{"id":6325,"date":"2015-05-06T23:16:44","date_gmt":"2015-05-06T21:16:44","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=6325"},"modified":"2024-12-29T15:08:09","modified_gmt":"2024-12-29T14:08:09","slug":"la-bibliotheque","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2015\/05\/la-bibliotheque\/","title":{"rendered":"La Biblioth\u00e8que"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">La Biblioth\u00e8que<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Par la Cie EnVol \/ Mise en sc\u00e8ne par Diana Fontannaz \/ du 2 au 3 mai 2015 \/ Th\u00e9\u00e2tre du Jorat (M\u00e9zi\u00e8res) \/ Critique par Alice Bottarelli . <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>2 mai 2015<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/alice-bottarelli\/\">Alice Bottarelli<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>Si les nouvelles technologies pouvaient r\u00e9aliser les r\u00eaves d\u2019enfant<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"980\" height=\"700\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/05\/biblio1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-9955\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/05\/biblio1.jpg 980w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/05\/biblio1-238x170.jpg 238w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/05\/biblio1-280x200.jpg 280w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/05\/biblio1-768x549.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/05\/biblio1-624x446.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 980px) 100vw, 980px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Chantal Dervey\n<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Dans le cadre lui-m\u00eame enchanteur du th\u00e9\u00e2tre du Jorat, la compagnie EnVol tente de nous emmener vers les cieux du r\u00eave \u00e9veill\u00e9, par le biais de dispositifs techniques aussi spectaculaires qu\u2019imposants \u2013 voire \u00e9crasants. La pi\u00e8ce repose principalement sur ces prouesses : projections sur d\u2019immenses \u00e9crans qui entourent la sc\u00e8ne, objets anim\u00e9s d\u2019une vie propre et valsant o\u00f9 bon leur semble, personnages qui traversent la sc\u00e8ne en volant et tournoyant. Tout est fait pour recr\u00e9er la magie de l\u2019imaginaire d\u2019un enfant qui s\u2019\u00e9panouissait au milieu des livres, et pour la livrer par les grands moyens aux adultes d\u2019aujourd\u2019hui.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019histoire est tr\u00e8s simple : Philippe, un promoteur immobilier de quarante ans, s\u00e9rieux, rigoureux, ennuyeux, blas\u00e9, revient dans la biblioth\u00e8que de son enfance, que ses coll\u00e8gues et lui s\u2019appr\u00eatent \u00e0 raser, pour y r\u00e9cup\u00e9rer un carnet qu\u2019il y avait cach\u00e9 trente ans plus t\u00f4t. Jules, vieux biblioth\u00e9caire un peu fou, qui pour sa part est rest\u00e9 tr\u00e8s attach\u00e9 \u00e0 l\u2019imaginaire, le reconna\u00eet pour avoir jou\u00e9 avec lui au \u00ab livre dont nous sommes les h\u00e9ros \u00bb il y a de cela bien longtemps, et le contraint, avec l\u2019aide malicieuse d\u2019une biblioth\u00e8que anim\u00e9e de pouvoirs fantastiques, \u00e0 reprendre la partie l\u00e0 o\u00f9 ils l\u2019avaient laiss\u00e9e. On imagine bien s\u00fbr que le sceptique employ\u00e9 en costard-cravate se laissera peu \u00e0 peu convaincre par la force de la fantaisie, plus riche et s\u00e9duisante en fin de compte que celle des rationalit\u00e9s \u00e9conomiques et des exigences terre-\u00e0-terre du n\u00e9olib\u00e9ralisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9roulement des \u00e9v\u00e9nements r\u00e9pondra \u00e0 nos attentes, sans surprise : l\u2019intrigue offre peu (ou pas) de rebondissements r\u00e9ellement inattendus. Les r\u00f4les d\u2019ailleurs sont vite cern\u00e9s : \u00e0 part quelques cr\u00e9atures magiques et muettes, les deux seuls personnages parlants demeurent assez uniformes, quoiqu\u2019 attachants. On sait d\u00e8s le d\u00e9part que Philippe sera amen\u00e9 \u00e0 revoir ses principes et certitudes fig\u00e9s pour s\u2019ouvrir \u00e0 la cr\u00e9ativit\u00e9, et les dialogues resteront passablement pr\u00e9visibles. En somme, les protagonistes r\u00e9pondent \u00e0 une caract\u00e9risation sommaire et r\u00e9v\u00e8lent peu de profondeur&nbsp;; ils repr\u00e9sentent davantage des types que des individus complexes \u2013 ce qui, peut-\u00eatre, vise \u00e0 faciliter l\u2019identification du spectateur. Il va de soi que si l\u2019on vient chercher ici du divertissement et un joli moment en famille pour agr\u00e9menter son dimanche, voil\u00e0 le spectacle id\u00e9al : l\u00e9ger, sans asp\u00e9rit\u00e9s, sympathique, facile d\u2019acc\u00e8s, c\u2019est ce qu\u2019on appellerait un spectacle \u00ab grand public \u00bb. Et de fait, les applaudissements soutenus ont montr\u00e9 qu\u2019il a su charmer son audience. Toutefois, on pourrait souhaiter une plus grande finesse dans les \u00e9changes, une plus grande complexit\u00e9 ou r\u00e9flexivit\u00e9 du propos. Manque aussi un rythme, ou m\u00eame une ligne esth\u00e9tique globale plus claire et plus unie. Si l\u2019on sort de la salle plut\u00f4t r\u00e9joui, on regrette cependant de n\u2019y avoir pas trouv\u00e9 plus de nourriture propice \u00e0 un questionnement substantiel ou \u00e0 une r\u00e9flexion fertile.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019impression initiale que produit l\u2019atmosph\u00e8re de la biblioth\u00e8que lorsque commence le spectacle est, cela dit, magnifique&nbsp;: quelques lampes tanguent doucement au-dessus du vieux monsieur Jules qui trie ses livres au milieu de quelques meubles et cartons. Les rayonnages bien r\u00e9els qui l\u2019entourent se prolongent dans un lointain virtuel, car sur l\u2019\u00e9cran du fond apparaissent en trois dimensions des rang\u00e9es d\u2019armoires, et de hautes vo\u00fbtes de fer forg\u00e9 qui rappellent la c\u00e9l\u00e8bre biblioth\u00e8que Sainte-Genevi\u00e8ve de Paris. L\u2019illusion est r\u00e9ussie et tr\u00e8s d\u00e9licate&nbsp;; et lorsque Jules, voulant ranger ses ouvrages, les voit se r\u00e9volter et voleter de toutes parts, les pages ouvertes comme des ailes, le charme est total. On aurait tant aim\u00e9 rester dans cette biblioth\u00e8que au d\u00e9cor sobre mais intimiste, \u00e0 la teinte douce et chaude que soutient discr\u00e8tement l\u2019odeur de bois qui s\u2019\u00e9chappe des gradins du th\u00e9\u00e2tre. Malheureusement les \u00e9crans ne seront pas l\u00e0 seulement pour prolonger l\u2019ambiance onirique du lieu. Bient\u00f4t, les projections prendront une place croissante dans la repr\u00e9sentation, au point qu\u2019on se demande pourquoi une pi\u00e8ce qui loue l\u2019imaginaire des livres, et d\u00e9plore que les enfants d\u2019aujourd\u2019hui passent leur temps devant des jeux vid\u00e9os, nous submerge d\u2019images de synth\u00e8se.<\/p>\n\n\n\n<p>Le concept du spectacle est le suivant&nbsp;: \u00ab du th\u00e9\u00e2tre\u2026 comme au cin\u00e9ma ! \u00bb, et en effet, d\u00e8s le programme, l\u2019accent est mis sur le directeur artistique Nicolas Imhof, \u00ab&nbsp;grand sp\u00e9cialiste d\u2019effets sp\u00e9ciaux au cin\u00e9ma et \u00e0 Hollywood en particulier&nbsp;\u00bb. Mais on ne voit pas la n\u00e9cessit\u00e9 de tels \u00ab&nbsp;effets&nbsp;\u00bb, dans un spectacle qui dit mettre en avant la cr\u00e9ativit\u00e9 propre \u00e0 chacun. Pourquoi pas, avec un tel sujet, \u00ab&nbsp;du th\u00e9\u00e2tre\u2026 comme au th\u00e9\u00e2tre&nbsp;\u00bb, qui nous porterait justement par le jeu et la libert\u00e9 d\u2019invention vers des ailleurs qui ne nous seraient pas impos\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9cran&nbsp;? De surcroit, les projections n\u2019ont rien de la qualit\u00e9 des effets sp\u00e9ciaux qu\u2019offre le cin\u00e9ma, et l\u2019on comprend bien, effectivement, que les budgets ne soient pas ceux d\u2019une grande production hollywoodienne. Mais dans ce cas, pourquoi ne pas nous proposer \u2013 au lieu d\u2019un dragon peu cr\u00e9dible en animations 3D contre lequel les personnages \u00ab&nbsp;se battent&nbsp;\u00bb en brandissant un balai contre un \u00e9cran, au lieu d\u2019un dragon pr\u00e9tendument \u00ab&nbsp;high-tech&nbsp;\u00bb \u2013 une cr\u00e9ature qui aurait sa place dans une biblioth\u00e8que o\u00f9 naissent les id\u00e9es d\u2019aventures des enfants, un dragon g\u00e9ant fait d\u2019un empilement de chaises, de porte-manteaux, de cartons, de livres et de v\u00eatements, un \u00eatre fabriqu\u00e9 de bric et de broc, mais bariol\u00e9, inventif, plein de panache&nbsp;? Pourquoi ne pas nous inviter, plut\u00f4t que dans une for\u00eat num\u00e9rique, dans une caverne au tr\u00e9sor magnifiquement bricol\u00e9e, faite de tissus tendus entre des murs de dictionnaires, comme tous les gosses tentent d\u2019en construire dans leur salon&nbsp;? Pourquoi ne pas rester dans cet univers d\u00e9licieux du d\u00e9but de la pi\u00e8ce, qui m\u00eale le cadre concret d\u2019une biblioth\u00e8que d\u00e9serte tard le soir, et celui d\u2019une magie espi\u00e8gle et l\u00e9g\u00e8re \u00e9manant de l\u2019imagination des visiteurs, et venant teinter de son myst\u00e8re la r\u00e9alit\u00e9 pr\u00e9sente ? D\u2019autant que c\u2019\u00e9tait, paradoxalement, ce que nous promettait le dossier de presse : \u00ab Les livres, eux, suscitent des images, sans les imposer. Ils laissent une libert\u00e9 au lecteur, qu\u2019une image interdit. \u00bb Alors pourquoi cet ent\u00eatement \u00e0 vouloir faire du th\u00e9\u00e2tre le petit fr\u00e8re malingre du cin\u00e9ma ?<\/p>\n\n\n\n<p>En outre, les \u00e9crans cadrent et envahissent l\u2019espace sc\u00e9nique, si bien que malgr\u00e9 les vastes dimensions de la salle, les com\u00e9diens semblent presque restreints dans leurs gestes et d\u00e9placements, et ne font pas usage de la profondeur de champ. Heureusement, il leur reste la possibilit\u00e9 d\u2019utiliser l\u2019espace verticalement, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9quipe de Jean-Claude Blaser qui assure la technique du vol. L\u2019effet est cette fois authentiquement surprenant, mais les possibilit\u00e9s de mouvement restent limit\u00e9es, puisque le harnais ne permet visiblement pas aux com\u00e9diens d\u2019\u00e9voluer dans les airs autrement que de profil. Ce qui restreint l\u2019art de la danse, que le spectacle promet de mettre en valeur, \u00e0 quelques pirouettes charmantes mais peu vari\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>La compagnie EnVol a tout pour bien faire&nbsp;: une \u00e9quipe nombreuse de techniciens enthousiastes (il est d\u2019ailleurs curieux de saluer seize personnes sur sc\u00e8ne alors que nous n\u2019en avons vu que quatre jouer), un budget cons\u00e9quent, une \u00e9nergie \u00e0 revendre et un projet ambitieux, qui a su trouver son public. Un moment agr\u00e9able, d\u2019une certaine vivacit\u00e9&nbsp;; on regrette seulement qu\u2019un spectacle \u00e0 si grands frais n\u2019ait pas laiss\u00e9 davantage de place au myst\u00e8re, \u00e0 la fantaisie du spectateur, \u00e0 ce qui se d\u00e9gage simplement de l\u2019interaction entre un public et des com\u00e9diens. En somme, on regrette qu\u2019il ait voulu \u00e0 tout prix \u00eatre si \u00ab&nbsp;spectaculaire&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>2 mai 2015<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/alice-bottarelli\/\">Alice Bottarelli<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/theatredujorat.ch\/\">Voir la page du spectacle <\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par la Cie EnVol \/ Mise en sc\u00e8ne par Diana Fontannaz \/ du 2 au 3 mai 2015 \/ Th\u00e9\u00e2tre du Jorat (M\u00e9zi\u00e8res) \/ Critique par Alice Bottarelli .<\/p>\n","protected":false},"author":1001119,"featured_media":9955,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,13],"tags":[20],"class_list":["post-6325","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-du-jorat","tag-alice-bottarelli"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6325","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001119"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6325"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6325\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":21372,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6325\/revisions\/21372"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/9955"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6325"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6325"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6325"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}