{"id":4100,"date":"2014-03-13T08:57:14","date_gmt":"2014-03-13T07:57:14","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=4100"},"modified":"2025-02-10T13:54:55","modified_gmt":"2025-02-10T12:54:55","slug":"couvre-feux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2014\/03\/couvre-feux\/","title":{"rendered":"Couvre-feux"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Couvre-feux<\/h2>\n\n\n<p>de Didier-Georges Gabily \/ mise en sc\u00e8ne et adaptation Ludovic Chazaud \u2013 la Cie Jeanne F\u00f6hn \/ Th\u00e9\u00e2tre La Grange de Dorigny \/ du 13 au 16 mars 2014 \/ Critiques par Sabrina Roh, Jehanne Denogent et Aline Kohler.\u00a0<\/p>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>13 mars 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/sabrina-roh\/\">Sabrina Roh<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Oranginae Melancholia<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"456\" height=\"800\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/couvre_3.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-9645\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/couvre_3.jpg 456w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/couvre_3-97x170.jpg 97w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/couvre_3-114x200.jpg 114w\" sizes=\"auto, (max-width: 456px) 100vw, 456px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Bier Chazaud<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong><em>Pour sa troisi\u00e8me mise en sc\u00e8ne, Ludovic Chazaud propose, \u00e0 la Grange de Dorigny, une adaptation du texte de Didier-Georges Gabily intitul\u00e9&nbsp;<\/em>Couvre-feux<em>. Une transposition r\u00e9ussie, en trois dimensions, d\u2019un r\u00e9cit fond\u00e9 sur un enchev\u00eatrement de temporalit\u00e9s.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u00f4t\u00e9 jardin, une table en formica, un Orangina et des poires au sirop. Un homme et une femme saluent le public alors qu\u2019une petite fille joue \u00e0 la marelle. Un v\u00e9ritable portrait de famille. Dans l\u2019obscurit\u00e9, les contours d\u2019un d\u00e9cor se dessinent. Un deuxi\u00e8me espace de jeu, une autre dimension, qui aura elle-m\u00eame ses propres dimensions. A la brechtienne, les deux adultes enfilent des perruques blondes :&nbsp;<em>back to the eighties<\/em>. C\u2019est parti pour un voyage spatio-temporel dans les profondeurs des souvenirs auxquels se m\u00eale l\u2019espoir d\u2019un futur meilleur.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un texte \u00e9crit \u00e0 la deuxi\u00e8me personne du singulier, publi\u00e9 en 1990, Didier-Georges Gabily projetait le lecteur dans les pens\u00e9es d\u2019un homme \u00e0 la d\u00e9rive. Un homme revenu \u00e0 la campagne pour l\u2019enterrement de sa grand-m\u00e8re. Un homme accompagn\u00e9 de sa fille qu\u2019il ne reverra plus. Face \u00e0 un tel texte, le lecteur est constamment confront\u00e9 \u00e0 l\u2019incertitude : o\u00f9 sommes nous ? Qui sont-ils ? Quand cela se passe-t-il ? Autant de questions qui semblent s\u2019\u00e9claircir, parfois, mais qui, finalement, gardent une grande part de myst\u00e8re. C\u2019est cette libert\u00e9 conf\u00e9r\u00e9e au lecteur que Ludovic Chazaud a souhait\u00e9 offrir au spectateur. Fra\u00eechement dipl\u00f4m\u00e9 de la Manufacture, ce jeune artiste signe avec&nbsp;<em>Couvre-feux<\/em>&nbsp;un spectacle attendrissant et visuellement \u00e9patant.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout de suite, le public est invit\u00e9 \u00e0 suivre les com\u00e9diens qui arpentent le sol d\u2019une imposante structure en bois. Ce d\u00e9cor, qui cr\u00e9e un espace de jeu sur la sc\u00e8ne elle-m\u00eame, multiplie les possibles. A la fois maison de l\u2019a\u00efeule, \u00e9glise et bords du fleuve, la structure labyrinthique \u00e9voque le p\u00e9riple du p\u00e8re et de son enfant. Ce lieu, qui fait penser \u00e0 l\u2019\u00e9pave d\u2019un bateau \u00e9chou\u00e9, offre \u00e0 la pi\u00e8ce des cachettes qui sont autant d\u2019endroits intimes : des espaces inaccessibles \u00e0 l\u2019\u0153il curieux du spectateur dans lesquels sont dites des choses interdites. L\u2019attirance d\u2019un p\u00e8re pour sa fille. Mais Ludovic Chazaud ne fait que glisser sur ces allusions \u00e0 un d\u00e9sir incestueux, afin de laisser place \u00e0 la multitude des autres richesses qu\u2019offre le texte de Didier-Georges Gabily.<\/p>\n\n\n\n<p>Si les com\u00e9diens plongent sans cesse dans les sous-sols du d\u00e9cor, le p\u00e8re s\u2019immerge aussi r\u00e9guli\u00e8rement dans ses souvenirs aux rep\u00e8res spatio-temporels propres : un \u00e9l\u00e9ment de plus qui brouille la chronologie des \u00e9v\u00e9nements. Les clins d\u2019\u0153il au pass\u00e9 sont souvent repr\u00e9sent\u00e9s derri\u00e8re un \u00e9cran, ce qui donne un effet brumeux aux sc\u00e8nes. Sur cet \u00e9cran appara\u00eet parfois la vid\u00e9o d\u2019un paysage qui d\u00e9file : v\u00e9ritable&nbsp;<em>road movie<\/em>&nbsp;dans le pass\u00e9. Mais ces souvenirs en sont-ils r\u00e9ellement ? Parfois \u2013 c\u2019est voulu \u2013 le texte ne colle pas avec ce qui est fait par les com\u00e9diens. Au spectateur alors de choisir : regarder ou \u00e9couter.<\/p>\n\n\n\n<p>Ecouter la multiplicit\u00e9 des voix narratives, plus nombreuses que les personnages sur sc\u00e8ne. Dans le texte de Didier-Georges Gabily, le r\u00e9cit se concentrait sur le duo du p\u00e8re et de son enfant. Or Ludovic Chazaud prend le parti d\u2019ajouter une femme. Avec une pointe d\u2019ironie dans la voix et une attitude lascive, Aline Papin incarne avec une grande justesse ce personnage qui ouvre une dimension suppl\u00e9mentaire dans l\u2019interpr\u00e9tation : est-ce la fillette devenue grande ? La m\u00e8re ? Les s\u0153urs ? Tant de questions auxquelles les r\u00e9ponses reviennent, encore une fois, au spectateur. Avec le p\u00e8re, la jeune femme entonne un r\u00e9cit \u00e0 deux voix o\u00f9 est transpos\u00e9 le discours de tous les personnages qui apparaissent dans le r\u00e9cit. Le changement de voix narrative est rendu par des changements d\u2019intonations. Ou pas. Le flou persiste donc. Reste la voix de la grand-m\u00e8re, une bande son qui se pose sur les propos du p\u00e8re, comme un chuchotement venu tout droit du pass\u00e9 pour hanter le pr\u00e9sent.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette voix d\u2019outre-tombe, qui repr\u00e9sente ce qui n\u2019est plus, s\u2019oppose \u00e0 celle de la petite fille, figure du pr\u00e9sent. Alors m\u00eame que son p\u00e8re est \u00e0 la d\u00e9rive, la fillette n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 le rappeler \u00e0 l\u2019ordre en lui faisant savoir, par exemple, qu\u2019ils vont \u201c\u00eatre en retard pour la messe\u201d. En alternance, Hanna Jones et Mathilde Liengme donnent vie \u00e0 la fillette avec une simplicit\u00e9 d\u00e9routante : rien que par leur pr\u00e9sence, elles apportent un \u00e9l\u00e9ment stable \u00e0 la pi\u00e8ce. De son c\u00f4t\u00e9, Baptiste Gilli\u00e9ron r\u00e9ussit \u00e0 entrer dans la peau d\u2019un p\u00e8re pris dans un tourbillon de doutes et d\u2019interrogations. Les \u00e9paules vo\u00fbt\u00e9es et l\u2019attitude penaude rendent le personnage vuln\u00e9rable et irresponsable. La fillette est en fait le pilier contre lequel bute la m\u00e9lancolie du p\u00e8re. La m\u00e9lancolie par rapport \u00e0 son enfance et la m\u00e9lancolie \u00e0 venir : cette journ\u00e9e, on le comprend \u00e0 la fin, est en fait la derni\u00e8re qu\u2019ils auront pass\u00e9e ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p>Le bijou visuel que propose Ludovic Chazaud plonge donc le public dans un univers \u00e0 la fois attendrissant et dur, o\u00f9 tous les rep\u00e8res spatio-temporels sont chamboul\u00e9s. Cet incroyable voyage dans les pens\u00e9es d\u2019un homme peut encore accueillir du monde les 14, 15 et 16 mars au Th\u00e9\u00e2tre de La Grange de Dorigny.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>13 mars 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/sabrina-roh\/\">Sabrina Roh<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>13 mars 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/jehanne-denogent\/\">Jehanne Denogent<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Un voyage dans l\u2019inapparent<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1200\" height=\"800\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/couvre_1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-9643\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/couvre_1.jpg 1200w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/couvre_1-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/couvre_1-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/couvre_1-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/couvre_1-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/couvre_1-624x416.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 1200px) 100vw, 1200px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Bier Chazaud<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong>Couvre-feux<em>, \u00e0 la Grange de Dorigny, offre une exp\u00e9rience kal\u00e9idoscopique du r\u00e9el, dans laquelle imaginaire et pass\u00e9 sont refl\u00e9t\u00e9s \u00e0 l\u2019infini. Une mise en sc\u00e8ne cr\u00e9ative et touchante de la Cie Jeanne F\u00f6hn.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Est-ce que cela avait \u00e9t\u00e9&nbsp;? Est-ce que cela ne demeurait pas encore, cette com\u00e9die de l\u2019inapparent&nbsp;?<\/em>&nbsp;Un p\u00e8re am\u00e8ne sa fille dans la maison de son enfance. Ils avancent, \u00e0 petits pas, tr\u00e9buchant sur le chemin de la m\u00e9moire. Dans le salon, un trou, b\u00e9ant jusqu\u2019\u00e0 la cave, qui plonge leur regard dans les couches s\u00e9diment\u00e9es du pass\u00e9. Au r\u00e9cit du voyage s\u2019ajoute le reflet persistant du pass\u00e9 mais aussi le filtre onirique de l\u2019imaginaire. En choisissant de monter&nbsp;<em>Couvre-feux<\/em>&nbsp;de Didier-Georges Gabily, le metteur en sc\u00e8ne Ludovic Chazaud s\u2019est lanc\u00e9 un d\u00e9fi t\u00e9m\u00e9raire, d\u2019autant plus admirable que le r\u00e9sultat est tr\u00e8s r\u00e9ussi.<\/p>\n\n\n\n<p>Le texte choisi pr\u00e9sentait un obstacle initial de taille&nbsp;: \u00e9crit en 1989,&nbsp;<em>Couvre-feux<\/em>&nbsp;n\u2019est pas une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre mais un r\u00e9cit, contrainte impliquant un grand effort d\u2019adaptation au plateau. D\u2019autre part, l\u2019\u00e9criture de Gabily, auteur fran\u00e7ais du XXe si\u00e8cle, ne recherche pas la construction d\u2019un r\u00e9cit simple et unique mais multiplie les niveaux, explore le brouillage entre imaginaire et r\u00e9alit\u00e9, entre fable et manifestation th\u00e9\u00e2trale, entre pass\u00e9 et pr\u00e9sent. Tout son effort vise \u00e0 cet enchev\u00eatrement de r\u00e9alit\u00e9s. Dans la maison viennent flotter les effluves des poires au sirop que la grand-m\u00e8re du narrateur pr\u00e9parait. Le pass\u00e9 reste toujours, m\u00e9lodie continue dans son imaginaire. Pour dire une r\u00e9alit\u00e9 complexe et composite, les mots h\u00e9sitent, vacillent, s\u2019arr\u00eatent abruptement, recommencent, se r\u00e9p\u00e8tent. L\u2019\u00e9criture \u00e9tant un peu d\u00e9tach\u00e9e du souci de la narration, il peut y avoir une r\u00e9elle esth\u00e9tique de la langue. Par petites touches, elle arrive \u00e0 ouvrir les diff\u00e9rentes portes du r\u00eave et de l\u2019invisible. Dans le tissu du r\u00e9el sont entrelac\u00e9s les fils&nbsp; d\u00e9licats de l\u2019imaginaire et du pass\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>La Cie Jeanne F\u00f6hn arrive \u00e0 sugg\u00e9rer l\u2019\u00e9difice de l\u2019inapparent avec grande subtilit\u00e9 et intelligence. Il n\u2019est pas ais\u00e9, en effet, de parler de ce qui est absent. Repr\u00e9senter sur le plateau, c\u2019est risquer de mettre les choses au m\u00eame niveau, d\u2019en perdre le myst\u00e8re. Diff\u00e9rents moyens sont utilis\u00e9s pour garder les couches de sens pr\u00e9sentes dans le texte&nbsp;: l\u2019utilisation de vid\u00e9os, en arri\u00e8re-fond, qui produit un climat onirique&nbsp;; de temps \u00e0 autre l\u2019apparition de sc\u00e8nes r\u00eav\u00e9es ou pass\u00e9es derri\u00e8re une vitre brumeuse&nbsp;; la voix d\u2019une absente sortie du gr\u00e9sillement de la radio&nbsp;; le plateau disloqu\u00e9 qui pr\u00e9sente litt\u00e9ralement les strates constituantes de l\u2019\u00eatre du narrateur. Car rien n\u2019est simple ni unique, m\u00eame l\u2019identit\u00e9 de ce dernier. Le personnage n\u2019est pas tout \u00e0 fait en lui-m\u00eame, un peu tourn\u00e9 vers le pass\u00e9, un peu tourn\u00e9 vers le r\u00eave. Il est multiple. Ils sont d\u2019ailleurs deux \u00e0 prendre en charge ce r\u00f4le et la pluralit\u00e9 de voix&nbsp;qu\u2019il comporte: il y a en lui sa propre voix mais aussi la voix de sa grand-m\u00e8re, la voix de sa fille qu\u2019il imagine et lui qui se parle \u00e0 lui-m\u00eame. Cela sonne compliqu\u00e9 mais n\u2019est-ce pas le cas dans chacun de nos esprits&nbsp;? Pour ne pas ajouter encore deux voix suppl\u00e9mentaires \u00e0 ce tumulte, les acteurs, Baptiste Gilli\u00e9ron et Aline Papin adoptent un jeu sobre et fin pour pouvoir au mieux porter ce texte. Les deux com\u00e9diens accompagnent le parcours du metteur en sc\u00e8ne depuis sa premi\u00e8re mise en sc\u00e8ne,&nbsp;<em>L\u2019Etang<\/em>, en 2010. Quant \u00e0 la petite Mathilde Liengme, elle joue le r\u00f4le de l\u2019enfant avec un naturel \u00e9tonnant.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est aux notes de la bande son pr\u00e9par\u00e9e par C\u00e9dric Simon que les diff\u00e9rents morceaux du pass\u00e9, du futur, de l\u2019imaginaire, du r\u00eave et du pr\u00e9sent se retrouvent, s\u2019agencent, se m\u00e9langent&nbsp; et cr\u00e9ent cette bulle, fragile et intime, dont il est bien difficile de sortir. A voir&nbsp;absolument&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>13 mars 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/jehanne-denogent\/\">Jehanne Denogent<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>13 mars 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/aline-kohler\/\">Aline Kohler<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Souvenirs impalpables<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1200\" height=\"800\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/couvre_2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-9644\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/couvre_2.jpg 1200w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/couvre_2-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/couvre_2-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/couvre_2-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/couvre_2-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/couvre_2-624x416.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 1200px) 100vw, 1200px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Bier Chazaud<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong><em>Le texte de Didier-Georges Gabily&nbsp;<\/em>Couvre-feux<em>&nbsp;adapt\u00e9 \u00e0 la sc\u00e8ne par Ludovic Chazaud prend vie \u00e0 la Grange de Dorigny jusqu\u2019au 16 mars 2014. Belle promesse d\u2019une exp\u00e9rience d\u00e9routante et po\u00e9tique, la pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre manque pourtant le coche.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019origine, il y a le texte de Didier-Georges Gabily, o\u00f9 s\u2019entrem\u00ealent les lieux, les temporalit\u00e9s, la chronologie, les personnages, les narrateurs. Un r\u00e9cit complexe et brouill\u00e9 dont la force est pr\u00e9cis\u00e9ment de laisser libre cours \u00e0 de multiple interpr\u00e9tations. Cet aspect, Ludovic Chazaud a voulu le respecter et m\u00eame l\u2019explorer. Le metteur en sc\u00e8ne a choisi de ne pas imposer son interpr\u00e9tation au spectateur, tout comme l\u2019auteur ne l\u2019avait pas fait avec le lecteur. Une id\u00e9e all\u00e9chante pour tous les r\u00eaveurs \u00e0 l\u2019imagination d\u00e9bordante.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais l\u2019exp\u00e9rience sur sc\u00e8ne ne s\u2019av\u00e8re pas aussi fabuleuse que ce que l\u2019on pouvait pr\u00e9sager. Le public, n\u2019ayant pas n\u00e9cessairement lu le texte au pr\u00e9alable, aura pu se sentir perdu \u00e0 maintes reprises, tant au niveau du r\u00e9cit que de l\u2019identit\u00e9 des personnages repr\u00e9sent\u00e9s sur sc\u00e8ne. Le spectateur, \u00e0 l\u2019inverse du lecteur, ne peut pas interrompre ni ralentir le r\u00e9cit qui se d\u00e9roule sous ses yeux et encore moins revenir en arri\u00e8re pour mieux dig\u00e9rer cet \u00e9parpillement d\u2019informations. Au th\u00e9\u00e2tre, la confusion du r\u00e9cit de&nbsp;<em>Couvre-Feux<\/em>&nbsp;oppose une ferme r\u00e9sistance au spectateur.<\/p>\n\n\n\n<p>La mise en sc\u00e8ne de Ludovic Chazaud est pourtant empreinte d\u2019une volont\u00e9 de clarifier la narration. Les d\u00e9cors \u00e9voquent tr\u00e8s distinctement les lieux repr\u00e9sent\u00e9s. Sur la majeure partie de la sc\u00e8ne s\u2019\u00e9talent des planches en bois. &nbsp;Us\u00e9es et dispos\u00e9es sur un imposant praticable \u00e0 plusieurs \u00e9tages, elles illustrent \u00e0 merveille la vieille maison d\u00e9labr\u00e9e de la grand-m\u00e8re. Par moment, l\u2019ensemble est agr\u00e9ment\u00e9 en toute simplicit\u00e9 de projections rappelant les endroits ou moments symboliques du r\u00e9cit. Ainsi, le fleuve et le coucher de soleil apparaissent, presque immobiles, en arri\u00e8re-plan. En m\u00eame temps que les com\u00e9diens se glissent derri\u00e8re la toile de projection, les personnages se fondent dans ces espaces aussi lointains que les souvenirs du p\u00e8re. Une juxtaposition d\u2019images qui produit un effet \u00e9blouissant de reconstitution de la m\u00e9moire.<\/p>\n\n\n\n<p>Le casting des com\u00e9diens semble aussi contribuer \u00e0 la bonne compr\u00e9hension de l\u2019histoire. Chaque personnage principal prend corps sur sc\u00e8ne. Le p\u00e8re et la fille ont la possibilit\u00e9 d\u2019exprimer directement leurs quelques r\u00e9pliques au pr\u00e9sent se d\u00e9tachant du r\u00e9cit au pass\u00e9. A noter aussi que l\u2019\u00e2ge des com\u00e9diens correspond \u00e0 celui des personnages. Ce que le r\u00e9cit n\u2019explicite pas, le visuel tente de le compenser. Mais cela ne suffit pas toujours&nbsp;: l\u2019identit\u00e9 de cette narratrice suppl\u00e9mentaire imagin\u00e9e par le metteur en sc\u00e8ne afin de donner un point de vue diff\u00e9rent sur les souvenirs du p\u00e8re reste par exemple une incertitude durant toute la pi\u00e8ce.<\/p>\n\n\n\n<p>Une difficult\u00e9 suppl\u00e9mentaire tient au choix de&nbsp;<em>raconter<\/em>, plus que de&nbsp;<em>jouer<\/em>&nbsp;l\u2019histoire. L\u2019extr\u00eame sobri\u00e9t\u00e9 du jeu instaure une distance avec le public, qui se voit d\u2019embl\u00e9e priv\u00e9 d\u2019\u00e9motions et de v\u00e9cu.&nbsp;<em>Couvre-feux<\/em>&nbsp;ne nous entra\u00eene pas dans un tourbillon de sensations. La pi\u00e8ce cr\u00e9e en nous de nombreuses interrogations, puis nous laisse froidement d\u00e9m\u00ealer les intrigues, sans jamais nous en donner les clefs. L\u2019imagination est sans cesse sollicit\u00e9e, mais ne se suffit pas \u00e0 elle-m\u00eame. Le r\u00e9cit para\u00eet insuffisant. A la sortie du th\u00e9\u00e2tre, une impression d\u2019insati\u00e9t\u00e9 et aucune histoire qui r\u00e9sonnerait en t\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>13 mars 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/aline-kohler\/\">Aline Kohler<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/grangededorigny\/2013\/06\/couvre-feux\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle <\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>de Didier-Georges Gabily \/ mise en sc\u00e8ne et adaptation Ludovic Chazaud \u2013 la Cie Jeanne F\u00f6hn \/ Th\u00e9\u00e2tre La Grange de Dorigny \/ du 13 au 16 mars 2014 \/ Critiques par Sabrina Roh, Jehanne Denogent et Aline Kohler.\u00a0<\/p>\n","protected":false},"author":1420,"featured_media":9646,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,5,38],"tags":[25,22,29],"class_list":["post-4100","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-la-grange","category-spectacle","tag-aline-kohler","tag-jehanne-denogent","tag-sabrina-roh"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4100","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1420"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4100"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4100\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":21744,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4100\/revisions\/21744"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/9646"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4100"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4100"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4100"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}