{"id":4228,"date":"2014-03-19T09:02:32","date_gmt":"2014-03-19T08:02:32","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=4228"},"modified":"2025-02-10T13:54:11","modified_gmt":"2025-02-10T12:54:11","slug":"seule","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2014\/03\/seule\/","title":{"rendered":"Seule la mer"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Seule la mer<\/h2>\n\n\n<p>d\u2019Amos Oz \/ mise en sc\u00e8ne Denis Maillefer \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \u00e0 Lausanne \/ du 18 mars au 23 mars 2014 \/ Critiques par Cecilia Galindo, Alice Bottarelli et Aitor Gosende Cruces.<\/p>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>19 mars 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/cecilia-galindo\/\">Cecilia Galindo<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Ensemble dans la solitude<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"607\" height=\"406\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/seule_2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-9669\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/seule_2.jpg 607w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/seule_2-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/seule_2-300x200.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 607px) 100vw, 607px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Catherine Monney<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong><em>Sensuelle, dr\u00f4le, \u00e9mouvante et d\u2019un esth\u00e9tisme troublant: la derni\u00e8re mise en sc\u00e8ne du vaudois Denis Maillefer, d\u2019apr\u00e8s&nbsp;<\/em>Seule la mer<em>&nbsp;d\u2019Amos Oz, a submerg\u00e9 le public du Th\u00e9\u00e2tre de Vidy, apr\u00e8s celui des Halles de Sierre. Un succ\u00e8s pour la premi\u00e8re lausannoise.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Sur le plateau, une structure blanche et immobile rejoint presque le plafond. Tout en bas, une musicienne, qui s\u2019empare de sa guitare pour d\u00e9clencher par une m\u00e9lodie rythm\u00e9e l\u2019ouverture de la structure, sur laquelle des pieds, des jambes puis des t\u00eates apparaissent. Comme des individus r\u00e9unis dans un tableau, les personnages de la pi\u00e8ce sont peu \u00e0 peu r\u00e9v\u00e9l\u00e9s dans&nbsp; ce cadre rectangulaire, face au public. \u00ab&nbsp;Bonsoir&nbsp;!&nbsp;\u00bb d\u00e9clare l\u2019un d\u2019eux, obtenant en retour des r\u00e9ponses timides \u00e9parpill\u00e9es dans la salle. Il est le narrateur. Il va pr\u00e9senter chacun des personnages, susciter quelques rires, et ne quittera plus la sc\u00e8ne jusqu\u2019\u00e0 la fin du spectacle.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019histoire qu\u2019il raconte commence par un deuil&nbsp;: Albert, habitant de Bat-Yam (Tel-Aviv), a perdu il y a peu sa femme Nadia, emport\u00e9e par un cancer des ovaires. Leur fils, Rico, est parti au Tibet en laissant derri\u00e8re lui son p\u00e8re et sa petite amie, Dita. Celle-ci attire les regards du producteur maladroit Doubi Dombrov, de Guigui et d\u2019Albert aussi. Lorsque, encourag\u00e9e par Rico, Dita emm\u00e9nage chez Albert, la voisine Bettine se pose des questions. Pendant ce temps-l\u00e0, au Tibet, Rico se r\u00e9fugie dans les bras de Maria, une nonne devenue prostitu\u00e9e. Une histoire &nbsp;d\u2019\u00e2mes esseul\u00e9es qui se rencontrent et se quittent.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Du texte \u00e0 la sc\u00e8ne<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour l\u2019adaptation sc\u00e9nique du texte d\u2019Amos Oz (publi\u00e9 en 1999, puis en 2002 dans sa traduction fran\u00e7aise), Denis Maillefer, cofondateur de l\u2019association Th\u00e9\u00e2tre en Flammes et codirecteur du Th\u00e9\u00e2tre Les Halles de Sierre, a collabor\u00e9 avec Marie-C\u00e9cile Ouakil. Ensemble, ils n\u2019ont pas cherch\u00e9 \u00e0 reconstituer l\u2019intrigue mais ont conserv\u00e9 l\u2019aspect fragmentaire, qui fait la particularit\u00e9 de ce roman inclassable. En effet, l\u2019auteur isra\u00e9lien construit son texte comme un recueil de po\u00e8mes en prose, dans lequel des sc\u00e8nes de vie et des points de vue divers se succ\u00e8dent. Ce d\u00e9coupage est donc rest\u00e9 explicite dans la mise en sc\u00e8ne de Maillefer, notamment gr\u00e2ce \u00e0 la projection du titre de chaque chapitre sur les parois claires du d\u00e9cor. \u00ab&nbsp;Un chat&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Un oiseau&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Coordonn\u00e9es&nbsp;\u00bb et ainsi de suite&nbsp;: les personnages vont, viennent, restent immobiles un instant, et font cohabiter diff\u00e9rents lieux sur la sc\u00e8ne qui les recueille en son sein, comme le livre accueille sur la m\u00eame page l\u2019air du Tibet et le parfum sal\u00e9 de la mer. Dans le passage du texte \u00e0 la sc\u00e8ne, le narrateur a lui aussi gard\u00e9 une place privil\u00e9gi\u00e9e puisqu\u2019il occupe continuellement l\u2019espace et interagit m\u00eame avec les personnages de son histoire, comme c\u2019est le cas dans l\u2019original. La litt\u00e9rarit\u00e9 est donc tr\u00e8s pr\u00e9sente, ce qui permet au spectateur de recevoir ce spectacle non pas comme une transposition sc\u00e9nique d\u2019un roman mais bien comme une forme de reproduction de l\u2019\u0153uvre romanesque elle-m\u00eame. Mais pour Amos Oz,&nbsp;<em>Seule la mer<\/em>&nbsp;est aussi une \u00ab&nbsp;pi\u00e8ce de musique&nbsp;\u00bb, dont les syllabes h\u00e9bra\u00efques sont les notes. A d\u00e9faut de pouvoir rendre un peu de cette musicalit\u00e9 \u00e0 travers le texte fran\u00e7ais, Maillefer inclut un nouveau personnage, celui de la musicienne et chanteuse Billie Bird, qui sublimera le spectacle de sa voix et ses accords de guitare.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une mise en sc\u00e8ne esth\u00e9tique et soign\u00e9e<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans son apparence tr\u00e8s structur\u00e9e, la mise en sc\u00e8ne n\u2019a rien de statique, en particulier gr\u00e2ce \u00e0 une sc\u00e9nographie mobile et anim\u00e9e. Par l\u2019usage de parois coulissantes, munies de persiennes, les com\u00e9diens \u00e9largissent, d\u00e9coupent ou rapetissent le cadre dans lequel ils jouent et se d\u00e9voilent&nbsp;: une dynamique \u00e0 l\u2019horizontale qui apporte un aspect graphique et ma\u00eetris\u00e9, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ce rectangle qui entoure l\u2019espace de jeu. Mais il arrive que l\u2019on sorte de ce cadre bien d\u00e9fini, comme lorsqu\u2019un verre chute et se brise sur le plateau ou lorsqu\u2019un personnage dispara\u00eet d\u2019un saut dans le vide, derri\u00e8re le d\u00e9cor. Sur ce d\u00e9cor, neutre \u00e0 premi\u00e8re vue, sont aussi projet\u00e9es de belles images : des montagnes enneig\u00e9es lorsque Rico prend la parole, la fa\u00e7ade d\u2019un immeuble ou la mer lorsqu\u2019Albert s\u2019exprime, puis le visage de la m\u00e8re, Nadia, dont les mots tendres et f\u00e9briles sont l\u00e2ch\u00e9s avec une authenticit\u00e9 qui ne laisse pas insensible. Elle interviendra \u00e0 plusieurs reprises, tant\u00f4t comme figure du pass\u00e9, tant\u00f4t comme figure du pr\u00e9sent, avec une voix fant\u00f4me. Les projections constituent alors une force dans cette mise en sc\u00e8ne, emmenant d\u00e9finitivement la pi\u00e8ce dans un univers pictural et cin\u00e9matographique.<\/p>\n\n\n\n<p>La sc\u00e9nographie, sign\u00e9e Yangalie Kohlbrenner, nous propulse dans les hauteurs, les com\u00e9diens incarnent les personnages d\u2019Amos Oz avec un naturel \u00e9vident et la musique transporte l\u2019\u00e2me. On l\u2019aura devin\u00e9, le dernier spectacle de Denis Maillefer est un plaisir pour les yeux et les oreilles. A voir absolument \u00e0 Vidy jusqu\u2019au 23 mars.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>19 mars 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/cecilia-galindo\/\">Cecilia Galindo<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>19 mars 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/alice-bottarelli\/\">Alice Bottarelli<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Au gr\u00e9 de la po\u00e9sie du magicien Oz<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"609\" height=\"407\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/seule_3.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-9670\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/seule_3.jpg 609w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/seule_3-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/seule_3-300x200.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 609px) 100vw, 609px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Catherine Monney<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong><em>Un vague flottement, un \u00e9tourdissement apais\u00e9, c\u2019est un peu la sensation qui nous habite au sortir de&nbsp;<\/em>Seule la mer,&nbsp;<em>adaptation \u00e9l\u00e9gante du roman d\u2019Amos Oz. La mise en sc\u00e8ne de Denis Maillefer &nbsp;rend \u00e0 merveille la douceur et la cruaut\u00e9 de vivre que le roman d\u00e9gage, la tendresse et les solitudes ressenties par les personnages. Tant\u00f4t berc\u00e9s par la mer qui tangue ou les flocons qui tombent, tant\u00f4t aval\u00e9s par l\u2019\u00e9l\u00e9vation des cimes ou l\u2019opacit\u00e9 grise de l\u2019eau, h\u00e9ros et spectateurs sont gagn\u00e9s par l\u2019envie de plonger dans l\u2019irrationalit\u00e9 des vies d\u2019autrui, et de se laisser porter par la leur. On y vogue avec abandon\u2026<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Plus que des mots, ce sont surtout des souvenirs visuels et musicaux qui resteront \u00e0 l\u2019esprit&nbsp;: les mille allures de la mer sous des lumi\u00e8res de toutes saisons, des notes de guitare dans un air vesp\u00e9ral\u2026 La sc\u00e9nographie tr\u00e8s soign\u00e9e propos\u00e9e par Denis Maillefer, metteur en sc\u00e8ne aguerri de l\u2019association Th\u00e9\u00e2tre en Flammes, loin de diluer en l\u2019att\u00e9nuant le texte de l\u2019auteur isra\u00e9lien Amos Oz, lui donne toute l\u2019ampleur d\u2019un po\u00e8me v\u00e9cu, vivifi\u00e9 et revitalisant. Dans le d\u00e9cor et les corps qu\u2019habitent les dix acteurs, dans leurs tensions et leurs harmonies, le texte s\u2019incarne et prend souffle d\u00e9licatement, avec charme, profondeur.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>De la M\u00e9diterran\u00e9e \u00e0 l\u2019Himalaya : une sc\u00e8ne suspendue entre creux et cr\u00eates<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La salle est bond\u00e9e car la r\u00e9putation de&nbsp;<em>Seule la mer<\/em>&nbsp;l\u2019a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e, si bien que les places libres sont d\u00e9sormais au fond, et que l\u2019on s\u2019attend \u00e0 devoir plisser les yeux sur la sc\u00e8ne en contrebas durant tout le spectacle. Or d\u00e8s le lever du rideau, on est soudain surpris de d\u00e9couvrir les com\u00e9diens non pas \u00e0 nos pieds, mais perch\u00e9s \u00e0 deux ou trois m\u00e8tres sur cette sc\u00e8ne, align\u00e9s, immobiles, sur une bande enclav\u00e9e dans une paroi lisse, comme derri\u00e8re une large baie vitr\u00e9e au premier \u00e9tage d\u2019une maison. Il y a quelque chose de cin\u00e9matographique \u00e0 cette fen\u00eatre qui s\u2019ouvre sur huit silhouettes sto\u00efques comme des mannequins dans une vitrine. Le narrateur, qui sera \u00e0 la fois personnage avec lequel les autres com\u00e9diens conversent, et auteur, qui les teintera de son regard pour les int\u00e9grer au r\u00e9cit qu\u2019il r\u00e9dige, nous les pr\u00e9sente.<\/p>\n\n\n\n<p>Rico, semi-orphelin depuis peu, a quitt\u00e9 son Isra\u00ebl natal pour partir au Tibet \u00e0 la recherche de son identit\u00e9, ou d\u2019une renaissance. Dita, sa s\u00e9duisante petite amie, certainement plus charmeuse qu\u2019elle ne le sait elle-m\u00eame, d\u00e9barque un jour chez Albert, le p\u00e8re veuf de Rico, dont elle bouleverse peu \u00e0 peu l\u2019existence terne et esseul\u00e9e. Entre leurs deux p\u00f4les, entre ses errances de jeune homme parmi les neiges et les silences solides des plus hauts sommets de la terre, et ses errances \u00e0 elle, parmi les hommes qu\u2019elle \u00e9meut de sa belle arrogance, &nbsp;s\u2019\u00e9gr\u00e8nent les autres personnages. Leurs histoires sont denses et fragiles. Guigui, un amateur de BMW macho et narcissique, couche avec Dita en l\u2019absence de Rico. Doubi Dombrov, producteur de films hypocondriaque, path\u00e9tique et particuli\u00e8rement d\u00e9cal\u00e9, en r\u00eaverait. Albert aussi, dont l\u2019amie Bettine essaie de le distraire du magn\u00e9tisme de la jeune femme. Et Rico, pendant ce temps-l\u00e0, baise les pieds de Maria, nonne d\u00e9froqu\u00e9e devenue prostitu\u00e9e \u00e0 Katmandou. Tous sont mus par des d\u00e9sirs qui semblent inavouables, ou parfois juste inavou\u00e9s. Des d\u00e9sirs d\u2019unit\u00e9, d\u2019union avec les autres, le monde. Amos Oz le voyait bien ainsi&nbsp;: ses personnages \u00ab&nbsp;essayent sans cesse de se p\u00e9n\u00e9trer, \u00e9motionnellement, sexuellement. Alors qu\u2019ils se tiennent dans des endroits, des continents et des temps diff\u00e9rents, ils sont unis par une communion mystique et tr\u00e8s \u00e9rotique qui inclut non seulement les personnes mais la mer, les collines et l\u2019air aussi.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Cette mer et ces collines, ou plut\u00f4t ces montagnes, offrent deux espaces dont la vastitude fascine, car leurs images \u00e0 la fois famili\u00e8res et d\u00e9paysantes sont projet\u00e9es sur les murs, derri\u00e8re les personnages et tout autour d\u2019eux. La cl\u00e9 de la r\u00e9ussite de cette mise en sc\u00e8ne est l\u00e0, dans ces films et photos qui se d\u00e9ploient sur le fond de cette bande de sc\u00e8ne haut perch\u00e9e o\u00f9 jouent les com\u00e9diens, et simultan\u00e9ment sur la paroi qui l\u2019encadre. Des stores coulissants permettent de moduler cette zone pari\u00e9tale, faisant \u00e9cran ou s\u2019ouvrant \u00e0 la transparence, proposant des variations intelligentes et tr\u00e8s esth\u00e9tiques dans la sc\u00e9nographie. L\u2019effet visuel global, sa coh\u00e9rence, sont indescriptibles&nbsp;: chaque sc\u00e8ne offre la possibilit\u00e9 d\u2019un tableau, et le d\u00e9cor mouvant donne au spectateur le loisir de s\u2019immerger dans une attitude contemplative. Parfois surgit le magnifique visage de Nadia, la m\u00e8re de Rico d\u00e9c\u00e9d\u00e9e d\u2019un cancer, qui savoure ses derni\u00e8res sensations et parle \u00e0 son fils par-del\u00e0 toutes fronti\u00e8res, y compris celle de la mort. De Tel-Aviv au Tibet, on se laisse irr\u00e9sistiblement absorber par le tangage de la mer et l\u2019\u00e9cho dans les glaciers.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Au fil d\u2019une m\u00e9lodie m\u00e9lancolique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9cho, c\u2019est aussi celui de quelques notes de piano, \u00e9gren\u00e9es telles un&nbsp;<em>leitmotiv<\/em>&nbsp;nostalgique au fil de la pi\u00e8ce. C\u2019est \u00e9galement la voix a\u00e9rienne de Billie Bird, chanteuse lausannoise qui ajoute \u00e0 la beaut\u00e9 parfois triste et solitaire des grands espaces, et \u00e0 celle du texte, la douceur grave de sa guitare et de ses chants. Voici certainement la deuxi\u00e8me cl\u00e9 de r\u00e9ussite de cette adaptation th\u00e9\u00e2trale qui m\u00eale les saveurs. En \u00e9crivant&nbsp;<em>Seule la mer,&nbsp;<\/em>Oz mentionnait avoir surtout \u00ab&nbsp;travaill\u00e9 sur le son, syllabe apr\u00e8s syllabe parfois, cherchant l\u2019acoustique, observant l\u2019\u00e9cho&nbsp;\u00bb. C\u2019est \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 63 ans qu\u2019il publie son roman, en 2002. Un roman qui fusionne avec le po\u00e8me en prose, et dont l\u2019auteur disait, en r\u00e9ponse \u00e0 la question de la \u00ab&nbsp;postmodernit\u00e9&nbsp;\u00bb de son texte&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je pense, au contraire, que mon roman est pr\u00e9archa\u00efque, du c\u00f4t\u00e9 de la Bible, des trag\u00e9dies grecques et des ballades de troubadours. Pr\u00e9archa\u00efque, cela veut dire que les histoires sont m\u00eal\u00e9es, parfois dites, parfois chant\u00e9es.&nbsp;\u00bb Ces voix qui s\u2019entrelacent, le metteur en sc\u00e8ne et les com\u00e9diens leur donnent une r\u00e9sonance toute po\u00e9tique, un corps vibrant. L\u2019ensemble s\u2019accorde et s\u2019allie admirablement, m\u00eame si les 2h15 de spectacle requi\u00e8rent du public un l\u00e2cher-prise, un laisser-aller dans le courant de ces sensations et histoires de vies qui nous emportent vers un ailleurs pas si lointain. Amos Oz disait \u00ab&nbsp;\u00e9prouver un amour infini pour le banal&nbsp;\u00bb, et Denis Maillefer d\u00e9crivait \u00e0 la radio&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ce sont des gens qui se croisent, qui se voient sur un balcon pour \u00e9viter de parler d\u2019amour en ne parlant que de \u00e7a, pour faire tr\u00e8s attention \u00e0 ne pas parler de d\u00e9sir parce qu\u2019ils en sont pleinement remplis, pour \u00e9viter de parler de ce qui f\u00e2che parce que \u00e7a les f\u00e2cherait et qu\u2019ils ne le veulent pas forc\u00e9ment. Au fond tout \u00e7a est extr\u00eamement ordinaire&nbsp;; et comme Oz est un grand \u00e9crivain, extr\u00eamement extraordinaire et touchant.&nbsp;\u00bb N\u2019h\u00e9sitez pas \u00e0 aller d\u00e9guster cette petite friandise po\u00e9tique&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>19 mars 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/alice-bottarelli\/\">Alice Bottarelli<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>19 mars 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/aitor-gosende\/\">Aitor Gosende Cruces<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Seuls ensemble<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"609\" height=\"407\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/seule_4.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-9671\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/seule_4.jpg 609w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/seule_4-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/seule_4-300x200.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 609px) 100vw, 609px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Catherine Monney<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong><em>Une mise en sc\u00e8ne astucieuse pour un effet po\u00e9tique fascinant,&nbsp;<\/em>Seule la mer<em>, roman d\u2019Amos Oz adapt\u00e9 par le lausannois Denis Maillefer, est \u00e0 contempler jusqu\u2019au 23 mars au Th\u00e9\u00e2tre de Vidy. Un spectacle de deux heures et quart pendant lesquelles vous traverserez le monde, de Bat-Yam \u00e0 Katmandu \u2013 et la vie, du d\u00e9sir \u00e0 la m\u00e9lancolie.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les personnages sont d\u2019abord pr\u00e9sent\u00e9s par le narrateur, jou\u00e9 par Pierre-Isa\u00efe Duc. Introduction bienvenue puisqu\u2019ils ne sont pas moins de dix com\u00e9diens, chacun \u00e9tant d\u00e9crit en fonction du lien qui le relie \u00e0 un autre personnage&nbsp;: Albert est le p\u00e8re de Rico, ce dernier est le petit ami de Dita, celle-ci le trompe avec Guigui, et ainsi de suite. Puis la lumi\u00e8re se tamise, la plupart de ces figures s\u2019\u00e9chappent en coulisses, seuls restent le narrateur et Albert, le personnage central, interpr\u00e9t\u00e9 par Roberto Molo. Soudain, la mer jaillit, dans une image projet\u00e9e qui envahit la totalit\u00e9 de la sc\u00e8ne, des vagues submergent les deux silhouettes. Sur la partie sup\u00e9rieure appara\u00eet le titre du premier chapitre. En m\u00eame temps, une musique s\u2019\u00e9l\u00e8ve de la partie inf\u00e9rieure&nbsp;: il s\u2019agit de Billie Bird, de son vrai nom Elodie Romain, au chant et \u00e0 la guitare. Entour\u00e9e et renforc\u00e9e par tous ces \u00e9l\u00e9ments, la voix du narrateur commence le r\u00e9cit.<\/p>\n\n\n\n<p>La sc\u00e8ne se d\u00e9roule \u00e0 Bat-Yam, petite ville situ\u00e9e sur la c\u00f4te m\u00e9diterran\u00e9enne d\u2019Isra\u00ebl. Albert a enterr\u00e9 sa femme, Nadia, quelques jours auparavant. Maintenant, son fils lui annonce son d\u00e9part au Tibet, sans trop savoir ce qu\u2019il va y faire. Son p\u00e8re reste seul, il pense \u00e0 son \u00e9pouse d\u00e9c\u00e9d\u00e9e. Or celle-ci pense aussi \u00e0 lui. Projet\u00e9 sur toute la hauteur de la sc\u00e8ne, le visage de Nadia s\u2019anime et \u00e9gr\u00e8ne ses souvenirs et ses regrets. Le recours \u00e0 ce dispositif sc\u00e9nique sert admirablement la pi\u00e8ce&nbsp;: il permet de donner la parole \u00e0 un personnage d\u00e9funt en le distinguant physiquement des vivants. Il d\u00e9mat\u00e9rialise Nadia, sans pour autant r\u00e9duire son importance. Bien au contraire, son visage de trois m\u00e8tres lui conf\u00e8re une puissance unique et \u00e9tonnante.<\/p>\n\n\n\n<p>Le spectacle de Denis Maillefer suscite \u00e0 plusieurs reprises l\u2019\u00e9bahissement des spectateurs. Quand Rico, interpr\u00e9t\u00e9 par C\u00e9dric Leproust (vu \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e pass\u00e9e dans son intense cr\u00e9ation&nbsp;<em>Nous Souviendrons Nous<\/em>), lit la carte postale qu\u2019il va envoyer \u00e0 son p\u00e8re ou \u00e0 Dita depuis les montagnes himalayennes, sa voix se fait entendre avec de l\u2019\u00e9cho, comme s\u2019il se trouvait r\u00e9ellement au milieu des cha\u00eenes n\u00e9palaises. C\u2019est au pied de ces sommets qu\u2019il rencontre Maria, une ancienne nonne portugaise devenue prostitu\u00e9e. Il se sent seul et les bras de cette femme lui rappellent l\u2019\u00e9treinte maternelle. Au m\u00eame moment, Dita, son amie rest\u00e9e en Isra\u00ebl, s\u2019installe chez son p\u00e8re, suscitant chez ce dernier un d\u00e9sir coupable. Explorant sans compromis la diversit\u00e9 des sentiments humains,&nbsp;<em>Seule la mer<\/em>&nbsp;se pr\u00e9sente comme un hymne \u00e0 la vie dans toute sa complexit\u00e9 et sa m\u00e9lancolie. Le ressac de la solitude renvoie sans cesse les personnages \u00e0 la qu\u00eate d\u2019une pr\u00e9sence humaine, en esp\u00e9rant que celle-ci soit bienveillante.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019adaptation du roman d\u2019Amos Oz conf\u00e8re une charge po\u00e9tique nouvelle au r\u00e9cit. Les personnages dansent sur l\u2019\u00e9cume de la mer ou sous les flocons des sommets asiatiques, mais au Bhoutan ou \u00e0 Bat-Yam, l\u2019ombre de la solitude les guette. La voix \u00e9th\u00e9r\u00e9e d\u2019Elodie Romain enveloppe ces rencontres fragiles, fascinantes par leur \u00e9quilibre temporaire. A voir, \u00e0 \u00e9couter et, surtout, \u00e0 ressentir au Th\u00e9\u00e2tre de Vidy jusqu\u2019au dimanche 23 mars.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>19 mars 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/aitor-gosende\/\">Aitor Gosende Cruces<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.vidy.ch\/seule-la-mer\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle <\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>d\u2019Amos Oz \/ mise en sc\u00e8ne Denis Maillefer \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \u00e0 Lausanne \/ du 18 mars au 23 mars 2014 \/ Critiques par Cecilia Galindo, Alice Bottarelli et Aitor Gosende Cruces.<\/p>\n","protected":false},"author":1420,"featured_media":9671,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,2],"tags":[23,20,37],"class_list":["post-4228","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-de-vidy","tag-aitor-gosende","tag-alice-bottarelli","tag-cecilia-galindo"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4228","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1420"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4228"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4228\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":21723,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4228\/revisions\/21723"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/9671"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4228"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4228"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4228"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}