{"id":6897,"date":"2015-10-10T14:19:41","date_gmt":"2015-10-10T12:19:41","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=6897"},"modified":"2024-12-12T15:52:30","modified_gmt":"2024-12-12T14:52:30","slug":"repetition","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2015\/10\/repetition\/","title":{"rendered":"R\u00e9p\u00e9tition"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">R\u00e9p\u00e9tition<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Mise en sc\u00e8ne Pascal Rambert \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy (Lausanne) \/ du 6 au 9 octobre 2015 \/ Critiques par Simon Falquet et Suzanne Crettex . <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>6 octobre 2015<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/simon-falquet\/\">Simon Falquet<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Br\u00e8ve histoire de la p\u00eache \u00e0 la ligne<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"690\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/10\/repetition_8_copyright_marc_domage-1024x690.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-10060\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/10\/repetition_8_copyright_marc_domage-1024x690.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/10\/repetition_8_copyright_marc_domage-250x168.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/10\/repetition_8_copyright_marc_domage-297x200.jpg 297w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/10\/repetition_8_copyright_marc_domage-768x517.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/10\/repetition_8_copyright_marc_domage-624x420.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/10\/repetition_8_copyright_marc_domage.jpg 1188w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9Marc Domage<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Le spectateur est souvent quelque chose de tr\u00e8s simple. Depuis sa place, il suit des yeux le jeu des acteurs et n\u2019a qu\u2019une seule v\u00e9ritable exigence. Il faut qu\u2019il puisse rentrer chez lui avec sa phrase ou son mot, un petit bout capt\u00e9 dans l\u2019instant pr\u00e9cis qu\u2019il aura reconnu comme le coeur du propos. Il n\u2019y a pas de place d\u00e9termin\u00e9e, ce c\u0153ur peut battre \u00e0 l\u2019ouverture, comme l\u2019annonce d\u2019un th\u00e8me, ou dans un centre de sym\u00e9trie au milieu du spectacle, ou bien souvent \u00e0 la fin, en point culminant d\u2019une longue ascension. Il y a un million de fa\u00e7ons d\u2019y venir. Le spectateur attend sur son si\u00e8ge, sa cane \u00e0 p\u00eache cal\u00e9e sous le bras, que dans le grand flux des paroles quelque chose morde. D\u00e8s qu\u2019il y a r\u00e9sistance, il remonte la ligne et c\u2019est un beau poisson qu\u2019il peut ramener chez lui pour le souper.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>R\u00e9p\u00e9tition<\/em>&nbsp;de Pascal Rambert est un cauchemar pour les p\u00eacheurs \u00e0 la ligne. S\u2019il s\u2019agit de comprendre l\u2019histoire, c\u2019est en fin de compte tr\u00e8s simple. Stan (Stanislas Nordey) le metteur en sc\u00e8ne, Denis (Podalyd\u00e8s) l\u2019\u00e9crivain, Audrey (Bonnet) et Emmanuelle (B\u00e9art) les com\u00e9diennes, formaient ensemble une structure harmonieuse et fertile. En couchant avec Denis, Emmanuelle rompt l\u2019harmonie et lance les hostilit\u00e9s. Le spectacle commence avec la voix d\u2019Audrey, le cri larmoyant qui accuse autour de lui. C\u2019est un long monologue. Il y en aura quatre au total, chacun dira son texte \u00e0 tour de r\u00f4le. Les discours mettent en tension quatre regards sur la vie qui ne se ressemblent pas. Le spectateur peut encore p\u00eacher quelques leitmotivs&nbsp;: la&nbsp;<em>passion<\/em>&nbsp;chez Audrey, la&nbsp;<em>vie int\u00e9rieure<\/em>&nbsp;chez Emmanuelle, l\u2019<em>abysse<\/em>&nbsp;chez Denis, la&nbsp;<em>fiction<\/em>&nbsp;chez Stan.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019histoire nous prend, \u00e0 mesure que se r\u00e9pondent les personnages. Une histoire tr\u00e8s simple. Mais l\u2019histoire n\u2019est qu\u2019une eau courante. Ce que p\u00eache le spectateur, c\u2019est le poisson qui court \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Vous savez de quoi je parle. Cette r\u00e9plique que tout pr\u00e9parait, qui justifie tout le reste, qui fasse enfin rugir le sens.<\/p>\n\n\n\n<p>On sent qu\u2019on touche \u00e0 du sens. Tout est fait pour. Il y a du poids sur les mots, des lenteurs, des r\u00e9p\u00e9titions, des \u00ab&nbsp;toujours&nbsp;\u00bb, des \u00ab&nbsp;tout&nbsp;\u00bb, des \u00ab&nbsp;tous&nbsp;\u00bb. On se sent au centre, et on se sent appel\u00e9s. Mais plus le temps passe, plus les points cruciaux se r\u00e9p\u00e8tent. On se perd \u00e0 collecter des vertiges, comme le requin se perd au milieu d\u2019un banc de poissons. C\u2019est ce qui rend difficile toute tentative de discours sur le sens du spectacle. Il n\u2019y a pas une direction donn\u00e9e, ce sont des forces oppos\u00e9es qui se compensent dans un \u00e9quilibre fascinant. Ce r\u00e9sultat n\u2019est pas le fait du texte seul. Il repose sur un miracle d\u2019interpr\u00e9tation. En l\u2019occurrence, les acteurs ne sont pas seulement dou\u00e9s, ils s\u2019accordent aussi \u00e0 merveille, chacun capable d\u2019investir un territoire propre et d\u2019y mener un jeu exigeant sans jamais pi\u00e9tiner les autres.<\/p>\n\n\n\n<p>La rupture du groupe n\u2019aura pas de suite. La suite, ils en parlent, mais rien ne sera r\u00e9solu. Comme dans&nbsp;<em>Cl\u00f4ture de l\u2019amour<\/em>, Pascal Rambert fait entendre le moment de la fracture. Il l\u2019observe et l\u2019interroge. Ce qu\u2019il montre de la fracture, c\u2019est \u00e0 quel point elle est in\u00e9vitable, n\u00e9cessaire, et puis belle, spectaculaire. Les personnages ne luttent pas contre une m\u00e9canique universelle qui les d\u00e9passe, plut\u00f4t ils s\u2019annulent entre eux, entrechoquent leurs syst\u00e8mes de pens\u00e9e. Il s\u2019agit non pas de fuir ou de vaincre, mais de souffrir ses mots \u00e0 fond, de les faire grandir et de les laisser envahir l\u2019espace.<\/p>\n\n\n\n<p>Un fond sonore diffus baigne les paroles dans une atmosph\u00e8re envo\u00fbtante, brass\u00e9e par le mouvement des n\u00e9ons larges au plafond. Les acteurs \u00e9voluent dans une salle de gymnastique orange et bleue. Ceux qui ne sont pas en train de parler se meuvent en silence et lentement. Ce sont des poses \u00e9tranges. Accroupis, couch\u00e9s, adoss\u00e9s au mur, s\u2019habillant, se d\u00e9shabillant. Ils semblent essayer des combinaisons. Leur visage est lisse et leur regard est loin ailleurs. Ils sont photog\u00e9niques. Chaque tableau qu\u2019ils forment pourrait figurer sur le flyer du spectacle. Il n\u2019y a qu\u2019un \u00e9change tr\u00e8s vague avec celui qui poursuit son monologue.<\/p>\n\n\n\n<p>Le monologue est-il r\u00e9el&nbsp;? Il est peut-\u00eatre pens\u00e9, peut-\u00eatre r\u00eav\u00e9. Peut-\u00eatre imaginaire&nbsp;: une manifestation des diff\u00e9rentes virtualit\u00e9s, leur r\u00e9alisation sur la sc\u00e8ne. Quelle place donner aux personnages silencieux&nbsp;? Ils semblent pi\u00e9g\u00e9s dans un monde de souvenirs. Mais ce monde est encore tr\u00e8s d\u00e9pouill\u00e9, les corps trop d\u00e9tour\u00e9s. On pourrait dire de ces images qu\u2019elles appartiennent \u00e0 l\u2019imaginaire du locuteur, ou peut-\u00eatre de l\u2019ensemble du groupe. Des projections sensibles, des possibles cr\u00e9\u00e9s \u00e0 partir de souvenir d\u00e9coup\u00e9s, des restes de sensations. Mais les tableaux pourraient aussi venir de l\u2019ext\u00e9rieur, du metteur en sc\u00e8ne&nbsp;: faire voir ses personnages hors de leurs discours, les faire nous regarder, nous poser la question. Une construction artistique \u00e0 partir d\u2019impressions sur les personnages. L\u2019espace trouble ouvre la parole prononc\u00e9e sur un plan plus large, il porte l\u2019\u00e9cho vers une port\u00e9e universelle. Les visages muets nous montrent ce que nous sommes. C\u2019est dans leurs doutes, leur faiblesse, qu\u2019ils sont photog\u00e9niques.<\/p>\n\n\n\n<p>Aller plus loin serait s\u2019\u00e9tendre sur un sens \u00e0 donner au mouvement d\u2019ensemble du spectacle. Le poisson ne se laisse pas saisir. Les derni\u00e8res paroles sont de Stan. Elles sortent plus que jamais de l\u2019histoire et se confondent avec celles du metteur en sc\u00e8ne. Il donne des pistes, sur le th\u00e9\u00e2tre occidental, sur l\u2019homme de maintenant, sur l\u2019avenir. Puis les efface une par une, d\u2019un coup de nageoire. Il tombe au sol, dernier \u00e0 s\u2019effondrer, et les ombres s\u2019allongent. Dans la p\u00e9nombre, une belle gymnaste vient tourner entre les corps tomb\u00e9s en jouant du ruban. L\u2019image est simple, sourde, \u00e9piphanique. Le p\u00eacheur tient peut-\u00eatre l\u00e0 son poisson. Il tire sur la ligne et peut-\u00eatre qu\u2019il en fera une soupe.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>6 octobre 2015<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/simon-falquet\/\">Simon Falquet<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>6 octobre 2015<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/suzanne-crettex\/\">Suzanne Crettex<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Un go\u00fbt de vertige sur fond de mondes possibles<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"717\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/10\/repetition_2_copyright_marc_domage-1024x717.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-10058\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/10\/repetition_2_copyright_marc_domage-1024x717.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/10\/repetition_2_copyright_marc_domage-243x170.jpg 243w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/10\/repetition_2_copyright_marc_domage-286x200.jpg 286w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/10\/repetition_2_copyright_marc_domage-768x538.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/10\/repetition_2_copyright_marc_domage-624x437.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/10\/repetition_2_copyright_marc_domage.jpg 1142w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9Marc Domage<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>R\u00e9p\u00e9tition<em>, la derni\u00e8re pi\u00e8ce de Pascal Rambert, emm\u00e8ne le spectateur sur une sc\u00e8ne de th\u00e9\u00e2tre, pour suivre le quotidien d\u2019un groupe de quatre vieux amis qui avaient fait leur id\u00e9al de la sc\u00e8ne. Sur fond de dispute et de r\u00e8glements de compte, ils liquident tout ce \u00e0 quoi ils ne veulent plus croire.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Depuis la grande salle du th\u00e9\u00e2tre de Vidy, regardez la sc\u00e8ne pr\u00eate pour la repr\u00e9sentation. Qu\u2019y voit-on? Une salle de gymnastique bord\u00e9e de part et d\u2019autre de deux panneaux blancs, un panier de basketball auquel manque le filet. C\u2019est tout, mais il vous faut imaginer au centre une table et quatre chaises \u2013 d\u00e9cor de mots. Quatre personnages occupent l\u2019espace ainsi d\u00e9fini : deux actrices, Audrey et Emmanuelle&nbsp;; un \u00e9crivain, Denis&nbsp;; le metteur en sc\u00e8ne du groupe, Stan. Interpr\u00e9t\u00e9s par Audrey Bonnet, Emmanuelle B\u00e9art, Denis Podalyd\u00e8s, Stanislas Nordey, ces derniers montrent, tout au long du spectacle, le pouvoir des mots et des corps \u00e0 construire des fictions, des structures, des objets et des mondes. Pascal Rambert, apr\u00e8s&nbsp;<em>Cl\u00f4ture de l\u2019amour<\/em>, s\u2019interroge encore une fois sur cette question, mais ici dans la cr\u00e9ation artistique. C\u2019est en effet un univers qu\u2019il conna\u00eet bien puisqu\u2019il est, lui aussi, acteur, \u00e9crivain et metteur en sc\u00e8ne. Dans&nbsp;<em>R\u00e9p\u00e9tition,<\/em>&nbsp;c\u2019est l\u2019instant o\u00f9 l\u2019artiste doute, perd pied et confiance en le sens de son entreprise, et fait ainsi imploser le groupe qui est saisi. En pleine r\u00e9p\u00e9tition, Audrey choisit de partir, mais avant, elle doit \u00ab&nbsp;tout dire&nbsp;\u00bb&nbsp;: le malheur de vivre au milieu de gens qui baissent les yeux, de voir la beaut\u00e9 et de ne savoir qu\u2019en faire, la \u00ab&nbsp;g\u00e9n\u00e9ration de dislocation&nbsp;\u00bb qu\u2019ils repr\u00e9sentent \u00e0 eux quatre. En \u00e9cho aux figures qu\u2019ils devraient eux-m\u00eames jouer sur sc\u00e8ne&nbsp;et dont on nous livre la description&nbsp;:<em>&nbsp;Iris et Stanley sont debout sur la terrasse, apr\u00e8s l\u2019amour. Sc\u00e8ne de beaut\u00e9 avant l\u2019implosion.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Je quitte. Je pars&nbsp;\u00bb, \u00e9clate Audrey en parcourant la sc\u00e8ne comme un animal enrag\u00e9, sur le rythme saccad\u00e9, rapide, tendu qui est le sien. Les regards trop longs entre Emmanuelle et Denis, comme dans un mauvais film, elle les d\u00e9teste. C\u2019est comme une irruption insupportable de r\u00e9alit\u00e9 dans l\u2019\u00eelot pr\u00e9serv\u00e9 du th\u00e9\u00e2tre. Elle veut tenter \u00e0 son tour de faire na\u00eetre la passion par les mots, \u00ab&nbsp;voir comment \u00e7a fait&nbsp;\u00bb, ressentir le vertige du d\u00e9miurge devant sa cr\u00e9ation. La montagne, la source, la source qui grandit et \u00e0 laquelle s\u2019abreuvent l\u2019ours, le geai, le cerf, une passion \u00e0 la dimension du cosmos. Mais non, rien n\u2019est possible&nbsp;: ils ne sont rien qu\u2019une g\u00e9n\u00e9ration perdue\u2026<br><em>Sur la terrasse de la villa, face \u00e0 la mer, Iris disait&nbsp;: \u00ab&nbsp;On nous oubliera&nbsp;\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Sur un fond de musique minimaliste, Emmanuelle, Denis et Stan, prennent ensuite la parole, l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre, et investissent pleinement l\u2019espace sc\u00e9nique&nbsp;; pendant ce temps les autres se d\u00e9placent lentement et silencieusement, rivent leurs yeux au sol, puis quand ils ont parl\u00e9, se couchent \u00ab&nbsp;comme des chiens&nbsp;\u00bb. Ils reviennent tous \u00e0 ce moment o\u00f9 la r\u00e9p\u00e9tition avait \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9e, prennent \u00e0 bras le corps le destin d\u2019Iris, de Stanley et de Diane comme des \u00eatres de papier \u00e0 qui ils donnent vie comme des doubles. Ils s\u2019engouffrent dans la faille d\u2019un espace-temps fictif recr\u00e9able \u00e0 souhait&nbsp;: celui d\u2019Iris, de Diane, de Staline, de Mandelstam\u2026<br><em>Nous aussi, on veut faire une syncope, comme Zelda et Fitzgerald.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Dans&nbsp;<em>R\u00e9p\u00e9tition,&nbsp;<\/em>les personnages nous disent leur rapport au monde, \u00e0 la sc\u00e8ne, \u00e0 l\u2019\u00e9criture. Un rapport au langage diff\u00e9rent et ambivalent pour chacun&nbsp;: corporel, physique pour Emmanuelle&nbsp;; une forme d\u2019exorcisme, de procuration, pour Denis \u2013 \u00ab&nbsp;Je suis devenu \u00e9crivain pour tuer tes mots et les remplacer par les miens dans ton corps&nbsp;\u00bb \u2013&nbsp;; d\u2019engagement politique pour Stan. Mais ils n\u2019ont rien compris, comme leur rappelle ce dernier \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un messager antique. Ils n\u2019ont pas vu que \u00ab&nbsp;dans les romans, tout \u00e9tait \u00e9crit, que dans la po\u00e9sie, tout \u00e9tait \u00e9crit&nbsp;\u00bb&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous avons pris cela pour de la fiction.&nbsp;\u00bb. Plus rien non plus de leur pass\u00e9 commun, de leur jeunesse, de leurs amours, de leurs r\u00eaves. Plus personne sur ces escaliers, \u00e0 Odessa, dans cette Golf GtI. D\u00e9sert\u00e9s leurs souvenirs. Sans \u00e9lan, le th\u00e9\u00e2tre, leur belle entreprise commune&nbsp;; les structures sont mortes, les corps sont fatigu\u00e9s.<br><em>Comme un bouquet de fleurs coup\u00e9es qu\u2019on \u00e9gr\u00e8ne au vent, par la porti\u00e8re d\u2019une voiture.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Mais \u00e0 l\u2019ach\u00e8vement du spectacle, nos questions fusent devant ces id\u00e9aux bris\u00e9s, et rejoignent celles que se posaient les personnages. Qu\u2019est-ce que la parole&nbsp;: la structure, la valse des corps, la mise en forme de l\u2019effroi devant la nuit, le \u00ab&nbsp;moment du sens&nbsp;\u00bb ? L\u2019eau, la source, la s\u00e8ve, le corps&nbsp;? La r\u00e9alit\u00e9, l\u2019illusion, la fiction, le th\u00e9\u00e2tre&nbsp;? Les cat\u00e9gories ont \u00e9t\u00e9 brouill\u00e9es, les plans se sont m\u00eal\u00e9s dans un \u00e9coulement continu, nous laissant pantois plus que perplexes. Difficile de distinguer, dans les phrases des personnages ce qui est r\u00eav\u00e9, pens\u00e9, v\u00e9cu, projet\u00e9. L\u2019imagination, comme une force \u00e0 la fois reproductive et spontan\u00e9e, la projection en miroir des univers de chacun sur ceux des autres, la naissance de nouvelles vies en en tuant d\u2019autres. Sur le th\u00e9\u00e2tre, la courbe math\u00e9matique des mondes possibles a \u00e9t\u00e9 exponentiellement ouverte vers l\u2019infini, \u00e0 donner le vertige&nbsp;; pas de point ou d\u2019univers de r\u00e9f\u00e9rence auquel nous raccrocher d\u00e9finitivement. A la fin de la pi\u00e8ce, on sait seulement que rien n\u2019a chang\u00e9 depuis les vingt ans d\u2019Audrey, Emmanuelle, Denis et Stan&nbsp;; ils en ont juste demand\u00e9 un peu moins \u00e0 l\u2019art et au langage. A la fin, on peut parier que tout recommencera, juste apr\u00e8s le silence et le tas de cadavres. Parce que, comme le sugg\u00e8re Pascal Rambert, l\u2019art n\u2019est pas si loin de la vie. Et inversement. L\u2019histoire continuera. Pour une salle un peu d\u00e9rout\u00e9e, mais conquise.<br><em>Diane est morte, la robe tach\u00e9e de sang, sur la sc\u00e8ne du th\u00e9\u00e2tre. La jeune gymnaste entre, un ruban \u00e0 la main.<\/em><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>6 octobre 2015<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/suzanne-crettex\/\">Suzanne Crettex<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.vidy.ch\/fr\/evenement\/pascal-rambert-repetition\/\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mise en sc\u00e8ne Pascal Rambert \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy (Lausanne) \/ du 6 au 9 octobre 2015 \/ Critiques par Simon Falquet et Suzanne Crettex .<\/p>\n","protected":false},"author":1001220,"featured_media":10059,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,2],"tags":[151,152],"class_list":["post-6897","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-de-vidy","tag-simon-falquet","tag-suzanne-crettex"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6897","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001220"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6897"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6897\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":21317,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6897\/revisions\/21317"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/10059"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6897"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6897"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6897"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}