{"id":3683,"date":"2014-03-01T10:21:54","date_gmt":"2014-03-01T09:21:54","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=3683"},"modified":"2025-02-10T13:56:01","modified_gmt":"2025-02-10T12:56:01","slug":"yvonne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2014\/03\/yvonne\/","title":{"rendered":"Yvonne, princesse de Bourgogne"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Yvonne, princesse de Bourgogne<\/h2>\n\n\n<p>d\u2019apr\u00e8s Witold Gombrowicz \/ conception et mise en sc\u00e8ne Genevi\u00e8ve Guhl \/ <span style=\"color: #c0c0c0\">du 27 f\u00e9vrier au 8 mars au Th\u00e9\u00e2tre La Grange de Dorigny \u00e0 Lausanne \/ du 8 au 11 avril \u00e0 la Com\u00e9die de Gen\u00e8ve \/ vendredi 2 mai \u00e0 20h15 au Th\u00e9\u00e2tre Val\u00e8re \u00e0 Sion \/<\/span> du 9 au 10 mai au Th\u00e9\u00e2tre Belle Usine \u00e0 Fully \/ Critiques par Deborah Strebel, Jehanne Denogent, Joanna P\u00f6tz, Aline Kohler et Maryke Oosterhoff.<\/p>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1 mars 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/deborah-strebel\">Deborah Strebel<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Cachez donc cette princesse que je ne saurais voir !<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1169\" height=\"800\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/yvonne_5.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-9675\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/yvonne_5.jpg 1169w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/yvonne_5-248x170.jpg 248w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/yvonne_5-292x200.jpg 292w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/yvonne_5-768x526.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/yvonne_5-1024x701.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/yvonne_5-624x427.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 1169px) 100vw, 1169px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Isabelle Meister<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong><em>Fresque d\u00e9cal\u00e9e et composite m\u00ealant farce, absurde et trag\u00e9die,&nbsp;<\/em>Yvonne, princesse de Bourgogne<em>&nbsp;raconte l\u2019histoire d\u2019un prince rebelle ayant pris le parti fou d\u2019aimer une fille du peuple, laide, insignifiante et d\u2019une inqui\u00e9tante timidit\u00e9. Sa venue \u00e0 la cour va bouleverser habitudes et convenances, poussant l\u2019ensemble de la souverainet\u00e9 \u00e0 la folie.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Sur une musique dissonante appara\u00eet un couple discordant. Une reine, grande et majestueuse interpr\u00e9t\u00e9e avec tant d\u2019\u00e9l\u00e9gance par l\u2019une des figures incontournables de la culture alternative genevoise, Greta Gratos, s\u2019\u00e9lance aux c\u00f4t\u00e9s de son petit mari aux cheveux en bataille dont les tempes sont aussi grisonnantes que bleut\u00e9es, incarn\u00e9 \u00e0 contre-emploi par Julia Batinova. L\u2019imposant charisme de Marguerite contraste alors fortement avec la petite taille d\u2019Ignace, chef d\u2019\u00c9tat semblant plut\u00f4t vouloir jouir du pouvoir sans en assumer l\u2019ensemble des implications. Genevi\u00e8ve Guhl a donc choisi d\u2019insister sur le d\u00e9calage que le texte po\u00e9tique et philosophique de Witold Gombrowicz laisse entrevoir. Et quelle riche id\u00e9e d\u2019allier ainsi la toute premi\u00e8re pi\u00e8ce du dramaturge polonais \u00e0 un univers fantasque et color\u00e9. Monde dans lequel, un valet, muni d\u2019une cagoule en cuir sadomasochiste, croise des dames de la cour badines exhibant sans complexe leurs bas r\u00e9silles sous le nez du prince Philippe. Blas\u00e9e par ces occupations, sa jeune majest\u00e9 semble en mal d\u2019action. Heureusement, il va faire la connaissance d\u2019une fille compl\u00e8tement banale, insignifiante, d\u00e9pourvue de charme \u00e0 tel point qu\u2019elle fait honte \u00e0 ses propres tantes. Malicieux dans l\u2019\u00e2me, le prince d\u00e9cide de relever le d\u00e9fi insens\u00e9 de la ch\u00e9rir, int\u00e9grant ainsi cette jeune cr\u00e9ature au sein de la royaut\u00e9. Muette et passive, Yvonne interpelle. Habill\u00e9e d\u2019un fin voile brod\u00e9 laissant entrevoir sa nudit\u00e9, elle s\u2019abandonne aux regards de tous. Scrut\u00e9e comme une b\u00eate curieuse, une \u00e9trange esp\u00e8ce inconnue, elle ne laisse \u00e9chapper aucun mot de sa bouche devant un prince surexcit\u00e9 et une cour \u00e9bahie. Mais peu \u00e0 peu, elle va d\u00e9ranger. Par son mutisme, elle devient une sorte de miroir dans lequel chacun contemple son propre reflet. Elle r\u00e9v\u00e8le ainsi les sombres angoisses des personnes qui l\u2019observent. Gr\u00e2ce \u00e0 ses silences, elle d\u00e9contenance ses interlocuteurs, renvoy\u00e9s \u00e0 leurs secrets les plus intimes. Par son simple regard, elle perce les failles de tous. C\u2019est ainsi que, contre toute attente, son apathie commence \u00e0 g\u00e9n\u00e9rer de multiples dynamiques. D\u2019objet de fascination, elle devient alors ennemi public num\u00e9ro 1.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce subtil changement de statut s\u2019op\u00e8re, non sans cruaut\u00e9, \u00e0 travers une s\u00e9rie d\u2019\u00e9pisodes jou\u00e9s, chant\u00e9s et m\u00eames dans\u00e9s. La pluralit\u00e9 des formes fait \u00e9cho \u00e0 la multiplicit\u00e9 des genres perceptibles tels que l\u2019absurde, le burlesque, la farce, la com\u00e9die de m\u0153urs ou encore la trag\u00e9die. La musique participe pleinement \u00e0 ce d\u00e9licieux m\u00e9lange de styles en alternant harmonium, bandon\u00e9on et riffs de guitare \u00e9lectrique. L\u2019ensemble forme un tableau rock\u2019n\u2019roll, cynique et beau interrogeant des questions sociales. Tiraill\u00e9 entre une haute aristocratie et un milieu modeste, Witold Gombrowicz a ainsi esquiss\u00e9 dans cette pi\u00e8ce, une lutte du haut avec le bas, en pr\u00e9sentant une jeune demoiselle issue du peuple faisant trembler l\u2019\u00e9lite. Une fois de plus, la compagnie \u00ab l\u2019ascenseur \u00e0 poissons \u00bb s\u2019int\u00e9resse \u00e0 des probl\u00e9matiques sociales car Genevi\u00e8ve Guhl, la fondatrice et metteure en sc\u00e8ne, appr\u00e9cie particuli\u00e8rement le fait de lier la r\u00e9flexion \u00e0 la beaut\u00e9. Pari brillamment r\u00e9ussi \u00e0 l\u2019aide de cette peinture distordue et haute en couleur dont l\u2019esth\u00e9tique est minutieusement soign\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1 mars 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/deborah-strebel\">Deborah Strebel<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1 mars 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/jehanne-denogent\/\">Jehanne Denogent<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Yvonne, ou les malheurs d\u2019une limace<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1169\" height=\"800\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/yvonne_9.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-9677\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/yvonne_9.jpg 1169w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/yvonne_9-248x170.jpg 248w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/yvonne_9-292x200.jpg 292w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/yvonne_9-768x526.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/yvonne_9-1024x701.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/yvonne_9-624x427.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 1169px) 100vw, 1169px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Isabelle Meister<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong>Yvonne, Princesse de Bourgogne<em>, propose un portrait noir et grin\u00e7ant de la biens\u00e9ance, de l\u2019institutionnalisation des m\u0153urs ainsi que le r\u00e9cit du destin malheureux d\u2019une triste princesse.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il \u00e9tait une fois un prince charmant, beau et intelligent. Arriv\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de raison, vint le moment o\u00f9 ses parents lui dirent&nbsp;gravement : \u00ab&nbsp;Fils, il est temps de trouver demoiselle \u00e0 ton pied.&nbsp;\u00bb. Les attentes \u00e9taient grandes&nbsp;: la jeune fille devait avoir l\u2019\u00e9clat du diamant, la peau de la p\u00eache et la sensualit\u00e9 d\u2019une nymphe. Le prince Philippe revint, victorieux et arrogant&nbsp;: il avait trouv\u00e9 l\u2019escarpin parfait, Yvonne. Sous les yeux horrifi\u00e9s des royaux g\u00e9niteurs, pourtant, non pas une na\u00efade mais une guenon. Ou plut\u00f4t une limace. Etait-ce un crapaud&nbsp;? Bref un laideron.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est un conte \u00e0 l\u2019envers qu\u2019\u00e9crivit Witold Gombrowicz en 1938. Si l\u2019amorce s\u2019annonce bouffonne, la pi\u00e8ce est loin d\u2019\u00eatre destin\u00e9e aux enfants et d\u00e9ment rapidement l\u2019id\u00e9e du prince comme h\u00e9ros \u2013 qui en aurait tous les traits identifiables pour le spectateur. Yvonne est le personnage d\u00e9clencheur de l\u2019action et pourtant c\u2019est une pr\u00e9sence en creux, \u00e0 la fois ind\u00e9finie et silencieuse, trou noir qui fait tournoyer autour d\u2019elle la cour, brillante et agit\u00e9e. Son influence sur les membres de la cour n\u2019en est pas moins grande. Sur ce corps immonde, libre \u00e0 eux de projeter ce qu\u2019ils d\u00e9sirent, ce qu\u2019ils redoutent, ou de se projeter eux-m\u00eames. Yvonne prend une importance d\u00e9mesur\u00e9e, celle que chacun lui donne. Elle devient tour \u00e0 tour objet de fascination, de d\u00e9sir, de d\u00e9go\u00fbt, de m\u00e9moire, de folie. \u00c0 force de tourner autour d\u2019elle, ils finiront en effet par perdre la t\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p>Il fallait un jeu tout en subtilit\u00e9 pour incarner ce non-personnage, \u00e0 la fois absent et pr\u00e9sent. La com\u00e9dienne Ilil Land-Boss y parvient avec adresse. Face \u00e0 son impassibilit\u00e9, les autres acteurs m\u00e8nent leur recherche corporelle dans une autre direction. Ronds de jambes, bonds distingu\u00e9s et courbettes gracieuses forment la danse fr\u00e9n\u00e9tique d\u2019une aristocratie superficielle et enferm\u00e9e dans des codes et comportements sociaux. La Compagnie \u00ab&nbsp;l\u2019Ascenseur \u00e0 Poissons&nbsp;\u00bb, dans une ligne de th\u00e9\u00e2tre engag\u00e9, s\u2019empare de ce texte \u00e0 contestation qui d\u00e9nonce la tyrannie des canons de beaut\u00e9. Comment l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 peut-elle survivre dans une soci\u00e9t\u00e9 r\u00e9gie par les convenances&nbsp;? Yvonne ne joue pas le r\u00f4le attendu et c\u2019est terrifiant pour ce monde d\u2019apparat. Par le choix de la distribution, Genevi\u00e8ve Guhl taquine, vient encore titiller le point sensible de la question des cat\u00e9gories&nbsp;: une femme joue le roi, un homme la reine. S\u2019il y a bien un mec, selon nos mod\u00e8les sociaux, ce serait le roi, m\u00e2le farci de testost\u00e9rone. Pr\u00e9suppos\u00e9 d\u00e9menti avec humour par cette distribution. C\u2019est toute une interrogation sur les questions sociales qu\u2019ouvre la metteure en sc\u00e8ne dans cette pi\u00e8ce, amen\u00e9e de mani\u00e8re intelligente, riche et pertinente.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment l\u2019histoire devrait-elle finir, d\u00e9j\u00e0&nbsp;? Quelque part dans l\u2019ennui, entre marmots joyeux et bonheur paillet\u00e9. Le texte de Gombrowicz et la compagnie \u00ab&nbsp;l\u2019Ascenceur \u00e0 Poissons&nbsp;\u00bb renvoient le conte de f\u00e9e au loin dans son monde imaginaire et en proposent au contraire une version non pas sautillante mais noire, interrogatrice et dense.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1 mars 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/jehanne-denogent\/\">Jehanne Denogent<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1 mars 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/joanna-potz\/\">Joanna P\u00f6tz<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Un d\u00e9sordre pervers<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1169\" height=\"800\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/yvonne_3.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-9674\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/yvonne_3.jpg 1169w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/yvonne_3-248x170.jpg 248w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/yvonne_3-292x200.jpg 292w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/yvonne_3-768x526.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/yvonne_3-1024x701.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/yvonne_3-624x427.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 1169px) 100vw, 1169px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Isabelle Meister<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong><em>M\u00e9lange p\u00eale-m\u00eale de com\u00e9die, trag\u00e9die, farce et absurde,&nbsp;<\/em>Yvonne, Princesse de Bourgogne<em>, jou\u00e9e par la cie L\u2019ascenseur \u00e0 Poissons, inverse toutes les conventions \u2013 un homme jou\u00e9 par une femme, une princesse laide fianc\u00e9e au prince h\u00e9ritier, une com\u00e9die qui trouve une fin bien tragique \u2013 pour faire rire mais aussi pour d\u00e9ranger, et qui, finalement, laisse un peu perplexe.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La pi\u00e8ce raconte l\u2019histoire d\u2019une pauvre et laide roturi\u00e8re, Yvonne, que le prince h\u00e9ritier, par moquerie et r\u00e9bellion, emm\u00e8ne \u00e0 la cour afin d\u2019en faire sa fianc\u00e9e. Elle, dont le mutisme et la d\u00e9bilit\u00e9 d\u00e9rangent, y est la ris\u00e9e des courtisans&nbsp;et la honte de la famille royale qui ne sait qu\u2019en faire. Puis, devenue source de jalousie et angoissante pr\u00e9sence, elle est le bouc-\u00e9missaire, objet de haine, que tous les personnages veulent assassiner. En bref, Yvonne, en n\u2019ouvrant presque jamais la bouche et pr\u00e9cis\u00e9ment en ne faisant rien, s\u00e8me la discorde et le d\u00e9sordre dans une cour devenue folle. Ainsi, de ce qui semblait \u00eatre une com\u00e9die, voire une farce, la pi\u00e8ce devient trag\u00e9die grin\u00e7ante en se soldant par l\u2019assassinat en grande pompe de cette princesse de Bourgogne. Cette pi\u00e8ce, comme ce passage de la com\u00e9die \u00e0 la trag\u00e9die et l\u2019instabilit\u00e9 de registre le montrent, se moque des conventions g\u00e9n\u00e9riques et adopte un ton l\u00e9g\u00e8rement parodique. Par exemple, le roi, la reine, le chambellan, le prince et les courtisans, tourn\u00e9s en d\u00e9rision, sont autant de personnages \u00e9voquant le th\u00e9\u00e2tre shakespearien. \u00c0 ce titre,&nbsp;<em>Yvonne, Princesse de Bourgogne<\/em>, \u00e9crite en 1938, est, comme beaucoup des \u0153uvres suivantes du polonais Witold Gombrowicz,&nbsp; provocatrice et subversive tout en alliant l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 et comique.<\/p>\n\n\n\n<p>La mise en sc\u00e8ne originale de Genevi\u00e8ve Guhl insiste pr\u00e9cis\u00e9ment sur les renversements et le d\u00e9sordre inh\u00e9rents \u00e0 la pi\u00e8ce pour en faire une cr\u00e9ation \u00ab&nbsp;\u00e0 contre-courant&nbsp;\u00bb qui s\u2019int\u00e8gre au projet esth\u00e9tique de L\u2019ascenseur \u00e0 Poissons. Ainsi, le roi Ignace est jou\u00e9 par une femme, la reine par un homme,&nbsp; les vieilles tantes cocasses d\u2019Yvonne sont jou\u00e9es par des hommes, les m\u00eames d\u2019ailleurs qui incarnent les conseillers ridicules du roi \u2013 dr\u00f4lissimes, eux aussi \u2013, alors que ce n\u2019est pas le cas pour les autres personnages. C\u00f4t\u00e9 costume, c\u2019est l\u00e0 encore le d\u00e9sordre, entre un roi habill\u00e9 en costume complet bien net, les courtisanes aux robes \u00e0 moiti\u00e9 d\u00e9faites et Yvonne en habits transparents. Le d\u00e9cor m\u00eame est un assemblage modulable de chaises et de tables ainsi que de panneaux o\u00f9 sont projet\u00e9es des images changeantes, difficiles \u00e0 interpr\u00e9ter et peut-\u00eatre pas suffisamment exploit\u00e9es. Cette mise en sc\u00e8ne est compl\u00e9t\u00e9e par des bandes sonores oscillant entre chanson fran\u00e7aise, musique \u00e9lectro et bruits d\u00e9sagr\u00e9ables, m\u00e9lodies cacophoniques sur lesquelles les personnages chantent. Finalement, comme le dit la reine, il en r\u00e9sulte un \u00ab&nbsp;d\u00e9sordre pervers&nbsp;\u00bb \u2013 pervers parce que la cacophonie ambiante fait mal aux oreilles et, surtout, parce qu\u2019\u00e0 l\u2019origine de l\u2019intrigue est une farce malsaine et m\u00e9chante concoct\u00e9e par le prince h\u00e9ritier dans le but de semer le d\u00e9sordre et de critiquer.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame si la mise en sc\u00e8ne refl\u00e8te bien le m\u00e9pris l\u00e9ger pour les conventions du th\u00e9\u00e2tre typique de l\u2019\u0153uvre de Gombrowicz, elle ne r\u00e9ussit pas compl\u00e8tement \u00e0 faire signifier le chaos sous-jacent qu\u2019elle r\u00e9v\u00e8le, peut-\u00eatre par manque de consistance ou d\u2019uniformit\u00e9. On a du mal \u00e0 se faire une id\u00e9e pr\u00e9cise de l\u2019interpr\u00e9tation que la mise en sc\u00e8ne tente de faire de la pi\u00e8ce, ainsi que du sens qu\u2019elle lui donne. Dommage.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Yvonne, Princesse de Bourgogne<\/em>, difficile d\u2019acc\u00e8s, donc,&nbsp; mais dont on retiendra surtout la mise en sc\u00e8ne originale et quelques moments cocasses, est \u00e0 voir \u00e0 La Grange de Dorigny jusqu\u2019au 8 mars.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1 mars 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/joanna-potz\/\">Joanna P\u00f6tz<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1 mars 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/aline-kohler\/\">Aline Kohler<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Yvonne, la diff\u00e9rence sacrifi\u00e9e<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1169\" height=\"800\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/yvonne_1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-9673\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/yvonne_1.jpg 1169w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/yvonne_1-248x170.jpg 248w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/yvonne_1-292x200.jpg 292w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/yvonne_1-768x526.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/yvonne_1-1024x701.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/yvonne_1-624x427.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 1169px) 100vw, 1169px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Isabelle Meister<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong><em>La Grange de Dorigny accueille cette semaine sur ses planches une farce au d\u00e9nouement funeste. La pi\u00e8ce de Witold Gombrovicz&nbsp;<\/em>Yvonne, princesse de Bourgogne<em>&nbsp;est un enterrement de la rebellion, et m\u00eame plus, une trag\u00e9die de la libert\u00e9 d\u2019\u00eatre. Une m\u00e9morable performance de la Compagnie L\u2019ascenseur \u00e0 poissons\/cie et de la metteure en sc\u00e8ne Genevi\u00e8ve Guhl.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le piano pr\u00e9par\u00e9 de G\u00e9raldine Schenkel donne le ton. Accord\u00e9 (ou plut\u00f4t&nbsp; d\u00e9saccord\u00e9) et arrang\u00e9 de mani\u00e8re non-traditionnelle, il fait une entr\u00e9e dissonante et presque tonitruante. Un effet d\u00e9glingu\u00e9 qui se r\u00e9percute \u00e0 tous les niveaux du spectacle pour obtenir un tableau final unifi\u00e9 dans l\u2019absurde. L\u2019histoire d\u2019Yvonne, pauvre fille insignifiante subitement devenue la fianc\u00e9e du Prince Philippe \u00e9pris d\u2019ennui et la b\u00eate de foire de toute une cour, vous est mise en sc\u00e8ne avec fac\u00e9tie.<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9cor (Eliane Beytrison) est sommaire, mais \u00e9voque avec efficacit\u00e9 l\u2019ambiance grin\u00e7ante et peu accueillante de la Cour. Les costumes (Anna van Br\u00e9e) refl\u00e8tent le statut grotesque d\u2019une noblesse qui, \u00e0 l\u2019instar de l\u2019\u00e9paisse couche de maquillage de la reine Marguerite, se cache derri\u00e8re le masque des bonnes mani\u00e8res. D\u00e9brid\u00e9s, ils mettent en sc\u00e8ne une aristocratie mise \u00e0 nue et forc\u00e9e de faire face \u00e0 sa propre ali\u00e9nation. Ridicules, telle la couronne du roi Ignace en papier, ils accentuent le c\u00f4t\u00e9 d\u00e9risoire de la noblesse. Et au centre de l\u2019attention, Yvonne, p\u00e2le et immobile comme une poup\u00e9e de porcelaine, qui appara\u00eet dans le plus simple appareil burlesque sous sa chemise de nuit informe en voile blanc.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout s\u2019acharne \u00e0 d\u00e9noncer une aristocratie qui n\u2019a ni courage ni prestance et dont le cheval est petit, en bois et \u00e0 bascule. Le pouvoir est sans cesse raill\u00e9, jusque par le choix de la distribution des r\u00f4les : le roi est jou\u00e9 par la com\u00e9dienne Julia Batinova et la reine par le com\u00e9dien Pierandr\u00e9 Boo alias Greta Gratos. L\u2019effet d\u00e9lirant produit une grande impression sur les spectateurs captiv\u00e9s sans rel\u00e2che durant les deux heures qu\u2019a dur\u00e9 la pi\u00e8ce.<\/p>\n\n\n\n<p>Autour de l\u2019apathie d\u2019Yvonne r\u00e8gne une grande agitation physique, mais aussi verbale. Le texte de Witold Gombrovicz joue constamment avec les mots, les niveaux de langues et les langues elles-m\u00eames. Les anachronismes aussi sont nombreux, sans que cela ne semble perturber les personnages. Ainsi, le prince enqu\u00eate sur le \u00ab&nbsp;sex appeal&nbsp;\u00bb d\u2019Yvonne et le roi \u00ab&nbsp;s\u2019tape un bridge&nbsp;\u00bb au milieu des formules plus traditionnelles d\u2019une cour aristocrate d\u2019un autre \u00e2ge. L\u2019atmosph\u00e8re qui en d\u00e9coule est comique et d\u00e9mentielle.<\/p>\n\n\n\n<p>Le grotesque de la cour de ce royaume imaginaire n\u2019en finit plus de se d\u00e9cliner. Un tourbillon de folie habilement d\u00e9clench\u00e9 par Yvonne, un personnage pr\u00e9texte qui donne corps au concept de non-conformit\u00e9. Tout ce que la noblesse pr\u00e9f\u00e9rerait ignorer, ses faiblesses et ses vices, s\u2019y refl\u00e8te. Le Prince Philippe le dit&nbsp;: Yvonne est \u00ab&nbsp;faite pour rendre fou&nbsp;\u00bb. Yvonne, celle qui r\u00e9ussit \u00e0 faire s\u2019incliner devant elle toute une cour de nobles. Celle qui, avec sa disparition, signe la victoire du conformisme, symbolis\u00e9 par le Prince Philippe qui finit par c\u00e9der \u00e0 la pression et s\u2019agenouiller sur sa libert\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Yvonne, princesse de Bourgogne<\/em>&nbsp;au th\u00e9\u00e2tre de la Grange de Dorigny est un spectacle fascinant et d\u00e9cal\u00e9 qui nous plonge dans un univers dr\u00f4le et absurde. Une exp\u00e9rience plut\u00f4t inconfortable, sans \u00eatre pour autant d\u00e9plaisante. Une r\u00e9ussite sur toute la ligne.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1 mars 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/aline-kohler\/\">Aline Kohler<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1 mars 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/maryke-oosterhoff\/\">Maryke Oosterhoff<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Il y a quelque chose de pourri dans le Royaume de Bourgogne<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1169\" height=\"800\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/yvonne_3.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-9674\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/yvonne_3.jpg 1169w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/yvonne_3-248x170.jpg 248w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/yvonne_3-292x200.jpg 292w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/yvonne_3-768x526.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/yvonne_3-1024x701.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/yvonne_3-624x427.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 1169px) 100vw, 1169px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Isabelle Meister<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em><strong>F<\/strong><\/em><strong><em>arce tragique,\u00a0<\/em>Yvonne, princesse de Bourgogne<em>\u00a0travaille\u00a0habilement\u00a0l\u2019id\u00e9e de diff\u00e9rence.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les accords d\u2019un harmonium d\u00e9braill\u00e9 retentissent dans le noir. La lumi\u00e8re se fait et un couple, dissonant lui aussi, para\u00eet&nbsp;: Greta Gratos \u2013 \u00e9g\u00e9rie de la sc\u00e8ne alternative genevoise \u2013 incarne une reine pos\u00e9e et majestueuse et Julia Batinova campe \u00e0 la perfection un petit roi d\u00e9bordant d\u2019une ridicule \u00e9nergie. Ces derniers seront les garants des protocoles de ce royaume imaginaire (\u00ab&nbsp;Bourgogne&nbsp;\u00bb semblant ici renvoyer davantage au vin qu\u2019\u00e0 l\u2019Histoire) et se montrent d\u00e9rout\u00e9s de voir leur remuant fils introduire une disgracieuse et apathique fianc\u00e9e. Cette derni\u00e8re lui est si insupportable que, lass\u00e9 des convenus jeux de cour, il a d\u00e9cid\u00e9 de l\u2019aimer.<\/p>\n\n\n\n<p>Bient\u00f4t toutefois, la passivit\u00e9 et le mutisme d\u2019Yvonne \u2013 seuls deux mots sortiront de sa bouche \u2013 ainsi que les grands yeux qu\u2019elle balade nonchalamment sur sc\u00e8ne, seront autant de miroirs renvoyant le jeune prince, puis l\u2019ensemble des protagonistes, \u00e0 leurs insoutenables angoisses et leurs vains mouvements. La lourde pr\u00e9sence de celle avec qui l\u2019on pouvait \u00ab&nbsp;tout se permettre&nbsp;\u00bb devient une intol\u00e9rable provocation tant cette Antigone \u00ab&nbsp;mollichonne&nbsp;\u00bb agit \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des rites et traditions.<\/p>\n\n\n\n<p>Drame shakespearien jou\u00e9 sur un mode burlesque, cette premi\u00e8re pi\u00e8ce (1938) du Polonais Witold Gombrowicz a \u00e9t\u00e9 adapt\u00e9e par quatre fois d\u00e9j\u00e0 sous la forme d\u2019un op\u00e9ra. La mise en sc\u00e8ne de Genevi\u00e8ve Guhl r\u00e9pond \u00e9galement \u00e0 la musicalit\u00e9 qu\u2019offre la po\u00e9sie du texte. Un accompagnement live \u2013 bandon\u00e9on, clavier et guitare \u00e9lectrique \u2013 rappelant parfois l\u2019univers puissamment d\u00e9r\u00e9gl\u00e9 de Tom Waits, sublime avec brio le d\u00e9saxement des personnages face au silence assourdissant d\u2019Yvonne.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1 mars 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/maryke-oosterhoff\/\">Maryke Oosterhoff<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.belleusine.ch\/programme\/12-spectacle\/90-yvonne-princesse-de-bourgogne\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle <\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>d\u2019apr\u00e8s Witold Gombrowicz \/ conception et mise en sc\u00e8ne Genevi\u00e8ve Guhl \/ du 27 f\u00e9vrier au 8 mars au Th\u00e9\u00e2tre La Grange de Dorigny \u00e0 Lausanne \/ du 8 au 11 avril \u00e0 la Com\u00e9die de Gen\u00e8ve \/ vendredi 2 mai \u00e0 20h15 au Th\u00e9\u00e2tre Val\u00e8re \u00e0 Sion \/ du 9 au 10 mai au Th\u00e9\u00e2tre Belle Usine \u00e0 Fully \/ Critiques par Deborah Strebel, Jehanne Denogent, Joanna P\u00f6tz, Aline Kohler et Maryke Oosterhoff.<\/p>\n","protected":false},"author":1420,"featured_media":9676,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,10,5,38],"tags":[25,31,22,28,26],"class_list":["post-3683","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-theatre-comedie","category-la-grange","category-spectacle","tag-aline-kohler","tag-deborah-strebel","tag-jehanne-denogent","tag-joanna-potz","tag-maryke-oosterhoff"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3683","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1420"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3683"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3683\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":21775,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3683\/revisions\/21775"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/9676"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3683"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3683"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3683"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}