{"id":3593,"date":"2014-02-27T12:19:26","date_gmt":"2014-02-27T11:19:26","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=3593"},"modified":"2025-02-10T13:56:14","modified_gmt":"2025-02-10T12:56:14","slug":"mlle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2014\/02\/mlle\/","title":{"rendered":"Mademoiselle Else et Apr\u00e8s la r\u00e9p\u00e9tition"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Mademoiselle Else et Apr\u00e8s la r\u00e9p\u00e9tition<\/h2>\n\n\n<p>d\u2019apr\u00e8s Arthur Schnitzler et Ingmar Bergman \/ mise en sc\u00e8ne et interpr\u00e9tation par la Compagnie tg STAN \/ Th\u00e9\u00e2tre Saint-Gervais \u00e0 Gen\u00e8ve \/ du 26 f\u00e9vrier au 1er mars 2014 \/ Critique par Alice Bottarelli.<\/p>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>27 f\u00e9vrier 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/alice-bottarelli\/\">Alice Bottarelli<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Ils surprennent, fascinent, s\u00e9duisent<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1066\" height=\"800\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/mademoiselle_4.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-9655\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/mademoiselle_4.jpg 1066w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/mademoiselle_4-227x170.jpg 227w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/mademoiselle_4-267x200.jpg 267w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/mademoiselle_4-768x576.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/mademoiselle_4-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/03\/mademoiselle_4-624x468.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 1066px) 100vw, 1066px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Tim Wouters<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong><em>Indescriptible. La performance de la compagnie belge tg STAN saisit le spectateur jusqu\u2019\u00e0 lui faire se demander s\u2019il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 vraiment all\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre avant, et comment il y retournera ensuite. Un spectacle d\u2019une nouveaut\u00e9 rafra\u00eechissante qui envoie valser la poussi\u00e8re des usages formels, soutenu par une performance d\u2019acteurs magistrale. On en sort chang\u00e9.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Une soir\u00e9e comme celle que nous a propos\u00e9e hier la compagnie tg STAN, \u00e7a ne doit pas se raconter, \u00e7a ne peut pas. Ce qui se passe sur sc\u00e8ne, sur cet espace aux confins meubles, aux limites poreuses, \u00e9chappe aux codes. D\u00e9sar\u00e7onne. Retourne nos habitudes, nos cat\u00e9gories. Envahit notre r\u00e9el, et pas seulement en brisant le quatri\u00e8me mur (souvent \u00e9croul\u00e9 aujourd\u2019hui), mais en nous saisissant \u00e0 bras le corps, par la surprise, par le rire d\u00e9cal\u00e9, par un magn\u00e9tisme qui ne s\u2019amenuise pas.<\/p>\n\n\n\n<p>La compagnie tg STAN arrive \u00e0 nouveau d\u2019Anvers au th\u00e9\u00e2tre Saint-Gervais, avec trois pi\u00e8ces cette fois, dont deux sont jou\u00e9es ce soir&nbsp;:&nbsp;<em>Mademoiselle Else<\/em>&nbsp;d\u2019Arthur Schnitzler et&nbsp;<em>Apr\u00e8s la r\u00e9p\u00e9tition<\/em>, initialement un film d\u2019Ingmar Bergman. Elle est venue \u00e9galement avec des promesses qui titillent&nbsp;: son nom, acronyme de Stop Thinking About Names, est li\u00e9 \u00e0 un \u00ab refus de tout dogmatisme \u00bb et de toute autorit\u00e9 contraignante. \u00c0 commencer par celle d\u2019un metteur en sc\u00e8ne. Les acteurs sont donc compl\u00e8tement libres de leurs d\u00e9cisions de jeu, pari risqu\u00e9 pour que soit maintenue l\u2019harmonie et l\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 d\u2019une pi\u00e8ce. Avant m\u00eame de p\u00e9n\u00e9trer dans la salle, on est donc curieux de savoir si leur d\u00e9marche annonc\u00e9e dans le programme, \u00ab la destruction de l\u2019illusion th\u00e9\u00e2trale, le jeu d\u00e9pouill\u00e9, la mise en \u00e9vidence des divergences \u00e9ventuelles dans le jeu, et l\u2019engagement rigoureux vis-\u00e0-vis du personnage et de ce qu\u2019il a \u00e0 raconter \u00bb, tournera \u00e0 l\u2019\u00e9chec, ou au succ\u00e8s monumental.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une recette maison<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Une sonate pour piano s\u2019\u00e9gr\u00e8ne en fond sonore, tandis que les spectateurs entrent dans la salle. Pas d\u2019instrument visible : on s\u2019attend donc \u00e0 ce que la musique provienne d\u2019ailleurs, hors sc\u00e8ne, et qu\u2019elle soit g\u00e9r\u00e9e par la r\u00e9gie. Mais il n\u2019y a pas de r\u00e9gie, on s\u2019en apercevra vite. C\u2019est d\u2019un Ipod pos\u00e9 sur des haut-parleurs, parfaitement rep\u00e9rable au fond de la sc\u00e8ne et reli\u00e9 \u00e0 la t\u00e9l\u00e9commande tenue par l\u2019un des com\u00e9diens, qu\u2019\u00e9mane la musique. Ce m\u00eame com\u00e9dien, toujours \u00e0 vue, modulera aussi les lumi\u00e8res depuis une table en arri\u00e8re-plan, ou par des interrupteurs \u00e0 travers la sc\u00e8ne. Celle-ci, d\u2019ailleurs, on ne sait pas exactement o\u00f9 elle s\u2019arr\u00eate. Ce n\u2019est pas, comme d\u2019ordinaire, un lieu infiniment distant malgr\u00e9 sa proximit\u00e9, un espace-temps \u00e0 part, d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la fiction et \u00e0 rien d\u2019autre. Ce n\u2019est pas un monde imaginaire derri\u00e8re une vitre lisse. Certes, il y a bien un plateau, noir, avec des d\u00e9cors, et derri\u00e8re, un rideau, et nous, nous sommes assis, en rang\u00e9es, en face, en silence, comme on s\u2019y attend. Mais ce qui s\u2019y passera ce soir, on ne s\u2019y attend pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand on entre, les com\u00e9diens sont d\u00e9j\u00e0 l\u00e0. Ils sont deux, un homme et une jeune femme, et marchent de-ci de-l\u00e0, s\u2019\u00e9changent un mot de temps \u00e0 autre, rient, d\u00e9tendus, naturels. Sur un banc au bord, s\u2019\u00e9talent de petits tas de v\u00eatements et d\u2019accessoires, banals et h\u00e9t\u00e9roclites. Ils seront les instruments du jeu, et se trouvent pos\u00e9s l\u00e0 car il n\u2019y aura pas de coulisses. Et au milieu, un socle d\u2019un m\u00e8tre carr\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Sans pr\u00e9venir, le spectacle commence : la com\u00e9dienne Alma Placios monte sur le socle et n\u2019en sortira pas avant la fin. C\u2019est autour de son personnage, Mlle Else, que se d\u00e9roule l\u2019intrigue, un long flux de pens\u00e9es aliment\u00e9 par quelques dialogues. Frank Vercruyssen, entre les r\u00e9glages \u00e0 vue des sons et des lumi\u00e8res, joue \u00e9galement tous les autres r\u00f4les, se servant des accessoires comme autant d\u2019outils pour nourrir le jeu. Il passe ainsi avec finesse et humour du riche esth\u00e8te en cravate ray\u00e9e \u00e0 la vieille fille dodue enroul\u00e9e dans son ch\u00e2le. Tant\u00f4t il nous \u00e9meut par une sinc\u00e9rit\u00e9 inattendue d\u2019un personnage d\u00e9crit comme inf\u00e2me, tant\u00f4t il adopte son r\u00f4le avec une autod\u00e9rision qui fait rire de surprise, jetant nonchalamment ses r\u00e9pliques, et insufflant une \u00e9nergie d\u2019un autre ton au monologue de l\u2019actrice. Cette derni\u00e8re, quant \u00e0 elle, est tout bonnement exceptionnelle : alignant sans faille une heure trente de quasi-soliloque sur son m\u00e8tre carr\u00e9, elle passe peu \u00e0 peu, imperceptiblement, d\u2019un personnage vaniteux et imperm\u00e9able \u00e0 celui d\u2019une demoiselle certes \u00e9gocentrique, mais fragile, troublante. Mlle Else est une jeune fille de toute beaut\u00e9, contrainte de se d\u00e9v\u00eatir devant un vieil homme qui la d\u00e9go\u00fbte en \u00e9change de l\u2019argent qui sauvera son p\u00e8re de la prison. L\u2019actrice, cadr\u00e9e par un texte et un espace extr\u00eamement contraignants, nous laisse peu \u00e0 peu assister \u00e0 son d\u00e9ploiement et son d\u00e9nu(d)ement. Avec une gr\u00e2ce remarquable.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 eux deux, les com\u00e9diens nous offrent une v\u00e9ritable le\u00e7on de th\u00e9\u00e2tre, par leurs prises de risques, leur mise \u00e0 nu, leurs choix sc\u00e9niques originaux, provocateurs, mais toujours coh\u00e9rents et finement pens\u00e9s. Et surtout, par un jeu alliant une ma\u00eetrise profonde du personnage et un naturel qui, dans tous les sens du terme, d\u00e9sarme, nous laissant pantois et conquis. Cette le\u00e7on th\u00e9\u00e2trale s\u2019actualisera ensuite dans le texte et les personnages d\u2019<em>Apr\u00e8s la r\u00e9p\u00e9tition<\/em>, la seconde pi\u00e8ce de la soir\u00e9e, qui laisse entrevoir la relation ambigu\u00eb et touchante entre un metteur en sc\u00e8ne g\u00e9nial et tr\u00e8s exp\u00e9riment\u00e9, et une jeune com\u00e9dienne, fille de son ancienne amante, tout aussi s\u00e9duisante que sa m\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un condens\u00e9 de go\u00fbts venus d\u2019ailleurs<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Employer le terme de \u00ab talent \u00bb est toujours un peu suspect ; n\u00e9anmoins, quel autre terme pour qualifier les performances de tg STAN, qui apportent un \u00e9clairage radicalement innovant, d\u2019une grande cr\u00e9ativit\u00e9, sur les codes de la repr\u00e9sentation ? Ces conventions, ils les interrogent avec intelligence, non pas pour les annihiler ou proposer un th\u00e9\u00e2tre pr\u00e9tendument libre et sans codes, mais pour jouer avec elles, les faire saillir et les revitaliser. La mani\u00e8re dont ils s\u2019emparent du texte pour lui donner une existence neuve, comme apr\u00e8s une mue, fait de leurs pi\u00e8ces des Objets Dramaturgiques Non Identifi\u00e9s, mais que l\u2019on d\u00e9couvre avec un \u00e9merveillement d\u2019enfant impressionn\u00e9. \u00c0 voir absolument.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>27 f\u00e9vrier 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/alice-bottarelli\/\">Alice Bottarelli<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.saintgervais.ch\/programme\/detail\/mademoiselle-else\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle <\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>d\u2019apr\u00e8s Arthur Schnitzler et Ingmar Bergman \/ mise en sc\u00e8ne et interpr\u00e9tation par la Compagnie tg STAN \/ Th\u00e9\u00e2tre Saint-Gervais \u00e0 Gen\u00e8ve \/ du 26 f\u00e9vrier au 1er mars 2014 \/ Critique par Alice Bottarelli.<\/p>\n","protected":false},"author":784,"featured_media":9655,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,8,38],"tags":[20],"class_list":["post-3593","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-maison-saint-gervais","category-spectacle","tag-alice-bottarelli"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3593","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/784"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3593"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3593\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":21783,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3593\/revisions\/21783"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/9655"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3593"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3593"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3593"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}