019Alice. On s\u2019\u00e9tonne ainsi devant la jeune Eva, qui souhaite devenir l\u2019assistante du m\u00e9decin et le rejoindre dans sa lutte solitaire contre l\u2019opinion publique. On se prend d\u2019affection pour John, vieux patient anglais qui ne peut se d\u00e9cider vraiment \u00e0 mourir, et qui raconte avec un humour tr\u00e8s&nbsp;<em>british<\/em>&nbsp;des anecdotes de sa vie. On compatit avec la m\u00e8re d\u2019Alice, qui peine \u00e0 prendre conscience et \u00e0 comprendre que sa fille veut vraiment mourir. On s\u2019amuse devant les mani\u00e8res un peu brusques de Walter, le propri\u00e9taire de l\u2019appartement o\u00f9 ont lieu les suicides. Tous ces individus se croisent et dialoguent parfois, dans un d\u00e9cor \u00e9pur\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Sans r\u00e9duire la question de l\u2019assistance au suicide \u00e0 un simple d\u00e9bat \u00ab&nbsp;pour ou contre&nbsp;\u00bb, la pi\u00e8ce prend aux tripes en mettant en sc\u00e8ne des personnages terriblement attachants. Dans un m\u00eame temps, elle soul\u00e8ve des questions in\u00e9vitables et met le doigt sur des probl\u00e8mes tout \u00e0 fait pratiques. Ainsi le m\u00e9decin, radi\u00e9 de l\u2019ordre de sa profession, ne peut plus prescrire le pentobarbital n\u00e9cessaire pour endormir ses patients. Mais il ne veut pas cesser d\u2019exercer et la demande est toujours pr\u00e9sente&nbsp;: il lui faut trouver un autre moyen de donner la mort\u2026 Aux arguments du m\u00e9decin qui milite pour le libre arbitre et pour la lutte contre la souffrance r\u00e9pondent l\u2019incompr\u00e9hension ou le refus des proches et l\u2019opposition manifest\u00e9e par les confr\u00e8res et l\u2019opinion publique. Rien n\u2019est vraiment ni blanc ni noir&nbsp;; les personnages r\u00e9v\u00e8lent aussi leurs failles au fil du spectacle.<\/p>\n\n\n\n<p>Le texte n\u2019est pas d\u00e9nu\u00e9 d\u2019humour, bien que le rire reste souvent coinc\u00e9 dans la gorge. Difficile cependant de r\u00e9sister au charme anglais des histoires du vieux John, ou de ne pas sourire devant les explications hors de propos de Walter, racontant comment il avait par le pass\u00e9 tu\u00e9 une port\u00e9e de chatons. Ces moments plus l\u00e9gers accompagnent un ensemble riche en \u00e9motions, dense, et parfois m\u00eame violent.<\/p>\n\n\n\n<p>La force de la pi\u00e8ce provient surtout du texte de Lukas B\u00e4rfuss, qui m\u00e9rite \u00e0 lui seul un d\u00e9tour par la Grange de Dorigny. Gian Manuel Rau oscille dans sa mise en sc\u00e8ne entre une volont\u00e9 de r\u00e9alisme et un appel \u00e0 l\u2019imagination, ce qui peut d\u00e9stabiliser le spectateur. Alors que certains \u00e9l\u00e9ments troublent par leur r\u00e9alisme exacerb\u00e9 (\u00e0 l\u2019image de la mort d\u2019Alice, qui enfile sous nos yeux le sac plastique qui l\u2019\u00e9touffera), d\u2019autres surprennent par leur incongruit\u00e9 : on observe ainsi Eva faire le cochon pendu au c\u00f4t\u00e9 du propri\u00e9taire de l\u2019immeuble ou se rouler sur le divan en ce qui semble \u00eatre une imitation de John. On regrettera peut-\u00eatre que le monologue final soit prononc\u00e9 en fond de sc\u00e8ne&nbsp;: la voix du com\u00e9dien peine \u00e0 monter jusqu\u2019aux gradins sup\u00e9rieurs du c\u00f4t\u00e9 des spectateurs, ce qui fait perdre de l\u2019efficacit\u00e9 \u00e0 son plaidoyer \u2013 le public h\u00e9sitant sur sa cl\u00f4ture m\u00eame, et donc sur le moment o\u00f9 d\u00e9clencher les applaudissements. C\u2019est d\u2019autant plus dommage que le travail sur l\u2019intonation en sourdine, le d\u00e9bit naturel des com\u00e9diens et une sc\u00e9nographie qui va \u00e0 l\u2019essentiel font ressortir la force du texte de Lukas B\u00e4rfuss. La pi\u00e8ce ouvre la porte \u00e0 une discussion plus large sur une question \u00e9thique complexe et le public rentrera chez lui d\u00e9sar\u00e7onn\u00e9 et songeur.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>22 octobre 2015<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/lauriane-pointet\/\">Lauriane Pointet<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/grangededorigny\/programmation-2\/spectacles\/le-voyage-dalice-en-suisse\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>de Lukas B\u00e4rfuss \/ traduction H\u00e9l\u00e8ne Mauler et Ren\u00e9 Zahnd \/ mise en sc\u00e8ne Gian Manuel Rau \/ La Grange de Dorigny \/ du 22 au 25 et du 29 au 31 octobre 2015 \/ Critique par Lauriane Pointet.<\/p>\n","protected":false},"author":1001220,"featured_media":10014,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,5,38],"tags":[167],"class_list":["post-7213","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-la-grange","category-spectacle","tag-lauriane-pointet"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7213","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001220"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7213"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7213\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":21254,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7213\/revisions\/21254"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/10014"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7213"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7213"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7213"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}