{"id":6354,"date":"2015-05-10T11:23:55","date_gmt":"2015-05-10T09:23:55","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=6354"},"modified":"2024-12-29T10:40:18","modified_gmt":"2024-12-29T09:40:18","slug":"les-bonnes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2015\/05\/les-bonnes\/","title":{"rendered":"Les Bonnes"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Les Bonnes<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">De Jean Genet \/ Mise en sc\u00e8ne David Fauvel \/ du 6 au 8 mai 2015 \/ Th\u00e9\u00e2tre du Crochetan (Monthey) \/ Critique par Alice Bottarelli . <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>6 mai 2015<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/alice-bottarelli\/\">Alice Bottarelli<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"425\" height=\"403\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/05\/bonnes3-e1431249541490.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-9959\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/05\/bonnes3-e1431249541490.jpg 425w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/05\/bonnes3-e1431249541490-179x170.jpg 179w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/05\/bonnes3-e1431249541490-211x200.jpg 211w\" sizes=\"auto, (max-width: 425px) 100vw, 425px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Th\u00e9\u00e2tre du Crochetan<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Sont-elles folles, ou lucides dans leur r\u00e9volte secr\u00e8te&nbsp;? Claire et Solange s\u2019engagent tout enti\u00e8res dans un jeu pernicieux, qui leur permet d\u2019affirmer leur dignit\u00e9 de femmes, tout en se couvrant d\u2019humiliations. Dans une ambiance troublante o\u00f9 tout sur sc\u00e8ne semble fait de plastique rose et de substances collantes, les deux bonnes s\u2019amusent \u00e0 se v\u00eatir \u00e0 tour de r\u00f4le des robes et des attitudes de \u00ab&nbsp;Madame&nbsp;\u00bb, la riche \u00e9l\u00e9gante dont elles subissent le m\u00e9pris depuis des ann\u00e9es de service. Les actrices, jet\u00e9es corps et \u00e2mes dans une com\u00e9die acide, survolt\u00e9e, violente, perdent tout sens des limites entre la fiction et le r\u00e9el, si bien que leur exaltation mortif\u00e8re nous fait douter de nos propres cat\u00e9gories.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s leur entr\u00e9e, les spectateurs sont mal \u00e0 l\u2019aise&nbsp;; les uns continuent m\u00eame de discuter entre eux pour apprivoiser la g\u00eane que fait ressentir l\u2019aspect d\u00e9brid\u00e9 et d\u00e9bordant, d\u2019un kitsch \u00e9trange, de la sc\u00e8ne. On a d\u00e9j\u00e0 la vague intuition que ce malaise, qui a quelque chose d\u2019enivrant, ne nous quittera pas. La suite nous le confirmera.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le plateau r\u00e8gne un d\u00e9sordre provocant de jouets aux couleurs criardes, de ballons roses, de confettis et guirlandes emm\u00eal\u00e9es, de bijoux en toc et de chaussures \u00e0 hauts talons. Sur l\u2019avant-sc\u00e8ne, une Barbie nue est effront\u00e9ment assise sur un Ken pas plus habill\u00e9. L\u2019espace ressemble \u00e0 un lendemain de f\u00eate d\u2019adolescentes ayant tourn\u00e9 \u00e0 l\u2019orgie. Deux jeunes femmes en robes noires \u2013 seul d\u00e9tail sobre de la sc\u00e8ne \u2013 se couvrent le visage de poudre blanche, se coiffent de perruques, se barbouillent les l\u00e8vres et les joues de carmin, se contemplent dans un petit miroir rond \u00e0 qui elles lancent des sourires excessifs. Les murs, les sols, les meubles, les accessoires, presque tout, m\u00eame les chewing-gums que m\u00e2chouillent les filles, semble fait du m\u00eame plastique extensible et mou. L\u2019artificialit\u00e9 de cette mati\u00e8re industrielle semble d\u00e9teindre sur les mimiques qu\u2019adoptent les bonnes&nbsp;: elles se l\u00e8vent, tanguent un peu, et vont gesticuler et faire des mines devant un grand micro sur pied, \u00e0 un m\u00e8tre de nous. Elles tardent \u00e0 parler, mais quand elles commenceront, l\u2019\u00e9change se fera tout de suite intense. Sur le mur du fond, un mot laisse planer la trag\u00e9die \u00e0 venir et transcrit l\u2019enjeu de toute la pi\u00e8ce&nbsp;: la toile de plastique est travers\u00e9e d\u2019un grand \u00ab&nbsp;MADAME&nbsp;\u00bb en lettres de sang.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s le d\u00e9but du spectacle, les com\u00e9diennes accumulent au fil de leur interaction une tension consid\u00e9rable, et l\u2019on se demande si elles seront capables de tenir leur jeu, de faire monter l\u2019angoisse latente qui se d\u00e9gage du d\u00e9cor, anim\u00e9 de temps \u00e0 autre par des projections floues de visages blafards en gros plan sur l\u2019un des murs. Or les deux jeunes femmes parviendront magnifiquement \u00e0 entretenir cette fr\u00e9n\u00e9sie qui les habite alors qu\u2019elles se livrent \u00e0 leur plaisanterie douteuse, cette ardeur \u00e0 la fois lib\u00e9ratrice et douloureuse qu\u2019elles \u00e9prouvent en se d\u00e9guisant en grandes bourgeoises, en contrefaisant les outrages qu\u2019elles pourraient subir et faire subir \u00e0 autrui dans ces r\u00f4les fantasm\u00e9s. Elles r\u00e9ussiront \u00e0 merveille \u00e0 faire jaillir toujours plus durement la rage raval\u00e9e que leur ma\u00eetresse fait na\u00eetre en elles. Car c\u2019est la condescendance poisseuse de \u00ab&nbsp;Madame&nbsp;\u00bb, ses mani\u00e8res distingu\u00e9es d\u00e9coulant d\u2019un orgueil \u00e9hont\u00e9, ses fourrures et ses escarpins de grande dame, ses parfums envahissants comme une mar\u00e9e noire, ses gants, ses colliers de perles, ses poudres, son incroyable pr\u00e9tention, qu\u2019elles ne peuvent plus supporter. \u00ab&nbsp;Avec sa bont\u00e9, elle nous empoisonne. Car Madame est bonne, Madame est belle et Madame est douce.&nbsp;\u00bb Cette comptine r\u00e9p\u00e9t\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 en devenir lancinante comme une blessure \u00e0 vif r\u00e9sume leurs tourments&nbsp;: seule compte leur ma\u00eetresse, devant qui elles ne sont rien, et qui les aime pourtant, mais comme elle aimerait un fauteuil. Madame est attirante, aussi. Elle a Monsieur pour amant, et elle est bien capable de charmer le laitier que l\u2019une des bonnes appr\u00e9cie. Cet aguichage de l\u2019homme de petit m\u00e9tier leur semble intol\u00e9rable&nbsp;; mais \u00ab&nbsp;Madame est belle&nbsp;\u00bb, toujours, et elle s\u00e9duit aussi, profond\u00e9ment, Claire et Solange.<\/p>\n\n\n\n<p>Les deux bonnes, l\u2019une apr\u00e8s l\u2019autre, incarnent leur idole ha\u00efe, et exercent leur domination sur celle qui joue la servante. Mais bient\u00f4t celle-ci s\u2019insurge, crie son humiliation et sa haine, se livre \u00e0 un meurtre factice, mais combien terrifiant. Dans une cruaut\u00e9 toujours accrue, les filles envahissent par leurs caresses l\u2019intimit\u00e9 de l\u2019autre, puis se battent violemment, jusqu\u2019\u00e0 s\u2019\u00e9trangler, jusqu\u2019\u00e0 arracher le rev\u00eatement du sol pour s\u2019en \u00e9touffer. Chaque fois, l\u2019assassinat semble bien r\u00e9el, mais le soulagement d\u2019une fin d\u00e9finitive ne vient toujours pas, puisque l\u2019assassin\u00e9e se r\u00e9veille. Alors le jeu est \u00e0 recommencer, il faut reprendre la perruque en plastique pour changer les r\u00f4les et devenir une \u00ab&nbsp;Madame&nbsp;\u00bb de plus. Or tout se brouille si bien que quand \u00ab&nbsp;Madame&nbsp;\u00bb appara\u00eet vraiment, on ne sait plus si c\u2019est elle ou, \u00e0 nouveau, Solange travestie. Une d\u00e9mesure burlesque qui r\u00e9sonne dans une musique glauque et f\u00e9brile, et qui ne peut que tourner au tragique. Solange donne son dernier monologue dans un acc\u00e8s de folie contenue qui donne \u00e0 voir l\u2019hybridation effrayante entre le Joker et la Barbie. Au fil de ce jeu sadomasochiste, les com\u00e9diennes sont heurt\u00e9es, salies, malmen\u00e9es, enflamm\u00e9es par une mise en sc\u00e8ne qui les pousse dans leurs extr\u00e9mit\u00e9s, sans qu\u2019elles ne laissent jamais retomber cette \u00e9nergie orageuse, pr\u00eate \u00e0 exploser.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>6 mai 2015<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/alice-bottarelli\/\">Alice Bottarelli<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.crochetan.ch\/\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De Jean Genet \/ Mise en sc\u00e8ne David Fauvel \/ du 6 au 8 mai 2015 \/ Th\u00e9\u00e2tre du Crochetan (Monthey) \/ Critique par Alice Bottarelli .<\/p>\n","protected":false},"author":1001119,"featured_media":9959,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,144],"tags":[20],"class_list":["post-6354","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-du-crochetan-monthey","tag-alice-bottarelli"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6354","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001119"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6354"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6354\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":21368,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6354\/revisions\/21368"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/9959"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6354"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6354"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6354"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}