{"id":703,"date":"2013-11-04T13:44:13","date_gmt":"2013-11-04T12:44:13","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=703"},"modified":"2025-02-10T13:34:17","modified_gmt":"2025-02-10T12:34:17","slug":"derive","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2013\/11\/derive\/","title":{"rendered":"La D\u00e9rive des continents"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">La D\u00e9rive des continents<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">de Philippe Saire et Antoinette Rychner \/ d\u2019apr\u00e8s l\u2019Odyss\u00e9e d&rsquo;Hom\u00e8re \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \u00e0 Lausanne \/ du 29 octobre au 17 novembre 2013 \/ Critiques par Cecilia Galindo, Aline Kohler et Jonas Guyot. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>29 octobre 2013<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a title=\"Cecilia Galindo\" href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/cecilia-galindo\/\">Cecilia Galindo<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le proc\u00e8s de l&rsquo;Odyss\u00e9e<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1920\" height=\"1279\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2013\/11\/07-philippe-sairecclaude-dussex.webp\" alt=\"\" class=\"wp-image-21836\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2013\/11\/07-philippe-sairecclaude-dussex.webp 1920w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2013\/11\/07-philippe-sairecclaude-dussex-300x200.webp 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2013\/11\/07-philippe-sairecclaude-dussex-1024x682.webp 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2013\/11\/07-philippe-sairecclaude-dussex-250x167.webp 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2013\/11\/07-philippe-sairecclaude-dussex-768x512.webp 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2013\/11\/07-philippe-sairecclaude-dussex-1536x1023.webp 1536w\" sizes=\"auto, (max-width: 1920px) 100vw, 1920px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Claude Dussez<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong><em>Dans cette relecture d\u00e9routante de l\u2019Odyss\u00e9e d\u2019Hom\u00e8re sign\u00e9e Philippe Saire, rien n\u2019est impossible. Notre imaginaire est convoqu\u00e9 sous diverses formes. Se d\u00e9roule sous nos yeux un spectacle hybride qui nous permet d\u2019appr\u00e9hender les aventures d\u2019Ulysse avec une surprenante l\u00e9g\u00e8ret\u00e9.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Avant que les premiers mots ne soient prononc\u00e9s sur la sc\u00e8ne, on peut entendre des grincements et le clapotis des vagues, comme si nous \u00e9tions \u00e0 bord d\u2019un navire ballot\u00e9 par les flots. On nous invite au voyage sans nous dire rien de la destination. A peine le temps d\u2019h\u00e9siter ; voil\u00e0 qu\u2019un personnage prend la parole pour ouvrir le d\u00e9bat.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Regard personnel sur le mythe<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Que se serait-il pass\u00e9 si Ulysse n\u2019avait pas r\u00e9v\u00e9l\u00e9 son nom au Cyclope apr\u00e8s lui avoir crev\u00e9 l\u2019\u0153il et s\u2019\u00eatre jou\u00e9 de lui&nbsp;? Pourquoi P\u00e9n\u00e9lope a-t-elle d\u00fb sagement attendre son bien-aim\u00e9 alors que ce dernier n\u2019a pas vraiment fait preuve de fid\u00e9lit\u00e9 conjugale durant son long voyage&nbsp;? Est-ce que l\u2019\u00e9pisode qui a eu lieu chez Calypso pr\u00e9sente moins d\u2019int\u00e9r\u00eat que celui qui s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 chez Nausicaa&nbsp;? Tant de questions exprim\u00e9es par chaque personnage ? interrogations qui surgissent mais qui n\u2019appellent jamais de r\u00e9ponses. Car chacun per\u00e7oit le h\u00e9ros et le mythe \u00e0 sa fa\u00e7on, que ce soit avec \u00ab&nbsp;le nez toujours coll\u00e9 sur aujourd\u2019hui&nbsp;\u00bb ou le regard tourn\u00e9 vers l\u2019Histoire. Et c\u2019est ainsi que les quatre interpr\u00e8tes, tout en rejouant l\u2019\u00e9pop\u00e9e avec originalit\u00e9, font le proc\u00e8s du texte d\u2019Hom\u00e8re, avec parfois des d\u00e9saccords qui m\u00e8nent \u00e0 la confrontation physique. Il s\u2019en d\u00e9gage alors un m\u00e9lange d\u2019id\u00e9es et de convictions qui nous en disent toujours un peu plus sur ces personnages r\u00e9unis pour faire et refaire les \u00e9pisodes de l\u2019<em>Odyss\u00e9e<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Patchwork artistique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Autre m\u00e9lange, celui des arts. On connaissait Philippe Saire chor\u00e9graphe et danseur, on le d\u00e9couvre ici metteur en sc\u00e8ne et com\u00e9dien. Mais il ne d\u00e9laisse pas pour autant un art pour l\u2019autre&nbsp;: au contraire, il compose avec les deux, et en ajoute encore. En collaboration avec les trois autres interpr\u00e8tes, Philippe Chosson, Christian Geffroy Schlittler et St\u00e9phane Vecchione, qui eux aussi cachent plus d\u2019un talent dans leur sac, le metteur en sc\u00e8ne lausannois propose un spectacle qui allie des moments de danse, des ambiances comme en suspension gr\u00e2ce aux divers effets produits par les sons et musiques, et bien \u00e9videmment du texte, dans un registre tant\u00f4t familier, tant\u00f4t po\u00e9tique.<\/p>\n\n\n\n<p>Un art moins attendu&nbsp; que les autres est \u00e9galement convoqu\u00e9 sur sc\u00e8ne et signe la singularit\u00e9 et la magie de cette cr\u00e9ation&nbsp;: le bricolage. Dans cet espace sc\u00e9nique qui ressemble \u00e0 un atelier, les protagonistes ponctuent leur travail de r\u00e9appropriation par des constructions minutieuses, en direct, de structures bricol\u00e9es avec toutes sortes d\u2019objets (planches de bois, pneus, bouteilles, ballons de baudruche\u2026) qui, une fois le m\u00e9canisme activ\u00e9, d\u00e9voilent des r\u00e9actions en cha\u00eene \u00e9tonnantes et dr\u00f4les. Cet aspect ludique et d\u00e9cal\u00e9 repr\u00e9sente un point fort du spectacle, car il permet au public de l\u00e2cher prise et de se laisser emporter dans l\u2019univers fantaisiste des personnages. Mais ces machines \u00e9voquent \u00e9galement, comme l\u2019affirme Philippe Saire, \u00ab&nbsp;le m\u00e9lange d\u2019impond\u00e9rables et de pr\u00e9destination que constitue l\u2019<em>Odyss\u00e9e<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Du bricolage, au sens positif du terme,&nbsp;c\u2019est aussi ce qui a \u00e9t\u00e9 fait \u00e0 partir du mythe lors de l\u2019\u00e9laboration du spectacle. Le texte original a \u00e9t\u00e9 d\u00e9construit, puis recr\u00e9\u00e9, avec en transparence des pr\u00e9occupations modernes. On est d\u2019ailleurs averti par le metteur en sc\u00e8ne qu\u2019il ne s\u2019agit pas ici de \u00ab&nbsp;raconter l\u2019<em>Odyss\u00e9e<\/em> ou de garantir une fid\u00e9lit\u00e9 au r\u00e9cit, mais de se l\u2019approprier tr\u00e8s librement&nbsp;\u00bb. S\u2019approprier l\u2019histoire, l\u2019actualiser et en faire ressortir les \u00e9l\u00e9ments qui nous touchent ici et maintenant&nbsp;: un proc\u00e9d\u00e9 qui n\u2019est pas nouveau mais qui r\u00e9v\u00e8le sans cesse des interpr\u00e9tations insoup\u00e7onn\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, en fin de compte, pourquoi sont-ils l\u00e0, ces messieurs&nbsp;? On ne sait pas vraiment, et celui ou celle qui esp\u00e8re avoir obtenu la r\u00e9ponse au sortir du spectacle risque d\u2019\u00eatre d\u00e9\u00e7u. Leur d\u00e9marche rappelle peut-\u00eatre celle des enfants, qui jouent et reconstituent un monde d\u00e9riv\u00e9 d\u2019une histoire qu\u2019ils ont entendue, juste pour le plaisir de la faire revivre et de l\u2019exp\u00e9rimenter \u00e0 leur mani\u00e8re. Il faut donc se rendre au th\u00e9\u00e2tre sans attendre de r\u00e9ponse ou de message bien pr\u00e9cis, et \u00eatre pr\u00eat \u00e0 embarquer avec ces quatre inconnus, sans savoir o\u00f9 ce voyage nous m\u00e8nera, et sans la certitude qu\u2019on arrivera quelque part, tout comme Ulysse quittait Ithaque et partait pour l\u2019aventure \u00e0 bord de l\u2019Argo.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>29 octobre 2013<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a title=\"Cecilia Galindo\" href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/cecilia-galindo\/\">Cecilia Galindo<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>29 octobre 2013<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a title=\"Aline Kohler\" href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/aline-kohler\">Aline Kohler<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Pierre, m\u00e9cano, alias Ulysse<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1920\" height=\"1279\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2013\/11\/07-philippe-sairecclaude-dussex.webp\" alt=\"\" class=\"wp-image-21836\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2013\/11\/07-philippe-sairecclaude-dussex.webp 1920w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2013\/11\/07-philippe-sairecclaude-dussex-300x200.webp 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2013\/11\/07-philippe-sairecclaude-dussex-1024x682.webp 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2013\/11\/07-philippe-sairecclaude-dussex-250x167.webp 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2013\/11\/07-philippe-sairecclaude-dussex-768x512.webp 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2013\/11\/07-philippe-sairecclaude-dussex-1536x1023.webp 1536w\" sizes=\"auto, (max-width: 1920px) 100vw, 1920px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Claude Dussez<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong><em>Pour sa premi\u00e8re pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre <\/em>La D\u00e9rive des continents<em>, Philippe Saire, qu&rsquo;on connaissait comme chor\u00e9graphe, offre une Odyss\u00e9e revisit\u00e9e par des m\u00e9canos du XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Un incessant va-et-vient entre la Gr\u00e8ce Antique et l\u2019Europe d\u2019aujourd\u2019hui, surprenant et d\u00e9routant, mais qui r\u00e9ussit \u00e0 dessiner au fil de la pi\u00e8ce un parall\u00e8le plut\u00f4t d\u00e9tonant et d\u00e9cal\u00e9 entre les deux \u00e9poques.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019Odyss\u00e9e autrement<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le public entre dans la salle et, avant m\u00eame de s\u2019asseoir, d\u00e9couvre sur sc\u00e8ne les com\u00e9diens et un d\u00e9cor rappelant un garage de m\u00e9canicien. Divers objets de toutes tailles et dont la fonction premi\u00e8re n\u2019est pas esth\u00e9tique remplissent la sc\u00e8ne. Le spectacle commence, le public peine \u00e0 se taire, la d\u00e9limitation est floue,&nbsp;les spectateurs entrent petit \u00e0 petit dans l\u2019histoire.&nbsp;Les com\u00e9diens se changent, se d\u00e9shabillent, enfilent leurs bleus de travail et, sans raison apparente, troquent le cambouis pour les lettres, le temps de rejouer la c\u00e9l\u00e8bre \u00e9pop\u00e9e d\u2019Ulysse. Un d\u00e9but sur les chapeaux de roues, sans mise en contexte, une initiative qui laisse perplexe jusqu\u2019\u00e0 la fin de la pi\u00e8ce. Heureusement, le public finit par se laisser entra\u00eener dans l\u2019aventure par les quatre com\u00e9diens exp\u00e9riment\u00e9s dans les arts de la sc\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une sc\u00e8ne m\u00e9canique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Depuis leur garage du XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, les quatres personnages tirent leurs r\u00f4les au sort, acceptant plus ou moins leur destin\u00e9e d\u2019un soir, et se lancent dans le r\u00e9cit de l\u2019\u00e9pop\u00e9e grecque antique. Ils restituent les sc\u00e8nes-clefs \u00e0 l\u2019aide d\u2019objets de m\u00e9canique et d\u2019installations ing\u00e9nieuses, bricol\u00e9es de bric et de broc, de la ficelle au fusil en passant par la mappemonde. Sans l\u00e9siner sur les moyens,ils r\u00e9ussissent ainsi \u00e0 surprendre, fasciner et r\u00e9jouir le public. Les m\u00e9canismes invent\u00e9s, qui fonctionnent (pas toujours parfaitement) en r\u00e9action en cha\u00eene, refl\u00e8tent les \u00e9v\u00e9nements qui s\u2019encha\u00eenent tel le destin d\u2019Ulysse. Une sc\u00e9nographie abstraite, mais qui souligne avec brio la distance qui s\u00e9pare les deux \u00e9poques et illustre avec fantaisie les diff\u00e9rentes \u00e9preuves qu\u2019Ulysse doit traverser.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les m\u00e9canismes du th\u00e9\u00e2tre<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019aternance entre les deux temps de l&rsquo;histoire se ressent \u00e9galement dans le texte de la pi\u00e8ce et dans le jeu des quatre m\u00e9canos. Le r\u00e9cit navigue entre un narrateur externe, pr\u00e9enregistr\u00e9 sur une cassette audio diffus\u00e9e sur un vieux radiocassette, et les dialogues, monologues et r\u00e9cits des personnages. Le mythe est racont\u00e9 avec toute la vari\u00e9t\u00e9 des moyens th\u00e9\u00e2traux contemporains. Les rouages du th\u00e9\u00e2tre sont d\u00e9voil\u00e9s. Les changements de d\u00e9cors se font sous les yeux du public par les com\u00e9diens et s\u2019int\u00e8grent \u00e0 la pi\u00e8ce. Les dialogues se d\u00e9clinent en plusieurs styles et niveaux de langue. Dans ce foisonnement, Philippe Saire laisse aussi la place \u00e0 la danse contemporaine &#8211; son premier amour &#8211; pour explorer ce qu\u2019elle peut raconter et ajouter \u00e0 une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre. <em>La D\u00e9rive des continents<\/em> dans son ensemble retrace les si\u00e8cles artistiques qui nous s\u00e9parent de la Gr\u00e8ce Antique.<\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9cit est sans cesse interrompu par les multiples d\u00e9crochages des m\u00e9canos qui entrent et sortent de leurs r\u00f4les \u00e0 tout instant. L\u2019attention est sans arr\u00eat ramen\u00e9e au temps pr\u00e9sent de la pi\u00e8ce, ce qui emp\u00eache le spectateur de se laisser aller trop pleinement dans l\u2019histoire antique. Ce m\u00e9lange des discours entra\u00eene une superposition des deux \u00e9poques, permettant ainsi une confrontation de la Gr\u00e8ce Antique et de l\u2019Europe contemporaine pour mieux faire ressortir les similitudes et les contrastes. L&rsquo;abstraction du propos contraint le spectateur \u00e0 rester attentif et curieux.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Innovant&#8230;ou frustrant ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>La D\u00e9rive des continents <\/em>raconte un c\u00e9l\u00e8bre classique d\u2019une mani\u00e8re nouvelle et divertissante et r\u00e9ussit \u00e0 surprendre le public. Il ne s\u2019agit pas tant d\u2019une adaptation \u00e0 proprement parler que d\u2019une illustration moderne d\u2019un r\u00e9cit ancien. Ainsi le mythe n&rsquo;est pas explicitement ancr\u00e9 dans notre \u00e9poque ni int\u00e9gr\u00e9 dans un contexte plus large. Qui sont ces m\u00e9canos ? Pourquoi rejouent-il l\u2019Odyss\u00e9e&nbsp;? Pourquoi avoir choisi des m\u00e9canos&nbsp;? Est-ce uniquement pour souligner que le spectacle souhaite d\u00e9voiler les m\u00e9canismes du th\u00e9\u00e2tre et de la soci\u00e9t\u00e9&nbsp;? Le r\u00e9cit des aventures d\u2019Ulysse est cont\u00e9 de fa\u00e7on captivante et extraordinaire, mais le deuxi\u00e8me niveau, celui du temps pr\u00e9sent, laisse les spectateurs sur leur faim. Le parall\u00e8le entre la Gr\u00e8ce Antique, le berceau de l\u2019Europe moderne, et l\u2019Europe d\u2019aujourd\u2019hui, incite au questionnement, mais on aurait aim\u00e9 en savoir plus.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>29 octobre 2013<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a title=\"Aline Kohler\" href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/aline-kohler\">Aline Kohler<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>29 octobre 2013<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a title=\"Jonas Guyot\" href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/jonas-guyot\/\">Jonas Guyot<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Une relecture exigeante de l&rsquo;Odyss\u00e9e<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1920\" height=\"1279\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2013\/11\/07-philippe-sairecclaude-dussex.webp\" alt=\"\" class=\"wp-image-21836\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2013\/11\/07-philippe-sairecclaude-dussex.webp 1920w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2013\/11\/07-philippe-sairecclaude-dussex-300x200.webp 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2013\/11\/07-philippe-sairecclaude-dussex-1024x682.webp 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2013\/11\/07-philippe-sairecclaude-dussex-250x167.webp 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2013\/11\/07-philippe-sairecclaude-dussex-768x512.webp 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2013\/11\/07-philippe-sairecclaude-dussex-1536x1023.webp 1536w\" sizes=\"auto, (max-width: 1920px) 100vw, 1920px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Claude Dussez<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong><em>Avec <\/em>La D\u00e9rive des continents<em>, le chor\u00e9graphe Philippe Saire s\u2019\u00e9loigne de la danse pour partir \u00e0 la rencontre du th\u00e9\u00e2tre. De ce rendez-vous na\u00eet un spectacle complexe, requ\u00e9rant une participation soutenue de la part du spectateur.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il est difficile de r\u00e9sumer l\u2019intrigue de ce spectacle tant le r\u00e9cit et les formes th\u00e9\u00e2trales y sont \u00e9clat\u00e9s. On peut cependant affirmer, sans trop se tromper, que le texte d\u2019Antoinette Rychner raconte l\u2019histoire de quatre amis, dont l\u2019habitude est de se retrouver dans une sorte de hangar pour y interpr\u00e9ter des \u00e9pisodes de l\u2019<em>Odyss\u00e9e<\/em>. La vie de ces personnages, dont on ne sait presque rien, semble se confondre avec celle des h\u00e9ros de l\u2019\u00e9pop\u00e9e. Le contact avec le mythe se fait \u00e0 l\u2019aide d\u2019un petit panier dans lequel se trouvent des sph\u00e8res transparentes contenant le titre des diff\u00e9rentes aventures d\u2019Ulysse et de ses compagnons. Elles sont tir\u00e9es au sort par les personnages tout au long de la pi\u00e8ce. Le spectateur assiste donc \u00e0 la descente aux Enfers d\u2019Ulysse \u00e0 son combat contre Scylla ou encore \u00e0 sa capture par la nymphe Calypso. Chacun de ces quatre comp\u00e8res est amen\u00e9 \u00e0 endosser le r\u00f4le d\u2019Ulysse et \u00e0 en donner sa propre interpr\u00e9tation.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;La distanciation par le mouvement<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;La rencontre entre le texte antique et les personnages modernes rend possible une r\u00e9flexion sur des sujets d\u2019actualit\u00e9 comme la crise \u00e9conomique en Gr\u00e8ce, l\u2019\u00e9galit\u00e9 des sexes ou encore la repr\u00e9sentation de la masculinit\u00e9. Les r\u00e9flexions de ces quatre personnages entrent tr\u00e8s r\u00e9guli\u00e8rement en interf\u00e9rence avec le texte d\u2019Hom\u00e8re. Se cr\u00e9e alors une distanciation, obligeant le public \u00e0 s\u2019interroger sur le mythe et \u00e0 le confronter avec l\u2019actualit\u00e9. Cette distanciation ne se limite pas au texte, mais elle gagne d\u2019autres \u00e9l\u00e9ments de la repr\u00e9sentation. Philippe Saire explore le th\u00e9\u00e2tre \u00e0 travers le mouvement du corps, dont le lien avec le texte n\u2019est, de prime abord, pas toujours \u00e9vident. Cette \u00ab&nbsp;non-\u00e9vidence&nbsp;\u00bb cr\u00e9e un sentiment d\u2019\u00e9tranget\u00e9 chez le spectateur, le for\u00e7ant \u00e0 s\u2019interroger sur la signification du geste. Ainsi, lorsque une voix off nous apprend qu\u2019Ulysse et ses compagnons traversent un d\u00e9troit, au m\u00eame moment les quatre com\u00e9diens se tiennent debout sur la m\u00eame chaise. Le spectateur doit faire preuve de beaucoup d\u2019imagination pour que ce num\u00e9ro d\u2019acrobatie lui \u00e9voque la peur ressentie lors de la travers\u00e9e du d\u00e9troit. Mais c\u2019est justement ce d\u00e9calage entre le texte et le geste qui fait tout l\u2019int\u00e9r\u00eat de ce spectacle puisqu\u2019il force le spectateur \u00e0 une recherche de sens. Philippe Saire ajoute encore des difficult\u00e9s \u00e0 la compr\u00e9hension, puisque la repr\u00e9sentation du mouvement ne s\u2019arr\u00eate pas \u00e0 celle des com\u00e9diens. En effet, dans ce hangar, o\u00f9 se trouve une multitude d\u2019objets, les quatre personnages vont briller par leur ing\u00e9niosit\u00e9 en reconstituant les fabuleuses machines de Rube Golberg, renvoyant le spectateur \u00e0 ses jeux d\u2019enfant. Un des hommes tire \u00e0 la carabine sur un ballon de baudruche, d\u00e9clenchant tout un m\u00e9canisme qui ouvre un parapluie, lib\u00e8re une bille dans un conduit et finit par une explosion. A travers ce m\u00e9canisme complexe, Philippe Saire se penche donc sur le mouvement et ses cons\u00e9quences. Ces constructions pourraient sembler n\u2019avoir aucun rapport avec l\u2019<em>Odyss\u00e9e<\/em> et pourtant elles rappellent la <em>m\u00e8tis<\/em> des Grecs, cette ing\u00e9niosit\u00e9, si caract\u00e9ristique d\u2019Ulysse et dont le Cheval de Troyes constitue le meilleur exemple.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les sens en \u00e9moi<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Dans cette relecture de l\u2019<em>Odyss\u00e9e<\/em>, Philippe Saire nous emm\u00e8ne sur le chemin de la r\u00e9flexion tout en maintenant nos sens en alerte. Ainsi tout au long de la pi\u00e8ce, le chor\u00e9graphe demande aux spectateurs une attention visuelle soutenue. Tous les mouvements, et ils sont nombreux, requi\u00e8rent l\u2019attention, car ils poussent le spectateur \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir, en m\u00eame temps que les com\u00e9diens, sur le texte de l\u2019<em>Odyss\u00e9e<\/em> et sur sa r\u00e9sonance actuelle. Philippe Saire demande \u00e9galement aux spectateurs d\u2019\u00eatre attentifs aux sonorit\u00e9s. Un magn\u00e9tophone \u00e0 cassettes diffuse des extraits sonores issus de la culture populaire. On reconnait ainsi notamment les dialogues et la musique du film <em>Troyes<\/em> de Wolfgang Petersen. Philippe Saire multiplie donc les r\u00e9f\u00e9rences au mythe d\u2019Ulysse en confrontant la pi\u00e8ce avec d\u2019autres relectures contemporaines. Outre les sonorit\u00e9s vocales, le musicien et performer St\u00e9phane Vecchione cr\u00e9e des sons \u00e0 partir des diff\u00e9rents objets pr\u00e9sents sur sc\u00e8ne. En utilisant un micro et deux verres remplis d\u2019eau, le musicien parvient \u00e0 nous \u00e9voquer le bruit du ressac sur le rivage. A la vue et l\u2019ou\u00efe s\u2019ajoute encore l\u2019odorat. Ce dernier est notamment mobilis\u00e9 par l\u2019ar\u00f4me des feuilles de <em>Ruccola<\/em> qui se d\u00e9gage lors de la pr\u00e9paration de potions par le devin Tir\u00e9sias. Le parfum qui en \u00e9mane transporte alors le spectateur aux abords de la M\u00e9diterran\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>En partant d\u2019une r\u00e9flexion sur la mythologie \u00e0 travers le corps et le mouvement, Philippe Saire entra\u00eene son public \u00e0 mobiliser ses sens pour ressentir le mythe. Il offre aux spectateurs une relecture de l\u2019<em>Odyss\u00e9e<\/em> d\u2019Hom\u00e8re, extr\u00eamement riche par l\u2019entrem\u00ealement des r\u00e9f\u00e9rences antiques et contemporaines. Cependant, cette nouvelle interpr\u00e9tation n\u00e9cessite une connaissance approfondie de la mythologie grecque et une participation soutenue de la part du spectateur, sans quoi la pi\u00e8ce restera \u00e0 bien des \u00e9gards herm\u00e9tique.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>29 octobre 2013<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a title=\"Jonas Guyot\" href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/jonas-guyot\/\">Jonas Guyot<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/vidy.ch\/fr\/evenement\/philippe-saire-la-derive-des-continents\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>de Philippe Saire et Antoinette Rychner \/ d\u2019apr\u00e8s l\u2019Odyss\u00e9e d&rsquo;Hom\u00e8re \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \u00e0 Lausanne \/ du 29 octobre au 17 novembre 2013 \/ Critiques par Cecilia Galindo, Aline Kohler et Jonas Guyot.<\/p>\n","protected":false},"author":784,"featured_media":21835,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,2],"tags":[25,37,24],"class_list":["post-703","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-de-vidy","tag-aline-kohler","tag-cecilia-galindo","tag-jonas-guyot"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/703","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/784"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=703"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/703\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":21838,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/703\/revisions\/21838"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/21835"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=703"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=703"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=703"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}