{"id":5193,"date":"2014-10-18T14:24:33","date_gmt":"2014-10-18T12:24:33","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=5193"},"modified":"2025-02-10T13:46:10","modified_gmt":"2025-02-10T12:46:10","slug":"derborence","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2014\/10\/derborence\/","title":{"rendered":"Derborence"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Derborence<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">D&rsquo;apr\u00e8s le roman de Charles-Ferdinand Ramuz \/ mise en sc\u00e8ne Mathieu Bertholet \/ les 15 et 16 octobre 2014 \/ Nuithonie \/ Critiques par Ma\u00eblle Andrey et No\u00e9mie Desarzens. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>15 octobre 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a title=\"Ma\u00eblle Andrey\" href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/maelle-andrey\/\">Ma\u00eblle Andrey<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">\u00c9chos de mots, \u00e9chos de corps<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"630\" height=\"320\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/10\/derborence2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-9750\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/10\/derborence2.jpg 630w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/10\/derborence2-250x127.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/10\/derborence2-300x152.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/10\/derborence2-624x317.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 630px) 100vw, 630px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Copyright : Compagnie MuFuThe<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em><strong>\u00c9chos qui r\u00e9sonnent, qui butent contre les parois rocheuses des Alpes, qui se r\u00e9pondent. Voix et corps s\u2019assemblent, se dissocient, se multiplient, s\u2019isolent. L\u2019infinie puissance de la nature est \u00e9voqu\u00e9e par les mots de Ramuz et le travail sc\u00e9nique de la Compagnie MuFuThe dans cette mise en corps du roman <\/strong><\/em><strong>Derborence<\/strong><em><strong>\u2026<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Scind\u00e9s horizontalement en deux, trois pans de murs blancs encadrant la sc\u00e8ne se replient de mani\u00e8re convexe au-dessus des com\u00e9diens. Ce d\u00e9cor escarp\u00e9 et instable est mobile&nbsp;: les panneaux se redresseront dans la seconde partie du spectacle. Un banc noir traverse discr\u00e8tement la sc\u00e8ne. Avant m\u00eame le d\u00e9but de la repr\u00e9sentation, la salle \u00e9tant encore \u00e9clair\u00e9e et le public en train de s\u2019installer, les com\u00e9diens viennent s\u2019y asseoir, un \u00e0 un. Ils se positionnent dos \u00e0 dos&nbsp;: un corps et son ombre. Un corps, puis deux\u2026 et dix. Les spectateurs se taisent tr\u00e8s rapidement, curieux et impatients d\u2019en savoir plus. Les com\u00e9diens se lancent alors dans une lecture \u00e0 plusieurs voix. Une voix d\u2019homme. Une voix de femme. Deux voix qui se chevauchent. Toutes les voix ensemble ou d\u00e9cal\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>1714. Antoine se trouve dans un chalet au p\u00e2turage avec son oncle S\u00e9raphin. Il s\u2019ennuie de sa femme, Th\u00e9r\u00e8se, rest\u00e9e en plaine. Le 23 juin \u00ab&nbsp;c\u2019est la montagne qui tombe \u00bb, ensevelissant hommes et b\u00eates. Les deux montagnards trouvent apparemment la mort sous les rochers. La sc\u00e8ne est plong\u00e9e dans l\u2019obscurit\u00e9. Seules quelques lignes de lumi\u00e8re \u00e9clairent les corps, comme des rayons du soleil qui perceraient par les fentes entre les blocs de roche. Il y a de la vie au-dessous&nbsp;: sept semaines apr\u00e8s la catastrophe, Antoine sort de l\u2019\u00e9boulement. Tel un fant\u00f4me, il revient au village. Apprenant que son oncle est toujours sous les d\u00e9combres, le jeune homme reprend le chemin de Derborence. Th\u00e9r\u00e8se, se sentant responsable de ce d\u00e9part inconsid\u00e9r\u00e9 d\u00e9cide de prendre, elle aussi, la route vers l\u2019\u00e9boulement, afin de se&nbsp;battre contre sa rivale la montagne.<\/p>\n\n\n\n<p>Energies de vie et forces de mort, relations ambigu\u00ebs d\u2019un peuple \u00e0 la toute-puissante nature, fatalit\u00e9, amour, impatience, tristesse, joie&#8230; Autant d\u2019\u00e9l\u00e9ments qui prennent vie par les mots de cette \u00ab&nbsp;trag\u00e9die moderne&nbsp;\u00bb et par la cr\u00e9ation chorale et mouvante de la Cie MuFuThe. La mise en sc\u00e8ne de Mathieu Bertholet s\u2019\u00e9labore autour des t\u00e9moignages entrem\u00eal\u00e9s des personnages, \u00e0 la fois habitants des villages alentours de Derborence, p\u00e2tres, t\u00e9moins de la catastrophe, de leurs monologues et dialogues\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 son Valais natal, Mathieu Bertholet suit une formation \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 des Arts de Berlin. Il revient en Suisse et fonde, en 2008, la compagnie MuFuThe (MUltiFUnktionTHEater). Lors de ses ann\u00e9es de r\u00e9sidence au Gr\u00fctli \u00e0 Gen\u00e8ve, le metteur en sc\u00e8ne go\u00fbte \u00e0 la danse, c\u00f4toyant les deux grands chor\u00e9graphes que sont Cindy Van Acker et Foofwa D\u2019Imobilt\u00e9. Dans ses cr\u00e9ations, il tient \u00e0 travailler avec une \u00e9quipe de com\u00e9diens, danseurs et techniciens soud\u00e9s et spontan\u00e9s. <em>Derborence<\/em> est n\u00e9 d\u2019un travail collectif, conf\u00e9rant une v\u00e9ritable empreinte locale \u00e0 la cr\u00e9ation. Ce spectacle, r\u00e9alis\u00e9 pour la comm\u00e9moration des 300 ans de la c\u00e9l\u00e8bre catastrophe naturelle valaisanne, fut initialement pr\u00e9vu pour \u00eatre jou\u00e9e sur les lieux m\u00eames de l\u2019\u00e9v\u00e9nement. Cette volont\u00e9 de d\u00e9fendre une identit\u00e9 r\u00e9gionale fait \u00e9cho \u00e0 celle m\u00eame de Ramuz, perceptible notamment dans l\u2019oralit\u00e9 (suisse romande) de son \u00e9criture expressive et dans les th\u00e8mes abord\u00e9s (paysans, montagne)\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Le langage corporel des dix sensibles et touchants com\u00e9diens (Rebecca Balestra, Fred Jacot-Guillarmod, L\u00e9onard Bertholet, Julien Jacqui\u00e9roz, Lenka Luptakova, Agathe Hazard-Raboud, Baptiste Morisod, Louka Petit-Taborelli, Simon Jouannot, Nora Steinig et Herv\u00e9 Lass\u00efnce) \u00e9voque les multiples points de vue propres \u00e0 l\u2019\u00e9criture ramuzienne. Mathieu Bertholet garde une solide attache \u00e0 la danse contemporaine, qui anime la plupart de ses cr\u00e9ations. Dans <em>Derborence<\/em>, le corps exprime ce que les mots ne pourraient faire. Le geste, bref, r\u00e9p\u00e9t\u00e9, est parole. Si ce n\u2019est plus. Dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, Ramuz accorde une grande importance \u00e0 la langue, dans un contexte de remise en cause du genre romanesque. L\u2019\u00e9crivain r\u00eave d\u2019une langue-geste, limpide, dans laquelle les mots exprimeraient la parfaite r\u00e9alit\u00e9. Le grand nombre d\u2019acteurs, v\u00eatus de noir et blanc, s\u2019est impos\u00e9 au metteur en sc\u00e8ne, afin de rendre au mieux la choralit\u00e9 de l\u2019\u0153uvre, la force destructrice de la nature, mais \u00e9galement la d\u00e9licatesse de la vie, la beaut\u00e9 et la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 de la montagne. Les focalisations changeantes du roman sont encore rendues par l\u2019un des personnages, tant\u00f4t pr\u00e9sent dans le groupe, hors du groupe, sur sc\u00e8ne, hors sc\u00e8ne. Suivant cette id\u00e9e d\u2019une langue-geste, ce com\u00e9dien, plus \u00e2g\u00e9, ne symboliserait-il pas Ramuz, contemplant, du bas de la sc\u00e8ne, ses mots (com\u00e9diens en mouvement) se coucher sur les pages blanches (parois du d\u00e9cor)&nbsp;? <em>Derborence<\/em> na\u00eet sur sc\u00e8ne&nbsp;: les lignes du roman s\u2019\u00e9crivent en direct.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><em>\u00ab&nbsp; Derborence, le mot chante doux ; il vous chante doux et un peu triste dans la t\u00eate. Il commence par un son assez dur et marqu\u00e9, puis h\u00e9site et retombe, pendant qu\u2019on se le chante encore, Derborence, et finit \u00e0 vide ; comme s\u2019il voulait signifier par l\u00e0 la ruine, l\u2019isolement, l\u2019oubli. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Cette lecture \u00e0 plusieurs voix permet de d\u00e9couvrir ou red\u00e9couvrir la musicalit\u00e9, la puissance des mots et l\u2019originalit\u00e9 de l\u2019\u00e9criture ramuzienne. La sobri\u00e9t\u00e9 de la mise en sc\u00e8ne admet que tout un chacun puisse recr\u00e9er son propre <em>Derborence<\/em>, guid\u00e9 et berc\u00e9 par les paroles, les timbres, les voix&#8230; Les gestes donnent un rythme au r\u00e9cit, tout en gardant la lenteur et la tonalit\u00e9 du roman, dans un jeu d\u2019ombres, de reflets et d\u2019\u00e9chos.<\/p>\n\n\n\n<p>Tendez l\u2019oreille, les mots de Ramuz r\u00e9sonnent \u00e0 travers toute la Suisse romande, jusqu\u2019au 17 juin 2015.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>15 octobre 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a title=\"Ma\u00eblle Andrey\" href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/maelle-andrey\/\">Ma\u00eblle Andrey<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>15 octobre 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a title=\"No\u00e9mie Desarzens\" href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/noemie-desarzens\/\">No\u00e9mie Desarzens<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Faire vivre le texte, \u00e0 plusieurs<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"630\" height=\"320\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/10\/derborence2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-9750\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/10\/derborence2.jpg 630w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/10\/derborence2-250x127.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/10\/derborence2-300x152.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/10\/derborence2-624x317.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 630px) 100vw, 630px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Copyright : Compagnie MuFuThe<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em><strong>L\u2019entrecroisement et le chevauchement des voix caract\u00e9rise cette collaboration entre le metteur en sc\u00e8ne valaisan Mathieu Bertholet et sa compagnie MuFuThe. Cette adaptation du roman de Ramuz frappe par sa riche et complexe choralit\u00e9. La lenteur de la parole retranscrit le style de Ramuz, au risque de certaines longueurs.<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Les com\u00e9diens entrent silencieusement un par un sur la sc\u00e8ne. Des spectateurs sont encore en train de chercher leur place et parlent entre eux dans la salle \u00e9clair\u00e9e. Abruptement, un des com\u00e9diens annonce&nbsp;: \u00ab&nbsp;Derborence&nbsp;\u00bb&nbsp;! Le public se tait. Alors seulement la salle commence \u00e0 s\u2019obscurcir. \u00abUn\u00bb, s\u2019exclame ensuite un autre com\u00e9dien, signalant le premier chapitre&nbsp;: le texte de Ramuz est \u00e0 l\u2019honneur dans cette adaptation sc\u00e9nique qui le suit fid\u00e8lement. La puissance des mots de Ramuz, parfois coupl\u00e9e avec la gestuelle des com\u00e9diens, transpose l&rsquo;atmosph\u00e8re de <em>Derborence<\/em>. Mathieu Bertholet conjugue la litt\u00e9rarit\u00e9 de ce roman avec des chor\u00e9graphies, insistant sur la pr\u00e9sence charnelle de ses com\u00e9diens.<\/p>\n\n\n\n<p>Le roman de Charles-Ferdinand Ramuz, paru en 1934, est inspir\u00e9 d\u2019un fait r\u00e9el&nbsp;: l\u2019\u00e9boulement de la paroi d\u2019une montagne pr\u00e8s du village valaisan de Derborence au XVIIIe si\u00e8cle. Cette catastrophe naturelle a caus\u00e9 la mort de quinze personnes, de plus de 170 b\u00eates et l&rsquo;effondrement d\u2019un grand nombre de chalets. Ce drame est reconstitu\u00e9 \u00e0 travers l\u2019entrecroisement de r\u00e9cits de villageois, qui m\u00ealent le documentaire \u00e0 l\u2019imaginaire. Mathieu Bertholet choisit de se focaliser sur la relation entre Antoine, qui survit miraculeusement apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 enseveli, et Th\u00e9r\u00e8se, sa femme enceinte. Le dramaturge, danseur et metteur en sc\u00e8ne valaisan signe sa deuxi\u00e8me production avec sa compagnie Multifunktions Theater (MuFuThe), apr\u00e8s l\u2019adaptation de <em>Berthollet<\/em>, de Ramuz \u00e9galement, paru en 1910. Cette repr\u00e9sentation de <em>Derborence<\/em> est la poursuite d\u2019un projet men\u00e9 sur trois ans de r\u00e9sidence en Valais, au Th\u00e9\u00e2tre du Crochetan. Ce spectacle a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 en avant-premi\u00e8re \u00e0 la mi-ao\u00fbt dans le d\u00e9cor naturel et grandiose de la vall\u00e9e de Derborence, dans le cadre du 300\u00e8me anniversaire de l\u2019\u00e9boulement du massif des Diablerets.<\/p>\n\n\n\n<p>La nature occupe une place pr\u00e9pond\u00e9rante dans cette \u0153uvre de Ramuz, ce dont l\u2019avant-premi\u00e8re \u00e0 ciel d\u00e9couvert pouvait t\u00e9moigner. Dans la salle ferm\u00e9e de Nuithonie \u00e0 Fribourg, la nature se fait plus discr\u00e8te. La sc\u00e8ne \u00e9tonne par son d\u00e9pouillement. Le dispositif sonore \u00e9voque la montagne \u00e0 travers son grondement et ses crissements. L\u2019\u00e9clairage tend \u00e0 rendre un effet naturel de lumi\u00e8re et devient parfois un travail plus esth\u00e9tique. Des rayons \u00e9clairent partiellement les mouvements corporels des personnages, fragmentant leurs gestes chor\u00e9graphi\u00e9s. Le d\u00e9cor \u00e9voque l&rsquo;\u00e9croulement des parois par la pr\u00e9sence de deux pans concaves, cr\u00e9ant un sentiment d\u2019oppression. Une telle impression d\u2019enfermement rend compte de la pr\u00e9sence imposante des montagnes et comparativement de la fragilit\u00e9 de l\u2019homme. La toute-puissance de cette nature ram\u00e8ne la condition humaine \u00e0 une certaine modestie.<\/p>\n\n\n\n<p>Les voix des victimes de cette catastrophe naturelle sont tour \u00e0 tour incarn\u00e9es par les dix com\u00e9diens de la compagnie. La notion d&rsquo;individu est dissoute au profit de celle de communaut\u00e9. L\u2019histoire se d\u00e9ploie au travers de la pr\u00e9sence charnelle et des diff\u00e9rentes voix des com\u00e9diens. A travers cette choralit\u00e9, Bertholet explore \u00ab&nbsp;la fronti\u00e8re entre le collectif et le ch\u0153ur, entre la masse, l\u2019anonyme et l\u2019individu&nbsp;\u00bb. Cette choralit\u00e9 est un exercice de groupe&nbsp;: les bruits de respiration scandent la repr\u00e9sentation et t\u00e9moignent de la difficult\u00e9 de l\u2019exercice. Deux voix disent la m\u00eame phrase, parfois avec un l\u00e9ger d\u00e9calage. Cet enchev\u00eatrement des diff\u00e9rentes voix rend compte de la mat\u00e9rialit\u00e9 de la parole \u2013 un effet d&rsquo;\u00e9cho en r\u00e9sulte, soulignant la pr\u00e9sence de la montagne. La gestualit\u00e9 des com\u00e9diens permet de \u00ab&nbsp;soutenir&nbsp;\u00bb et d\u2019&nbsp;\u00ab&nbsp;agrandir&nbsp;\u00bb les mots&nbsp;: un personnage recouvre ainsi son visage de ses mains lorsqu&rsquo;il parle, sugg\u00e9rant la douleur et l&rsquo;accablement. La r\u00e9p\u00e9tition de ces gestes chor\u00e9graphi\u00e9s rythme la repr\u00e9sentation.<\/p>\n\n\n\n<p>La complexit\u00e9 de cette choralit\u00e9 rend compte de la fascination du metteur en sc\u00e8ne pour la langue de Ramuz. Ces chevauchements, ces croisements de voix sont toutefois, il faut l\u2019avouer, un peu difficiles \u00e0 supporter sur toute la longueur de la repr\u00e9sentation&nbsp;: le poids des mots et la lenteur de la langue travaill\u00e9s par Ramuz sont transpos\u00e9s de fa\u00e7on trop syst\u00e9matique dans un d\u00e9bit au ralenti. Plus exactement, ce n\u2019est pas tant la lenteur qui d\u00e9range &#8211; la parole est tra\u00eenante, mais cela fait aussi appr\u00e9cier les mots pes\u00e9s de Ramuz &#8211; que certaines longueurs&nbsp;: les pauses entre les r\u00e9pliques finissent par s&rsquo;\u00e9terniser, voire s&rsquo;enliser. Alors que Bertholet abandonne \u00ab&nbsp;le pouvoir des mots lorsqu\u2019il faut passer a? la sc\u00e8ne pour donner plus de force aux gestes, a? la pr\u00e9sence charnelle de l\u2019humain&nbsp;\u00bb, ces moments chor\u00e9graphi\u00e9s ne sont v\u00e9ritablement efficaces que lorsqu\u2019ils fusionnent avec la parole, et que le geste permet de sugg\u00e9rer l&rsquo;inexprimable.<\/p>\n\n\n\n<p>Reconnaissons n\u00e9anmoins que le pari de Mathieu Bertholet de rendre justice \u00e0 la litt\u00e9rarit\u00e9 du texte de Ramuz est r\u00e9ussi&nbsp;: le spectateur est immerg\u00e9 dans cette langue. Les com\u00e9diens ne disent pas seulement le texte, ils l\u2019habitent. A d\u00e9couvrir, donc, pour les amoureux de la parole ramuzienne.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>15 octobre 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a title=\"No\u00e9mie Desarzens\" href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/noemie-desarzens\/\">No\u00e9mie Desarzens<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.equilibre-nuithonie.ch\/mobile\/saison\/309\/\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D&rsquo;apr\u00e8s le roman de Charles-Ferdinand Ramuz \/ mise en sc\u00e8ne Mathieu Bertholet \/ les 15 et 16 octobre 2014 \/ Nuithonie \/ Critiques par Ma\u00eblle Andrey et No\u00e9mie Desarzens.<\/p>\n","protected":false},"author":1001020,"featured_media":9749,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,131,34,38],"tags":[126,127],"class_list":["post-5193","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-equilibre-nuithonie","category-expired","category-spectacle","tag-maelle-andrey","tag-noemie-desarzens"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5193","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001020"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5193"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5193\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":21644,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5193\/revisions\/21644"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/9749"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5193"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5193"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5193"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}