{"id":23673,"date":"2026-10-28T09:49:01","date_gmt":"2026-10-28T08:49:01","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=23673"},"modified":"2026-10-30T12:40:29","modified_gmt":"2026-10-30T11:40:29","slug":"samoubiytsa-vaudeville-sovietique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2026\/10\/samoubiytsa-vaudeville-sovietique\/","title":{"rendered":"Samoubiytsa, vaudeville sovi\u00e9tique"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Samoubiytsa, vaudeville sovi\u00e9tique<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">D\u2019apr\u00e8s Nicola\u00ef Edrman \/ mise en sc\u00e8ne par St\u00e9phane Albelda \/ Th\u00e9\u00e2tre Les Halles (Sierre) \/ du 23 au 31 octobre 2026 \/ critiques par Delphine Martinet et H\u00e9lo\u00efse Margot . <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Un suicide pour tous nous sauver&nbsp;!<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-8f761849 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">28 octobre 2026<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/heloise-margot\/\" data-type=\"page\" data-id=\"23592\">H\u00e9lo\u00efse Margot<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"756\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/10\/copy-theatre-les-halles-1024x756.jpg\" alt=\"\u00a9 th\u00e9\u00e2tre les halles\" class=\"wp-image-23674\" style=\"width:300px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/10\/copy-theatre-les-halles-1024x756.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/10\/copy-theatre-les-halles-271x200.jpg 271w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/10\/copy-theatre-les-halles-230x170.jpg 230w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/10\/copy-theatre-les-halles-768x567.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/10\/copy-theatre-les-halles-1536x1134.jpg 1536w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/10\/copy-theatre-les-halles.jpg 1625w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Th\u00e9\u00e2tre Les Halles<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em><em>St\u00e9phane Albelda met en sc\u00e8ne<\/em> <\/em>Le Suicid\u00e9<em> <em>de Nicola\u00ef Erdman, qu\u2019il sous-titre<\/em> <\/em>Vaudeville sovi\u00e9tique<em><em>, accentuant le contraste entre la gravit\u00e9 du sujet et l\u2019humour avec lequel il est pr\u00e9sent\u00e9. Un homme veut se suicider. Mais pourquoi meurt-il&nbsp;? S\u2019il ne donne pas de r\u00e9ponse par lui-m\u00eame, diff\u00e9rents personnages se succ\u00e8dent pour lui sugg\u00e9rer de bonnes raisons de mourir. Entre loufoquerie et propos s\u00e9rieux, ceux-ci ne r\u00e9ussissent qu\u2019\u00e0 lui donner envie de vivre.<\/em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Union sovi\u00e9tique, ann\u00e9e ind\u00e9termin\u00e9e. Un homme r\u00e9veille sa femme au milieu de la nuit&nbsp;: il veut du saucisson de foie mais, quand elle le lui rapporte, il a disparu. Elle en conclut qu\u2019il est all\u00e9 se suicider. L\u2019absurdit\u00e9 de l\u2019intrigue est exacerb\u00e9e par la mise en sc\u00e8ne, qui reprend les codes de la com\u00e9die et multiplie les tableaux cocasses pour creuser l\u2019\u00e9cart entre le th\u00e8me du suicide et son traitement. Les d\u00e9cors color\u00e9s rappellent l\u2019esth\u00e9tique occidentale des ann\u00e9es 70, participant ainsi \u00e0 cr\u00e9er une atmosph\u00e8re dr\u00f4le et joyeuse. Des cadres de porte structurent l\u2019espace sc\u00e9nique et rythment l\u2019action, permettant une circulation rapide des com\u00e9diens qui claquent les vantaux dans un esprit vaudevillesque.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">S\u00e9mione S\u00e9mionovitch, citoyen sovi\u00e9tique et futur suicid\u00e9, \u00e9crit une note&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;Si je meurs n\u2019accusez personne. Pods\u00e9kalnikov.&nbsp;\u00bb Il s\u2019agit de la seule indication claire qu\u2019il donne sur son suicide. Toutefois, le spectacle montre qu\u2019il y a bien des gens \u00e0 accuser&nbsp;: les fautifs sont nombreux, \u00e0 vrai dire, ils sont au nombre de la soci\u00e9t\u00e9 sovi\u00e9tique. Tous les personnages se pressent autour de S\u00e9mione pour lui apprendre les raisons de sa mort, sans consid\u00e9ration pour sa personne. Par leurs d\u00e9placements incessants et leurs interactions rythm\u00e9es, les com\u00e9diens donnent \u00e0 voir l\u2019isolement et l\u2019ali\u00e9nation de l\u2019individu. Les personnages qu\u2019ils interpr\u00e8tent interrompent souvent S\u00e9mione, ne le laissent m\u00eame pas parler et \u00e9vitent de le regarder frontalement&nbsp;: ils ne s\u2019adressent pas vraiment \u00e0 lui mais plut\u00f4t \u00e0 eux-m\u00eames.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La solitude est impossible dans ce spectacle, o\u00f9 quelqu\u2019un est toujours l\u00e0 pour \u00e9pier. Au fond de sc\u00e8ne c\u00f4t\u00e9 jardin se trouve une estrade avec des musiciens. Ceux-ci remplissent un double r\u00f4le&nbsp;: ils accompagnent l\u2019action dont ils sont \u00e0 la fois les t\u00e9moins permanents et les acteurs occasionnels. R\u00e9guli\u00e8rement, ils semblent diriger les com\u00e9diens qui r\u00e9alisent des mouvements et des gestes calibr\u00e9s sur leur musique. Parfois, les musiciens passent en coulisses pour endosser un costume et incarner un r\u00f4le. De chaque c\u00f4t\u00e9 de la sc\u00e8ne se trouve \u00e9galement toujours une partie des com\u00e9diens qui, lorsqu\u2019ils ne jouent pas, sont assis sur des chaises, regardant l\u2019action \u00e0 leur tour. La fronti\u00e8re entre com\u00e9diens, musiciens et personnages est volontairement labile. Ce dispositif sc\u00e9nique produit une sensation d\u2019observation constante qui renforce le message du spectacle&nbsp;: c\u2019est la pression sociale qui pousse \u00e0 la mort.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La mise en sc\u00e8ne donne \u00e0 voir des personnages bien individualis\u00e9s, chacun ayant sa personnalit\u00e9, ses propres raisons et enjeux. Cette diversit\u00e9 est soulign\u00e9e par le choix des costumes&nbsp;: ils sont disparates et tr\u00e8s marqu\u00e9s, certains semblent actuels tandis que d\u2019autres \u00e9voquent la mode des ann\u00e9es 70 ou encore le vestiaire traditionnel russe. Pourtant, le jeu des com\u00e9diens, qui effectuent r\u00e9guli\u00e8rement des chor\u00e9graphies ensemble, transforme les personnages en masse&nbsp;: c\u2019est notamment le cas lorsqu\u2019ils cherchent S\u00e9mione pour le mener au suicide ou, peu apr\u00e8s, lorsqu\u2019ils annoncent la nouvelle \u00e0 sa veuve et \u00e0 la m\u00e8re de cette derni\u00e8re en mimant le coup de revolver qu\u2019il s\u2019est mis dans la t\u00eate. La pression exerc\u00e9e sur l\u2019individu est rendue visible par l\u2019\u00e9clairage, dont les brusques changements signalent la m\u00e9tamorphose des personnages en masse&nbsp;: les lumi\u00e8res deviennent rouges, creusant une expression inqui\u00e9tante sur les visages des com\u00e9diens, qui la redoublent de traits grima\u00e7ants et d\u2019une d\u00e9marche mena\u00e7ante, \u00e0 pas de loup synchronis\u00e9s. S\u00e9mione tente sans cesse d\u2019y \u00e9chapper, l\u2019acteur qui l\u2019incarne sortant de sc\u00e8ne \u00e0 plusieurs reprises. Il se d\u00e9marque par de menus d\u00e9tails&nbsp;: assis quand tous sont debout, sur la seule chaise qui n\u2019a pas de dossier, il a un temps de retard sur une action commune. L\u2019opposition marqu\u00e9e entre le groupe et S\u00e9mione accentue la satire politique d\u2019Erdman&nbsp;: la masse \u00e9crase l\u2019individu dont elle instrumentalise la mort. Il n\u2019y a pas plus individualiste qu\u2019une masse, c\u2019est ce que le spectacle rend visible.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La fin am\u00e8ne un curieux d\u00e9calage : l\u2019inscription du message \u00ab&nbsp;la vie est belle&nbsp;\u00bb sur le plateau appara\u00eet comme d\u00e9tach\u00e9e du reste. Le spectacle montre, certes, que la vie vaut d\u2019\u00eatre v\u00e9cue, mais rien ne concourt \u00e0 montrer que la vie est belle. La situation de S\u00e9mione n\u2019est ni dramatique ni enviable, comme celle des autres personnages qui, bien que ridicules, expriment des souffrances r\u00e9elles. Les spectateurs rient du contraste entre le sujet et le ton d\u2019un spectacle travers\u00e9 par une amertume que la phrase finale ne suffit pas \u00e0 effacer. Peut-\u00eatre ce d\u00e9calage est-il volontaire, comme pour dire&nbsp;: \u00ab&nbsp;Regardez, m\u00eame comme cela la vie reste belle&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-8f761849 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">28 octobre 2026<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/heloise-margot\/\" data-type=\"page\" data-id=\"23592\">H\u00e9lo\u00efse Margot<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>La vie est belle\u00a0!<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-8f761849 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">30 octobre 2026<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/delphine-martinet\/\" data-type=\"page\" data-id=\"23583\">Delphine Martinet<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"756\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/10\/copy-theatre-les-halles-1024x756.jpg\" alt=\"\u00a9 th\u00e9\u00e2tre les halles\" class=\"wp-image-23674\" style=\"width:300px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/10\/copy-theatre-les-halles-1024x756.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/10\/copy-theatre-les-halles-271x200.jpg 271w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/10\/copy-theatre-les-halles-230x170.jpg 230w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/10\/copy-theatre-les-halles-768x567.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/10\/copy-theatre-les-halles-1536x1134.jpg 1536w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/10\/copy-theatre-les-halles.jpg 1625w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Th\u00e9\u00e2tre Les Halles<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em><em>Dans une mise en sc\u00e8ne sign\u00e9e St\u00e9phane Albelda, Les Compagnons des Arts redonnent vie \u00e0 la pi\u00e8ce<\/em> <\/em>Samoubiytsa [Le Suicid\u00e9]<em> <em>de Nicola\u00ef Erdman. Abordant le th\u00e8me de la mort avec beaucoup d\u2019humour, ce spectacle fait l\u2019apologie de la vie humaine, en rappelant que celle-ci vaut la peine d\u2019\u00eatre v\u00e9cue malgr\u00e9 des conditions difficiles. Reprenant la satire du r\u00e9gime sovi\u00e9tique que d\u00e9ployait Erdman, la mise en sc\u00e8ne fait \u00e9cho \u00e0 certains d\u00e9bats actuels concernant la dignit\u00e9 de la vie, les cons\u00e9quences d\u00e9sastreuses des rumeurs, la pression sociale et l\u2019insensibilit\u00e9 face \u00e0 la mis\u00e8re.<\/em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si les portraits de Staline et L\u00e9nine accroch\u00e9s au-dessus de la sc\u00e8ne et les noms russes prononc\u00e9s tout au long du spectacle rappellent le contexte de cr\u00e9ation de la pi\u00e8ce d\u2019Erdman \u2013 l\u2019Union sovi\u00e9tique de la fin des ann\u00e9es vingt \u2013, l\u2019histoire du citoyen S\u00e9mione S\u00e9mionovitch Pods\u00e9kalnikov r\u00e9sonne encore dans notre soci\u00e9t\u00e9 de 2026. Pour en r\u00e9actualiser le message, la mise en sc\u00e8ne op\u00e8re un brouillage de codes esth\u00e9tiques et de marqueurs historiques reconnaissables&nbsp;: alors que le t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 fil, les chemises ray\u00e9es et les robes \u00e0 carreaux apportent un c\u00f4t\u00e9 vintage, les chaussures Adidas, le surv\u00eatement de sport Lacoste ou encore la cigarette \u00e9lectronique \u00e9voquent plut\u00f4t l\u2019\u00e9poque actuelle. Cette h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 souligne l\u2019acuit\u00e9 du sujet&nbsp;: le public peut alors \u00eatre amen\u00e9 \u00e0 penser aux d\u00e9bats sur l\u2019euthanasie et l\u2019avortement ou au contexte des guerres o\u00f9 la vie humaine est en question.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comment le citoyen S\u00e9mionovitch en est-il venu \u00e0 vouloir se suicider&nbsp;? Tout commence par une dispute nocturne avec son \u00e9pouse, Maria Loukianovna, concernant son statut de ch\u00f4meur. Bless\u00e9 par les v\u00e9rit\u00e9s qui lui sont ass\u00e9n\u00e9es, S\u00e9mione exprime sa volont\u00e9 de mourir. Cette parole prononc\u00e9e dans un moment de tension suffit \u00e0 lancer la rumeur de son suicide imminent, lui redonnant ainsi de l\u2019importance aux yeux de la soci\u00e9t\u00e9. Chacun cherche \u00e0 s\u2019approprier son geste pour d\u00e9fendre ses causes personnelles \u2013 mourir au nom de l\u2019intelligentsia russe, pour le commerce, l\u2019art, la religion, le romantisme. La diffusion de cette rumeur passe principalement par le bouche-\u00e0-oreille&nbsp;: except\u00e9 quelques monologues, les com\u00e9diens se partagent le plus souvent la sc\u00e8ne, soulignant alors, \u00e0 travers leurs dialogues, l\u2019aspect collectif et social qui pr\u00e9side \u00e0 la propagation d\u2019une rumeur. Les chaises et les cadres de porte dispos\u00e9s des deux c\u00f4t\u00e9s de la sc\u00e8ne symbolisent d\u2019une certaine mani\u00e8re l\u2019intrusion dans l\u2019espace priv\u00e9, les personnages \u00e9tant observ\u00e9s \u00e0 la fois par le public et les com\u00e9diens. En rendant visible la porosit\u00e9 des espaces, le spectacle met en lumi\u00e8re la surveillance constante dont le personnage de S\u00e9mione est victime \u2013 ce qui fait \u00e9cho \u00e0 l\u2019\u00e8re num\u00e9rique o\u00f9 tout le monde est espionn\u00e9 via les r\u00e9seaux sociaux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le dispositif sc\u00e9nique traduit visuellement et auditivement l\u2019\u00e9criture syncop\u00e9e d\u2019Erdman&nbsp;: les apparitions des divers personnages qui \u00e9voluent dans l\u2019appartement communautaire sont signal\u00e9es par le claquement des portes dispos\u00e9es de chaque c\u00f4t\u00e9 de la sc\u00e8ne. Le rythme du spectacle varie \u00e9galement au gr\u00e9 de la musique, jou\u00e9e en direct&nbsp;: par exemple, celle-ci se fait rapide et festive au banquet, puis lente et grave lors du pr\u00e9sum\u00e9 enterrement de S\u00e9mione. En plus de la musique, certains bruitages r\u00e9alis\u00e9s en direct participent au rythme de la repr\u00e9sentation&nbsp;: lorsque S\u00e9mione essaie de se tuer avec le revolver, la batterie mime les battements de son c\u0153ur, t\u00e9moignant de son angoisse. Les h\u00e9sitations du personnage s\u2019expriment aussi \u00e0 travers la tonalit\u00e9 de la voix et l\u2019agitation physique du com\u00e9dien, qui pointe le revolver sur sa tempe, son c\u0153ur et dans sa bouche.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La fa\u00e7on dont les com\u00e9diens occupent l\u2019espace de jeu apporte du dynamisme \u00e0 la repr\u00e9sentation&nbsp;: &nbsp;ils prennent possession de toute la sc\u00e8ne, se mouvant de droite \u00e0 gauche, ou encore de mani\u00e8re circulaire. M\u00eame assis, ils ont tendance \u00e0 faire des gestes avec leurs bras ou \u00e0 se tourner les uns vers les autres, laissant leurs corps accompagner de mani\u00e8re expressive leurs mots. Cette surabondance de mouvements illustre en quelque sorte l\u2019instabilit\u00e9 et l\u2019ind\u00e9cision de S\u00e9mione concernant sa d\u00e9cision de mourir&nbsp;: constamment entour\u00e9 et sollicit\u00e9 par les autres, il devient tr\u00e8s difficile, voire impossible de r\u00e9fl\u00e9chir s\u00e9rieusement \u00e0 son suicide. L\u2019agitation et les doutes de S\u00e9mione augmentent \u00e0 mesure que l\u2019heure fatale se rapproche&nbsp;: sa demande r\u00e9p\u00e9titive de l\u2019heure lors du banquet est redoubl\u00e9e par les gestes nerveux du com\u00e9dien. Attabl\u00e9s \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, les citoyens russes c\u00e9l\u00e8brent moins l\u2019existence de S\u00e9mione que l\u2019id\u00e9e de sa mort. Leur indiff\u00e9rence est marqu\u00e9e par l\u2019attitude des com\u00e9diens&nbsp;: alors que celui qui incarne S\u00e9mione est assis silencieusement, le com\u00e9dien jouant Aristarque s\u2019avance sur le devant de la sc\u00e8ne pour d\u00e9clamer son discours, captant ainsi toute l\u2019attention du public. Le paysage sonore et les effets de lumi\u00e8re participent \u00e9galement \u00e0 d\u00e9noncer cette hypocrisie,&nbsp;comme l\u2019illustre l\u2019empressement des personnages autour de la veuve de S\u00e9mione sous une lueur rouge et une musique inqui\u00e9tante, traduisant leur soif de sang.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le contr\u00f4le qu\u2019exercent les personnages sur S\u00e9mione se manifeste \u00e0 travers un important travail corporel&nbsp;: le protagoniste se fait tant\u00f4t asseoir sur un tabouret, tant\u00f4t tirer par le bras d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et de l\u2019autre de la sc\u00e8ne. L\u2019incitation au suicide n\u2019est donc plus seulement verbale, mais elle s\u2019ancre dans les contacts physiques. S\u00e9mione est instrumentalis\u00e9, comme l\u2019indique par exemple la posture du com\u00e9dien, assis tandis que les mains d\u2019un autre com\u00e9dien font pression sur ses \u00e9paules, l\u2019emp\u00eachant ainsi de se lever. Cette domination inflig\u00e9e de mani\u00e8re physique se remarque \u00e9galement \u00e0 la fin du spectacle, lorsque les citoyens exigent avec fureur la mort promise&nbsp;: l\u2019espace de jeu du com\u00e9dien est r\u00e9duit par la pr\u00e9sence du groupe qui se presse autour de lui. Sortant son revolver, S\u00e9mione redevient ma\u00eetre de la situation en d\u00e9clarant avec enthousiasme qu\u2019il veut vivre&nbsp;: le com\u00e9dien r\u00e9cup\u00e8re le contr\u00f4le de son corps, dont il regarde et touche certaines parties en m\u00eame temps qu\u2019il en parle. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Th\u00e9matique principale de la pi\u00e8ce, la mort est rendue omnipr\u00e9sente par la mise en sc\u00e8ne&nbsp;: elle se traduit par l\u2019utilisation d\u2019objets concrets tels que revolver, rasoir, couronnes mortuaires et cercueil, mais elle transpara\u00eet \u00e9galement \u00e0 travers les chants fun\u00e8bres et la symbolique du banquet, faisant \u00e9cho \u00e0 la Sainte C\u00e8ne. Pourtant, la mort n\u2019a pas le dernier mot dans ce spectacle. Contrairement \u00e0 la pi\u00e8ce d\u2019Erdman o\u00f9 l\u2019annonce du suicide de F\u00e9dia Pitounine est suivie d\u2019une marche fun\u00e8bre, Les Compagnons des Arts terminent sur une note plus positive&nbsp;: sous un rayon de lumi\u00e8re rose et une pluie de p\u00e9tales de fleurs, la phrase \u00ab&nbsp;la vie est belle&nbsp;\u00bb est inscrite en majuscules, \u00e0 la craie, sur le devant de la sc\u00e8ne. La victoire de la vie sur la mort est ainsi marqu\u00e9e visuellement, exprimant la pr\u00e9ciosit\u00e9 et la beaut\u00e9 de chaque existence humaine. Si, \u00e0 l\u2019image des nombreux billets de suicide \u00e9parpill\u00e9s par Alexandre Petrovitch, il y a mille raisons de mourir, il faut s\u2019accrocher \u00e0 la seule raison de vivre.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-8f761849 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">30 octobre 2026<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/delphine-martinet\/\" data-type=\"page\" data-id=\"23583\">Delphine Martinet<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"https:\/\/www.theatre-leshalles.ch\/spectacles\/samoubiytsa---vaudeville-sovietique\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u2019apr\u00e8s Nicola\u00ef Edrman \/ mise en sc\u00e8ne par St\u00e9phane Albelda \/ Th\u00e9\u00e2tre Les Halles (Sierre) \/ du 23 au 31 octobre 2026 \/ critiques par Delphine Martinet et H\u00e9lo\u00efse Margot .<\/p>\n","protected":false},"author":1003187,"featured_media":23674,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","_seopress_robots_follow":"","_seopress_robots_imageindex":"","_seopress_robots_snippet":"","_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_robots_breadcrumbs":"","_seopress_robots_freeze_modified_date":"","_seopress_robots_custom_modified_date":"","_seopress_robots_canonical":"","_seopress_social_fb_title":"","_seopress_social_fb_desc":"","_seopress_social_fb_img":"","_seopress_social_fb_img_attachment_id":0,"_seopress_social_fb_img_width":0,"_seopress_social_fb_img_height":0,"_seopress_social_twitter_title":"","_seopress_social_twitter_desc":"","_seopress_social_twitter_img":"","_seopress_social_twitter_img_attachment_id":0,"_seopress_social_twitter_img_width":0,"_seopress_social_twitter_img_height":0,"_seopress_redirections_value":"","_seopress_redirections_enabled":"","_seopress_redirections_enabled_regex":"","_seopress_redirections_logged_status":"","_seopress_redirections_param":"","_seopress_redirections_type":0,"_seopress_analysis_target_kw":"","_seopress_news_disabled":"","_seopress_video_disabled":"","_seopress_video":[],"_seopress_pro_schemas_manual":[],"_seopress_pro_rich_snippets_disable_all":"","_seopress_pro_rich_snippets_disable":[],"_seopress_pro_schemas":[],"footnotes":""},"categories":[32,33,38,14],"tags":[328,329],"class_list":["post-23673","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-onstage","category-spectacle","category-theatre-les-halles","tag-delphine-martinet","tag-heloise-margot"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23673","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1003187"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=23673"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23673\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":23678,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23673\/revisions\/23678"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/23674"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=23673"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=23673"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=23673"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}