{"id":6977,"date":"2015-10-14T14:08:05","date_gmt":"2015-10-14T12:08:05","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=6977"},"modified":"2025-02-10T12:33:57","modified_gmt":"2025-02-10T11:33:57","slug":"cloture-de-lamour","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2015\/10\/cloture-de-lamour\/","title":{"rendered":"Cl\u00f4ture de l\u2019amour"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Cl\u00f4ture de l\u2019amour<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">De Pascal Rambert \/ avec Stanislas Nordey et Audrey Bonnet \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \/ du 30 septembre au 4 octobre 2015 \/ Critiques par Fanny Utiger, Camille Logoz et Emilie Roch <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>30 septembre 2015<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/fanny-utiger\/\">Fanny Utiger<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Vivarium de l\u2019amour<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"681\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/10\/DSC4376-1024x681.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-10018\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/10\/DSC4376-1024x681.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/10\/DSC4376-250x166.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/10\/DSC4376-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/10\/DSC4376-768x511.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/10\/DSC4376-624x415.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/10\/DSC4376.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9Marc Domage<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>La sc\u00e8ne de la salle Charles Apoth\u00e9loz devient pour quelques heures le ring du combat visc\u00e9ral d\u2019un homme et d\u2019une femme au cr\u00e9puscule de leur amour. Un texte cru et sophistiqu\u00e9, un jeu d\u2019acteurs puissant, un r\u00e9seau allusif complexe font la richesse de cette pi\u00e8ce et des \u00e9chos qu\u2019elle provoque en chacun.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Gymnase d\u00e9sert, terrain vide, lumi\u00e8re glac\u00e9e. Un homme et une femme d\u00e9barquent. Un souffle, et puis lui brise le silence, amor\u00e7ant leur duel. Alors qu\u2019il semble poursuivre une dispute depuis longtemps amorc\u00e9e \u2013 ou reconduite&nbsp;? \u2013 elle lui fait face et l\u2019\u00e9coute. On ne voit d\u2019elle que l\u2019arri\u00e8re de son corps et l\u2019on devine son visage derri\u00e8re de longues m\u00e8ches noires et raides. Immobile en apparence, elle s\u2019affaisse progressivement sous les mots qu\u2019il prof\u00e8re, les m\u00eames d\u2019ailleurs qui la redressent aussi ponctuellement.<\/p>\n\n\n\n<p>Les yeux d\u2019Audrey n\u2019allument plus rien, il l\u2019a dit. Au spectateur de se les imaginer, ces yeux, fix\u00e9s encore sur le fond de la sc\u00e8ne et sur cet homme qui s\u2019agite. Il bouillonne et aligne les reproches. Il en tire une force apparente, se place en m\u00e2le dominant et lance sur Audrey \u00ab sa&nbsp;logorrh\u00e9e&nbsp;\u00bb comme des torches de flammes pour tenter de venir \u00e0 bout de sa placidit\u00e9. Pour lui rappeler, aussi, combien il ne l\u2019aime plus, et combien c\u2019est de sa faute, \u00e0 elle. Dans cette violence, voil\u00e0 pourtant qu\u2019il se replie parfois, comme s\u2019il \u00e9tait affect\u00e9 par les propos m\u00eames qu\u2019il \u00e9nonce. Et alors que, vindicatif, il lui impose de rester droite, il multiplie les g\u00e9nuflexions, et se pr\u00e9sente \u00e0 elle comme s\u2019il l\u2019implorait de l\u2019aimer \u2013 symboliquement, ce genou \u00e0 terre ne signifie-t-il pas&nbsp;<em>simplement<\/em>&nbsp;une d\u00e9claration d\u2019amour&nbsp;? N\u2019emp\u00eache que lorsqu\u2019il ouvre la bouche ce n\u2019est que pour \u00e9taler son amertume, son d\u00e9go\u00fbt de l\u2019illusion de l\u2019amour, d\u00e8s lors que lui manque tout attrait sensuel. \u00ab&nbsp;Nous aimions nous aimer mais nous aimions-nous&nbsp;?&nbsp;\u00bb, lui d\u00e9clarera-t-il, avec autant de d\u00e9dain que de d\u00e9sarroi. De d\u00e9sarroi, oui, car il n\u2019arrive jamais vraiment \u00e0 s\u2019ex\u00e9cuter, ne s\u2019arr\u00eatant qu\u2019\u00e0 la menace d\u2019un d\u00e9part sans partir vraiment.<\/p>\n\n\n\n<p>Les portes du gymnase s\u2019entrouvrent et font place \u00e0 une dizaine de gosses. Leur na\u00efvet\u00e9 et leur pond\u00e9ration contrastent avec la violence presque absurde de la sc\u00e8ne qu\u2019ils viennent d\u2019interrompre. Pour quelques minutes, ni l\u2019homme ni la femme ne prennent la parole. Les voix des enfants accompagnent leur errance momentan\u00e9ment muette, sous les spots froids de cette salle de sport.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Tu as fini.&nbsp;\u00bb Puisqu\u2019il ne venait jamais au point final de son la\u00efus, Audrey sort de son silence en imposant \u00e0 Stan le sien. A son tour d\u2019\u00e9couter maintenant. A peine prend-elle la parole que l\u2019on d\u00e9couvre qu\u2019elle est loin de l\u2019\u00e9tat de loque faible dans lequel Stan avait tent\u00e9 de la maintenir. Il courbe vite l\u2019\u00e9chine sous la force de ce qu\u2019elle ass\u00e8ne. Au fil du discours d\u2019Audrey, le monument de mots qu\u2019il avait construit s\u2019\u00e9rode. Car il y a chez elle quelque chose qu\u2019il n\u2019y avait pas chez lui, qu\u2019il \u00e9ludait. \u00ab&nbsp;Mon amour&nbsp;\u00bb, ne cesse-t-elle de lui r\u00e9p\u00e9ter. Elle le prononce, elle l\u2019exprime, cet amour, qu\u2019aveugl\u00e9 peut-\u00eatre par la seule sensualit\u00e9, Stan avait rel\u00e9gu\u00e9 \u00e0 un futile second plan.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la r\u00e9ponse d\u2019Audrey n\u2019est pas seulement l\u2019\u00e9ruption de ces questions alors \u00e9vit\u00e9es par Stan. Ses mots sont crus. Ceux de Stan avaient parfois pu appara\u00eetre comme des r\u00e9actions \u00e0 chaud, l\u2019expression directe de jugements gratuits. Elle, trouve une puissance dans la froideur qui grandit progressivement en elle. Elle s\u2019\u00e9puise pourtant au fil de ses paroles&nbsp;: \u00ab&nbsp;Putain comme je t\u2019ai aim\u00e9&nbsp;\u00bb, dit-elle, alors qu\u2019elle choit lentement au sol, le dos tra\u00eenant contre le mur. Elle qui avait promis de ne \u00ab&nbsp;pas tomber \u00e0 genoux&nbsp;\u00bb finit donc par faiblir, sans toutefois s\u2019agenouiller jamais&nbsp;! Elle trouve dans cette chute un regain de force et pourra voir le terme \u2013 hypoth\u00e9tique en fin de repr\u00e9sentation, pourtant \u2013 de cet affrontement dont elle peine \u00e0 sortir\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque s\u2019\u00e9teignent les lumi\u00e8res en fin de repr\u00e9sentation, on ne sait si vraiment la dispute d\u2019Audrey et Stan a pris fin. Et l\u2019on prend conscience que ce n\u2019est s\u00fbrement pas d\u2019ailleurs l\u2019enjeu principal de la pi\u00e8ce de Rambert. Durant deux heures, les deux acteurs, lorsqu\u2019ils parlent comme lorsqu\u2019ils se meuvent, r\u00e9v\u00e8lent un complexe fonctionnement symbolique. L\u2019\u00e9criture et la mise en sc\u00e8ne convoquent des th\u00e9matiques multiples, et permettent de nourrir, entre jeux de couleurs, allusions culturelles et m\u00e9ta-th\u00e9\u00e2trales ou tissages all\u00e9goriques, les esprits les plus avides d\u2019analyse.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais au-del\u00e0 de cette complexit\u00e9, une persistante simplicit\u00e9. Les sentiments et \u00e9v\u00e9nements \u00e9voqu\u00e9s sont susceptibles de faire \u00e9cho en chacun. Corps et esprit sont convoqu\u00e9s de fa\u00e7on directe, dans une variation sur l\u2019amour, sur les diff\u00e9rentes formes qu\u2019il prend au cours d\u2019une vie. Au travers de la relation entre cette femme et cet homme explose en plus de l\u2019amour qui les lie intimement une puissante affection parentale, une tr\u00e8s forte pr\u00e9sence de l\u2019amour maternel. Sur ces deux heures de spectacle, sont condens\u00e9s et donn\u00e9s \u00e0 voir comme dans un vivarium des \u00e9tats, purs comme feints, d\u2019absence et d\u2019abondance d\u2019amour, qui percuteront le spectateur, ne serait-ce qu\u2019un seul instant, quand il verra en place du quatri\u00e8me mur comme sur une vitre teint\u00e9e sa propre silhouette.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>30 septembre 2015<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/fanny-utiger\/\">Fanny Utiger<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>30 septembre 2015<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/camille-logoz\/\">Camille Logoz<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">De l\u2019\u00e9lasticit\u00e9 du discours amoureux<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"638\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/10\/DSC4285-1024x638.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-10017\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/10\/DSC4285-1024x638.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/10\/DSC4285-250x156.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/10\/DSC4285-300x187.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/10\/DSC4285-768x479.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/10\/DSC4285-624x389.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/10\/DSC4285.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9Marc Domage<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Cl\u00f4ture de l\u2019amour<em>&nbsp;est une pi\u00e8ce d\u00e9sormais c\u00e9l\u00e8bre pour sa forme \u00e9l\u00e9mentaire et pourtant nouvelle&nbsp;: un personnage parle tandis que l\u2019autre se tait, les rapports s\u2019inversant \u00e0 mi-spectacle. Un texte avec lequel Pascal Rambert d\u00e9stabilise l\u2019ordre du familier et de l\u2019\u00e9tranger, faisant s\u2019articuler les niveaux du drame personnel et de l\u2019histoire universelle. Il trouve le moyen pour le faire dans une langue qui se tort et se tend dans une p\u00e9nible exploration de l\u2019amour et de la rupture, \u00e0 la recherche de mots pour les exprimer.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il faut un certain temps pour s\u2019acclimater \u00e0 la diction de Stanislas Nordey. Lui et sa partenaire Audrey Bonnet d\u00e9boulent sur sc\u00e8ne, surprenant le public encore en pleine conversation. Leurs personnages entament alors une longue lutte non pas \u00e0 mains nues, mais avec la langue pour toute arme.<\/p>\n\n\n\n<p>De nombreux textes publi\u00e9s \u00e0 propos de ce spectacle parlent de \u00ab&nbsp;monologue&nbsp;\u00bb pour d\u00e9signer les deux longs discours des protagonistes. Mais n\u2019est-ce pas plut\u00f4t un dialogue&nbsp;qui se structure entre ces deux instances de parole&nbsp;? Si l\u2019une est d\u2019abord condamn\u00e9e \u00e0 se taire, elle ne r\u00e9pond pas moins gestuellement, par bruits ou simplement par sa pr\u00e9sence aux accusations et assignations lanc\u00e9es par son partenaire. Ces r\u00e9ponses, visibles sur le corps du personnage muet, touchent d\u2019ailleurs leur destinataire comme le confirment ses r\u00e9pliques&nbsp;: \u00ab&nbsp;Baisse ton bras&nbsp;!&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;Non, ne bouge pas, reste o\u00f9 tu es&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Pascal Rambert met-il en sc\u00e8ne cette dispute pour nous entra\u00eener dans le monde priv\u00e9 de deux individus mettant fin \u00e0 leur histoire&nbsp;? C\u2019est du moins la premi\u00e8re impression qui se d\u00e9gage de la sc\u00e8ne. Les personnages sont marqu\u00e9s par des traits distinctifs propres aux com\u00e9diens, sur lesquels Pascal Rambert s\u2019est appuy\u00e9 pour leur \u00e9crire ce texte&nbsp;: les S tr\u00e8s sonores de Stanislas Nordey, l\u2019accentuation des syllabes finales d\u2019Audrey Bonnet\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Cette assimilation va plus loin encore. Com\u00e9diens et personnages partagent jusqu\u2019au m\u00eame pr\u00e9nom. Dans ce brouillage volontaire des fronti\u00e8res entre r\u00e9alit\u00e9 et fiction, la question de la r\u00e9f\u00e9rentialit\u00e9 se pose alors. Les personnages s\u2019appellent comme les acteurs qui les incarnent&nbsp;; mais au nom de qui s\u2019expriment-ils&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Cette confusion entre r\u00e9alit\u00e9 et fiction atteint tout le public. Au fond, le drame auquel on assiste ressemble \u00e0 n\u2019importe quelle rupture. Malgr\u00e9 leurs traits particuliers, Stan et Audrey repr\u00e9sentent des entit\u00e9s non personnelles, faisant r\u00e9sonner l\u2019exp\u00e9rience de chacun. Peut-\u00eatre deux \u00e9quipes s\u2019affrontant en duel&nbsp;? C\u2019est une interpr\u00e9tation que la sc\u00e9nographie inspire, si elle ne l\u2019encourage pas compl\u00e8tement. Les personnages se font face dans une salle de gym aux couleurs vives, \u00e9clair\u00e9e par la lumi\u00e8re agressive de n\u00e9ons qui ne leur laisse aucune zone d\u2019ombre, les obligeant \u00e0 se mettre \u00e0 nu. Ils sont dispos\u00e9s de part et d\u2019autre d\u2019un grand cercle, s\u00e9par\u00e9s par une ligne trac\u00e9e en son centre, qui semble souligner leur caract\u00e8re antith\u00e9tique.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 moins que les personnages ne soient finalement qu\u2019un pr\u00e9texte pour une mise en sc\u00e8ne de la parole. La question de la forme que Rambert donne \u00e0 la langue est une de celles qui travaille longtemps apr\u00e8s le spectacle. La prosodie des com\u00e9diens varie et se rapproche alternativement de la conf\u00e9rence, de l\u2019engueulade, du po\u00e8me, du d\u00e9bat\u2026 Par moments, elle s\u2019apparente \u00e0 un d\u00e9lire&nbsp;; \u00e0 d\u2019autres, on pense voir les personnages effectuer un travail d\u2019autoconviction, ou de rem\u00e9moration. Mais ils savent aussi prendre de la distance par rapport \u00e0 leur propre discours, et ironisent alors sur leur situation.<\/p>\n\n\n\n<p>En fin de compte, le n\u0153ud du spectacle se situe justement dans ce travail de la langue&nbsp;; il traite de ce que&nbsp;<em>fait<\/em>&nbsp;la langue \u2013 ce qu\u2019elle est capable de faire. Le T-shirt de Stan tremp\u00e9 de sueur montre bien toute l\u2019action que peut contenir un discours, aussi interminable qu\u2019il puisse sembler.<\/p>\n\n\n\n<p>Car les prises de parole se d\u00e9roulent sans qu\u2019on puisse en pr\u00e9dire la fin. C\u2019est un processus qui s\u2019\u00e9tire, et tout comme certaines phrases des protagonistes, il ne semble pas avoir de point de chute. On l\u2019attend pourtant, on se demande comment un discours si dense va pouvoir se conclure mais, fait \u00e9tonnant, une fois le spectacle termin\u00e9, on ne se souviendra ni du final de Stan, ni de celui d\u2019Audrey. Sans l\u2019intrusion d\u2019un \u00e9l\u00e9ment externe coupant le discours de Stan (un ch\u0153ur d\u2019enfants faisant irruption sur sc\u00e8ne), il semble que cette parole autog\u00e9n\u00e9rative n\u2019aurait pas de raison de se terminer. N\u2019est-ce pas d\u2019ailleurs aussi ce que dit le mot \u00ab&nbsp;cl\u00f4ture&nbsp;\u00bb&nbsp;? L\u2019espace n\u2019est pas encore ferm\u00e9. Au contraire, il s\u2019agit bien un processus&nbsp;<em>en train<\/em>&nbsp;de se faire\u2026<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>30 septembre 2015<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/camille-logoz\/\">Camille Logoz<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>30 septembre 2015<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/emilie-roch\/\">Emilie Roch<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">De l\u2019\u00e9lasticit\u00e9 du discours amoureux<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"532\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/10\/Clot\u00f1re-de-lamour-4\u220f-Christophe-Raynaud-de-Lage-Festival-dAvignon.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-10015\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/10\/Clot\u00f1re-de-lamour-4\u220f-Christophe-Raynaud-de-Lage-Festival-dAvignon.jpg 800w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/10\/Clot\u00f1re-de-lamour-4\u220f-Christophe-Raynaud-de-Lage-Festival-dAvignon-250x166.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/10\/Clot\u00f1re-de-lamour-4\u220f-Christophe-Raynaud-de-Lage-Festival-dAvignon-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/10\/Clot\u00f1re-de-lamour-4\u220f-Christophe-Raynaud-de-Lage-Festival-dAvignon-768x511.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/10\/Clot\u00f1re-de-lamour-4\u220f-Christophe-Raynaud-de-Lage-Festival-dAvignon-624x415.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9Christophe Raynaud de Lage<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Propuls\u00e9s face au constat irr\u00e9vocable que l\u2019amour n\u2019est pas fait pour durer toujours, deux amants de longue date expriment leur d\u00e9sarroi au sein d\u2019une bouleversante sc\u00e8ne de rupture sign\u00e9e Pascal Rambert.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Comme un t\u00e9l\u00e9phone ou un ordinateur portables, l\u2019amour entre Stan et Audrey est arriv\u00e9 au terme de sa dur\u00e9e d\u2019utilisation. \u00ab&nbsp;Nous sommes des appareils amoureux sophistiqu\u00e9s \u00e0 programmation courte et nous ne le savions pas&nbsp;\u00bb. Le constat, brutal, est pos\u00e9 d\u2019embl\u00e9e par Stan, le premier \u00e0 prendre la parole. Il la monopolisera jusqu\u2019\u00e0 l\u2019entr\u00e9e d\u2019un ch\u0153ur d\u2019enfants sur sc\u00e8ne. \u00ab&nbsp;Peu \u00e0 peu tout me happe\/Je me d\u00e9robe je me d\u00e9tache&nbsp;\u00bb, entonnent-ils, les paroles de Bashung r\u00e9sumant la substance du discours de cet homme qui tranche avec violence les liens qui le relient \u00e0 la femme debout en face de lui, digne face \u00e0 la nouvelle qu\u2019elle n\u2019est plus aim\u00e9e. Il ne lui \u00e9pargne rien et lui lance au visage une vision sombre de leur amour&nbsp;: emprisonnement dans un filet, \u00ab&nbsp;fiction&nbsp;\u00bb mielleuse dont ils \u00e9taient les acteurs z\u00e9l\u00e9s, rencontre \u00e9ph\u00e9m\u00e8re de deux corps. \u00ab&nbsp;Nous aimions nous aimer, c\u2019est tout, mais nous aimions-nous, Audrey&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ecrit par Pascal Rambert pour les com\u00e9diens Stanislas Nordey et Audrey Bonnet,&nbsp;<em>Cl\u00f4ture de l\u2019amour&nbsp;<\/em>a \u00e9t\u00e9 jou\u00e9 plus de 140 fois depuis sa cr\u00e9ation au Festival d\u2019Avignon en 2011 et a re\u00e7u plusieurs prix honorifiques. Ce succ\u00e8s jamais d\u00e9menti se justifie par un texte poignant, o\u00f9 la langue si singuli\u00e8re parvient \u00e0 s\u2019emparer avec justesse d\u2019une situation universelle, et un jeu d\u2019acteurs d\u2019une intensit\u00e9 et d\u2019un engagement rares. Stan, l\u2019index point\u00e9 sur sa partenaire, hurle presque en continu, se d\u00e9bat avec lui-m\u00eame, sue son d\u00e9samour dans son T-shirt jaune devenu orange comme le parquet de la salle de sport o\u00f9 se d\u00e9roule la sc\u00e8ne. Le d\u00e9cor surprend&nbsp;: un terrain de basket pour y jouer une sc\u00e8ne des plus intimes&nbsp;? Zone de d\u00e9foulement, d\u2019affrontement, de d\u00e9privatisation du rapport entre les deux personnages&nbsp;? Ou alors zone de d\u00e9ferlement, o\u00f9 le spectateur est happ\u00e9 par l\u2019ultime vague sur laquelle surfe ce couple en fin de course, avant la s\u00e9paration finale. Deux longues prises de parole par chacun des personnages et d\u2019incessants va-et-vient l\u2019un vers l\u2019autre&nbsp;; on ressort de la salle \u00e0 bout de souffle, presque \u00e9puis\u00e9 par la violence qui a \u00e9t\u00e9 exprim\u00e9e, tant verbalement que physiquement. De la bouche de Stan et d\u2019Audrey, la parole se d\u00e9cha\u00eene et meurtrit bien plus que les coups, pr\u00e9cis\u00e9ment parce que c\u2019est l\u00e0 o\u00f9 logeait autrefois l\u2019amour, dans un langage commun compos\u00e9 de voix, de gestes, d\u2019espaces.<\/p>\n\n\n\n<p>Ici, cl\u00f4ture de l\u2019amour rime avec mort du langage commun&nbsp;: \u00ab&nbsp;aujourd\u2019hui le langage est comme un corps que l\u2019on a d\u00e9membr\u00e9&nbsp;\u00bb, constate Audrey apr\u00e8s avoir retrouv\u00e9 l\u2019usage de sa syntaxe, momentan\u00e9ment \u00e9gar\u00e9e. Pour donner de l\u2019aplomb \u00e0 ses paroles dans les moments de r\u00e9volte, elle propulse son bras en direction de Stan, comme un missile. Le jeu d\u2019Audrey Bonnet impressionne par sa gamme infinie de nuances, particuli\u00e8rement dans la voix. La com\u00e9dienne se glisse \u00e0 merveille dans la peau de cette femme \u00e0 qui il n\u2019est laiss\u00e9 d\u2019autre choix que d\u2019accepter l\u2019id\u00e9e de fin, mais qui refuse toutefois de nier la beaut\u00e9 de certains moments de son histoire avec Stan. Elle revendique le fait que l\u2019amour n\u2019est pas qu\u2019un narcissique jeu d\u2019\u00e9gos, que l\u2019amour, loin d\u2019\u00eatre une fiction, est tangible dans une phrase, une odeur, un rire partag\u00e9, un enfant con\u00e7u ensemble. Son discours prend une dimension vertigineuse lorsque l\u2019on comprend que Stan doit \u00eatre metteur en sc\u00e8ne, elle com\u00e9dienne, et que leur r\u00eave commun \u00e9tait de faire fusionner la vie et l\u2019art de la sc\u00e8ne. De ce \u00ab&nbsp;r\u00eave commun&nbsp;\u00bb \u00e9merge une d\u00e9finition possible de l\u2019amour, o\u00f9 vie r\u00e9elle et vie invent\u00e9e se confondent, sans garantie que celles-ci ne se s\u00e9parent pas un jour.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>30 septembre 2015<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/emilie-roch\/\">Emilie Roch<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.vidy.ch\/cloture-de-lamour\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De Pascal Rambert \/ avec Stanislas Nordey et Audrey Bonnet \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \/ du 30 septembre au 4 octobre 2015 \/ Critiques par Fanny Utiger, Camille Logoz et Emilie Roch<\/p>\n","protected":false},"author":1001220,"featured_media":10016,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,2],"tags":[136,164,156],"class_list":["post-6977","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-de-vidy","tag-camille-logoz","tag-emilie-roch","tag-fanny-utiger"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6977","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001220"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6977"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6977\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":21266,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6977\/revisions\/21266"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/10016"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6977"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6977"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6977"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}