{"id":4806,"date":"2014-07-15T15:10:28","date_gmt":"2014-07-15T13:10:28","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=4806"},"modified":"2025-02-10T13:47:52","modified_gmt":"2025-02-10T12:47:52","slug":"derniers","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2014\/07\/derniers\/","title":{"rendered":"Derniers remords avant l\u2019oubli"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Derniers remords avant l\u2019oubli<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">de Jean-Luc Lagarce \/ mise en sc\u00e8ne Michel Kacenelenbogen \/ au Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Orangerie \u00e0 Gen\u00e8ve \/ du 16 au 26 juillet 2014 \/ Critiques par Deborah Strebel et Alice Bottarelli. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>16 juillet 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a title=\"Deborah Strebel\" href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/deborah-strebel\/\">Deborah Strebel<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le venin d\u2019un amour pass\u00e9<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"591\" height=\"394\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/07\/derniers_49.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-9727\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/07\/derniers_49.jpg 591w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/07\/derniers_49-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/07\/derniers_49-300x200.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 591px) 100vw, 591px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 A. Rebetez<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong><em>R\u00e9unis autour d\u2019un projet de vente immobili\u00e8re, H\u00e9l\u00e8ne, Paul et Pierre, trois anciens amants, se retrouvent. Apr\u00e8s s\u2019\u00eatre aim\u00e9s fougueusement et sans doute d\u00e9chir\u00e9s tout aussi passionn\u00e9ment, ils se revoient dans un climat doux-amer alliant nostalgie et ranc\u0153ur, attraction et r\u00e9pulsion. Ou quand se s\u00e9parer d\u2019une propri\u00e9t\u00e9 semble bien plus facile que d\u2019abandonner d\u00e9finitivement ses amours de jeunesse\u2026<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Huis clos tumultueux<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Une lumi\u00e8re \u00e9clatante brille \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une maison de campagne. De forme trap\u00e9zo\u00efdale, accentuant la perspective vers l\u2019entr\u00e9e de la pi\u00e8ce, le grand espace \u00e0 vivre est recouvert d\u2019un chaleureux parquet en bois. Aucun meuble n\u2019est pr\u00e9sent, seules quelques personnes habillent l\u2019espace, positionn\u00e9es debout, align\u00e9es les unes \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des autres. A cour et \u00e0 jardin des ouvertures sur l\u2019ext\u00e9rieur refl\u00e8tent un ciel bleu parsem\u00e9 de quelques nuages blancs, paysage repr\u00e9sentant un certain calme avant la temp\u00eate. L\u2019orage, d\u2019ailleurs, ne tarde pas. En effet, trois rescap\u00e9s d\u2019un sulfureux triangle amoureux se voient \u00e0 nouveau r\u00e9unis pour vendre la demeure acquise quinze ans auparavant. Plus un pr\u00e9texte qu\u2019un r\u00e9el enjeu, ce projet d\u2019op\u00e9ration immobili\u00e8re aurait d\u00fb \u00eatre l\u2019occasion d\u2019une mise au point mais celle-ci n\u2019aboutira pas. Ainsi, tr\u00e8s vite, l\u2019euphorie c\u00e8de sa place au malaise.<\/p>\n\n\n\n<p>Les acteurs ne quittent que rarement l\u2019espace sc\u00e9nique. Quand ils prennent la parole, ils se placent au centre du plateau sous un halo de lumi\u00e8re&nbsp;; les personnages ne participant pas \u00e0 la conversation rejoignent les quatre coins du trap\u00e8ze, dans l\u2019ombre. Int\u00e9ressant choix de mise en sc\u00e8ne que de garder syst\u00e9matiquement tous les individus dans le m\u00eame lieu. Non pas t\u00e9moins des \u00e9changes, ils sont simplement l\u00e0, sous les yeux des spectateurs, sans \u00eatre per\u00e7us par les autres personnages, soulignant ainsi le fait que chacun est inextricablement li\u00e9 aux autres, ou du moins \u00e0 ce fameux pass\u00e9 aux tonalit\u00e9s \u00e0 la fois suaves et acides.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Quand le pass\u00e9 gangr\u00e8ne le pr\u00e9sent<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Retrouvailles am\u00e8res dans l\u2019antre de tous les souvenirs, cette journ\u00e9e sera rythm\u00e9e par des exc\u00e8s de col\u00e8re, des larmes mais provoquera aussi des rires chez les spectateurs gr\u00e2ce aux interminables et maladroites digressions d\u2019Antoine, le mari d\u2019H\u00e9l\u00e8ne. Car H\u00e9l\u00e8ne et Paul ne sont pas venus seuls&nbsp;: leur famille les accompagne.<\/p>\n\n\n\n<p>Paul s\u2019est mari\u00e9&nbsp;; cependant, il vit continuellement avec le spectre d\u2019H\u00e9l\u00e8ne, obligeant sa femme Anne \u00e0 conna\u00eetre les moindres d\u00e9tails sur la vie de cette rivale fant\u00f4me. Et H\u00e9l\u00e8ne ne parvient pas \u00e0 entretenir des rapports sains avec sa fille Lise, celle-ci \u00e9tant troubl\u00e9e par le v\u00e9cu turbulent de sa m\u00e8re, suscitant chez elle un grand nombre de questions li\u00e9es \u00e0 ses origines. Enfin Pierre, toujours seul, n\u2019a pas r\u00e9ussi \u00e0 quitter les lieux, affrontant quotidiennement les r\u00e9miniscences tant\u00f4t heureuses tant\u00f4t douloureuses s\u2019\u00e9chappant des murs. Ainsi, tous prisonniers de ce pass\u00e9, ils ne parviennent pas \u00e0 s\u2019en d\u00e9tacher pour vivre pleinement le pr\u00e9sent. Et c\u2019est bien l\u2019un des principaux probl\u00e8mes de notre soci\u00e9t\u00e9, remarque le metteur en sc\u00e8ne belge Michel Kacenelenbogen&nbsp;: \u00ab&nbsp;Notre vie est essentiellement faite d\u2019inqui\u00e9tudes, de questionnements, de m\u00e9moire pass\u00e9e et de projections dans le futur. On n\u2019arrive pas \u00e0 \u00eatre r\u00e9ellement dans le temps pr\u00e9sent et c\u2019est une des sources fondamentales de notre malheur&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La d\u00e9licatesse de l\u2019inexprim\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Entre silence et non-dits, questionnements et pr\u00e9misses d\u2019explication, l\u2019action semble avancer \u00e0 t\u00e2tons. Jamais d\u00e9velopp\u00e9s, les probl\u00e8mes ne sont qu\u2019effleur\u00e9s, laissant r\u00e9gner en ma\u00eetre l\u2019implicite. Le subtil texte de Jean-Luc Lagarce, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 du Sida en 1995 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de trente-huit ans, d\u00e9voile ici sans jamais r\u00e9v\u00e9ler compl\u00e8tement les failles de l\u2019\u00eatre humain. Avec vingt-cinq pi\u00e8ces, trois r\u00e9cits et un livret d\u2019op\u00e9ra, traduits dans vingt-cinq langues, Jean-Luc Lagarce est devenu l\u2019un des auteurs incontournables du th\u00e9\u00e2tre contemporain. <em>Derniers remords avant l\u2019oubli<\/em>, sans doute l\u2019une de ses \u0153uvres les plus connues, tend \u00e0 d\u00e9montrer qu\u2019il est bien plus ais\u00e9 de se s\u00e9parer d\u2019un objet que d\u2019un amour pass\u00e9, le tout dans une atmosph\u00e8re douce-am\u00e8re o\u00f9 un baiser pr\u00e9c\u00e8de une gifle. Belle et captivante d\u00e9monstration \u00e0 d\u00e9couvrir cet \u00e9t\u00e9 au Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Orangerie.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>16 juillet 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a title=\"Deborah Strebel\" href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/deborah-strebel\/\">Deborah Strebel<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>16 juillet 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a title=\"Alice Bottarelli\" href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/alice-bottarelli\/\">Alice Bottarelli<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La valse aux amours anciennes<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"591\" height=\"394\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/07\/derniers_49.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-9727\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/07\/derniers_49.jpg 591w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/07\/derniers_49-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/07\/derniers_49-300x200.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 591px) 100vw, 591px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 A. Rebetez<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong><em>Six personnages nerveux, debout et raidis, dans le vide du d\u00e9cor. La pi\u00e8ce s\u2019ouvre sur un malaise latent, persistant, que les premi\u00e8res paroles de bienvenue ne font rien pour dissiper. La journ\u00e9e est belle, oui, la maison aussi, l\u2019air de la campagne devrait faire du bien aux convives venus de la ville. Mais \u00e7a fait longtemps, depuis qu\u2019on s\u2019est vus la derni\u00e8re fois, et on ne sait pas par o\u00f9 commencer, ce qu\u2019il faut dire vraiment, on est \u00e0 fleur de peau, la route a \u00e9t\u00e9 longue, fatigante, on s\u2019agace vite, les reproches se mettent \u00e0 fuser\u2026<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Trio tendu<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>H\u00e9l\u00e8ne est venue avec son mari, l\u2019agent commercial en complet bleu, et son adolescente de fille en collants r\u00e2p\u00e9s et minishort en jeans. Paul a fait en sorte d\u2019\u00eatre accompagn\u00e9 de sa femme bien sagement v\u00eatue, cheveux tir\u00e9s et pas l\u2019ombre d\u2019un d\u00e9collet\u00e9. Pierre, lui, est seul pour les accueillir au centre de la pi\u00e8ce. Ils se sont r\u00e9unis pour r\u00e9gler des histoires d\u2019argent, vendre la propri\u00e9t\u00e9, se d\u00e9barrasser de cette maison pleine de souvenirs enlis\u00e9s dans le silence. Ce silence tellement plombant, collant. Dont il faut sans cesse se d\u00e9p\u00eatrer, d\u00e8s qu\u2019on ouvre la bouche. Qu\u2019on comble par de longues diatribes pleines de vides, par d\u2019incessantes reformulations, des parenth\u00e8ses qui ne m\u00e8nent nulle part, des pr\u00e9cisions qui ne pr\u00e9cisent rien. Il faut bien \u00e9tablir le contact, faire mine de communiquer, nous sommes entre gens civilis\u00e9s. Mais les choses, les relations, les personnages,&nbsp; sous leurs dehors lisses et polis, sont loin d\u2019\u00eatre tendres.<\/p>\n\n\n\n<p>La composition de base se comprend vite&nbsp;: un ancien m\u00e9nage \u00e0 trois, fond\u00e9 par un bel enthousiasme post-soixante-huitard. Le r\u00eave dissous d&rsquo;un amour marginal v\u00e9cu dans les verts p\u00e2turages, \u00e0 l\u2019\u00e9cart des m\u00e9disances citadines, dans une pleine libert\u00e9 et l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de m\u0153urs. H\u00e9l\u00e8ne, Paul et Pierre, il y a vingt ans de cela, s\u2019aimaient sans gravit\u00e9. Leur idylle pastorale prenant fin, ils s\u2019en sont all\u00e9s chacun de leur c\u00f4t\u00e9, refaire leur vie avec plus ou moins de succ\u00e8s. Il est temps maintenant de signer la fin de cette \u00e9poque au bas d\u2019un contrat de vente. Mettre la cl\u00e9 sous le paillasson du pass\u00e9, et entretenir la jolie fa\u00e7ade d\u2019aujourd\u2019hui. Bien s\u00fbr, chacun sait d\u2019avance que les autres vont \u00ab&nbsp;faire des difficult\u00e9s&nbsp;\u00bb. Alors, sans m\u00eame l\u2019irruption d\u2019un \u00e9v\u00e9nement d\u00e9clencheur, commencent \u00e0 s\u2019encha\u00eener les ranc\u0153urs mal exprim\u00e9es, les accusations injustifi\u00e9es, les paroles de travers. Autour d\u2019elles flottent les trois personnages ext\u00e9rieurs au trio des anciens amants, Antoine, la jeune Lise, et Anne. Eux sont les victimes involontaires des tensions latentes qui \u00e9lectrisent la pi\u00e8ce. Ils tentent de r\u00e9sister \u00e0 ce sentiment d\u2019incompr\u00e9hension, d\u2019exclusion, qui mine leur rapport aux autres. En vain.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une danse a\u00e9rienne qui prend l\u2019eau<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Trois femmes, trois hommes, un triangle amoureux autour duquel gravitent les personnages secondaires&nbsp;: les figures s\u2019\u00e9changent, se meuvent, s\u2019entrecroisent comme au fil d\u2019un ballet. La sc\u00e9nographie traduit cette sensation de voltige, all\u00e8ge la succession fig\u00e9e des dialogues. Une sc\u00e8ne sur\u00e9lev\u00e9e, en forme de trap\u00e8ze, entour\u00e9e par des murs sur lesquels sont projet\u00e9s des nuages&nbsp;: cet espace en suspension, d\u00e9pouill\u00e9, offre aux com\u00e9diens une piste de danse (ou, suivant les moments, une piste de combat, d\u2019escrime ou de lutte), une estrade o\u00f9 ils \u00e9voluent souplement, se pla\u00e7ant dans l\u2019ombre des bords en absents muets, ou sous les lumi\u00e8res lorsque leur tour est venu de se confronter \u00e0 un partenaire. Cette construction \u00e0 g\u00e9om\u00e9trie variable semble donc laisser libre cours \u00e0 l\u2019inattendu, s\u2019ouvrir \u00e0 bien des possibles. Mais rien n\u2019est laiss\u00e9 au hasard dans cette mise en sc\u00e8ne en perp\u00e9tuelle tension, car chaque interaction demeure minutieusement chor\u00e9graphi\u00e9e. Les mouvements sont mesur\u00e9s, les corps souvent statiques durant les dialogues. Tout concorde d\u00e8s lors \u00e0 rendre cette impression d\u2019enferment et de poids que le texte laisse planer. Comme si les personnages \u00e9taient confin\u00e9s dans leur corps, leur habillement st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9, l\u2019image qu\u2019on projette sur eux et qu\u2019ils renvoient de plus belle, Anne en m\u00e9nag\u00e8re sans originalit\u00e9, H\u00e9l\u00e8ne en s\u00e9ductrice ayant pris de l\u2019\u00e2ge, talons et robe rouges, Pierre avec son pull \u00e0 col roul\u00e9 de vieux prof de litt\u00e9rature. Comme si leurs tentatives pour \u00e9chapper \u00e0 la gravit\u00e9, par l\u2019humour ou le cynisme, les grossi\u00e8ret\u00e9s jet\u00e9es comme des riens, ne faisaient que les river de plus belle \u00e0 leurs petits calculs de bourgeois sans gloire. Et les nuages sur les murs s\u2019assombrissent et se chargent de pluie, ramenant \u00e0 la lourdeur concr\u00e8te du quotidien leur d\u00e9sir d\u2019\u00e9l\u00e9vation d\u2019autrefois.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Donner corps avant l\u2019oubli<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Tel est le sort de ces amants d\u2019un autre temps, qui se retrouvent emp\u00eatr\u00e9s dans les restes d\u2019un pass\u00e9 nimb\u00e9 d\u2019or, puis abhorr\u00e9, sans savoir comment s\u2019en extirper d\u00e9sormais. Cette m\u00e9lancolie impossible, cette platitude rageuse des retrouvailles sans \u00e9lan, la musique les rappelle sans cesse, r\u00e9p\u00e9titive et monotone. Le travail de Michel Kacenelenbogen, qui r\u00e9unit une troupe belgo-suisse sur les planches, \u00e0 Bruxelles puis \u00e0 Gen\u00e8ve, donne \u00e0 la pi\u00e8ce coh\u00e9rence et unit\u00e9. Les acteurs ancrent chaque personnage dans un r\u00f4le bien d\u00e9fini, tenu \u00e0 travers toute l\u2019intrigue. Les diverses relations&nbsp; qu\u2019ils explorent sont fines, r\u00e9fl\u00e9chies. Sur sc\u00e8ne, la pi\u00e8ce prend corps, tient le spectateur d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre par son \u00e9quilibre et son rythme.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 tout, le texte peine \u00e0 prendre son envol.L\u2019\u00e9criture de Jean-Luc Lagarce, lou\u00e9 comme un \u00ab&nbsp;classique contemporain&nbsp;\u00bb,&nbsp; se r\u00e9v\u00e8le \u00e0 vrai dire parfois verbeuse et dat\u00e9e. Sa pi\u00e8ce, pourtant l\u2019une des plus connues, pourra para\u00eetre d\u00e9pourvue d\u2019enjeux significatifs, au-del\u00e0 de l\u2019intrigue peu engageante du partage d\u2019une propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re entre des riches de bonne famille, autrefois insoucieux des convenances, mais d\u00e9sormais rang\u00e9s. Un drame bourgeois sans drame. La contemporan\u00e9it\u00e9 du texte n\u2019est donc pas si frappante que cela, si ce n\u2019est par sa fa\u00e7on de niveler les enjeux et les hi\u00e9rarchies, d\u2019aplatir les probl\u00e9matiques et les valeurs au point que malgr\u00e9 la gravit\u00e9 apparente de la situation, rien ne semble v\u00e9ritablement compter aux yeux des personnages. Cet effritement du sens se confirme par une fin sans r\u00e9v\u00e9lation quelconque, sans retournement, sans r\u00e9solution. Certains tics d\u2019\u00e9criture rendent par ailleurs le fonctionnement du texte parfois syst\u00e9matique (par exemple, la plupart des dialogues commencent avec une longue diatribe d\u2019un personnage g\u00ean\u00e9 par le silence de son interlocuteur). Il n\u2019en reste pas moins que Lagarce met sur pied des relations adroites entre ses personnages, s\u00e9duit par des r\u00e9pliques ing\u00e9nieuses et ac\u00e9r\u00e9es. Gr\u00e2ce \u00e0 la justesse de jeu des com\u00e9diens et une mise en sc\u00e8ne qui adh\u00e8re au texte et exploite pleinement les subtilit\u00e9s qu\u2019il a \u00e0 offrir, <em>Derniers remords avant l\u2019oubli<\/em> prend vie au milieu des cieux de la sc\u00e8ne. \u00c0 d\u00e9couvrir dans le d\u00e9cor verdoyant du th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Orangerie qui, avant m\u00eame de monter dans la salle, invite le spectateur \u00e0 se plonger dans une d\u00e9licieuse atmosph\u00e8re de jardin \u00e0 la campagne.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>16 juillet 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a title=\"Alice Bottarelli\" href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/alice-bottarelli\/\">Alice Bottarelli<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p><a title=\"Th\u00e9\u00e2tre de l'Orangerie\" href=\"https:\/\/www.theatreorangerie.ch\/programme\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>de Jean-Luc Lagarce \/ mise en sc\u00e8ne Michel Kacenelenbogen \/ au Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Orangerie \u00e0 Gen\u00e8ve \/ du 16 au 26 juillet 2014 \/ Critiques par Deborah Strebel et Alice Bottarelli.<\/p>\n","protected":false},"author":1420,"featured_media":9726,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,124],"tags":[20,31],"class_list":["post-4806","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-orangerie","tag-alice-bottarelli","tag-deborah-strebel"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4806","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1420"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4806"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4806\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":21690,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4806\/revisions\/21690"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/9726"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4806"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4806"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4806"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}