{"id":23690,"date":"2026-11-02T14:25:46","date_gmt":"2026-11-02T13:25:46","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=23690"},"modified":"2026-11-03T14:09:27","modified_gmt":"2026-11-03T13:09:27","slug":"qui-som","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2026\/11\/qui-som\/","title":{"rendered":"Qui som?"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Qui som?<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Mise en sc\u00e8ne par Camille Decourtye et Bla\u00ef Mateu Trias (Baro d&rsquo;evel) \/ Th\u00e9\u00e2tre du Passage et ADN Danse (Neuch\u00e2tel) \/ du 29 au 31 octobre 2026 \/ critique par Fiona Todeschini . <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u00ab&nbsp;C\u2019est le dedans qui tient le dehors \u00bb<\/h2>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-8f761849 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2 novembre 2026<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/fiona-todeschini\/\" data-type=\"page\" data-id=\"23608\">Fiona Todeschini<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"605\" height=\"556\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/11\/copy-jerome-quadri-1.jpg\" alt=\"\u00a9 j\u00e9rome quadri\" class=\"wp-image-23693\" style=\"width:300px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/11\/copy-jerome-quadri-1.jpg 605w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/11\/copy-jerome-quadri-1-218x200.jpg 218w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/11\/copy-jerome-quadri-1-185x170.jpg 185w\" sizes=\"auto, (max-width: 605px) 100vw, 605px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 J\u00e9rome Quadri<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em><em>Le collectif franco-catalan Baro d\u2019evel propose une succession de tableaux entre le trivial et le sublime, dont les mots d\u2019ordre sont l\u2019innocence de l\u2019enfance et la volont\u00e9 de danser et de vivre mieux. Dans une forme d\u2019art qui se veut total, le travail de la compagnie se distingue par son m\u00e9lange de registres qui fa\u00e7onnent des univers aussi dr\u00f4les que po\u00e9tiques. Cr\u00e9\u00e9 en 2024 lors du Festival d\u2019Avignon,<\/em> <\/em>Qui som?<em> <em>m\u00eale danse, cirque, arts plastiques et chant afin de r\u00e9pondre \u00e0 une question\u00a0: dans le futur, qui sommes-nous\u00a0?<\/em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le spectacle commence d\u00e9j\u00e0 dans le hall&nbsp;: une haie d\u2019honneur form\u00e9e de personnes en habits noirs se d\u00e9place au rythme machinique et ent\u00eatant d\u2019une structure en c\u00e9ramique frapp\u00e9e comme un gong, install\u00e9e \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du th\u00e9\u00e2tre. Sur sc\u00e8ne, le contraste entre farce et sublime est saisissant et les spectateurs oscillent entre le rire et les larmes. Le programme, par son c\u00f4t\u00e9 pluridisciplinaire, nous rappelle la cr\u00e9ation <em>Room<\/em> de la Compagnie du Hanneton mise en sc\u00e8ne par James Thierr\u00e9e en 2022. Douze interpr\u00e8tes polyglottes adultes, deux enfants et un chien entrecroisent danse, chant, musique instrumentale, cirque, masque et jeu. La sc\u00e9nographie, compos\u00e9e d\u2019une immense structure centrale et mobile, sign\u00e9e Lluc Castells et l\u2019emploi des arts plastiques (peinture, barbotine et c\u00e9ramiques sign\u00e9es Benjamin Porcedda et S\u00e9bastien De Groot) cr\u00e9ent conjointement un r\u00eave \u00e9trange et po\u00e9tique sur le plateau. Dans cette tragi-com\u00e9die tout sauf lin\u00e9aire, les spectateurs peuvent lire un ensemble de symboles \u00e0 m\u00eame de r\u00e9pondre aux questions qu\u2019on leur pose, de fa\u00e7on directement adress\u00e9e ou implicitement dans plusieurs sc\u00e8nes absurdes au premier abord : qui suis-je en tant qu\u2019individu&nbsp;? Qui suis-je au sein d\u2019un collectif ? Qui va venir nous sauver&nbsp;? Par rapport au pass\u00e9, qu\u2019est-ce qu\u2019on va changer&nbsp;? Est-ce que l\u2019art peut suffire&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Qui som? Nous sommes un groupe, dans lequel les gestes des uns affectent ceux des autres.<\/em> Les costumes cr\u00e9\u00e9s par Lluc Castells, d\u2019un noir profond en d\u00e9but de spectacle, se tachent rapidement de blanc dans une sc\u00e8ne o\u00f9 chutent de nombreuses fois les danseurs, provoquant l\u2019hilarit\u00e9 des uns, le sourire amus\u00e9 des autres. La ma\u00eetresse de c\u00e9r\u00e9monie, Camille Decourtye, chante un air d\u2019op\u00e9ra entour\u00e9e des danseurs sur de l\u2019argile, liquide et glissante. La sc\u00e8ne est burlesque et digne d\u2019un film de Buster Keaton\u00a0: tout le monde tente de se redresser, chacun fait tomber les autres tout en les aidant \u00e0 se relever. Finalement, la mati\u00e8re prend toujours le dessus sur les corps. La pi\u00e8ce enti\u00e8re repose sur ces deux p\u00f4les mis en regard, le clownesque et le sublime\u00a0: les glissades, la salissure des v\u00eatements, les visages dignes malgr\u00e9 tout, d\u2019une part, le chant lyrique et certains gestes d\u2019une grande noblesse, de l\u2019autre, comme cette \u00e9treinte \u00e9mouvante entre un danseur et la chanteuse, qui \u00e9voque une sc\u00e8ne de <em>Caf\u00e9 M\u00fcller<\/em> de Pina Bausch. Dans <em>Qui som?<\/em>, l\u2019humanit\u00e9 est montr\u00e9e comme une collectivit\u00e9, gr\u00e2ce \u00e0 cette dualit\u00e9 : si l\u2019un tombe, les autres en seront affect\u00e9s. C\u2019est ce que l\u2019on observe aussi dans une autre sc\u00e8ne, o\u00f9 la synchronisation des danseurs est porteuse d\u2019un message similaire : le registre est plus grave, Sabianka Bencsik chante dans un cri du c\u0153ur contre le conservatisme politique et la passivit\u00e9, et le groupe de danseurs supportent magnifiquement ce message par une marche dans\u00e9e et solidaire, dans un rythme saccad\u00e9. C\u2019est \u00e9mouvant, on ne veut pas que cela s\u2019arr\u00eate. L\u2019humanit\u00e9 comme collectif fort est un th\u00e8me en r\u00e9sonnance compl\u00e8te avec le malaise que l\u2019on ressent face \u00e0 l\u2019actualit\u00e9 et \u00e0 l\u2019avenir de nos soci\u00e9t\u00e9s\u00a0: il y a comme un besoin vital de se r\u00e9inventer en tant que communaut\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Qui som? Nous sommes des gens avec un pass\u00e9.<\/em> La sc\u00e9nographie, compos\u00e9e d\u2019une imposante structure noire qui se transforme au gr\u00e9 des sc\u00e8nes en une vague, une temp\u00eate, une caverne, et l\u2019usage de la mati\u00e8re (poterie, argile, plastique) nous transportent dans les lieux gigantesques de la catastrophe, de la fin du monde tel qu\u2019on le conna\u00eet\u00a0: nous sommes dans un futur marqu\u00e9 par nos actions inconsid\u00e9r\u00e9es, o\u00f9 la place du com\u00e9dien (et de l\u2019homme) se perd dans l\u2019immensit\u00e9 des d\u00e9cors. Comme apr\u00e8s un d\u00e9luge, gr\u00e2ce \u00e0 une sc\u00e9nographie \u00e9volutive, le plateau sera recouvert d\u2019une mar\u00e9e de bouteilles en plastique, sympt\u00f4me de la surconsommation, de laquelle tentent de sortir les danseurs\u00a0: cette fois, le public ne rit plus, comme s\u2019il sentait que la critique lui \u00e9tait gentiment adress\u00e9e. Apparaissent deux enfants et un brave chien, symboles de l\u2019innocence, qui observent ce que l\u2019humanit\u00e9 leur a laiss\u00e9. Si la sc\u00e8ne fonctionne et que les m\u00e9taphores se filent facilement, le spectacle p\u00e8che ici par un propos trop imag\u00e9 et symboliquement explicite\u00a0: certaines sc\u00e8nes sont parfois trop figuratives, venant rompre avec la subtilit\u00e9 d\u2019un spectacle qui sait \u00e0 d\u2019autres moments \u00e9voquer au lieu de d\u00e9montrer. Les bouteilles repr\u00e9sentent les traces d\u2019un pass\u00e9 consum\u00e9riste dont h\u00e9rite malgr\u00e9 elle la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration, comme on le voit concr\u00e8tement sur sc\u00e8ne lorsque les deux enfants m\u00e9langent terre, plastique et peinture sur une tour de potier. La mati\u00e8re, point central de ce spectacle, se r\u00e9invente constamment\u00a0: elle passe de la destruction en d\u00e9but de pi\u00e8ce \u00e0 la construction de quelque chose, d\u2019un futur possible. Dans l\u2019ensemble, le message du vivre ensemble et de la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration comme porteuse d\u2019espoir sonne de mani\u00e8re d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment na\u00efve, mais il est parfois n\u00e9cessaire de le rappeler et de c\u00e9der \u00e0 cet \u00e9lan d\u2019optimisme qu\u2019offre l\u2019art de la cr\u00e9ation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Qui som? Nous sommes des gens vivants et remplis d\u2019espoir.<\/em> La pi\u00e8ce permet de se reconnecter aux autres, que ce soit par le rire face \u00e0 une plaisanterie grivoise ou face aux chutes clownesques, par le soupir d\u2019attendrissement face \u00e0 deux enfants et un chien ou par l\u2019\u00e9motion provoqu\u00e9e par la sc\u00e9nographie qui avale et recrache violemment les interpr\u00e8tes comme la Charybde des mythes grecs. \u00a0Apr\u00e8s les applaudissements, la pi\u00e8ce n\u2019est pas encore termin\u00e9e\u00a0: Camille Decourtye entame encore un monologue sur la n\u00e9cessit\u00e9 de vivre vraiment, un discours d\u2019un optimisme qui peut sembler na\u00eff. Les fronti\u00e8res entre art et vie r\u00e9elle, envie de partir ou de rester sont poreuses et la sortie de sc\u00e8ne des com\u00e9diens se fait en fanfare, avec une invitation au public \u00e0 les suivre dans le hall du th\u00e9\u00e2tre pour continuer de danser, de bouger, de vivre\u00a0: \u00ab\u00a0It\u2019s never finished\u00a0; when it\u2019s finished, it continues\u00a0\u00bb clamera bient\u00f4t un com\u00e9dien au m\u00e9gaphone. Le hall du Th\u00e9\u00e2tre du Passage vibre longuement, dans un moment de communion dionysiaque. Finalement, personne ne part car tous essaient de grapiller encore un peu plus longtemps ce beau souffle d\u2019espoir. <em>Qui som?<\/em> marque, avec un spectacle moderne, un v\u00e9ritable retour \u00e0 l\u2019antique, dans une forme de partage et d\u2019harmonie avec les autres.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-8f761849 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2 novembre 2026<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/fiona-todeschini\/\" data-type=\"page\" data-id=\"23608\">Fiona Todeschini<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"https:\/\/www.theatredupassage.ch\/programme\/detail\/138-qui-som\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mise en sc\u00e8ne par Camille Decourtye et Bla\u00ef Mateu Trias (Baro d&rsquo;evel) \/ Th\u00e9\u00e2tre du Passage et ADN Danse (Neuch\u00e2tel) \/ du 29 au 31 octobre 2026 \/ critique par Fiona Todeschini .<\/p>\n","protected":false},"author":1003187,"featured_media":23691,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[279,32,34,38,12],"tags":[331],"class_list":["post-23690","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-adn-association-danse-neuchatel","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-du-passage","tag-fiona-todeschini"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23690","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1003187"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=23690"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23690\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":23697,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23690\/revisions\/23697"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/23691"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=23690"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=23690"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=23690"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}