{"id":6223,"date":"2015-04-19T18:59:05","date_gmt":"2015-04-19T16:59:05","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=6223"},"modified":"2025-01-07T15:35:54","modified_gmt":"2025-01-07T14:35:54","slug":"la-visite-de-la-vieille-dame","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2015\/04\/la-visite-de-la-vieille-dame\/","title":{"rendered":"La Visite de la vieille dame"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">La Visite de la vieille dame<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">De Friedrich D\u00fcrrenmatt \/ Mise en sc\u00e8ne par Omar Porras \/ du 17 avril au 9 mai 2015 \/ Th\u00e9\u00e2tre de Carouge (Gen\u00e8ve) \/ En tourn\u00e9e jusqu\u2019au 24 mai 2015 \/ Critiques par Camille Logoz et Cecilia Galindo . <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>17 avril 2015<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/camille-logoz\/\">Camille Logoz<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Parade fatale<\/h3>\n\n\n\n<p><em>C\u2019est une formidable mascarade que nous offre Omar Porras pour sa troisi\u00e8me cr\u00e9ation de&nbsp;<\/em>La Visite de la vieille dame<em>, \u00e0 Gen\u00e8ve. Cet increvable succ\u00e8s, bard\u00e9 de couleurs, entra\u00eene le public dans une danse macabre, qui jusqu\u2019au bout ne perdra rien de sa festivit\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/04\/11_LaVisiteDeLaVieilleDame_Marc_Vanappelghem-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-9899\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/04\/11_LaVisiteDeLaVieilleDame_Marc_Vanappelghem-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/04\/11_LaVisiteDeLaVieilleDame_Marc_Vanappelghem-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/04\/11_LaVisiteDeLaVieilleDame_Marc_Vanappelghem-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/04\/11_LaVisiteDeLaVieilleDame_Marc_Vanappelghem-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/04\/11_LaVisiteDeLaVieilleDame_Marc_Vanappelghem-624x416.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/04\/11_LaVisiteDeLaVieilleDame_Marc_Vanappelghem.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Marc Vanappelghem\n<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Cette r\u00e9ussite \u00e9tait-elle programm\u00e9e, au vu de l\u2019\u00e9cho international rencontr\u00e9 par les deux versions pr\u00e9c\u00e9dentes&nbsp;? \u00c9tait-ce une solution de facilit\u00e9 pour Porras que de reprendre l\u2019un de ses plus grands succ\u00e8s, apr\u00e8s s\u2019\u00eatre fait nommer directeur du th\u00e9\u00e2tre Kl\u00e9ber-M\u00e9leau, dont il reprendra les rennes sous peu&nbsp;? Si le metteur en sc\u00e8ne s\u2019attache \u00e0 retravailler un texte qui lui est d\u00e9sormais tr\u00e8s familier, il s\u2019agit bien pour lui d\u2019un processus de refonte, d\u2019un d\u00e9part \u00e0 z\u00e9ro. Le parcours de la pi\u00e8ce dans le r\u00e9pertoire d\u2019Omar Porras et de sa troupe, le Teatro Malandro, est en effet particulier&nbsp;: mont\u00e9e une premi\u00e8re fois en 1993 dans un squat \u00e0 Gen\u00e8ve, rejou\u00e9e avec un succ\u00e8s confirm\u00e9 en 2004 au Forum Meyrin, la pi\u00e8ce dans sa troisi\u00e8me mouture pouvait soit relever un d\u00e9fi de haut niveau et surprendre \u00e0 nouveau, soit amener l\u2019institutionnalisation d\u00e9finitive du spectacle et de son cr\u00e9ateur.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 ces doutes, exprim\u00e9s par la presse ces derni\u00e8res semaines, le th\u00e9\u00e2tre de Carouge affiche complet pour ses trois semaines de repr\u00e9sentations et c\u2019est avec bonheur que le public a accueilli le travail d\u2019Omar Porras et du Teatro Malandro le vendredi 17 avril. Impossible de ne pas remarquer le haut degr\u00e9 d\u2019implication de l\u2019homme dans la pr\u00e9paration de son spectacle&nbsp;: non content de jouer le r\u00f4le principal \u2013 f\u00e9minin, donc \u2013 et de se charger de la mise en sc\u00e8ne, Omar Porras co-signe \u00e9galement la sc\u00e9nographie et la musique. La pi\u00e8ce est aussi un classique du r\u00e9pertoire suisse, et notamment scolaire. Rares sont ceux qui ne connaissent pas l\u2019intrigue&nbsp;: une millionnaire retourne au bercail apr\u00e8s des dizaines d\u2019ann\u00e9es d\u2019absence. Partie sous les moqueries et le m\u00e9pris dus au stade avanc\u00e9 de sa grossesse, pour laquelle le p\u00e8re n\u2019a pas voulu assumer de responsabilit\u00e9, elle revient bien d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 prendre sa revanche. Au village plong\u00e9 en pleine d\u00e9pression \u00e9conomique, elle offre cent milliards en \u00e9change de la t\u00eate de son vieil amant et tra\u00eetre Alfred Ill.<\/p>\n\n\n\n<p>Les com\u00e9diens, tous masqu\u00e9s, campent des personnages aux mimiques extr\u00eames, aux mouvements tr\u00e8s marqu\u00e9s, presque exag\u00e9r\u00e9s, toujours soulign\u00e9s par la cadence de la musique. On croit voir se mouvoir des personnages de dessin anim\u00e9. Les masques, typiques du th\u00e9\u00e2tre de Porras et qu\u2019il consid\u00e8re comme \u00ab&nbsp;r\u00e9v\u00e9lateurs&nbsp;\u00bb de la performance de l\u2019acteur, forcent ce jeu saccad\u00e9, d\u00e9sarticul\u00e9, contrastant avec les voix chantantes des com\u00e9diens. Ces masques, qui imposent une \u00e9locution particuli\u00e8re et qui impliquent donc de repenser les habitudes de jeu, participent autant \u00e0 la cr\u00e9ation des personnages que les acteurs eux-m\u00eames. Comme pour nous en faire prendre conscience, ceux-ci viendront saluer en trois temps&nbsp;: une fois masqu\u00e9s, une fois le masque \u00e0 la main qu\u2019ils pr\u00e9sentent au public, et une fois seuls. Ainsi, les \u0153uvres de Fredy Porras re\u00e7oivent la m\u00eame part d\u2019applaudissements que les acteurs pour qui elles ont \u00e9t\u00e9 sp\u00e9cialement con\u00e7ues. Les costumes, associ\u00e9s \u00e0 ces masques qui donnent aux visages un air rafistol\u00e9, contribuent \u00e0 l\u2019allure globale des personnages&nbsp;: d\u00e9sarticul\u00e9s, disloqu\u00e9s, ils ressemblent \u00e0 des poup\u00e9es qu\u2019on aurait habill\u00e9es en vitesse.<\/p>\n\n\n\n<p>La musique joue un r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant. Loin d\u2019accompagner simplement le jeu des acteurs, elle s\u2019empare parfois totalement de leur fonction en couvrant la fin de leurs r\u00e9pliques, rempla\u00e7ant ainsi la parole \u2013 versatile, trompeuse \u2013 en imposant brutalement son propre sens. Comme la vieille dame, elle semble ainsi imperm\u00e9able aux discours interminables du maire, de l\u2019adjudant et du pasteur \u2013 desquels on ne r\u00e9ussit d\u2019ailleurs pas \u00e0 savoir s\u2019ils sont hypocrites ou b\u00eatement na\u00effs. Mais l\u2019influence de la musique ne s\u2019arr\u00eate pas l\u00e0&nbsp;; elle envahit le plateau, et en vient \u00e0 assumer aussi la fonction d\u2019un d\u00e9cor. Elle donne imm\u00e9diatement \u00e0 comprendre le contexte d\u2019une sc\u00e8ne, en lan\u00e7ant par exemple un th\u00e8me typique des nouvelles internationales \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision ou en passant un morceau digne d\u2019une boum des ann\u00e9es 1990.<\/p>\n\n\n\n<p>Les d\u00e9cors \u00e9voluent d\u2019une sc\u00e8ne \u00e0 l\u2019autre presque sans transition, sans effort. Les personnages en deviennent des \u00e9l\u00e9ments, l\u2019\u00e9clairage suffit \u00e0 m\u00e9tamorphoser une gare en \u00e9glise, et lorsque des pi\u00e8ces suppl\u00e9mentaires doivent \u00eatre apport\u00e9es, elles descendent sans bruit du plafond ou sont mont\u00e9es sur roues, de mani\u00e8re \u00e0 glisser silencieusement \u00e0 leur entr\u00e9e et sortie de sc\u00e8ne. La sc\u00e9nographie est ainsi modulable \u00e0 souhait. Des taches de couleur pars\u00e8ment le tout, qui laissent d\u2019ailleurs plut\u00f4t songeurs. Sont-elles l\u00e0 pour \u00e9voquer la souillure&nbsp;? Ces couleurs criardes rappellent bien plus une atmosph\u00e8re de d\u00e9bauche, comme une grande f\u00eate \u00e0 laquelle tous les habitants de G\u00fcllen auraient \u00e9t\u00e9 convi\u00e9s et au cours de laquelle ils se seraient jet\u00e9\u2026 de la poudre aux yeux&nbsp;? Ou des confettis, comme \u00e0 un carnaval&nbsp;? De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, les couleurs jouent en r\u00e9alit\u00e9 un r\u00f4le important sur le plan dramaturgique. Au fur et \u00e0 mesure de leur enrichissement (qui masque leur endettement), les habitants de G\u00fcllen se parent de v\u00eatements vifs, qui t\u00e9moignent de l\u2019am\u00e9lioration de leur condition de vie. Les couleurs remplissent \u00e9galement une fonction de signe, comme pour les souliers jaunes dont tous les habitants de G\u00fcllen font l\u2019acquisition et qui deviennent la hantise d\u2019Alfred Ill, leur apparition augurant sa mort qui approche. Et dans le v\u00eatement de Claire Zahanassian, elles prennent une dimension symbolique&nbsp;: noir lors de son arriv\u00e9e, comme pour annoncer la d\u00e9solation qu\u2019elle va semer. Blanc lors de son 8<sup>\u00e8me<\/sup>&nbsp;mariage, qu\u2019elle c\u00e9l\u00e8bre \u00e0 la coll\u00e9giale de G\u00fcllen. Rouge \u00e0 la fin du spectacle, pour le dernier moment de tendresse entre elle et son ancien amant, lorsque celui-ci se sait d\u00e9j\u00e0 perdu.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est l\u00e0 une des particularit\u00e9s de l\u2019interpr\u00e9tation d\u2019Omar Porras&nbsp;: la vieille histoire d\u2019amour entre Alfred et Clara prend le dessus sur la fable politique et \u00e9conomique. Une fois qu\u2019Alfred a pris conscience de son destin, il laisse s\u2019installer une profonde tendresse entre lui et son bourreau, envers qui il se sent d\u00e9sormais redevable. \u00c0 l\u2019angoisse \u00e9touffante suivant l\u2019annonce de la proposition de la milliardaire succ\u00e8de petit \u00e0 petit la r\u00e9signation. Alfred Ill figure ainsi une sorte de proph\u00e8te, le seul \u00e0 n\u2019avoir jamais dout\u00e9 de l\u2019issue de la situation, et incarne finalement le seul v\u00e9ritable garant de la justice, que les habitants cupides et r\u00e9duits \u00e0 la servilit\u00e9 par Claire Zahanassian pr\u00e9tendent vouloir r\u00e9tablir. L\u2019humilit\u00e9 de cette position est d\u2019autant plus touchante qu\u2019on distingue dans l\u2019assembl\u00e9e de vote une derni\u00e8re voix en faveur de Ill, au contraire de l\u2019unanimit\u00e9 d\u00e9crite dans le texte de D\u00fcrrenmatt. Mais elle se fera \u00e9touffer par la collectivit\u00e9. Celle-ci est figur\u00e9e par les habitants de G\u00fcllen, dont plusieurs ont un r\u00f4le propre \u2013 maire, adjudant, proviseur, Madame Ill, etc. \u2013 qui dispara\u00eet pourtant d\u00e8s qu\u2019ils se retrouvent tous sur sc\u00e8ne. L\u00e0, ce n\u2019est plus qu\u2019une voix, et l\u2019on pense in\u00e9vitablement aux ch\u0153urs dans le th\u00e9\u00e2tre de la Gr\u00e8ce antique. Cette impression d\u2019unit\u00e9 est renforc\u00e9e par la sc\u00e8ne tragique du d\u00e9part rat\u00e9 d\u2019Alfred, qui pr\u00e9tend vouloir fuir, mais qui se laisse retenir par ses concitoyens, sans m\u00eame opposer de r\u00e9sistance. La foule est incarn\u00e9e par deux actrices seules sur le plateau, \u00e0 l\u2019apparence de nymphes, dont la voix tombe du ciel. Ill se plie en quelque sorte \u00e0 cette puissance divine.<\/p>\n\n\n\n<p><em>La Visite de la vieille dame<\/em>&nbsp;est une tragi-com\u00e9die. Malgr\u00e9 cela, on rit plus qu\u2019on ne tremble. On comprend la peur d\u2019Alfred sans pourtant la ressentir v\u00e9ritablement. C\u2019est peut-\u00eatre qu\u2019Omar Porras, en Claire Zahanassian, joue une grand-m\u00e8re fantasque, \u00e0 la voix douce, dont les propositions et les actions sortant de l\u2019ordinaire feraient presque dire qu\u2019elle a simplement perdu la t\u00eate. Elle ne semble pas dangereuse. L\u2019ironie de ses r\u00e9pliques n\u2019en devient que plus tranchante. L\u2019inqui\u00e9tude finit par surgir et s\u2019insinue doucement dans le spectacle, notamment avec les apparitions de plus en plus mal\u00e9fiques des personnages. Les com\u00e9diens arrivent de derri\u00e8re, se confondant avec l\u2019obscurit\u00e9, faisant sursauter Alfred Ill. Comme pour mat\u00e9rialiser cette menace, les armes qu\u2019on voit passer sur le plateau sont de plus en plus grosses, du revolver de l\u2019adjudant au fusil avec lequel le maire conseille \u00e0 Ill de se suicider. Du formidable croisement et m\u00e9lange des r\u00f4les masculins et f\u00e9minins, Omar Porras en vieille dame n\u2019est pas le seul exemple. Peggy Dias est extraordinaire dans le r\u00f4le du maire, et les com\u00e9diens et com\u00e9diennes jouent indiff\u00e9remment des villageois ou des villageoises, ind\u00e9pendamment de leur voix, de leur sexe ou de ce qui est pr\u00e9vu par le texte original. Une r\u00e9ussite de plus.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>17 avril 2015<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/camille-logoz\/\">Camille Logoz<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>17 avril 2015<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/cecilia-galindo\/\">Cecilia Galindo<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Meurtre au bal masqu\u00e9<br><\/h3>\n\n\n\n<p><em>Au Th\u00e9\u00e2tre de Carouge, Omar Porras et sa compagnie Teatro Malandro cr\u00e9ent pour la troisi\u00e8me fois&nbsp;<\/em>La Visite de la vieille dame<em>, la plus connue des pi\u00e8ces helv\u00e9tiques. Masques, d\u00e9cor de carton, visions oniriques et m\u00e9lodies folkloriques : la touche Porras renforce le grotesque du texte de D\u00fcrrenmatt et joue avec une th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 assum\u00e9e.<\/em><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"534\" height=\"462\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/04\/8_LaVisiteDeLaVieilleDame_Marc_Vanappelghem-e1429462871425.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-9903\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/04\/8_LaVisiteDeLaVieilleDame_Marc_Vanappelghem-e1429462871425.jpg 534w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/04\/8_LaVisiteDeLaVieilleDame_Marc_Vanappelghem-e1429462871425-196x170.jpg 196w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/04\/8_LaVisiteDeLaVieilleDame_Marc_Vanappelghem-e1429462871425-231x200.jpg 231w\" sizes=\"auto, (max-width: 534px) 100vw, 534px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Marc Vanappelghem<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Des feuilles mortes&nbsp;? Non, des feuilles d\u2019or, brillantes et l\u00e9g\u00e8res, qui tombent du plafond au-dessus d\u2019un corps inerte, \u00e9tendu sur la sc\u00e8ne. Un \u00e9trange et maladroit personnage assis \u00e0 l\u2019avant-sc\u00e8ne, pr\u00e9tendument animateur t\u00e9l\u00e9, s\u2019adresse aux spectateurs et commente la situation sur un ton enjou\u00e9. Pourtant, cet homme \u00e0 terre est mort. Mais les autres ne s\u2019en soucient gu\u00e8re&nbsp;: ce qui importe, ce sont les paillettes dor\u00e9es qui le recouvrent petit \u00e0 petit. Ainsi se termine le conte.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais revenons au d\u00e9but&nbsp;: tout commence par la visite tr\u00e8s attendue d\u2019une vieille dame dans le village appauvri de G\u00fcllen. D\u00e8s son arriv\u00e9e, la milliardaire Clara Zahanassian est accueillie par le maire et tous les habitants avec un enthousiasme exag\u00e9r\u00e9 qui s\u2019av\u00e8re rapidement int\u00e9ress\u00e9. Les villageois esp\u00e8rent que, par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019Alfred Ill (ami d\u2019enfance et ancien amant de Clara), ils obtiendront l\u2019aide financi\u00e8re de la riche invit\u00e9e. Leur v\u0153u sera bient\u00f4t exauc\u00e9, mais \u00e0 une condition&nbsp;: l\u2019un d\u2019eux doit mourir.<\/p>\n\n\n\n<p>Mont\u00e9e en 1993, recr\u00e9\u00e9e en 2004 et reprise aujourd\u2019hui pour le vingt-cinqui\u00e8me anniversaire de la compagnie,&nbsp;<em>La Visite de la vieille dame<\/em>&nbsp;par Omar Porras fait toujours son effet, notamment gr\u00e2ce \u00e0 son univers visuel tr\u00e8s particulier. Comme s\u2019ils \u00e9taient con\u00e7us pour la bande-dessin\u00e9e, par leur aspect color\u00e9 et exag\u00e9r\u00e9, les personnages et les \u00e9l\u00e9ments du d\u00e9cor rappellent le th\u00e9\u00e2tre de marionnettes de notre enfance. Les com\u00e9diens, munis de masques complets cr\u00e9\u00e9s avec grand art par Freddy Porras, produisent des gestes si structur\u00e9s et des d\u00e9placements si pr\u00e9cis que l\u2019on peine parfois \u00e0 croire qu\u2019ils sont r\u00e9els.<\/p>\n\n\n\n<p>Et c\u2019est bien l\u00e0 que le metteur en sc\u00e8ne souhaite emmener le public. \u00ab&nbsp;Revenir sur cette \u0153uvre du r\u00e9pertoire [\u2026] et y reprendre \u00e0 nouveau les masques, c\u2019est aussi retrouver les protagonistes \u00e0 l\u2019aune d\u2019une dimension parodique, pour mieux prendre conscience des transformations du monde et de nos propres \u00e9volutions dans un double mouvement de distance et de rapprochement&nbsp;\u00bb, affirme-t-il. Dans ces personnages grotesques et risibles, on reconna\u00eet bien une certaine r\u00e9alit\u00e9, pas vraiment brillante. A un moment, la vieille dame s\u2019adresse au public et le prend \u00e0 parti, avec l\u2019air de dire&nbsp;<em>vous aussi, vous \u00eates comme nous<\/em>. De la distance, \u00e0 travers une th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 affich\u00e9e et un humour d\u00e9cal\u00e9, au rapprochement, par l\u2019inclusion des spectateurs, le spectacle que propose la troupe du Teatro Malandro invite aussi bien au rire qu\u2019\u00e0 la r\u00e9flexion, et on s\u2019en d\u00e9lecte jusqu\u2019\u00e0 la sc\u00e8ne finale.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cet espace d\u00e9muni, que seules des planches irr\u00e9guli\u00e8res sur le sol habillent de mani\u00e8re constante, le train a pass\u00e9, le vent a bruiss\u00e9 dans les arbres et les cloches de l\u2019\u00e9glise ont sonn\u00e9. A pr\u00e9sent, des feuilles d\u2019or tombent sur le corps inerte d\u2019un homme. Ainsi se termine le conte.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>17 avril 2015<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/cecilia-galindo\/\">Cecilia Galindo<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/14-21.theatredecarouge.ch\/archives\/saison-14-15\/piece\/la-visite-de-la-vieille-dame\/6\/\">Voir la page du spectacle <\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De Friedrich D\u00fcrrenmatt \/ Mise en sc\u00e8ne par Omar Porras \/ du 17 avril au 9 mai 2015 \/ Th\u00e9\u00e2tre de Carouge (Gen\u00e8ve) \/ En tourn\u00e9e jusqu\u2019au 24 mai 2015 \/ Critiques par Camille Logoz et Cecilia Galindo . <\/p>\n","protected":false},"author":784,"featured_media":9903,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,7],"tags":[136,37],"class_list":["post-6223","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-de-carouge","tag-camille-logoz","tag-cecilia-galindo"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6223","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/784"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6223"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6223\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":21394,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6223\/revisions\/21394"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/9903"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6223"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6223"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6223"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}