{"id":2492,"date":"2014-01-27T09:04:05","date_gmt":"2014-01-27T08:04:05","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=2492"},"modified":"2025-02-10T13:57:03","modified_gmt":"2025-02-10T12:57:03","slug":"heros","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2014\/01\/heros\/","title":{"rendered":"Des H\u00e9ros : Ajax \/ \u0152dipe Roi"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Des H\u00e9ros : Ajax \/ \u0152dipe Roi<\/h2>\n\n\n<p>textes de Wajdi Mouawad et de Sophocle \/ mise en sc\u00e8ne Wajdi Mouawad \/ La Com\u00e9die (Gen\u00e8ve) \/ du 21 au 26 janvier 2014 \/ Critiques par Cecilia Galindo, Sophie Badoux et Jehanne Denogent.<\/p>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>27 janvier 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/cecilia-galindo\/\">Cecilia Galindo<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9v\u00e9ler ce qui est cach\u00e9<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"356\" height=\"535\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/01\/ajax_2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-9586\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/01\/ajax_2.jpg 356w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/01\/ajax_2-113x170.jpg 113w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/01\/ajax_2-133x200.jpg 133w\" sizes=\"auto, (max-width: 356px) 100vw, 356px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Frank Berglund<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong><em>De la peinture sur des corps nus, des mouvements au ralenti, des cris rauques et de la musique rock : c\u2019est dans la d\u00e9mesure que Wajdi Mouawad a pr\u00e9sent\u00e9 le deuxi\u00e8me volet de sa s\u00e9rie sophocl\u00e9enne hier soir \u00e0 la Com\u00e9die de Gen\u00e8ve, en surprenant plus d\u2019un. Le public rencontrait d\u2019abord un&nbsp;<\/em>Ajax<em>&nbsp;d\u00e9structur\u00e9 et personnalis\u00e9, puis d\u00e9couvrait un&nbsp;<\/em>\u0152dipe Roi<em>&nbsp;plus proche de celui de Sophocle mais tout aussi saisissant.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ajax, h\u00e9ros de la guerre de Troie, entre dans une col\u00e8re noire lorsqu\u2019il apprend qu\u2019Ulysse recevra les armes d\u2019Achille \u00e0 sa place. La d\u00e9ception le pousse vers la folie : croyant qu\u2019il est en train d\u2019assassiner les chefs grecs qui ont caus\u00e9 son malheur, Ajax massacre en r\u00e9alit\u00e9 un troupeau de b\u00e9tail. Lorsqu\u2019il revient \u00e0 lui, il supporte difficilement cette humiliation et finit par se donner la mort.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour raconter l\u2019histoire de ce h\u00e9ros humili\u00e9, ce ne sont pas des com\u00e9diens qui se pr\u00e9sentent \u00e0 l\u2019avant-sc\u00e8ne mais un poste de radio et un t\u00e9l\u00e9viseur qu\u00e9b\u00e9cois personnalis\u00e9s et bien bavards, apportant quelques touches d\u2019humour \u00e0 la trag\u00e9die. On se demande alors dans quelle aventure on vient d\u2019embarquer\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Plus tard, ce sera la mal\u00e9diction d\u2019\u0152dipe qui sera \u00e0 l\u2019honneur. Tout le monde en a entendu parler, mais personne ne l\u2019a vu jouer de cette fa\u00e7on.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Unies dans le th\u00e8me, et non dans la forme<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans la poursuite de son projet de mettre en sc\u00e8ne les sept trag\u00e9dies connues de Sophocle, Wajdi Mouawad propose un diptyque sur le th\u00e8me des h\u00e9ros masculins (apr\u00e8s avoir d\u00e9marr\u00e9 avec le volet intitul\u00e9&nbsp;<em>Des Femmes<\/em>&nbsp;en 2011, qui regroupait&nbsp;<em>Les Trachiniennes<\/em>,&nbsp;<em>Antigone<\/em>&nbsp;et&nbsp;<em>Electre<\/em>) ? et fait se succ\u00e9der cette fois-ci les parcours tragiques des personnages d\u2019Ajax et \u0152dipe. Cependant, le metteur en sc\u00e8ne libano-qu\u00e9b\u00e9cois prend le parti de raconter ces deux histoires d\u2019une mani\u00e8re totalement diff\u00e9rente l\u2019une de l\u2019autre. Alors qu\u2019<em>Ajax<\/em>&nbsp;est \u00e9voqu\u00e9 dans une ambiance de \u00ab cabaret \u00bb ? la pi\u00e8ce a d\u2019ailleurs \u00e9t\u00e9 rebaptis\u00e9e&nbsp;<em>Ajax [Cabaret]<\/em>&nbsp;par Mouawad ?&nbsp;<em>\u0152dipe Roi<\/em>&nbsp;rejoint un peu plus l\u2019id\u00e9e traditionnelle que l\u2019on se fait d\u2019une trag\u00e9die, bien que certaines attentes ne soient pas r\u00e9alis\u00e9es. Car c\u2019est l\u00e0 la particularit\u00e9 de ces deux adaptations de mythes grecs ; elles d\u00e9routent le spectateur pour l\u2019emmener dans un lieu inconfortable, \u00e0 l\u2019\u00e9cart des sentiers battus.&nbsp;<em>Ajax [Cabaret]<\/em>&nbsp;est en quelque sorte une r\u00e9\u00e9criture du mythe, m\u00ealant provocation et autod\u00e9rision, ce qui tend \u00e0 perdre l\u2019attention d\u2019un public venu pour \u00e9couter l\u2019histoire du h\u00e9ros.&nbsp;<em>\u0152dipe Roi<\/em>, de par son ton plus grave et sa fid\u00e9lit\u00e9 au texte de Sophocle, s\u2019inscrit dans une forme plus commune mais pr\u00e9sente toutefois des particularit\u00e9s qui l\u2019\u00e9loignent du conventionnel : la nudit\u00e9 d\u2019\u0152dipe ou le corps inerte de Jocaste pendu dans les airs en sont des exemples frappants.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019envers du d\u00e9cor<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour l\u2019adaptation d\u2019<em>Ajax<\/em>, Mouawad s\u2019est attel\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9criture en s\u2019inspirant bien \u00e9videmment de Sophocle et Hom\u00e8re, mais en injectant \u00e9galement des r\u00e9flexions et souvenirs personnels. Des allusions aux origines libanaises de l\u2019auteur sont par exemple tr\u00e8s pr\u00e9sentes, comme lorsqu\u2019une pile de journaux s\u2019exprime (on l\u2019a compris, il ne s\u2019agit pas du seul outil de communication qui parle sur sc\u00e8ne) avec un accent libanais ou lorsque les images d\u2019un attentat d\u00e9filent sur l\u2019\u00e9cran au fond de sc\u00e8ne. De plus, il n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 se mettre lui-m\u00eame en sc\u00e8ne par projection vid\u00e9o, notamment \u00e0 travers un passage o\u00f9 il incarne avec un r\u00e9alisme d\u00e9rangeant un chien en col\u00e8re, ou \u00e0 travers une prise de vue de son bureau et des objets qui s\u2019y trouvent, tels que le texte imprim\u00e9 d\u2019<em>Ajax<\/em>&nbsp;(celui dont il est l\u2019auteur) ou encore un album du groupe Noir D\u00e9sir, qui rappelle la controverse li\u00e9e au volet&nbsp;<em>Des Femmes<\/em>&nbsp;auquel Bertrand Cantat avait particip\u00e9. Nous est alors r\u00e9v\u00e9l\u00e9 un espace qui n\u2019est pas sc\u00e9nique, mais qui s\u2019apparenterait \u00e0 celui des coulisses.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette \u00e9vocation du hors-sc\u00e8ne peut aussi \u00eatre per\u00e7ue dans&nbsp;<em>\u0152dipe Roi<\/em>, mais \u00e0 un niveau diff\u00e9rent. Dans un espace o\u00f9 le d\u00e9cor n\u2019est pas vraiment d\u00e9fini ? si l\u2019on met de c\u00f4t\u00e9 l\u2019immense toile gris\u00e2tre qui se d\u00e9fait au fur et \u00e0 mesure que l\u2019intrigue \u00e9volue ? la plupart des personnages (les deux membres du Ch\u0153ur inclus) ne sortent pas de sc\u00e8ne une fois leur discours termin\u00e9. Au contraire, ils errent sur le plateau et se d\u00e9placent au ralenti, muets et inexpressifs, comme s\u2019ils attendaient leur tour de parole pour se r\u00e9animer. Le hors-sc\u00e8ne devient alors visible et rend le public t\u00e9moin d\u2019un \u00e9v\u00e9nement qui devrait \u00eatre uniquement rapport\u00e9: le suicide de Jocaste. La corde qui serre son cou et la tue, signe d\u2019un destin auquel on ne peut \u00e9chapper, la suivait depuis le d\u00e9but de la pi\u00e8ce.<\/p>\n\n\n\n<p>Les spectacles heurtent ainsi tous deux par leur audace et marquent par leur originalit\u00e9. L\u2019aspect musical, mis en exergue dans ces mises en sc\u00e8ne, se traduit par une performance plaisante, m\u00ealant voix rock et chant lyrique avec beaucoup d\u2019harmonie. Un m\u00e9lange d\u2019ingr\u00e9dients explosif, qui peut plaire autant que d\u00e9router.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>27 janvier 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/cecilia-galindo\/\">Cecilia Galindo<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>27 janvier 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/sophie-badoux\">Sophie Badoux<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Des h\u00e9ros aux abois<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"360\" height=\"240\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/01\/ajax_1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-9585\" style=\"width:300px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/01\/ajax_1.jpg 360w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/01\/ajax_1-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/01\/ajax_1-300x200.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 360px) 100vw, 360px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Frank Berglund<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong><em>Apr\u00e8s&nbsp;<\/em>Des Femmes (Les Trachiniennes, Antigone, Electre)<em>&nbsp;cr\u00e9\u00e9 en 2011 \u00e0 la Com\u00e9die, le c\u00e9l\u00e8bre metteur en sc\u00e8ne franco-libanais Wajdi Mouawad revient avec la suite de son projet d\u2019int\u00e9grale de Sophocle.&nbsp;<\/em>Ajax<em>&nbsp;m\u00eale cabaret, histoire personnelle et h\u00e9ros tragiques dans une perspective in\u00e9dite, tandis qu\u2019<\/em>\u0152dipe Roi<em>&nbsp;reste dans une ligne plus classique.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Un grand nom de la sc\u00e8ne th\u00e9\u00e2trale suscite toujours de grandes attentes. Parfois d\u00e9mesur\u00e9es. Ou au moins aussi grandes que l\u2019ego et la d\u00e9mesure du metteur en sc\u00e8ne lui-m\u00eame. Cela, surtout apr\u00e8s le succ\u00e8s de la trilogie pr\u00e9c\u00e9dente de Wajdi Mouawad,&nbsp;<em>Des Femmes<\/em>. C\u2019est d\u2019ailleurs de l\u2019exp\u00e9rience chaotique v\u00e9cue par le metteur en sc\u00e8ne lors de la tourn\u00e9e de cette trilogie que s\u2019est cr\u00e9\u00e9 en partie&nbsp;<em>Ajax<\/em>, la premi\u00e8re pi\u00e8ce du diptyque&nbsp;<em>Des H\u00e9ros<\/em>, qui r\u00e9pond \u00e0 la pol\u00e9mique provoqu\u00e9e par&nbsp;<em>Des Femmes<\/em>. Aujourd\u2019hui, le double spectacle propose des parall\u00e8les int\u00e9ressants entre les deux h\u00e9ros grecs Ajax et \u0152dipe&nbsp;: leur aveuglement quant \u00e0 leur vie, leur faute, leur destin tragique et inexorable ainsi que leur chute brutale. Parce qu\u2019il constitue une mise en perspective plus int\u00e9ressante que le classique \u0152dipe, nous nous concentrerons ici sur le premier des deux spectacles.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019histoire d\u2019Ajax ? Pendant la guerre de Troie, estimant que les armes d\u2019Achille, mort au combat, lui reviennent et voyant qu\u2019elles sont remises \u00e0 Ulysse, Ajax, fou de col\u00e8re, massacre un troupeau de moutons qu\u2019il prend pour les compagnons d\u2019Ulysse. Humili\u00e9 par son erreur, il choisit la mort et se suicide avec l\u2019\u00e9p\u00e9e d\u2019Hector. Si la r\u00e9flexion que propose Wajdi Mouawad au travers d\u2019Ajax sur le tragique, l\u2019aveuglement, la violence ou la soci\u00e9t\u00e9 m\u00e9diatique sont des plus int\u00e9ressants, les grosses \u00ab ficelles \u00bb emprunt\u00e9es au mode cabaret \u2013 qui permettent une distanciation par rapport \u00e0 un objet complexe \u00e0 cerner et difficile \u00e0 supporter par moments \u2013 peinent toutefois \u00e0 convaincre. Le m\u00e9lange des genres d\u00e9range et agace, plus qu\u2019il n\u2019apporte v\u00e9ritablement au propos.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une r\u00e9ponse \u00e0 la pol\u00e9mique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Mais reprenons depuis le d\u00e9but. Ajax m\u00eale les textes de Sophocle aux \u00e9crits du metteur en sc\u00e8ne n\u00e9 au Liban en 1968, mais qui vit depuis l\u2019\u00e2ge de onze ans entre la France et le Qu\u00e9bec. Wadji Mouawad a ressenti le besoin de s\u2019exprimer sur ce qui s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 avec sa pr\u00e9c\u00e9dente cr\u00e9ation,&nbsp;<em>Des Femmes<\/em>, bas\u00e9e sur les trag\u00e9dies du m\u00eame dramaturge grec. En effet, la temp\u00eate m\u00e9diatique avait d\u00e9ferl\u00e9 sur l\u2019homme de th\u00e9\u00e2tre, laissant de c\u00f4t\u00e9 son \u0153uvre pour se concentrer sur la pol\u00e9mique : chantant avec une sinc\u00e9rit\u00e9 d\u00e9chirante et magnifique, Bertrand Cantat, l\u2019ex-chanteur de Noir D\u00e9sir qui a pass\u00e9 huit ans en prison pour l\u2019homicide de sa compagne Marie Trintignant, se trouvait effectivement sur sc\u00e8ne dans cette trilogie qui parlait pr\u00e9cis\u00e9ment de la violence faite aux femmes. Comble de l\u2019affaire, la pi\u00e8ce aurait d\u00fb \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 Avignon alors m\u00eame qu\u2019y jouait \u00e9galement Jean-Louis Trintignant, le p\u00e8re de Marie, avant que les deux spectacles ne se retirent. Les r\u00e9actions violentes du public, du politique et des m\u00e9dias ont surpris et profond\u00e9ment touch\u00e9 Wajdi Mouawad. Il d\u00e9cide alors d\u2019utiliser son art pour d\u00e9noncer cette mise au pilori. \u00ab Toutes les vicissitudes de notre vie sont des mat\u00e9riaux dont nous pouvons faire ce que nous voulons \u00bb. Ainsi r\u00e9sonne la voix pr\u00e9enregistr\u00e9e du metteur en sc\u00e8ne lui-m\u00eame dans Ajax. Une voix calme, pos\u00e9e, presque monotone, qui viendra ponctuer le spectacle de ses r\u00e9flexions profondes, tranchant avec le mode de pr\u00e9sentation tout \u00e0 la fois grotesque et po\u00e9tique de l\u2019action sur le plateau.<\/p>\n\n\n\n<p>Si la figure tragique d\u2019Ajax et sa chute font \u00e9cho \u00e0 Bertrand Cantat, elles r\u00e9sonnent aussi avec l\u2019histoire personnelle de Wajdi Mouawad. Il se d\u00e9voile d\u2019entr\u00e9e de jeu, dans une sc\u00e8ne troublante : \u00ab J\u2019ai longtemps \u00e9t\u00e9 d\u00e9muni face \u00e0 la col\u00e8re de mon p\u00e8re \u00bb. Mais malgr\u00e9 les coups, le petit gar\u00e7on s\u2019\u00e9chappe dans un autre monde, un jardin secret, gr\u00e2ce \u00e0 ce coquillage dans sa poche qui lui permet de s\u2019\u00e9vader. Comment r\u00e9pondre \u00e0 cette violence si blessante, qu\u2019elle soit physique, sociale ou m\u00e9diatique ? La parole ne le permet pas toujours. Le metteur en sc\u00e8ne se transforme alors en chien enrag\u00e9. Dans une image projet\u00e9e sur le mur de toile qui compose la sc\u00e8ne, il aboie et aboie de plus belle avec une force \u00e0 vous d\u00e9chirer l\u2019\u00e2me. On est scotch\u00e9s. Mais peut-\u00eatre pour sauver son public (ou lui-m\u00eame) d\u2019un propos trop grave, le spectacle se tourne alors vers la d\u00e9rision.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Des m\u00e9dias si b\u00eates<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour raconter l\u2019histoire d\u2019Ajax entrent en sc\u00e8ne les protagonistes de tout bon cirque m\u00e9diatique, la radio, la t\u00e9l\u00e9vision, puis plus tard, les journaux, le smartphone et l\u2019ordinateur portable. De leur voix qu\u00e9b\u00e9coise, fran\u00e7aise ou libanaise, les m\u00e9dias se moquent d\u2019Ajax et de tout. Les gags lourds sur les \u00e9trangers et l\u2019humour graveleux, cens\u00e9s illustrer la b\u00eatise des m\u00e9dias, sonnent comme des clich\u00e9s. Par ce m\u00e9canisme, le metteur en sc\u00e8ne se moque aussi de lui-m\u00eame. Il provoque et se permet de flirter avec les limites du supportable (en particulier lorsqu\u2019il utilise les images du massacre palestinien de Sabra et Chatila pour d\u00e9noncer l\u2019horreur des images m\u00e9diatiques et l\u2019histoire du pays qu\u2019il a d\u00fb quitter). Au fur et \u00e0 mesure du spectacle, il devient de plus en plus difficile de supporter cette d\u00e9shumanisation de la sc\u00e8ne avec ces machines aux voix aga\u00e7antes et aux propos douteux. On en perd l\u2019histoire tragique de notre h\u00e9ros grec. Dommage.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Plastique hallucinante<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Restent en revanche de tr\u00e8s beaux moments de questionnements et d\u2019\u00e9motions, comme lors de la r\u00e9flexion sur les termes humiliation et humilit\u00e9 ou la sc\u00e8ne dans laquelle l\u2019un des com\u00e9diens raconte son retour en Alg\u00e9rie et les retrouvailles avec ses origines. Plasticien de la sc\u00e8ne hors pair, Wajdi Mouawad sait cr\u00e9er des images fortes qui questionnent et restent longtemps imprim\u00e9es sur la r\u00e9tine : Ajax, homme noir encha\u00een\u00e9, qui comme un chien aboie d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment \u00e0 la face du monde ; Ajax, d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 mourir, qui, sous un drap orange rappelant les ex\u00e9cutions capitales de prisonniers, tente de se pendre ; Ajax, nettoy\u00e9 au karcher de son humiliation qui lui colle \u00e0 la peau ; Ajax, d\u2019une p\u00e2leur mortelle, enfin parvenu au royaume des morts, peut reposer en paix.<\/p>\n\n\n\n<p>Ajax d\u00e9cape tout, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un grand fourre-tout, tant au niveau des sujets abord\u00e9s que du mode de pr\u00e9sentation \u00e0 la fois burlesque, cynique, tragique et po\u00e9tique. On peine parfois \u00e0 suivre sans pour autant d\u00e9crocher. Un spectacle qui ne laisse pour le moins pas indiff\u00e9rent. Le terme r\u00e9sonne d\u2019ailleurs en conclusion de la repr\u00e9sentation : indiff\u00e9rent, non c\u2019est s\u00fbr, mais on rit parfois jaune et on sursaute d\u2019effroi devant l\u2019association improbable du tragique et du comique.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>27 janvier 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/sophie-badoux\">Sophie Badoux<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>27 janvier 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/jehanne-denogent\">Jehanne Denogent<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Ajax ou un conte de m\u00e9moire<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"360\" height=\"240\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/01\/ajax_1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-9585\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/01\/ajax_1.jpg 360w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/01\/ajax_1-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/01\/ajax_1-300x200.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 360px) 100vw, 360px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Frank Berglund<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong><em>Sur les sept trag\u00e9dies de Sophocle, Wajdi Mouawad en avait d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent\u00e9 trois. Il est de retour pour les deux prochaines \u00e9tapes \u00e0 la Com\u00e9die de Gen\u00e8ve :&nbsp;<\/em>Ajax<em>&nbsp;et&nbsp;<\/em>\u0152dipe Roi<em>. Un passage \u00e0 graver dans la m\u00e9moire.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Petit, si petit, un coquillage, nich\u00e9 dans la paume de la main. Le poing le tient fort, secret et invisible dans les plis de la peau. Il a \u00e9t\u00e9 cach\u00e9 l\u00e0, au creux de la tourmente, lorsque les coups du p\u00e8re se faisaient insupportables. Le petit objet restait inaccessible, architecture fragile, seule intimit\u00e9 possible. Par la suite, devenu inutile, il fut enterr\u00e9 dans le sable, pr\u00e9serv\u00e9 avec soin en attendant que le jeune gar\u00e7on qui le ch\u00e9rissait, devenu adulte, vienne l\u2019en extraire. L\u00e0 commence l\u2019histoire, \u2013 ou alors \u00e9tait-ce bien avant ?- racont\u00e9e par la voix narratrice de Wajdi Mouawad, le metteur en sc\u00e8ne en personne. Sur le plateau encore vide, le souffle calme de sa voix pr\u00e9pare au pire.<\/p>\n\n\n\n<p>Mouawad le conteur a apport\u00e9 dans sa besace deux trag\u00e9dies connues de tous, install\u00e9es pour toujours dans notre m\u00e9moire:&nbsp;<em>Ajax<\/em>&nbsp;et&nbsp;<em>\u0152dipe Roi<\/em>&nbsp;de Sophocle. Avec la collaboration du po\u00e8te Robert Davreu, le metteur en sc\u00e8ne d\u2019origine libanaise a entrepris une t\u00e2che d\u2019envergure : monter l\u2019ensemble des sept trag\u00e9dies de Sophocle traduites \u00e0 nouveaux frais. La Com\u00e9die de Gen\u00e8ve avait d\u00e9j\u00e0 accueilli la premi\u00e8re trilogie&nbsp;<em>Des Femmes<\/em>&nbsp;en 2011. A travers les sept volets, une trajectoire : l\u2019\u00e9vanouissement des Dieux et la chute des h\u00e9ros. C\u2019est bien l\u2019histoire d\u2019un h\u00e9ros vacillant dont il est question dans&nbsp;<em>Ajax<\/em>. A la mort d\u2019Achille, il est d\u00e9cid\u00e9 que ses armes reviendraient \u00e0 Ulysse. Or Ajax, ami du d\u00e9funt et h\u00e9ros de la ville d\u2019Ath\u00e8nes, pensait que cet honneur lui \u00e9tait d\u00fb. Ivre de col\u00e8re, il massacre les b\u00eates en les prenant pour des guerriers. Mais une fois le spectre de la col\u00e8re \u00e9vapor\u00e9, il revient horrifi\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame. Dans cet \u00e9tat de confusion, il a confondu les guerriers avec les b\u00eates. Face \u00e0 la path\u00e9tique r\u00e9alit\u00e9, tremblant de honte, il d\u00e9cide de se donner la mort.<\/p>\n\n\n\n<p>Que racontera la veuve \u00e0 ses enfants ? L\u2019histoire terrible d\u2019un homme qui a d\u00e9chant\u00e9, homme indigne de figurer parmi les h\u00e9ros de la patrie. Triste bagage que celui qui sera transmis aux descendants des malheureux de l\u2019Histoire, ceux dont les actions gagnent bien plus \u00e0 se perdre dans l\u2019oubli. C\u2019est toute la question de la m\u00e9moire que pose po\u00e9tiquement Wajdi Mouawad dans cette adaptation de Sophocle. Comment s\u2019accommoder d\u2019un sordide pass\u00e9 ? Ajax lui-m\u00eame s\u2019y refusa. Travail r\u00e9pugnant mais travail n\u00e9cessaire, comme dit C\u00e9line :&nbsp;<em>\u00ab La grande d\u00e9faite, en tout, c\u2019est d\u2019oublier, et surtout ce qui vous a fait crever \u00bb<\/em>. Il faut r\u00e9ussir \u00e0 creuser le pass\u00e9, retrouver ce qui avait \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9 pour compte, innocent petit coquillage abandonn\u00e9. C\u2019est par petites touches, par diff\u00e9rents destins que ce th\u00e8me est abord\u00e9 : Mouawad cherche \u00e0 int\u00e9grer et accepter les r\u00e9percussions du scandale Bertrand Cantat survenu il y a deux ans, lorsque ce dernier a jou\u00e9 dans&nbsp;<em>Des Femmes<\/em>. Un homme retourne dans le village de son p\u00e8re pour comprendre enfin : son p\u00e8re n\u2019\u00e9tait pas du c\u00f4t\u00e9 des vainqueurs. Tr\u00e8s beau moment, \u00e9pur\u00e9 et intime, port\u00e9 par trois musiciens. L\u00e0 est tout le paradoxe d\u2019une recherche qui r\u00e9pond la fois au besoin intime de se comprendre et \u00e0 l\u2019inscription dans une lign\u00e9e infiniment plus vaste que nous. On ne peut se battre contre l\u2019h\u00e9ritage de nos anc\u00eatres. L\u2019homme para\u00eet d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 la fois par le destin et par le pass\u00e9. Telle est la tragique histoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Au XXI<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle, le vieux conteur rid\u00e9 du coin du feu est all\u00e9 se coucher et ce sont cinq petits nouveaux \u2013 la radio, la t\u00e9l\u00e9vision, les journaux, le t\u00e9l\u00e9phone portable ainsi que l\u2019ordinateur \u2013 qui prennent sa place et content le destin d\u2019Ajax. Et non au sens figur\u00e9 : plac\u00e9s en avant sc\u00e8ne, les \u00ab acteurs \u00bb technologiques se font v\u00e9ritablement narrateurs de l\u2019histoire d\u2019Ajax. Sur un mode cabaret, ils d\u00e9crivent les progressions muettes des acteurs \u2013 en chair et en os cette fois-ci- derri\u00e8re eux. Ce choix de mise en sc\u00e8ne et la nouvelle traduction du texte classique ont l\u2019\u00e9norme avantage de moderniser une langue qui pourrait parfois \u00eatre per\u00e7ue, pour des spectateurs non familiers aux trag\u00e9dies, comme alourdie par les vers et de rendre accessible une trag\u00e9die de vingt-cinq si\u00e8cles d\u2019\u00e2ge. Lib\u00e9r\u00e9e de la contrainte de la narration, l\u2019action prend une dimension esth\u00e9tique presque plastique. Ajax, pendu, se balance pendant de longues minutes sous un \u00e9norme drap rouge. L\u2019image est saisissante. Le deuxi\u00e8me volet pr\u00e9sent\u00e9,&nbsp;<em>\u0152dipe Roi<\/em>, fait le pari d\u2019une mise en sc\u00e8ne plus classique, cherchant \u00e0 travailler avec brio tous les ressorts dramtiques de la trag\u00e9dies plut\u00f4t que d\u2019essayer de la moderniser. Le contraste entre les deux tons du spectacle d\u2019Ajax, c\u2019est-\u00e0-dire entre un mode cabaret et ludique et l\u2019extr\u00eame d\u00e9pouillement des actions sera parfois trop grand, sans pour autant porter atteinte \u00e0 la tension du spectacle. Le passage de Wajdi Mouawad et les \u00e9motions soulev\u00e9es resteront longtemps, petite coquille nacr\u00e9e, dans un coin de la m\u00e9moire.<\/p>\n\n\n\n<p>La Com\u00e9die de Gen\u00e8ve, du 21 au 26 janvier 2014.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>27 janvier 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/jehanne-denogent\">Jehanne Denogent<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.comedie.ch\/spectacle\/des-heros-ajax-oedipe-roi\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle <\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>textes de Wajdi Mouawad et de Sophocle \/ mise en sc\u00e8ne Wajdi Mouawad \/ La Com\u00e9die (Gen\u00e8ve) \/ du 21 au 26 janvier 2014 \/ Critiques par Cecilia Galindo, Sophie Badoux et Jehanne Denogent.<\/p>\n","protected":false},"author":784,"featured_media":9585,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,10,38],"tags":[37,22,19],"class_list":["post-2492","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-theatre-comedie","category-spectacle","tag-cecilia-galindo","tag-jehanne-denogent","tag-sophie-badoux"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2492","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/784"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2492"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2492\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":21808,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2492\/revisions\/21808"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/9585"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2492"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2492"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2492"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}