{"id":4022,"date":"2014-03-13T10:14:24","date_gmt":"2014-03-13T09:14:24","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=4022"},"modified":"2025-02-10T13:54:40","modified_gmt":"2025-02-10T12:54:40","slug":"mercedes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2014\/03\/mercedes\/","title":{"rendered":"Mercedes-Benz W123"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Mercedes-Benz W123<\/h2>\n\n\n<p>texte et mise en sc\u00e8ne Marie Fourquet \u2013 Cie ad-apte (CH) \/ <span style=\"color: #c0c0c0\">du 11 au 16 mars 2014 au Th\u00e9\u00e2tre Arsenic \u00e0 Lausanne \/ le 26 avril au Centre Culturel R\u00e9gional de Del\u00e9mont \/<\/span> du 30 avril au 17 mai au Th\u00e9\u00e2tre Saint-Gervais \u00e0 Gen\u00e8ve \/ Critiques par Cecilia Galindo, Alice Bottarelli et Aitor Gosende.<\/p>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>13 mars 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/cecilia-galindo\/\">Cecilia Galindo<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Une Mercedes pour tombeau<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"502\" height=\"377\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/mercedes_2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-9657\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/mercedes_2.jpg 502w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/mercedes_2-226x170.jpg 226w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/mercedes_2-266x200.jpg 266w\" sizes=\"auto, (max-width: 502px) 100vw, 502px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Doroth\u00e9e Th\u00e9bert Filliger<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong><em>Le cadavre d\u2019une jeune fille, un p\u00e8re en col\u00e8re, un fr\u00e8re au comportement suspect et bien s\u00fbr un inspecteur : avec sa derni\u00e8re cr\u00e9ation \u00e0 l\u2019Arsenic,&nbsp;<\/em>Mercedes-Benz W123<em>, Marie Fourquet ma\u00eetrise l\u2019assemblage sur sc\u00e8ne des ingr\u00e9dients traditionnels du polar, tout en proposant un regard actuel sur le fait divers. Au fil des t\u00e9moignages des proches, le spectateur s\u2019infiltre doucement dans une maison familiale o\u00f9 la d\u00e9tresse si\u00e9geait d\u00e9j\u00e0 avant le drame.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Silence de mort. En fond de sc\u00e8ne, un grand \u00e9cran s\u2019anime de phrases \u00e9crites: on imagine la voix de Juliette. \u00ab Martin, r\u00e9ponds ! \u00bb, \u00ab Je suis en train de devenir dingue \u00bb. Des messages vocaux laiss\u00e9s sur le portable de son amoureux, des textos, ou peut-\u00eatre un m\u00e9lange des deux. On devine qu\u2019ils sont les derniers mots de l\u2019ing\u00e9nue, avant l\u2019\u00e9v\u00e9nement fatal. Puis le texte dispara\u00eet de l\u2019\u00e9cran, et les trois com\u00e9diens s\u2019avancent dans l\u2019ombre sur le plateau, chacun \u00e0 une place bien pr\u00e9cise, chacun dans son r\u00f4le. Le p\u00e8re, le fr\u00e8re, et l\u2019inspecteur. Ils ne vont pas interagir mais t\u00e9moigneront l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre. Face au drame, les r\u00e9actions diff\u00e8rent.<\/p>\n\n\n\n<p>Le drame, c\u2019est celui-ci : un soir d\u2019\u00e9t\u00e9, le 3 ao\u00fbt 2013, Juliette expire dans la Mercedes de son p\u00e8re. Le corps de l\u2019adolescente de seize ans est retrouv\u00e9 dans le coffre de la voiture, nu. L\u2019inspecteur Radmanovic, proche de la famille de la jeune fille, doit annoncer aux parents que leur enfant n\u2019est plus. Il frappe \u00e0 leur porte : la mort s\u2019invite \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et bouscule le quotidien. Apr\u00e8s le d\u00e9ni, les questions s\u2019imposent. Sommes-nous responsables ? Trouvera-t-on le coupable ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dire plut\u00f4t que donner \u00e0 voir<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour Marie Fourquet, qui dans ce projet endosse \u00e0 la fois les responsabilit\u00e9s d\u2019auteure, de metteure en sc\u00e8ne et d\u2019interpr\u00e8te, \u00ab l\u2019enqu\u00eate n\u2019est pas l\u2019essentiel, c\u2019est ce qu\u2019elle provoque qui l\u2019est \u00bb. L\u2019attention est donc port\u00e9e sur ceux qui sont impliqu\u00e9s malgr\u00e9 eux dans cette affaire, ceux qui sont condamn\u00e9s \u00e0 vivre apr\u00e8s le drame. Pour souligner l\u2019importance des personnages, Fourquet s\u2019appuie sur une mise en sc\u00e8ne sobre. Quelques chaises sont dispos\u00e9es sur le plateau noir et verni ? objets indispensables lorsque l\u2019interrogatoire est \u00e9voqu\u00e9 ? et deux \u00e9crans prennent vie par moments, l\u2019un en fond de sc\u00e8ne, qui laisse appara\u00eetre les paroles de Juliette ou diffuse de la lumi\u00e8re rouge\u00e2tre, l\u2019autre au-dessus de la sc\u00e8ne, sur lequel d\u00e9filent des images d\u2019int\u00e9rieur, rampe d\u2019escalier ou fen\u00eatre d\u2019une chambre \u00e0 coucher. Ces images proviennent en r\u00e9alit\u00e9 d\u2019une maison miniature, une maquette que le public remarque d\u00e8s son arriv\u00e9e dans la salle puisqu\u2019elle se trouve l\u00e0, \u00e0 l\u2019avant-sc\u00e8ne. Dans ce d\u00e9cor minimaliste et sombre, les personnages sont par contraste mis en relief et, malgr\u00e9 leur position statique, gagnent l\u2019enti\u00e8re attention des spectateurs. Leur tour de parole est dirig\u00e9 par les projections de lumi\u00e8re, ciblant le com\u00e9dien qui devra parler, tandis que les autres sont plong\u00e9s dans le noir. On vit alors le drame \u00e0 travers les t\u00e9moignages : rien n\u2019est montr\u00e9, tout est dit, ou presque.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le polar comme trag\u00e9die moderne<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce spectacle, Marie Fourquet investit un r\u00f4le peu attendu, ext\u00e9rieur \u00e0 l\u2019intrigue. Lorsque les projecteurs s\u2019arr\u00eatent sur elle pour la premi\u00e8re fois, elle interrompt l\u2019illusion qui vient de se mettre en place et se pr\u00e9sente comme l\u2019auteure de&nbsp;<em>Mercedes-Benz W123<\/em>. Metteure en sc\u00e8ne \u00e9galement, elle pr\u00e9sente les deux com\u00e9diens sur sc\u00e8ne, Tomas Gonzalez (aper\u00e7u cet hiver dans l\u2019excellent&nbsp;<em>All Aplogies-Hamlet<\/em>, au Th\u00e9\u00e2tre Les Halles de Sierre) et Pierre Banderet. Enfin elle annonce qu\u2019elle lira la partition de l\u2019inspecteur, les feuilles de papier en main. Cette intervention, qui surprend au d\u00e9part, peut prendre son sens lorsqu\u2019on associe le polar \u00e0 la trag\u00e9die. Les feuilles de papier, qui tomberont une \u00e0 une sur le sol comme des faits irr\u00e9m\u00e9diables, repr\u00e9sentent une fatalit\u00e9 contre laquelle les personnages luttent, en vain. Comme dans la trag\u00e9die, tout est d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit, et revenir en arri\u00e8re est impossible. L\u2019auteure profite donc d\u2019abord d\u2019un r\u00f4le omniscient, qui rappelle notamment le r\u00f4le du ch\u0153ur du prologue shakespearien \u2013 la victime ne s\u2019appelle peut-\u00eatre pas Juliette par hasard ?, et pr\u00eate ensuite sa voix au personnage de l\u2019inspecteur (son antith\u00e8se en quelque sorte), qui remonte le fil de l\u2019histoire en sens inverse.<br>Port\u00e9 par des com\u00e9diens d\u2019une sobri\u00e9t\u00e9 juste et plaisante, ce polar-en-sc\u00e8ne (dont le texte est laur\u00e9at du concours&nbsp;<em>Textes-en-Sc\u00e8ne 2012<\/em>) fonctionne et s\u2019ancre parfaitement dans un contexte actuel. \u00c0 voir \u00e0 l\u2019Arsenic jusqu\u2019au 16 mars, puis \u00e0 Gen\u00e8ve au Th\u00e9\u00e2tre Saint-Gervais du 30 avril au 17 mai.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>13 mars 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/cecilia-galindo\/\">Cecilia Galindo<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>13 mars 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/alice-bottarelli\/\">Alice Bottarelli<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Un transfert ing\u00e9nieux du polar au th\u00e9\u00e2tre<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"600\" height=\"400\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/mercedes_1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-9656\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/mercedes_1.jpg 600w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/mercedes_1-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/mercedes_1-300x200.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Doroth\u00e9e Th\u00e9bert Filliger<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong><em>Une belle adolescente retrouv\u00e9e morte dans le coffre de la Mercedes de son p\u00e8re. La veille au soir, Juliette emprunte les cl\u00e9s, fuit sur la route vers le jeune homme qu\u2019elle aime ; \u00e0 l\u2019aube, la d\u00e9couverte de son corps nu emm\u00eal\u00e9 dans ses cheveux blonds fait surgir le drame dans sa famille. Un drame glauque, qui en r\u00e9v\u00e8le d\u2019autres, et dont m\u00eame les victimes ne sont pas innocentes\u2026 La pi\u00e8ce de Marie Fourquet nous plonge dans une ambigu\u00eft\u00e9 dont personne ne ressort indemne.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019inspirant non pas d\u2019un v\u00e9ritable fait divers, mais du ph\u00e9nom\u00e8ne du fait divers en tant que genre litt\u00e9raire, embrayeur de fiction et manifestation sociologique voire anthropologique, Marie Fourquet emprunte et d\u00e9tourne simultan\u00e9ment les caract\u00e9ristiques du polar dans lesquelles s\u2019inscrit son travail de cr\u00e9ation. Par le biais d\u2019un sc\u00e9nario d\u2019enqu\u00eate devenu habituel pour les cin\u00e9philes et lecteurs contemporains, respectant les codes bien connus du genre, elle propose une intrigue percutante par son actualit\u00e9, sa simplicit\u00e9 et ses r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 un panorama intertextuel bien d\u00e9fini. Rien de fondamentalement original, mais rien qui ne tombe non plus dans l\u2019\u00e9vidence ou le raccourci malheureux.<\/p>\n\n\n\n<p>Des&nbsp;<em>Experts<\/em>&nbsp;aux&nbsp;<em>Millenium<\/em>, de la s\u00e9rie TV \u00e0 la trilogie romanesque en passant par le cin\u00e9ma et la BD, on a vu le r\u00e8gne du polar se d\u00e9ployer \u00e0 travers de nombreuses contr\u00e9es de l\u2019art. Comme tout genre \u00e0 succ\u00e8s ancr\u00e9 dans une \u00e9poque, le policier tend \u00e0 se faire la chambre d\u2019\u00e9chos de probl\u00e9matiques contemporaines, tout en admettant une filiation constante \u00e0 un certain esprit positiviste et \u00e0 une qu\u00eate de la v\u00e9rit\u00e9 propres au dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle \u2013 qui a pr\u00e9cis\u00e9ment engendr\u00e9 Edgar Poe et Conan Doyle. Cette flexibilit\u00e9 du genre et cette contemporan\u00e9it\u00e9 p\u00e9renne du propos se montrent d\u00e8s lors propices \u00e0 un d\u00e9placement sur une sc\u00e8ne de th\u00e9\u00e2tre. C\u2019est ainsi que se justifie tout \u00e0 fait la d\u00e9marche propos\u00e9e par Marie Fourquet, conceptrice, metteuse en sc\u00e8ne et actrice de Mercedes-Benz W123. Se faisant le reflet de \u00ab cet engouement actuel pour les s\u00e9ries polici\u00e8res \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision \u00bb et cherchant \u00e0 interroger les fondements et les cons\u00e9quences de \u00ab notre besoin de justice, de d\u00e9mocratie, de r\u00e9soudre et de comprendre \u00bb, sa pi\u00e8ce soul\u00e8ve des r\u00e9flexions particuli\u00e8res sur un ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019art et de soci\u00e9t\u00e9 aux \u00e9chos plus complexes qu\u2019il n\u2019y para\u00eet.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Quand la v\u00e9rit\u00e9 perd son sens<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Que fait-on quand l\u2019inimaginable surgit dans le r\u00e9el, quand le meurtre toque \u00e0 la porte de la sage demeure familiale aux murs de bois blanc, quand la routine rassurante s\u2019est bris\u00e9e soudainement et \u00e0 jamais ? Que fait le brillant chirurgien qui a toujours r\u00e9ussi \u00e0 \u00ab prot\u00e9ger sa fille \u00bb, lorsqu\u2019il apprend le viol assassin de celle-ci ? Que fait l\u2019enqu\u00eateur quand rien n\u2019est net dans l\u2019histoire, quand il a eu pour amante la m\u00e8re de la victime, quand le fr\u00e8re est d\u2019une mauvaise foi et d\u2019une indiff\u00e9rence qui h\u00e9rissent ? Que faire quand on sait qu\u2019\u00ab on ne saura jamais la v\u00e9rit\u00e9 \u00bb, parce que \u00ab tout est virtuel, tout est extr\u00eame \u00bb, et que m\u00eame si l\u2019on en venait \u00e0 l\u2019apprendre, cette v\u00e9rit\u00e9, elle ne r\u00e9parerait rien, et blesserait m\u00eame davantage par sa violence inou\u00efe, \u00e9ternelle ?<\/p>\n\n\n\n<p>Les trois acteurs pr\u00e9sents sur sc\u00e8ne traduisent avec habilet\u00e9 cette \u00ab impuissance des personnages lorsqu\u2019ils deviennent un fait divers \u00bb. Pierre Banderet, dans son r\u00f4le de p\u00e8re tendu, incr\u00e9dule, saisi par des impulsions qu\u2019il rejette dans l\u2019ombre de son ind\u00e9fectible rationalit\u00e9, nous laisse deviner avec finesse tout un \u00e9ventail d\u2019\u00e9motions aussi intenses qu\u2019int\u00e9rieures. Thomas Gonzales donne toute sa r\u00e9sonance \u00e0 la figure du fr\u00e8re, \u00e9quivoque, d\u00e9sinvolte, troublant par une impertinence que l\u2019on n\u2019attendrait pas de la part d\u2019un jeune homme affect\u00e9 par un deuil r\u00e9cent. Marie Fouquet, comme elle l\u2019annonce d\u2019embl\u00e9e \u00e0 la salle, \u00ab est l\u2019auteure de cette pi\u00e8ce et lira les d\u00e9positions du commissaire \u00bb, sur un ton neutre qui d\u00e9tonne face \u00e0 l\u2019abject de son r\u00e9cit, cr\u00e9ant un oppressant d\u00e9calage. \u00c0 eux trois, les com\u00e9diens s\u2019\u00e9quilibrent, se r\u00e9pondent avec un rythme juste, au service et \u00e0 l\u2019\u00e9coute du texte. Ils ne se d\u00e9placent que tr\u00e8s peu, valorisant l\u2019ancrage que leur permet une posture statique, assise. \u00c0 d\u00e9faut d\u2019une sc\u00e8ne dynamique et agit\u00e9e, cette fixit\u00e9 conf\u00e8re un poids et une densit\u00e9 accrus \u00e0 leurs paroles, et parfois, confronte le spectateur \u00e0 une certaine angoisse dans cette frontalit\u00e9 de l\u2019acteur si proche. De surcro\u00eet, leur immobilit\u00e9 dessine d\u2019invisibles fronti\u00e8res qui coupent la sc\u00e8ne en trois bandes, en trois territoires affili\u00e9s \u00e0 chaque personnage, annihilant toute possibilit\u00e9 de dialogue et donnant \u00e0 voir trois individus contenus dans une immense solitude.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 cette solitude fait \u00e9cho la dilution des figures dans un espace sombre et vide. Le d\u00e9cor est tr\u00e8s sobre : quelques chaises, un parquet noir et lisse comme un miroir d\u2019encre, une maquette de maison sur l\u2019avant-sc\u00e8ne, c\u00f4t\u00e9 jardin, et deux \u00e9crans, l\u2019un dans le fond, l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 cour. Sur ce dernier sont projet\u00e9es des vid\u00e9os de la maquette, int\u00e9rieurs d\u00e9serts d\u2019un domicile impersonnel, ou des images vagues de parties d\u2019un corps de femme, clavicule, poitrine, pieds. La mise en sc\u00e8ne se tient, \u00e9vacuant tout \u00e9l\u00e9ment superflu ou kitsch, laissant place \u00e0 l\u2019indistinct, au diffus, plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 une clart\u00e9 annonciatrice d\u2019un d\u00e9nouement transparent. Ainsi, la pi\u00e8ce ouvre \u00e0 une r\u00e9flexion possible sur la vacuit\u00e9, le d\u00e9nuement, le manque, soit que ceux-ci apparaissent dans une famille prosp\u00e8re aux relations en fait dess\u00e9ch\u00e9es ou, paradoxalement, dans une soci\u00e9t\u00e9 qui pr\u00f4ne la communication \u00e0 outrance et m\u00e9diatise toutes formes de messages et d\u2019images.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Quand le tragique est rendu public<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Plus que dans une intrigue avec une r\u00e9solution \u00e0 la cl\u00e9, l\u2019int\u00e9r\u00eat du travail de Marie Fourquet, par sa r\u00e9appropriation du genre policier, r\u00e9side dans l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 d\u2019individus singuliers. Le spectateur se retrouve face aux r\u00e9actions impr\u00e9vues d\u2019hommes comme tout le monde, saisis du jour au lendemain par l\u2019emprise d\u2019un drame si souvent apparu, dans la fiction comme dans la r\u00e9alit\u00e9, \u00e0 l\u2019horizon de notre quotidien. Les personnages, incapables de s\u2019en pr\u00e9munir, voient soudain les vid\u00e9os et photos de Juliette viol\u00e9e accessibles \u00e0 tous sur internet et largement diffus\u00e9es \u00e0 travers les medias. D\u00e8s lors,&nbsp;<em>Mercedes-Benz W123<\/em>&nbsp;questionne le rapport ambivalent de la foule face \u00e0 l\u2019ignoble, et l\u2019appropriation par la masse de la trag\u00e9die singuli\u00e8re. Ce faisant, elle propose, par le d\u00e9voilement m\u00eame de cette trag\u00e9die \u00e0 un public massif d\u2019inconnus, une possibilit\u00e9 de&nbsp;<em>catharsis<\/em>, un \u00ab espace exutoire pour le sordide \u00bb. Si vous \u00eates saisis de cette curiosit\u00e9 pour le sort de la belle Juliette, l\u2019Arsenic vous en d\u00e9voilera les sombres et insens\u00e9es v\u00e9rit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>13 mars 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/alice-bottarelli\/\">Alice Bottarelli<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>13 mars 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/aitor-gosende\/\">Aitor Gosende<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Qui sommes-nous face au fait divers ?<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"502\" height=\"377\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/mercedes_2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-9657\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/mercedes_2.jpg 502w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/mercedes_2-226x170.jpg 226w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/mercedes_2-266x200.jpg 266w\" sizes=\"auto, (max-width: 502px) 100vw, 502px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Doroth\u00e9e Th\u00e9bert Filliger<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong><em>Quand une famille se retrouve projet\u00e9e dans un fait divers aussi sordide qu\u2019un viol doubl\u00e9 d\u2019un meurtre, que fait-elle ? Marie Fourquet explore ce type de trag\u00e9die en mettant en sc\u00e8ne ceux qui survivent : parents, fr\u00e8res ou amis. A l\u2019oppos\u00e9 des s\u00e9ries polici\u00e8res comme Les Experts, qui se concentrent sur l\u2019enqu\u00eate,&nbsp;<\/em>Mercedes Benz W123<em>&nbsp;montre l\u2019humain face \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement qui le d\u00e9passe.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Juliette a disparu. Martin, son petit ami, est parti \u00e0 une f\u00eate avec Thibault, son fr\u00e8re, la laissant seule.&nbsp; Les derniers messages que Martin a re\u00e7us d\u2019elle, projet\u00e9s sur une toile au fond de la sc\u00e8ne, sont pr\u00e9occupants. Le premier \u00e0 prendre la parole est son p\u00e8re, interrog\u00e9 par un policier. Pas de place pour l\u2019espoir, nous apprenons rapidement que la voiture avec laquelle Juliette s\u2019\u00e9tait enfuie a \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9e. Dans son coffre, le cadavre de la jeune fille.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur la sc\u00e8ne, le fr\u00e8re et le p\u00e8re de la victime, jou\u00e9s respectivement par Tomas Gonzalez et Pierre Banderet. Ils sont accompagn\u00e9s de Marie Fourquet, charg\u00e9e de lire les pens\u00e9es de Vincent, le policier qui proc\u00e8de aux interrogatoires des proches. Tour \u00e0 tour, ils prennent la parole, pendant plusieurs minutes d\u2019affil\u00e9e. Le p\u00e8re ne veut pas y croire, \u00e7a ne peut pas \u00eatre sa fille, il ne l\u2019a pas entendue sortir de sa chambre. Puis c\u2019est au tour du fr\u00e8re d\u2019\u00eatre interrog\u00e9. Il cherche rapidement \u00e0 d\u00e9signer un coupable en la personne de Martin. Marie Fourquet lit ensuite une nouvelle page, nous donnant \u00e0 voir ce que pense Vincent sur ce que l\u2019on vient d\u2019entendre.<\/p>\n\n\n\n<p>A chaque fois qu\u2019un des personnages reprend la parole, sa r\u00e9action face au policier est diff\u00e9rente. Le p\u00e8re passe du d\u00e9ni \u00e0 l\u2019accusation. Le fr\u00e8re s\u2019agace puis se veut conciliant. Petit \u00e0 petit, Marie Fourquet lie aux consid\u00e9rations de Vincent des r\u00e9flexions plus g\u00e9n\u00e9rales&nbsp;: que devient une famille quand le fait divers se m\u00e9diatise&nbsp;? Comment faire pour qu\u2019elle ne se d\u00e9chire pas en accusations&nbsp;? Comment survivre quand la v\u00e9rit\u00e9 reste introuvable&nbsp;? Ces questions sont bien amen\u00e9es, elles s\u2019inscrivent naturellement \u00e0 la suite des interrogatoires. On regrette cependant qu\u2019elles demeurent assez convenues.<\/p>\n\n\n\n<p>Quoi qu\u2019il en soit, toutes ces interrogations sont pr\u00e9sent\u00e9es sans att\u00e9nuer leur dimension sordide. En effet, avant m\u00eame de savoir ce qui s\u2019est r\u00e9ellement produit, les spectateurs sont port\u00e9s \u00e0 imaginer les pires sc\u00e9narios. L\u2019une des questions fondamentales que pose Marie Fourquet concerne sans doute ce qui nous attire et nous int\u00e9resse dans les crimes les plus odieux. Cherche-t-on \u00e0 relativiser nos propres fautes, \u00e0 assouvir une curiosit\u00e9 morbide, \u00e0 contr\u00f4ler une pulsion en voyant ce qu\u2019elle pourrait engendrer, \u00e0 satisfaire notre d\u00e9sir de justice&nbsp;? La question est l\u00e9gitime&nbsp;: dans les journaux, \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision ou sur internet, sous la forme de nouvelles ou de fictions, nous sommes constamment inond\u00e9s de faits divers. La pi\u00e8ce n\u2019y apportera pas de r\u00e9ponses directes&nbsp;: elle se veut terrain d\u2019exploration, cherchant avant tout \u00e0 nous confronter \u00e0 l\u2019abject du fait divers dans un lieu qui n\u2019y est habituellement pas destin\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces questionnements sont mis en \u00e9vidence par une sc\u00e9nographie \u00e9pur\u00e9e. Deux chaises, une pour chacun des \u00ab&nbsp;interrog\u00e9s&nbsp;\u00bb, et deux grandes toiles, sur lesquelles sont projet\u00e9es de mani\u00e8re intermittente des images qui rappellent les s\u00e9ries t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es polici\u00e8res&nbsp;: le mur d\u2019une maison \u00e9clair\u00e9e par des phares, une rampe d\u2019escalier plong\u00e9e dans le noir. Lors de l\u2019une des reconstitutions, une musique tr\u00e9pidante s\u2019\u00e9l\u00e8ve et rythme les paroles du com\u00e9dien, qui rappelle aussi les bandes sonores typiques des s\u00e9quences \u00e0 suspense. Sans tomber dans le pi\u00e8ge de la copie des s\u00e9ries polici\u00e8res, la mise en sc\u00e8ne de Marie Fourquet leur emprunte leurs moyens les plus usit\u00e9s, ceux \u00e0 m\u00eames de renvoyer le spectateur \u00e0 un univers bien connu.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 quelques lenteurs dues au c\u00f4t\u00e9 parfois trop attendu de certains passages,&nbsp;<em>Mercedes Benz W123<\/em>&nbsp;tient le public jusqu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re minute. Pour ceux qui n\u2019ont pas peur d\u2019\u00eatre confront\u00e9s au sordide, le spectacle est \u00e0 voir jusqu\u2019au 16 mars au Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Arsenic \u00e0 Lausanne.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>13 mars 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/aitor-gosende\/\">Aitor Gosende<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.comedie.ch\/spectacle\/cabaret-levin-3\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du<\/a><a href=\"https:\/\/www.saintgervais.ch\/programme\/detail\/mercedes-benz-w-123\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"> <\/a><a href=\"https:\/\/www.comedie.ch\/spectacle\/cabaret-levin-3\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">spectacle <\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>texte et mise en sc\u00e8ne Marie Fourquet \u2013 Cie ad-apte (CH) \/ du 11 au 16 mars 2014 au Th\u00e9\u00e2tre Arsenic \u00e0 Lausanne \/ le 26 avril au Centre Culturel R\u00e9gional de Del\u00e9mont \/ du 30 avril au 17 mai au Th\u00e9\u00e2tre Saint-Gervais \u00e0 Gen\u00e8ve \/ Critiques par Cecilia Galindo, Alice Bottarelli et Aitor Gosende.<\/p>\n","protected":false},"author":1420,"featured_media":9656,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","_seopress_analysis_target_kw":"","footnotes":""},"categories":[32,34,3,8,38],"tags":[23,20,37],"class_list":["post-4022","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-theatre-de-larsenic","category-maison-saint-gervais","category-spectacle","tag-aitor-gosende","tag-alice-bottarelli","tag-cecilia-galindo"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4022","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1420"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4022"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4022\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":21739,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4022\/revisions\/21739"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/9656"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4022"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4022"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4022"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}