{"id":5926,"date":"2015-03-08T15:05:46","date_gmt":"2015-03-08T14:05:46","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=5926"},"modified":"2025-02-10T12:37:02","modified_gmt":"2025-02-10T11:37:02","slug":"janine-rhapsodie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2015\/03\/janine-rhapsodie\/","title":{"rendered":"Janine Rhapsodie"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Janine Rhapsodie<\/h2>\n\n\n<p>d\u2019apr\u00e8s Moli\u00e8re \/ texte et mise en sc\u00e8ne Julien Mages \/ du 5 au 15 mars 2015 \/ Th\u00e9\u00e2tre L&rsquo;Arsenic \/ Critiques par Elisa Picci, Cecilia Galindo et Lucas Mor\u00ebel.<\/p>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>8 mars 2015<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/elisa-picci\/\">Elisa Picci<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">En qu\u00eate de la v\u00e9rit\u00e9<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"960\" height=\"639\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/03\/janine.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-9872\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/03\/janine.jpg 960w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/03\/janine-250x166.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/03\/janine-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/03\/janine-768x511.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/03\/janine-624x415.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 960px) 100vw, 960px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Nuithonie<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Janine Rhapsodie<em>, spectacle \u00e9crit et mis en sc\u00e8ne par Julien Mages, est inspir\u00e9 du&nbsp;<\/em>Misanthrope<em>&nbsp;de Moli\u00e8re. Il pr\u00e9sente toutefois non pas un, mais une misanthrope. Caract\u00e9ristique originale qui met en \u00e9vidence le fait que la qu\u00eate de la v\u00e9rit\u00e9, d\u2019une v\u00e9rit\u00e9, est tout \u00e0 fait transposable d\u2019un homme \u00e0 une femme. Car c\u2019est bien de cela dont il s\u2019agit : la misanthrope, \u00e0 l\u2019image d\u2019Alceste, d\u00e9nonce l\u2019hypocrisie de la soci\u00e9t\u00e9 en pr\u00f4nant l\u2019importance du vrai.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Pour le spectateur, l\u2019effet de surprise est imm\u00e9diat. Une jeune femme, visiblement dans un \u00e9tat second, commence \u00e0 discuter avec le public alors que les lumi\u00e8res sont encore allum\u00e9es. Elle intrigue le spectateur en annon\u00e7ant que \u00ab tout est faux \u00bb. Plut\u00f4t amusant quand on sait que le th\u00e8me de la pi\u00e8ce est celui de la v\u00e9rit\u00e9. Puis vient l\u2019obscurit\u00e9. La sc\u00e9nographie est tr\u00e8s \u00e9pur\u00e9e. Sur la sc\u00e8ne, un grand tableau blanc qui sert d\u2019arri\u00e8re-fond, une table avec quelques feuilles et une chaise. Les acteurs, lorsqu\u2019ils sortent, s\u2019assoient sur les c\u00f4t\u00e9s de la sc\u00e8ne, devenant ainsi \u00e9galement des spectateurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Chaque personnage se d\u00e9couvre peu \u00e0 peu dans un crescendo int\u00e9ressant qui permet de tenir le spectateur en haleine. Janine est une essayiste plut\u00f4t brillante qui enseigne apparemment dans un gymnase. Elle fr\u00e9quente un musicien guid\u00e9 par ses pulsions sexuelles, qu\u2019il semble avoir du mal \u00e0 r\u00e9fr\u00e9ner. Elle est confront\u00e9e \u00e0 un homme d\u2019affaire, auteur d\u2019un essai que la jeune femme a tout bonnement d\u00e9moli dans l\u2019un de ses articles. D\u2019abord myst\u00e9rieux, le businessman s\u2019adoucit pour laisser entrevoir un homme admiratif et amoureux de cette misanthrope vraie et authentique. Intervient aussi une jeune femme toxicomane et ancienne prostitu\u00e9e. Ils sont tous extr\u00eamement diff\u00e9rents, mais chacun a sa propre relation \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9. Janine n\u2019est effectivement pas la seule \u00e0 dire les choses telles qu\u2019elles sont. L\u2019homme d\u2019affaire se cache derri\u00e8re son pouvoir pour oser affirmer des choses qu\u2019il pense indiscutables. Il repr\u00e9sente un pouvoir oppressant duquel il est parfois difficile de s\u2019affranchir. Le compagnon de la misanthrope utilise quant \u00e0 lui un langage extr\u00eamement direct, souvent grossier, mais toujours sinc\u00e8re. Il n\u2019h\u00e9site d\u2019ailleurs pas une seconde \u00e0 critiquer Janine en des termes violents : \u00ab Tu as la gueule de Goliath \u00bb. La toxicomane, elle, repr\u00e9sente une r\u00e9alit\u00e9 bien triste de notre soci\u00e9t\u00e9, celle des gens marginalis\u00e9s mais cependant tr\u00e8s conscients du monde dans lequel ils vivent et de cette soci\u00e9t\u00e9 qui les rejette.<\/p>\n\n\n\n<p>Moli\u00e8re s\u2019est arr\u00eat\u00e9 au projet de fuite d\u2019Alceste. Julien Mages a voulu repr\u00e9senter la retraite de sa misanthrope : le grand panneau blanc s\u2019\u00e9croule ; une fois la surprise pass\u00e9e, on aper\u00e7oit Janine, perch\u00e9e en haut d\u2019un toboggan, partant dans un d\u00e9lire incompr\u00e9hensible. Le tonnerre gronde ; nous sursautons. La misanthrope semble avoir perdu la raison : fin plut\u00f4t lugubre, mettant les personnages et les spectateurs face \u00e0 la folie, la mort, le d\u00e9sespoir.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi&nbsp;<em>Janine Rhapsodie<\/em>&nbsp;? Myst\u00e8re que l\u2019on vous invite \u00e0 r\u00e9soudre en vous rendant au th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Arsenic jusqu\u2019au 15 mars, pour ce spectacle \u00e0 la fois bizarre, d\u00e9rangeant, amusant, curieux\u2026 et qui quoi qu\u2019il en soit ne laissera pas indiff\u00e9rent.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>8 mars 2015<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/elisa-picci\/\">Elisa Picci<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>8 mars 2015<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/cecilia-galindo\/\">Cecilia Galindo<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 tout prix<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"640\" height=\"426\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/03\/topelement.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-9895\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/03\/topelement.jpg 640w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/03\/topelement-250x166.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/03\/topelement-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/03\/topelement-624x415.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Nuithonie<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Apr\u00e8s&nbsp;<\/em>Ballade en orage<em>&nbsp;cr\u00e9\u00e9e au Th\u00e9\u00e2tre de Vidy en 2013, Julien Mages pr\u00e9sente&nbsp;<\/em>Janine Rhapsodie<em>&nbsp;\u00e0 l\u2019Arsenic, l\u2019histoire d\u2019une misanthrope qui ne supporte plus les faux-semblants et les mani\u00e8res de ses cong\u00e9n\u00e8res. Un texte riche pour un spectacle comico-tragique, surprenant et parfois insaisissable.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Janine, vous avez pas vu Janine ? \u00bb, demande une jeune femme au public, alors que la salle n\u2019est pas tout \u00e0 fait sombre, pas tout \u00e0 fait silencieuse. Voil\u00e0 une ouverture qui surprend, qui d\u00e9stabilise : la com\u00e9dienne, campant un personnage toxicomane d\u2019un r\u00e9alisme troublant, s\u2019adresse aux spectateurs d\u2019une mani\u00e8re si abrupte qu\u2019on a peine \u00e0 r\u00e9aliser durant quelques secondes que le spectacle a commenc\u00e9. Elle parle de Janine, de la drogue, des douleurs, puis de ce qui va d\u00e9filer sous nos yeux. Tout ceci n\u2019est pas vrai, ce n\u2019est qu\u2019une fable, avoue-t-elle. Derri\u00e8re elle, sur le plateau, les trois autres com\u00e9diens sont assis et attendent leur moment. La confusion entre le r\u00e9el et la fiction ponctuera le spectacle jusqu\u2019au bout.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette derni\u00e8re cr\u00e9ation de l\u2019auteur et metteur en sc\u00e8ne vaudois, le th\u00e8me de la collision entre le vrai et le faux est central: sujet universel principalement inspir\u00e9 par&nbsp;<em>Le Misanthrope<\/em>&nbsp;de Moli\u00e8re qui se fait sentir non seulement au niveau du texte et de l\u2019histoire, Janine poursuivant sa qu\u00eate de V\u00e9rit\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 se retirer du monde, mais aussi \u00e0 travers la mise en sc\u00e8ne. La blancheur et la sobri\u00e9t\u00e9 de l\u2019espace, dans lequel ont \u00e9t\u00e9 dispos\u00e9s table, chaises et \u00e9cran blanc, semblent incarner l\u2019authenticit\u00e9 que la protagoniste souhaite d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment trouver. Mais la question frappe aussi le public de mani\u00e8re plus directe : au cours du spectacle, les chaises sont d\u00e9plac\u00e9es par les quatre com\u00e9diens (Carine Barbey, Tiffany-Jane Madden, Ahmed Belbachir et Juan Bilbeny) en fonction de leur pr\u00e9sence dans l\u2019action. Lorsqu\u2019ils ne sont pas dans le jeu, ils sont assis sur les c\u00f4t\u00e9s, et lorsqu\u2019ils reprennent leur r\u00f4le, ils quittent cet espace neutre faisant office de coulisses. Les spectateurs sont alors constamment ramen\u00e9s \u00e0 une v\u00e9rit\u00e9, une r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019instant : ce que vous voyez est une fiction, nous dit-on. Et on en rit. M\u00eame effet lorsque les personnages (ou les com\u00e9diens ?) s\u2019adressent \u00e0 la r\u00e9gie, ou encore \u00e0 un spectateur quittant discr\u00e8tement la salle.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais si<em>&nbsp;Le Misanthrope<\/em>&nbsp;constitue le point de d\u00e9part du projet, Julien Mages ne pr\u00e9sente pas ici une r\u00e9\u00e9criture. Proposant une sorte de variation libre \u00e0 partir du texte original, qu\u2019il avoue beaucoup appr\u00e9cier, l\u2019auteur-metteur en sc\u00e8ne a d\u2019abord \u00e9tudi\u00e9 la pi\u00e8ce en profondeur pour ensuite s\u2019en d\u00e9tacher le plus possible et en faire une cr\u00e9ation originale et personnelle. Ce parcours d\u2019une \u00e9poque \u00e0 l\u2019autre se manifeste dans le style et le langage: au d\u00e9but du spectacle, lorsque Janine se confronte verbalement \u00e0 un homme de pouvoir qu\u2019elle d\u00e9teste, on croirait entendre des vers classiques, mais le langage glisse progressivement vers la modernit\u00e9, jusqu\u2019\u00e0 parfois atteindre le vulgaire, l\u2019incompr\u00e9hensible ou le non-sens.<br>La derni\u00e8re partie permet d\u2019ailleurs d\u2019acc\u00e9der \u00e0 ce que Moli\u00e8re n\u2019a pas voulu raconter: que se passe-t-il lorsqu\u2019on se retire du monde soi-disant abject qui nous entoure? La solitude, puis la folie ? l\u2019un des th\u00e8mes favoris de l\u2019auteur vaudois. Sur sc\u00e8ne, la chute de l\u2019\u00e9cran blanc fait appara\u00eetre un toboggan sur lequel tr\u00f4ne Janine, couch\u00e9e sur la structure, la t\u00eate en bas. Du haut de sa montagne, elle fabrique des phrases dont on ne comprend pas le sens, elle rit d\u2019elle-m\u00eame et des autres, elle gesticule et semble avoir perdu toute ma\u00eetrise. Le public aussi perd le fil, mais ne peut se d\u00e9tacher de cette crise dont il est t\u00e9moin. Retour \u00e0 l\u2019enfance et basculement dans la folie: en s\u2019excluant des autres, la misanthrope n\u2019a d\u00e9couvert, dans ces lieux sombres et cercl\u00e9s de fum\u00e9e, que le purgatoire. Une image de fin aussi belle que d\u00e9routante.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Janine Rhapsodie<\/em>&nbsp;ne semble conserver du&nbsp;<em>Misanthrope<\/em>&nbsp;que le th\u00e8me, ce qui pourrait bousculer les attentes de certains. Mais le spectacle offre un regard int\u00e9ressant et percutant sur la question de l\u2019authenticit\u00e9 et du mettre en sc\u00e8ne, que ce soit dans le quotidien ou sur la sc\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>8 mars 2015<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/cecilia-galindo\/\">Cecilia Galindo<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>8 mars 2015<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/lucas-moreel\/\">Lucas Mor\u00ebel<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La post-modernit\u00e9 n\u2019a pas eu lieu<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"960\" height=\"639\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/03\/janine-rhapsodie-2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-9871\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/03\/janine-rhapsodie-2.jpg 960w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/03\/janine-rhapsodie-2-250x166.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/03\/janine-rhapsodie-2-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/03\/janine-rhapsodie-2-768x511.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2015\/03\/janine-rhapsodie-2-624x415.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 960px) 100vw, 960px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Nuithonie<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>La mythologie est universelle et intemporelle, dit-on. Et Moli\u00e8re a sans doute particip\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9laboration d\u2019une mythologie fran\u00e7aise. Mais si Julien Mages nous propose une adaptation du&nbsp;<\/em>Misanthrope<em>&nbsp;dans&nbsp;<\/em>Janine Rhapsodie<em>, elle n\u2019est peut-\u00eatre pas, contrairement \u00e0 ce qu\u2019il pr\u00e9tend, une actualisation.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Julien Mages, ancien \u00e9l\u00e8ve de la Manufacture (HETSR) et dramaturge exp\u00e9riment\u00e9 \u2013 il est d\u00e9j\u00e0 l\u2019auteur d\u2019une dizaine de pi\u00e8ces \u2013 affirme n\u2019avoir gard\u00e9 de Moli\u00e8re que la qu\u00eate de V\u00e9rit\u00e9. Ainsi, le destin tragique qui se joue actuellement \u00e0 l\u2019Arsenic entre Janine, son mari, sa dealer et un promoteur philosophico-immobilier, ne garderait de l\u2019intrigue classique que l\u2019opposition essentielle qui la sous-tend, celle du vrai et du faux. Le public est d\u2019ailleurs imm\u00e9diatement averti : \u00ab tout ceci est faux \u00bb. C\u2019est ce qu\u2019annonce une jeune femme, \u00ab vous, nous, cette sc\u00e8ne\u2026 une fable \u00bb. Elle n\u2019a pas menti : on n\u2019y croit pas un instant.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous sommes en 2015. L\u2019auteur souhaite nous pr\u00e9senter une actualisation. Tout ceci est tr\u00e8s clair pour le spectateur inform\u00e9. Pourtant, le spectacle ne cesse de nous le r\u00e9p\u00e9ter et en multipliant abusivement les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 notre \u00e9poque : le mari fume une cigarette \u00e9lectronique, le promoteur passe son temps sur son smartphone, la misanthrope se dope \u00e0 l\u2019h\u00e9ro que lui fourgue une dealer bien&nbsp;<em>dans le vent, in, branch\u00e9e<\/em>. Plusieurs sc\u00e8nes en deviennent p\u00e9nibles tant elles cherchent \u00e0 s\u2019attacher un public de cour de r\u00e9cr\u00e9 ; celle durant laquelle Janine apprend le juron \u00ab chier dans la bouche \u00bb par exemple\u2026 Et puis il y a le mari, qui \u00e9num\u00e8re dans une tirade surjou\u00e9e la liste des technologies actuelles : facebook, twitter, instagram, youporn, pornhub, les e-books, Nicki Minaj, les tournantes en primaire, etc\u2026<br>La sc\u00e9nographie ne transpire pas moins la volont\u00e9 de faire contemporain dans son \u00e9puration minimaliste : six chaises, une table, un fond blanc. L\u2019\u00e9criture ne cesse de briser le quatri\u00e8me mur en prenant \u00e0 parti son public : c\u2019est dr\u00f4le ce que je dis, non ? \u00c7a pourrait l\u2019\u00eatre si \u00e7a n\u2019\u00e9tait pas si grossi\u00e8rement m\u00e9ta.<\/p>\n\n\n\n<p>Janine ? C\u2019est une intellectuelle attach\u00e9e \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 et bien malheureuse d\u2019\u00eatre confront\u00e9e \u00e0 la b\u00eatise du monde. Le promoteur ? Il est cynique, bien entendu. Il veut mener \u00e0 bien son projet quoi qu\u2019il en co\u00fbte. M\u00eame s\u2019il doit \u00ab d\u00e9truire ce qu\u2019il aime \u00bb pour cela. On croirait un m\u00e9chant de James Bond. Le mari ? Un bobo aspirant artiste frustr\u00e9 sexuellement par une femme trop attach\u00e9e aux vertus de l\u2019esprit pour penser \u00e0 la c\u00e9l\u00e9bration de la chair. La dealer ? Une jeune femme en prise avec les r\u00e9alit\u00e9s sociales et les miasmes de la vie. Contemporan\u00e9it\u00e9 vous avez dit ? On repassera. Des personnages caricaturaux, brandissant des th\u00e8mes et des questions datant du XVIIe si\u00e8cle : la Femme, la V\u00e9rit\u00e9, la Justice, la Folie\u2026 M. Mages n\u2019aurait-il pas oubli\u00e9 de mettre \u00e0 jour son registre philosophique ? Quoi qu\u2019il en soit, le philosophe restera sur sa faim.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais tout ce burlesque, ce grossier, ce vulgaire, il me semble, d\u00e9coule de l\u2019intention comique. J. Mages veut avant tout faire rire. Et les gens rient. Rient de ces canards dont on nous dit que Janine les aime, rient des explosions atrabilaires du mari frustr\u00e9, rient des \u00e9changent de mots d\u2019esprit entre Janine et le promoteur ; mais ils rient encore quand la misanthrope se drogue, ils rient quand elle perd son travail, ils rient quand elle quitte le monde, ils rient quand elle perd l\u2019esprit\u2026 Les gens rient de Janine. Et on en oublie que tout \u00e7a n\u2019est pas dr\u00f4le. Qu\u2019Alceste, depuis Rousseau, n\u2019est plus un pantin ridicule. Que la dictature des apparences n\u2019est plus \u00ab dr\u00f4le \u00bb mais inqui\u00e9tante.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 moins que\u2026 C\u2019est pourtant vrai que les nouvelles technologies sont omnipr\u00e9sentes\u2026 C\u2019est pourtant vrai qu\u2019on nous rab\u00e2che sans cesse notre Modernit\u00e9, que la gloriole du progr\u00e8s n\u2019a d\u2019\u00e9gale que les d\u00e9boires des militants f\u00e9ministes, antiracistes, \u00e9cologistes, etc\u2026 C\u2019est pourtant vrai, enfin, que notre si\u00e8cle ressemble plus \u00e0 celui de Moli\u00e8re qu\u2019\u00e0 celui de Rousseau et que notre public rira donc plus volontiers avec Philinte qu\u2019avec Alceste\u2026 La post-modernit\u00e9, contrairement \u00e0 ce qu\u2019on veut bien nous faire croire, n\u2019a pas eu lieu. Et si cette adaptation est si ostentatoirement contemporaine, elle n\u2019en est pas moins profond\u00e9ment moderne,&nbsp;<em>en v\u00e9rit\u00e9<\/em>. Bienvenue dans le Grand Si\u00e8cle, faites comme chez vous, c\u2019est Julien Mages, par une satire virtuose, qui vous invite\u2026<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>8 mars 2015<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/lucas-moreel\/\">Lucas Mor\u00ebel<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.arsenic.ch\/programme\/misanthropes\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle <\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>d\u2019apr\u00e8s Moli\u00e8re \/ texte et mise en sc\u00e8ne Julien Mages \/ du 5 au 15 mars 2015 \/ Th\u00e9\u00e2tre L&rsquo;Arsenic \/ Critiques par Elisa Picci, Cecilia Galindo et Lucas Mor\u00ebel.<\/p>\n","protected":false},"author":784,"featured_media":9871,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,3,38],"tags":[37,132,137],"class_list":["post-5926","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-theatre-de-larsenic","category-spectacle","tag-cecilia-galindo","tag-elisa-picci","tag-lucas-moreel"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5926","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/784"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5926"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5926\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":21461,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5926\/revisions\/21461"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/9871"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5926"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5926"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5926"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}