{"id":2636,"date":"2014-02-08T11:36:44","date_gmt":"2014-02-08T10:36:44","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=2636"},"modified":"2025-02-10T13:56:29","modified_gmt":"2025-02-10T12:56:29","slug":"recreation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2014\/02\/recreation\/","title":{"rendered":"R\u00e9Cr\u00e9ation"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9Cr\u00e9ation<\/h2>\n\n\n<p>d\u2019apr\u00e8s l\u2019\u0153uvre de Robert Walser \/ par In Pulverem Reverteris \/ mise en sc\u00e8ne Danielle Br\u00e9 \/ Th\u00e9\u00e2tre La Grange de Dorigny \u00e0 Lausanne \/ du 6 au 7 f\u00e9vrier 2014 \/ Critiques par Deborah Strebel, Alice Bottarelli, Joanna P\u00f6tz et Sophie Badoux.<\/p>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>8 f\u00e9vrier 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/deborah-strebel\/\">Deborah Strebel<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Huis clos interdit aux adultes<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"960\" height=\"638\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/02\/recreation_4.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-9622\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/02\/recreation_4.jpg 960w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/02\/recreation_4-250x166.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/02\/recreation_4-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/02\/recreation_4-768x510.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/02\/recreation_4-624x415.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 960px) 100vw, 960px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Danielle Br\u00e9<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong><em>D\u00e9licieux condens\u00e9 des plus belles citations de Robert Walser,&nbsp;<\/em>R\u00e9Cr\u00e9ation<em>&nbsp;d\u00e9veloppe, tout en sagesse, un choix de sujets sensibles chez les adolescents. Ainsi, en s\u2019appropriant des extraits issus des \u0153uvres les plus marquantes de l\u2019\u00e9crivain suisse, six jeunes dissertent philosophiquement sur l\u2019\u00e9ducation, l\u2019amiti\u00e9 ou encore l\u2019amour, proposant ainsi un portrait attachant d\u2019une jeunesse multiple et universelle.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Parquet en bois, meubles anciens, tabliers d\u2019\u00e9coliers suspendus, comme issus d\u2019un autre temps, conf\u00e8rent une atmosph\u00e8re chaleureuse et nostalgique \u00e0 cette salle de cours d\u2019un lyc\u00e9e ordinaire. Deux \u00e9tudiantes conversent et sont rejointes peu \u00e0 peu par leurs camarades pour ne former finalement qu\u2019une petite classe compos\u00e9e de six \u00e9l\u00e8ves. Trois filles, trois gar\u00e7ons car \u00ab quatre cela faisait trop peu et huit cela d\u00e9passait le budget \u00bb, plaisante la metteure en sc\u00e8ne Danielle Br\u00e9. Apr\u00e8s avoir lu l\u2019\u0153uvre enti\u00e8re de Robert Walser, elle en s\u00e9lectionne les passages les plus \u00e9clairants et d\u00e9cide de les faire vivre au travers d\u2019une palette de six personnages bien distincts et typ\u00e9s. Il y a, pourrait-on dire, le romantique, la princesse, le s\u00e9rieux, la r\u00e9volutionnaire, la pensive et le fougueux. Tandis que la petite bourgeoise revendique qu\u2019elle \u00ab ne peut pas \u00eatre pauvre \u00bb, le r\u00eaveur insouciant s\u2019exerce \u00e0 se tenir sur une jambe. Le ton est donn\u00e9. D\u00e8s lors, les diff\u00e9rentes figures prendront tour \u00e0 tour la parole, s\u2019adressant la plupart du temps directement au public, pour tout \u00e0 la fois se confier et r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 leur r\u00f4le au sein de la soci\u00e9t\u00e9. Le tout est bien organis\u00e9 : les sonneries rythment les transitions entre les diverses parties et des mots cl\u00e9s sont projet\u00e9s sur \u00e9cran qui \u00e9voque un tableau noir, motif iconographique incontournable du monde \u00e9colier. Sorte de huis clos interdit aux adultes, la salle se transforme au gr\u00e9 des envies de ses occupants. Chaises empil\u00e9es et mises de c\u00f4t\u00e9, tables retourn\u00e9es par terre, les jeunes s\u2019emparent du lieu et en font leur terrain de jeu. Tant\u00f4t discoth\u00e8que, tant\u00f4t ar\u00e8ne dans laquelle s\u2019affrontent en duel deux protagonistes dans une v\u00e9ritable joute philosophique dont la r\u00e8gle est de \u00ab garder \u00e0 tout prix son sang-froid \u00bb, l\u2019espace se distingue de plus en plus de la salle de classe pour se rapprocher de la cour de r\u00e9cr\u00e9ation.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais si la forme peut sembler r\u00e9cr\u00e9ative, le fond demeure s\u00e9rieux. Le fant\u00f4me de Robert Walser (1878-1956) est omnipr\u00e9sent. Des croix suisses se trouvent sur un drapeau ou sur des couvertures militaires. Surtout, les r\u00e9pliques sont constitu\u00e9es par des extraits de ses plus importants romans et po\u00e8mes \u00e9voquant la jeunesse, comme&nbsp;<em>Les Enfants Tanner<\/em>,&nbsp;<em>L\u2019institut Benjamenta<\/em>,&nbsp;<em>La Promenade<\/em>,&nbsp;<em>Morceaux de prose<\/em>,&nbsp;<em>La Rose<\/em>,&nbsp;<em>Sur quelques-uns et sur lui-m\u00eame<\/em>,&nbsp;<em>Cigogne et porc-\u00e9pic<\/em>,&nbsp;<em>Porcelaine<\/em>&nbsp;ou encore&nbsp;<em>Vie de po\u00e8te<\/em>. Robert Walser a grandi dans une famille de huit enfants et quitte le domicile parental d\u00e8s 17 ans. Tout en accumulant les petits travaux tels que domestique, secr\u00e9taire ou employ\u00e9 de banque, il n\u2019a cess\u00e9 de s\u2019interroger sur son devenir. Plus tard, il commence \u00e0 r\u00e9diger au crayon sur de minuscules bouts de papier. \u00ab Miniaturiste par excellence \u00bb, comme le surnommait Stefan Zweig, il a \u00e9crit de nombreux textes courts dont la majorit\u00e9 porte un regard simple sur le monde, qui souvent n\u2019entre pas dans les d\u00e9tails, effleurant les situations mais caract\u00e9ris\u00e9 par une grande sagesse. Danielle Br\u00e9 a pris l\u2019initiative de confier ces multiples joyaux \u00e0 des adolescents. Et m\u00eame si ces paroles si sages prononc\u00e9es par des personnes si jeunes peuvent cr\u00e9er un certain d\u00e9calage, le regard port\u00e9 autrefois par Robert Walser prend un sens particulier dans la bouche des ces \u00e9l\u00e8ves attendant leur prochain cours.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>8 f\u00e9vrier 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/deborah-strebel\/\">Deborah Strebel<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>8 f\u00e9vrier 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/alice-botarelli\/\">Alice Bottarelli<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">A la chasse aux papillons dans la cour de r\u00e9cr\u00e9ation<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1200\" height=\"798\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/02\/recreation_3.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-9621\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/02\/recreation_3.jpg 1200w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/02\/recreation_3-250x166.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/02\/recreation_3-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/02\/recreation_3-768x511.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/02\/recreation_3-1024x681.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/02\/recreation_3-624x415.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 1200px) 100vw, 1200px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Danielle Br\u00e9<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong><em>L\u2019\u0153uvre de l\u2019\u00e9crivain suisse-allemand Robert Walser fut un coup de foudre de jeunesse pour Danielle Br\u00e9. La metteuse en sc\u00e8ne nous la livre aujourd\u2019hui d\u00e9cortiqu\u00e9e, \u00e9lagu\u00e9e, d\u00e9bo\u00eet\u00e9e, hach\u00e9e, puis rafistol\u00e9e, sur une sc\u00e8ne de plus en plus saccag\u00e9e sous nos yeux, model\u00e9e par les col\u00e8res ou les enthousiasmes des personnages. Six adolescents qui nous transmettent cette \u00e9criture, se la partagent, la clament, lui donnent corps, la d\u00e9couvrent et se d\u00e9couvrent en m\u00eame temps que nous. Un chaos, charmant mais difficile \u00e0 appr\u00e9hender.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Fontaine d\u2019\u00e9ternelle jouvence<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Danielle Br\u00e9, apr\u00e8s avoir longtemps enseign\u00e9 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Provence et fait monter en sc\u00e8ne de jeunes com\u00e9diens d\u2019Aix et Marseille, se retrouve \u00e0 l\u2019\u00e2ge de la retraite saisie par \u00ab le sentiment du provisoire, comme \u00e0 dix-huit ans \u00bb. \u00c0 nouveau, elle est captur\u00e9e entre pass\u00e9 et futur, \u00ab en danger de s\u2019\u00e9teindre ou de s\u2019\u00e9veiller, de se soumettre au temps ou de construire un \u00e9ternel pr\u00e9sent. \u00bb \u00c9prouvant un lien fort et essentiel avec le monde de l\u2019adolescence, dont elle sent qu\u2019il a fond\u00e9 son identit\u00e9 et continue d\u2019influer sur sa vie, elle se replonge dans l\u2019\u0153uvre prot\u00e9iforme de Robert Walser, qui foisonne elle aussi \u00e0 partir de cette source intarissable d\u2019inspiration. Les contradictions qui animent les adolescents ouvrent chez lui la porte \u00e0 toutes les po\u00e9sies. \u00c0 la po\u00e9sie du minuscule, qui se lit dans ses \u00ab microgrammes \u00bb, morceaux de papier o\u00f9 il \u00e9crivait tr\u00e8s serr\u00e9 au crayon les id\u00e9es qui le saisissaient sur le moment. \u00c0 la po\u00e9sie du passionn\u00e9, qui se jette d\u2019un coup sur la page ou se crie sans r\u00e9fl\u00e9chir. \u00c0 la po\u00e9sie du fragile, qui se d\u00e9ploie d\u00e9licatement dans les situations les plus anodines \u2013 l\u2019\u00e9criture de Walser n\u2019\u00e9tant pas sans rappeler l\u2019esth\u00e9tique du ha\u00efku \u2013 et menace de se d\u00e9faire si l\u2019on y oppose le bon sens.<\/p>\n\n\n\n<p>De m\u00eame, les adolescents de R\u00e9Cr\u00e9ation n\u2019ob\u00e9issent pas \u00e0 une caract\u00e9risation claire. Ils sont tout sauf des \u00eatres monolithiques. \u00ab Piqu\u00e9s dans un espace vide comme des papillons \u00bb, ils volent de-ci de-l\u00e0 sans trouver d\u2019\u00e9chapp\u00e9e \u00e0 leurs doutes, poursuivis et chass\u00e9s par les enfants qu\u2019ils \u00e9taient, avant d\u2019\u00eatre cat\u00e9goris\u00e9s et fich\u00e9s dans l\u2019album social par les adultes qu\u2019ils seront. Ils s\u2019interrogent sans cesse. Ils cherchent \u00e0 convaincre, et s\u2019embrouillent ou s\u2019enflamment. Ils finissent par se perdre dans leurs pens\u00e9es labyrinthiques. Ils constatent, \u00e9tonn\u00e9s, qu\u2019ils font \u00ab des phrases qui [les] indignent et [les] effraient. \u00bb Ils veulent la grandeur comme la modestie, la gloire comme la pauvret\u00e9, ils semblent comprendre tout et rien \u00e0 la vie. Comme des \u00e9tincelles, leurs id\u00e9es et leurs mots germent et meurent dans une succession rapide, rien n\u2019est fig\u00e9, tout \u00e9clate.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est cette profusion changeante que Danielle Br\u00e9 transpose sur la sc\u00e8ne. Son projet, affirme-t-elle, est politique : lass\u00e9e du mod\u00e8le d\u2019identification dominant propos\u00e9 aux jeunes Fran\u00e7ais depuis quelques ann\u00e9es, \u00e0 savoir la culture de banlieue, elle veut \u00ab tenter de rendre consistante une image de jeunesse possible pour le temps pr\u00e9sent. \u00bb Elle d\u00e9sire leur proposer une nouvelle surface de projection et d\u2019introspection, une recherche po\u00e9tique. \u00ab Rien de l\u2019enqu\u00eate ou de l\u2019angoisse sociologique dans [son] positionnement \u00bb, mais plut\u00f4t un dialogue, tendre et frais.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une fontaine qui d\u00e9borde<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La sc\u00e8ne est une salle de classe impersonnelle aux vieux meubles r\u00e9sistants \u00e0 tout, d\u2019abord align\u00e9s face \u00e0 la chaise vide du professeur, puis sans cesse r\u00e9agenc\u00e9s, jet\u00e9s de-ci de-l\u00e0, malmen\u00e9s. Toujours mouvant, le d\u00e9cor est pens\u00e9 avec coh\u00e9rence et inventivit\u00e9. Avec un nombre restreint d\u2019\u00e9l\u00e9ments familiers, les acteurs donnent \u00e0 la sc\u00e8ne des allures toutes diff\u00e9rentes selon la mani\u00e8re dont ils d\u00e9placent les meubles et accessoires. Tout cela se fait \u00e0 vue, donnant \u00e0 voir au spectateur les transformations sc\u00e9nographiques comme un champ de bataille traduisant l\u2019esprit de r\u00e9volte de la classe. Entre les tables renvers\u00e9es, les chaises empil\u00e9es en une sculpture digne d\u2019Ai Weiwei, les vieilles couvertures beiges aux croix suisses utilis\u00e9es comme tapis et les blocs de bois us\u00e9 servant de socles ou de petits podiums, un espace de jeu aux potentialit\u00e9s infinies se d\u00e9ploie sous nos yeux intrigu\u00e9s. Or le lieu reste ind\u00e9termin\u00e9. Pas vraiment une salle de classe puisqu\u2019aucun professeur n\u2019y entre jamais, ni une cour de r\u00e9cr\u00e9ation puisque tout indique que nous sommes \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, il offre plut\u00f4t les caract\u00e9ristiques d\u2019une \u00ab \u00e9cole en panne \u00bb d\u00e9sert\u00e9e par tous sauf, curieusement, les \u00e9l\u00e8ves. En somme, nous avons affaire \u00e0 une h\u00e9t\u00e9rotopie \u2013 un endroit \u00e0 part, en n\u00e9gatif du monde social, un \u00ab contre-espace \u00bb ouvert sur l\u2019imaginaire. Au m\u00eame titre qu\u2019une cour de r\u00e9cr\u00e9ation, cette sc\u00e8ne est un non-lieu, suspendu entre deux univers : celui de l\u2019institution scolaire et celui du monde ext\u00e9rieur. Cette ind\u00e9termination de l\u2019espace refl\u00e8te celle de la tranche de vie dans laquelle sont saisis les personnages. Pas encore dans l\u2019\u00e2ge adulte, d\u00e9j\u00e0 plus dans l\u2019enfance, ils demeurent dans les limbes de l\u2019adolescence, sorte d\u2019<em>h\u00e9t\u00e9rochronie<\/em>&nbsp;ind\u00e9finissable. Plus qu\u2019une p\u00e9riode ou un lieu de transition, l\u2019adolescence, ainsi que la cour de r\u00e9cr\u00e9 ou la salle de classe vid\u00e9e de toute autorit\u00e9 professorale, sont des espaces de cr\u00e9ation (comme nous le laisse entendre le jeu de mot du titre de la pi\u00e8ce), des pages blanches o\u00f9 tout reste encore \u00e0 inventer.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, malgr\u00e9 l\u2019intelligence de la sc\u00e9nographie et le r\u00e9el int\u00e9r\u00eat du projet de Danielle Br\u00e9, le texte (d\u00e9)mont\u00e9 ne prend pas toute l\u2019ampleur que le sens po\u00e9tique aigu de Robert Walser laissait esp\u00e9rer. Tout bouge tout le temps, les r\u00e9pliques s\u2019encha\u00eenent sans suivre le fil d\u2019une intrigue, les personnages pr\u00e9sentent trop de facettes pour offrir des caract\u00e8res v\u00e9ritablement coh\u00e9rents et touchants. Les dialogues se succ\u00e8dent avec fr\u00e9n\u00e9sie sans laisser assez de temps au public pour savourer la profondeur \u00e9vocatrice des phrases de l\u2019auteur suisse. Le jeu des acteurs est travaill\u00e9, pointu, mais trop mouvant, agit\u00e9, pour que les enjeux et les doubles sens de leurs r\u00e9pliques prennent toute leur port\u00e9e. La mise en sc\u00e8ne est tr\u00e8s ax\u00e9e sur la dimension corporelle du jeu d\u2019acteurs, privil\u00e9giant la technique de Meyerhold, qui pr\u00f4nait une approche surtout (pour ne pas dire seulement) physique, donnant une grande importance aux gestes et \u00e0 l\u2019ext\u00e9riorit\u00e9 du com\u00e9dien plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 son identification intime au personnage jou\u00e9. Au contraire de la m\u00e9thode de Stanislavski, qui se veut plus naturaliste, les acteurs se pr\u00e9sentent ici comme tels aux spectateurs, \u00e0 dessein : les six com\u00e9diens de&nbsp;<em>R\u00e9Cr\u00e9ation<\/em>&nbsp;parlent et se meuvent bel et bien comme sur une sc\u00e8ne th\u00e9\u00e2trale, et non comme des adolescents entre eux dans une \u00e9cole. Le choix est d\u00e9fendable, et ne desservirait pas la pi\u00e8ce, si ce n\u2019\u00e9tait par l\u2019exc\u00e8s de leur gestuelle, qui \u00f4te au simple texte son potentiel de r\u00e9sonance. Des personnages plus ancr\u00e9s, une sc\u00e8ne moins mouvement\u00e9e, une diction moins rapide auraient certes le d\u00e9savantage d\u2019assourdir cet \u00e9lan de la jeunesse que Danielle Br\u00e9 souligne avec tant d\u2019intensit\u00e9, mais offriraient plus d\u2019espace \u00e0 la r\u00eaverie, \u00e0 la suggestivit\u00e9 des mots, et permettraient au spectateur de faire sien cet univers qui bouillonne et d\u00e9borde trop. Pour qu\u2019on y lise son propre reflet, la surface doit rester calme par moments. Il est vrai que Danielle Br\u00e9 d\u00e9clare rechercher une \u00ab \u00e9cologie du sentiment \u00bb qui soit mue par la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de la danse, de la joie et du jeu, l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 \u00e9rig\u00e9e en syst\u00e8me plut\u00f4t qu\u2019en artifice : en ce sens, cela ne fait aucun doute, elle y r\u00e9ussit.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>8 f\u00e9vrier 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/alice-botarelli\/\">Alice Bottarelli<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>8 f\u00e9vrier 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/joanna-potz\/\">Joanna P\u00f6tz<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Ados en crise, sc\u00e8ne en crise !<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1200\" height=\"798\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/02\/recreation_1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-9620\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/02\/recreation_1.jpg 1200w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/02\/recreation_1-250x166.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/02\/recreation_1-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/02\/recreation_1-768x511.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/02\/recreation_1-1024x681.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/02\/recreation_1-624x415.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 1200px) 100vw, 1200px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Danielle Br\u00e9<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong><em>R\u00e9Cr\u00e9ation<\/em>, jou\u00e9 \u00e0 la Grange de Dorigny jeudi 6 et vendredi 7 f\u00e9vrier, mis en sc\u00e8ne par Danielle Br\u00e9 \u00e0 partir de l\u2019\u0153uvre du Suisse Robert Walser, propose une r\u00e9flexion l\u00e9g\u00e8re sur le chaos de l\u2019adolescence, per\u00e7ue comme une p\u00e9riode de crise et de contradictions.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Sur sc\u00e8ne, c\u2019est le chaos ! La salle de classe rang\u00e9e \u2013 chaises sur les tables, tables bien align\u00e9es \u2013, laisse place au d\u00e9sordre aussit\u00f4t que les six adolescents en crise arrivent et se l\u2019approprient. Les chaises sont d\u2019abord descendues, puis pouss\u00e9es dans un coin, avant d\u2019\u00eatre jet\u00e9es et empil\u00e9es en vrac les unes sur les autres ; les tables sont pouss\u00e9es, mises de c\u00f4t\u00e9s, et retourn\u00e9es pour mieux r\u00e9organiser la sc\u00e8ne en ar\u00e8ne, vrai champ de bataille. Au fil des sonneries qui retentissent pour marquer autant d\u2019heures de cours qui passent, au fur et \u00e0 mesure des conversations, jeux, et autres disputes entre les ados, le d\u00e9sordre s\u2019accro\u00eet.<\/p>\n\n\n\n<p>Le seul coin ordonn\u00e9 du plateau, c\u2019est celui o\u00f9 tr\u00f4ne une table carr\u00e9e, \u00e9clair\u00e9e par une lampe, devant laquelle une chaise, sagement rang\u00e9e, re\u00e7oit les ados qui y lisent \u00e0 tour de r\u00f4le la lettre adress\u00e9e \u00e0 la prof pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e, l\u2019histoire d\u2019une cigogne et d\u2019un porc-\u00e9pic, un po\u00e8me marquant, ou d\u2019autres textes de Walser. Ces moments de lecture, de r\u00e9citations ou encore de r\u00e9flexions, sont autant de mementos et de bilans sur l\u2019adolescence, qui viennent mettre de l\u2019ordre dans la p\u00e9riode de crise qu\u2019elle constitue.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019adolescence est justement une p\u00e9riode de la vie qui traverse toute l\u2019\u0153uvre de Robert Walser, c\u2019est pour ainsi dire son th\u00e8me de pr\u00e9dilection. Son \u00e9criture met en avant les contradictions et dilemmes auxquels les jeunes doivent faire face. C\u2019est bien l\u00e0 d\u2019ailleurs que Danielle Br\u00e9 fait la diff\u00e9rence entre ados et adultes: les premiers vivent \u00e0 proprement parler de leur contradictions alors que les adultes les aplanissent, les \u00e9cartent ou les ignorent. Walser, n\u00e9 en 1878 et mort en 1956, s\u2019est avant tout fait conna\u00eetre par l\u2019\u00e9criture de chroniques, feuilletons et ensuite de recueils, d\u2019abord en Suisse puis en Allemagne, mais il a \u00e9galement \u00e9crit pour le th\u00e9\u00e2tre (il aurait souhait\u00e9 devenir acteur) ; son \u0153uvre, parce que disparate mais riche, se pr\u00eate bien \u00e0 un r\u00e9assemblage et \u00e0 un montage. Souhaitant s\u2019adresser \u00e0 des jeunes en mettant en sc\u00e8ne des th\u00e9matiques et des r\u00e9flexions de jeunes, Danielle Br\u00e9 s\u2019est naturellement tourn\u00e9e vers l\u2019\u0153uvre de Walser, \u00ab \u00e9crivain coup de c\u0153ur \u00bb , pour s\u2019en inspirer et utiliser librement son \u00e9criture : c\u2019est le projet de&nbsp;<em>R\u00e9Cr\u00e9ation<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9sultat propos\u00e9 aux spectateurs est une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre-montage non pas centr\u00e9e autour d\u2019une action bien structur\u00e9e, mais plut\u00f4t autour de six personnages, des adolescents st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s et repr\u00e9sentatifs \u2013 l\u2019\u00e9l\u00e8ve mod\u00e8le, le \u00ab rigolo \u00bb de la classe, etc. \u2013 qui r\u00e9fl\u00e9chissent et discutent de th\u00e8mes existentiels et pr\u00e9occupants comme la mort, l\u2019amour, le milieu social ou encore les relations aux adultes. Malgr\u00e9 la justesse de nombre de r\u00e9fl\u00e9xions qui font mouche \u2013 comme l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00eatre dans l\u2019attente et de \u00ab tendre l\u2019oreille vers cette vie \u00bb \u2013, la pi\u00e8ce peine \u00e0 d\u00e9passer les pr\u00e9jug\u00e9s et clich\u00e9s de la crise d\u2019adolescence et peine \u00e9galement \u00e0 aborder la question sous un angle original et nouveau. C\u2019est dommage, car les acteurs parviennent \u00e0 ne jamais tomber dans l\u2019exag\u00e9ration et, sans \u00eatre compl\u00e8tement ridicules, ils arrivent \u00e0 faire rire.<\/p>\n\n\n\n<p>On retiendra donc de cette cr\u00e9ation une pi\u00e8ce l\u00e9g\u00e8re avec une bonne distribution, sans grande originalit\u00e9, qui th\u00e9matise avec humour l\u2019adolescence.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>8 f\u00e9vrier 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/joanna-potz\/\">Joanna P\u00f6tz<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>8 f\u00e9vrier 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/sophie-badoux\">Sophie Badoux<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Pas facile de jouer dans la cour des grands<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"960\" height=\"638\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/02\/recreation_4.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-9622\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/02\/recreation_4.jpg 960w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/02\/recreation_4-250x166.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/02\/recreation_4-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/02\/recreation_4-768x510.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/02\/recreation_4-624x415.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 960px) 100vw, 960px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Danielle Br\u00e9<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong><em>La metteure en sc\u00e8ne marseillaise Danielle Br\u00e9 a pr\u00e9sent\u00e9 sa&nbsp;<\/em>R\u00e9Cr\u00e9ation<em>&nbsp;\u00e0 la Grange de Dorigny. Un spectacle avec pour th\u00e9matique l\u2019adolescence qui se base sur l\u2019\u0153uvre de l\u2019\u00e9crivain suisse Robert Walser. Si grand potentiel il y a, on s\u2019ennuie vite et on attend avec impatience que sonne la cloche.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Danielle Br\u00e9, metteure en sc\u00e8ne et fondatrice de la compagnie In Pulverem Reverteris en 1980, est aussi ma\u00eetre de conf\u00e9rence en \u00e9tudes th\u00e9\u00e2trales \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Aix-Marseille, ainsi que directrice du Th\u00e9\u00e2tre Antoine Vitez (cousin germain de notre Grange de Dorigny puisqu\u2019il est lui implant\u00e9 sur le campus de l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Aix-Marseille). Avec&nbsp;<em>R\u00e9Cr\u00e9ation<\/em>, elle a voulu porter \u00e0 la sc\u00e8ne l\u2019\u0153uvre de Robert Walser, \u00e9crivain suisse n\u00e9 \u00e0 Bienne en 1878, qu\u2019elle affectionne particuli\u00e8rement. Formant le socle de la d\u00e9marche : l\u2019adolescence et ses tourments, qui sont inscrits en filigrane dans toute l\u2019\u0153uvre de Walser. Ce dernier, issu d\u2019une famille de huit enfants, quitte le domicile familial \u00e0 17 ans apr\u00e8s un apprentissage de commis pour se lancer dans une carri\u00e8re de com\u00e9dien, mais sans grand succ\u00e8s. Il se tourne alors vers l\u2019\u00e9criture.<\/p>\n\n\n\n<p>Reprenant les questionnements de Walser sur l\u2019adolescence, Danielle Br\u00e9 a effectu\u00e9 un collage de textes \u2013&nbsp;<em>L\u2019institut Benjamenta<\/em>&nbsp;(1909),&nbsp;<em>Les enfants Tanner<\/em>&nbsp;(1907) ou&nbsp;<em>Les r\u00e9dactions de Fritz Kocher<\/em>&nbsp;(1904) entre autres \u2013 pour faire \u00e9merger six personnages prototypiques des r\u00e9flexions de Walser. On d\u00e9couvre sur sc\u00e8ne le r\u00eaveur, la r\u00e9volutionnaire, le scolaire tr\u00e8s appliqu\u00e9 ou le na\u00eff. Six adolescents qui se retrouvent dans une salle de classe emplie de vieux mat\u00e9riel semblant dater du XIXe si\u00e8cle \u2013 l\u2019ambiance rappelle d\u2019ailleurs celle du fabuleux film noir-blanc des fr\u00e8res Quay&nbsp;<em>Institut Benjamenta<\/em>&nbsp;(1996). D\u2019une salle de lyc\u00e9e classique, la sc\u00e8ne se transforme rapidement en cour de r\u00e9cr\u00e9ation o\u00f9, une fois tables et chaises renvers\u00e9es, les ados dansent, jouent, r\u00e9fl\u00e9chissent sur le monde, se s\u00e9duisent ou s\u2019affrontent, comme dans ce concours de rh\u00e9torique dans lequel il s\u2019agit de ne pas perdre son sang-froid, l\u2019une des belles trouvailles de mise en sc\u00e8ne du spectacle. Autre id\u00e9e captivante : dans un coin de la sc\u00e8ne, une table et une chaise offrent un hors-sc\u00e8ne visible servant de confessionnal aux personnages qui viennent s\u2019y livrer. L\u2019excellente diction des acteurs \u00e9bahit, mais leur capacit\u00e9 \u00e0 faire passer des \u00e9motions reste plus in\u00e9gale. Le jeu sonne parfois faux, comme s\u2019ils ne croyaient pas un instant ce qu\u2019ils sont en train de dire. Arrive aussi un moment o\u00f9 les d\u00e9placements sur sc\u00e8ne se r\u00e9p\u00e8tent jusqu\u2019\u00e0 en devenir particuli\u00e8rement lassant.<\/p>\n\n\n\n<p>Un autre probl\u00e8me inh\u00e9rent au spectacle est le c\u00f4t\u00e9 patchwork de textes dont on suit parfois difficilement le fil narratif. La langue de Walser, si finement cisel\u00e9e et qui conf\u00e8re \u00e0 ses \u00e9crits une atmosph\u00e8re particuli\u00e8re \u00e0 mi-chemin entre r\u00eave et r\u00e9alit\u00e9, peine \u00e0 \u00e9clore sur la sc\u00e8ne. Le temps manque pour saisir la beaut\u00e9 de la langue. Le rythme rapide et r\u00e9gulier du spectacle n\u2019offre que peu de moments de r\u00e9pit pour se pencher soi-m\u00eame sur la r\u00e9flexion propos\u00e9e. Le projet initial de Danielle Br\u00e9, \u00ab parler aux adolescents d\u2019aujourd\u2019hui des pr\u00e9occupations de leur \u00e2ge dans une langue qui ne soit pas celle des SMS \u00bb, ne semble pas tant fonctionner. On ne retrouve finalement ni Walser, ni les ados d\u2019aujourd\u2019hui. On ressent surtout chez la metteure en sc\u00e8ne l\u2019envie d\u2019\u00e9duquer mais manque dans la transmission du propos la fougue qui caract\u00e9rise l\u2019adolescence. Comme un \u00e9l\u00e8ve indisciplin\u00e9, on se prend \u00e0 soupirer et \u00e0 bouger sur son si\u00e8ge en attendant la fin de la r\u00e9cr\u00e9ation.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>8 f\u00e9vrier 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/sophie-badoux\">Sophie Badoux<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/grangededorigny\/2013\/06\/recreation\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle <\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>d\u2019apr\u00e8s l\u2019\u0153uvre de Robert Walser \/ par In Pulverem Reverteris \/ mise en sc\u00e8ne Danielle Br\u00e9 \/ Th\u00e9\u00e2tre La Grange de Dorigny \u00e0 Lausanne \/ du 6 au 7 f\u00e9vrier 2014 \/ Critiques par Deborah Strebel, Alice Bottarelli, Joanna P\u00f6tz et Sophie Badoux.<\/p>\n","protected":false},"author":784,"featured_media":9622,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,5,38],"tags":[20,31,28,19],"class_list":["post-2636","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-la-grange","category-spectacle","tag-alice-bottarelli","tag-deborah-strebel","tag-joanna-potz","tag-sophie-badoux"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2636","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/784"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2636"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2636\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":21793,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2636\/revisions\/21793"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/9622"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2636"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2636"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2636"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}