{"id":23625,"date":"2026-10-07T16:14:23","date_gmt":"2026-10-07T14:14:23","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=23625"},"modified":"2026-10-09T23:27:25","modified_gmt":"2026-10-09T21:27:25","slug":"la-visite-de-la-vieille-dame-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2026\/10\/la-visite-de-la-vieille-dame-4\/","title":{"rendered":"La Visite de la vieille dame"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">La Visite de la vieille dame<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">De Friedrich D\u00fcrrenmatt \/ mise en sc\u00e8ne par Omar Porras \/ TKM &#8211; Th\u00e9\u00e2tre Kl\u00e9ber-M\u00e9leau (Lausanne) \/ du 22 septembre au 1er novembre 2026 \/ critiques par Delphine Martinet, Fiona Todeschini, H\u00e9lo\u00efse Margot, Lila Michaud, Sohane Allisson et Zo\u00e9 van Mal <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les marionnettes de la revanche<\/h2>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-8f761849 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">7 octobre 2026<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/lila-michaud\/\" data-type=\"page\" data-id=\"23559\">Lila Michaud<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/10\/la-visite-de-la-vieille-dame-2-1024x683.jpg\" alt=\"la visite de la vieille dame 2\" class=\"wp-image-23634\" style=\"width:300px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/10\/la-visite-de-la-vieille-dame-2-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/10\/la-visite-de-la-vieille-dame-2-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/10\/la-visite-de-la-vieille-dame-2-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/10\/la-visite-de-la-vieille-dame-2-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/10\/la-visite-de-la-vieille-dame-2.jpg 1050w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Lauren Pasche<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em><em>\u00ab&nbsp;Je vous donne 100 milliards et \u00e0 ce prix, je m\u2019ach\u00e8te la justice&nbsp;! \u00bb Trente-trois ans apr\u00e8s sa premi\u00e8re adaptation de<\/em> <\/em>La Visite de la vieille dame<em><em>, Omar Porras replonge, avec l\u2019\u00e9quipe du Teatro Malandro, dans le dilemme de cette pi\u00e8ce embl\u00e9matique. Com\u00e9dien<\/em><\/em>.<em><em>nes masqu\u00e9.es, attitudes de pantins, gestuelles clownesques, lumi\u00e8res focalis\u00e9es, tout est chor\u00e9graphi\u00e9 et concourt \u00e0 pr\u00e9senter l\u2019illustre Madame Zahanassian comme une marionnettiste maniant les autres villageois.<\/em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Omar Porras retourne en terrain connu et met en sc\u00e8ne, pour la quatri\u00e8me fois, <em>La Visite de la vieille dame<\/em> (1956) de Friedrich D\u00fcrrenmatt. Cr\u00e9\u00e9e dans un lieu artistique alternatif \u00e0 Gen\u00e8ve en 1993, sa premi\u00e8re adaptation avait imm\u00e9diatement rencontr\u00e9 un vif succ\u00e8s. Elle fut reprise en 2004 dans diff\u00e9rents th\u00e9\u00e2tres europ\u00e9ens, puis au Th\u00e9\u00e2tre de Carouge (Gen\u00e8ve) en 2015. Cette ann\u00e9e, c\u2019est au TKM que Porras et l\u2019\u00e9quipe du Teatro Malandro en pr\u00e9sentent une nouvelle version. <em>La Visite<\/em> se d\u00e9roule dans la petite ville de G\u00fcllen o\u00f9 la mis\u00e8re r\u00e8gne en ma\u00eetre depuis des ann\u00e9es. L\u2019atmosph\u00e8re est morne, la lassitude est palpable. Malgr\u00e9 tout, une lueur d\u2019espoir se dessine pour les G\u00fcllenois gr\u00e2ce au retour d\u2019une ancienne villageoise devenue milliardaire&nbsp;: Madame Claire Zahanassian, qui ram\u00e8ne avec elle la perspective d\u2019un avenir meilleur. D\u00e8s son arriv\u00e9e, elle promet d\u2019aider G\u00fcllen \u00e0 redevenir prosp\u00e8re en donnant 100 milliards \u2013 1 milliard chez D\u00fcrrenmatt \u2013 au village et \u00e0 ses habitants. Cependant, elle ne fera ce don qu\u2019\u00e0 la condition que justice soit faite, c\u2019est-\u00e0-dire que son ancien amant et figure embl\u00e9matique du village, Monsieur Alfred Ill, soit mis \u00e0 mort. En effet, quarante-cinq ans plus t\u00f4t, Claire est tomb\u00e9e enceinte d\u2019Alfred qui n\u2019a pas reconnu l\u2019enfant et s\u2019est mari\u00e9e avec une autre. Mortifi\u00e9e, Claire avait \u00e9t\u00e9 exil\u00e9e et forc\u00e9e de se prostituer pour survivre. Son b\u00e9b\u00e9 lui avait \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9 par les services sociaux et elle n\u2019\u00e9tait sortie de la mis\u00e8re qu\u2019en \u00e9pousant un milliardaire. Sa richesse lui permet d\u2019inverser les rapports de force et de vivre sa vie selon ses propres conditions. Ainsi, elle choisit de faire de son village d\u2019origine le th\u00e9\u00e2tre de sa revanche.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La mise en sc\u00e8ne de Porras souligne la position dominante de Madame Zahanassian, qu\u2019il incarne lui-m\u00eame, en la transformant en une sorte de marionnettiste qui manie les habitants de G\u00fcllen comme ses pantins. Sa richesse l\u2019a rendue puissante et cela se traduit dans le choix des costumes. Elle porte des robes somptueuses, brillantes et color\u00e9es qui contrastent avec les haillons des habitants de G\u00fcllen. Le choix de faire porter un masque \u00e0 tous.tes les com\u00e9dien.nes cr\u00e9e pourtant un effet d\u2019ensemble qui rappelle les origines g\u00fcllenoises de Madame Zahanassian. Ces demi-masques, de formes humaines mais caricaturales, recouvrent la moiti\u00e9 sup\u00e9rieure du visage des com\u00e9dien.nes. Cela en fait, visuellement, des \u00eatres \u00e0 mi-chemin entre l\u2019humain et le pantin. Le masque cache n\u00e9anmoins une partie des expressions du visage, appelant ainsi une gestuelle corporelle hyper-expressive qui rappelle celle du mime, influence revendiqu\u00e9e par Porras. La ma\u00eetrise corporelle des com\u00e9dien.nes (Pierre Boulben, Francisco Cabello, Manon Castellano, Karl Eberhard, Jeanne Pasquier, Marie-Evane Schallenberger) est \u00e9patante. Ils et elles pr\u00e9sentent des personnages d\u00e9sarticul\u00e9.es, aux mouvements saccad\u00e9s tout en donnant une impression g\u00e9n\u00e9rale de souplesse et de fluidit\u00e9. Chaque personnage \u00e9volue selon sa propre chor\u00e9graphie tout en cr\u00e9ant, lorsqu\u2019ils.elles sont r\u00e9uni.es, un visuel harmonieux. Cette gestuelle, qui rappelle l\u2019univers marionnettique, parfois m\u00eame celui du clown, est associ\u00e9e \u00e0 une instabilit\u00e9 physique faisant penser aux personnages de la <em>Commedia dell\u2019arte<\/em>. Les com\u00e9dien.nes sautillent, chanc\u00e8lent, glissent et sont ballot\u00e9.es. Ce d\u00e9s\u00e9quilibre permanent trahit aussi leur versatilit\u00e9 morale&nbsp;: la perspective du don de Madame Zahanassian les s\u00e9duit, faisant passer leur confort avant leur \u00e9thique. Sur sc\u00e8ne comme dans le texte de D\u00fcrrenmatt, la corruption des G\u00fcllenois se r\u00e9v\u00e8le petit \u00e0 petit au public au travers de leurs nouvelles acquisitions&nbsp;: leurs pieds nus se retrouvent chauss\u00e9s de beaux souliers jaunes, le maire troque ses vieilles cigarettes contre un bon cigare et m\u00eame la femme d\u2019Alfred Ill appara\u00eet v\u00eatue d\u2019une s\u00e9duisante nuisette jaune, bien plus \u00e9l\u00e9gante que ses anciens haillons. Pour souligner le pouvoir de Madame Zahanassian, ou plut\u00f4t le pouvoir que ses milliards lui conf\u00e8rent, Porras lui attribue une gestuelle bien \u00e0 elle. Ses mouvements sont plus r\u00e9guliers et lents que ceux des autres. Son port de t\u00eate altier et sa d\u00e9marche autoritaire contrastent avec l\u2019activit\u00e9 constante des autres personnages. Ces diff\u00e9rences soulignent son caract\u00e8re de marionnettiste qui reste fixe pendant que ses pantins s\u2019agitent autour d\u2019elle. De plus, le jeu de Porras d\u00e9voile subtilement les traumatismes qui habitent son personnage. Ainsi, Madame Zahanassian appara\u00eet comme une femme digne mais \u00e9corch\u00e9e. L\u2019interpr\u00e9tation de Porras suscite, chez le public, de la compassion pour ce personnage. Les sc\u00e8nes de dialogue entre Claire et Alfred, anciens amants, sont pr\u00e9sent\u00e9es comme tr\u00e8s intimes et accentuent le dilemme de la pi\u00e8ce&nbsp;: la mise \u00e0 mort d\u2019Alfred est-elle une revanche l\u00e9gitime pour Claire ou une vengeance trop cruelle&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-8f761849 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">7 octobre 2026<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/lila-michaud\/\" data-type=\"page\" data-id=\"23559\">Lila Michaud<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Qui est coupable de la mort d\u2019Alfred Ill\u00a0?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-8f761849 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">9 octobre 2026<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/sohane-allisson\/\" data-type=\"page\" data-id=\"23600\">Sohane Allisson<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/10\/la-visite-de-la-vieille-dame-3-1024x683.jpg\" alt=\"la visite de la vielle dame omar porras\" class=\"wp-image-23647\" style=\"aspect-ratio:1.4992503290819699;width:300px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/10\/la-visite-de-la-vieille-dame-3-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/10\/la-visite-de-la-vieille-dame-3-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/10\/la-visite-de-la-vieille-dame-3-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/10\/la-visite-de-la-vieille-dame-3-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/10\/la-visite-de-la-vieille-dame-3.jpg 1050w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 David Arraez<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Dans sa quatri\u00e8me reprise de la pi\u00e8ce de D\u00fcrrenmatt, Omar Porras cr\u00e9e un univers partag\u00e9 entre le drame et le rire. Le spectacle happe le public et d\u00e9route par les changements de ton du comique au tragique, un jeu \u00e9nergique et fluide et une ambiance finement travaill\u00e9e par des jeux de lumi\u00e8re et de sons, dans laquelle la culpabilit\u00e9 du citoyen ordinaire est mise en lumi\u00e8re.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Alfred Ill est coupable. Plus que \u00e7a, il est condamn\u00e9. Non pas par un tribunal, mais par la revanche de son ancienne flamme, Clara Zahanassian, qui revient, milliardaire, \u00e0 G\u00fcllen. Sa ville d\u2019enfance est dans la mis\u00e8re, appauvrie par une malchance qui n\u2019est en rien due au hasard. Pour se faire justice, elle promet un milliard de dollars pour le village en \u00e9change de la mort d\u2019Alfred Ill, \u00e0 qui elle reproche de l\u2019avoir abandonn\u00e9e pour une vie confortable aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019une femme respectable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le d\u00e9cor, compos\u00e9 \u00e0 la fois d\u2019objets aux couleurs vives et d\u2019\u00e9l\u00e9ments blancs d\u00e9marqu\u00e9s par des lignes noires, comme dessin\u00e9s sur une feuille de papier, travaillent de concert avec les costumes marionnettiques pour donner une impression d\u2019irr\u00e9alit\u00e9 \u00e0 l\u2019action. Incarn\u00e9s dans les demi-masques confectionn\u00e9s par Freddy Porras que l\u2019on retrouve dans de nombreuses cr\u00e9ations d\u2019Omar Porras, les personnages \u00e9voluent sur sc\u00e8ne avec un jeu mouvement\u00e9 et expressif. Masque oblige, chaque \u00e9motion est transmise avec tout le corps, exag\u00e9r\u00e9e \u00e0 l\u2019extr\u00eame. Seule la vieille dame, jou\u00e9e par Omar Porras lui-m\u00eame, a un jeu \u00e0 l\u2019\u00e9motivit\u00e9 contr\u00f4l\u00e9e et des gestes mesur\u00e9s. Surplombant les autres personnages par sa stature, elle reste impassible alors que tout le village s\u2019agite autour d\u2019elle. Malgr\u00e9 le travestissement et son costume opulent, le personnage reste digne et inspire la compassion plut\u00f4t qu\u2019un sentiment de ridicule. Sa pr\u00e9sence sur sc\u00e8ne est rare et marquante. Alors que le texte de D\u00fcrrenmatt d\u00e9voile ses nombreuses excentricit\u00e9s pendant son s\u00e9jour \u00e0 G\u00fcllen, le spectacle se concentre sur le bon d\u00e9roulement de sa recherche de justice. Son entourage est lui aussi consid\u00e9rablement r\u00e9duit, ce qui contribue paradoxalement \u00e0 rendre ses apparitions sur sc\u00e8ne plus impressionnantes&nbsp;: par sa pr\u00e9sence seule, elle intimide les habitants de G\u00fcllen et impressionne les spectateurs par sa d\u00e9termination et son ind\u00e9pendance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le spectacle joue sur les contrastes entre le groupe et l\u2019individu, aussi bien visuellement que th\u00e9matiquement&nbsp;: lors des quelques sc\u00e8nes o\u00f9 tout le monde est pr\u00e9sent sur le plateau, les habitants se retrouvent agglutin\u00e9s dans un coin de la sc\u00e8ne, alors qu\u2019un dernier, isol\u00e9, est s\u00e9par\u00e9 d\u2019eux par la vieille dame. La gestuelle de groupe est travaill\u00e9e&nbsp;: tous r\u00e9agissent et bougent en harmonie tout en gardant leur caract\u00e8re propre. Le personnage isol\u00e9 est le plus souvent Alfred Ill. Cette mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart augmente au fur et \u00e0 mesure du spectacle. D\u2019abord simplement spatiale, elle devient symbolique&nbsp;: s\u2019y ajoute peu \u00e0 peu un contraste visuel, les habitants rev\u00eatant des habits neufs, alors qu\u2019Alfred Ill reste pieds nus, dans son pauvre habit de d\u00e9part. Sa gestuelle aussi, d\u2019abord exag\u00e9r\u00e9e et comique, se fait peu \u00e0 peu plus r\u00e9serv\u00e9e, sa pr\u00e9sence sur sc\u00e8ne plus statique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le nombre r\u00e9duit de personnages par rapport \u00e0 la pi\u00e8ce de D\u00fcrrenmatt entra\u00eene une plus grande intimit\u00e9 entre les personnages&nbsp;: souvent seuls ou \u00e0 deux sur sc\u00e8ne, leur individualit\u00e9 est ainsi mise en avant. Chacun se retrouve seul devant le condamn\u00e9 pour r\u00e9pondre au dilemme&nbsp;: choisir entre la pauvret\u00e9 et le meurtre d\u2019Alfred Ill. Sans pouvoir se cacher derri\u00e8re le groupe, les proches d\u2019Ill, chauss\u00e9s de souliers jaunes, symboles de leur trahison, r\u00e9v\u00e8lent leur cupidit\u00e9. Celle-ci en vient m\u00eame \u00e0 contaminer l\u2019ensemble de leurs v\u00eatements&nbsp;: le jaune se glisse dans les costumes, se faisant de plus en plus pr\u00e9sent, jusqu\u2019\u00e0 ce que tous les habitants \u00e0 l\u2019exception du condamn\u00e9 soient rev\u00eatus de jaune et de rose.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La r\u00e9duction du texte change radicalement la relation entre les personnages en brisant la connexion entre les d\u00e9lib\u00e9rations des habitants et la relation de Clara et d\u2019Alfred Ill. Le spectacle s\u00e9pare ces deux \u00e9l\u00e9ments et maintient ainsi un sentiment d\u2019affection dans leur relation qui n\u2019est pas pr\u00e9sente dans le texte de D\u00fcrrenmatt. La peur d\u2019Ill se voit ainsi focalis\u00e9e sur la trahison de ses voisins et amis. Son animosit\u00e9 contre Clara est rel\u00e9gu\u00e9e \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan. Alfred Ill semble oublier qui est la commanditaire de sa mort. Contrairement \u00e0 ce qui se passe dans le texte original, les deux anciens amants ne seront plus pr\u00e9sents ensemble sur sc\u00e8ne entre la demande de justice de Clara et le moment o\u00f9 Alfred Ill se r\u00e9signe \u00e0 son sort. Cette derni\u00e8re sc\u00e8ne o\u00f9 ils apparaissent ensemble est jou\u00e9e avec tendresse et m\u00e9lancolie. Elle marque la derni\u00e8re apparition de la vieille dame sur sc\u00e8ne, v\u00eatue d\u2019une robe rouge. En opposition \u00e0 D\u00fcrrenmatt, elle ne sera pas pr\u00e9sente \u00e0 la mort d\u2019Ill, ni pour emporter le corps. La derni\u00e8re image que les spectateurs re\u00e7oivent de Clara Zahanassian est celle d\u2019une femme r\u00e9solue \u00e0 tourner la page.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le ton du spectacle oscille entre s\u00e9rieux et comique, dans un m\u00e9lange \u00e9trange qui provoque tant\u00f4t le rire, tant\u00f4t un sentiment d\u2019inconfort. La nonchalance et la gestuelle des habitants, qui reste exag\u00e9r\u00e9e m\u00eame en plein c\u0153ur du drame, souligne leur hypocrisie et provoque rire et horreur. Aveugl\u00e9s par un ton comique, les spectateurs deviennent complices du meurtre&nbsp;; les adresses aux habitants sont r\u00e9guli\u00e8rement dirig\u00e9es vers le public. Les spectateurs, transform\u00e9s en habitants de G\u00fcllen sont implicitement appel\u00e9s \u00e0 s\u2019opposer \u00e0 la d\u00e9cision des personnages. Leur silence scelle leur culpabilit\u00e9&nbsp;; Alfred Ill n\u2019est pas, comme chez D\u00fcrrenmatt assassin\u00e9 au c\u0153ur de la foule qui le cache aux regards des spectateurs, mais \u00e0 la vue de tous, tu\u00e9 par un coup de feu qui semble venir du public.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-8f761849 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">9 octobre 2026<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/sohane-allisson\/\" data-type=\"page\" data-id=\"23600\">Sohane Allisson<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Une caricature de la vieille dame<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-8f761849 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">9 octobre 2026<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/fiona-todeschini\/\" data-type=\"page\" data-id=\"23608\">Fiona Todeschini<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"685\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/10\/la-visite-de-la-vieille-dame-4-1024x685.jpg\" alt=\"la visite de la vielle dame omar porras\" class=\"wp-image-23652\" style=\"width:300px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/10\/la-visite-de-la-vieille-dame-4-1024x685.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/10\/la-visite-de-la-vieille-dame-4-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/10\/la-visite-de-la-vieille-dame-4-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/10\/la-visite-de-la-vieille-dame-4-768x514.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/10\/la-visite-de-la-vieille-dame-4.jpg 1046w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 David Arraez<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00ab\u00a0Bienvenue Cla\u00a0\u00bb\u00a0: un cocasse panneau de bois accueille le retour haut en couleurs de Claire Zahanassian, et indique aux spectateurs le ton grin\u00e7ant et burlesque de la repr\u00e9sentation \u00e0 venir. Omar Porras propose une adaptation de la pi\u00e8ce de D\u00fcrrenmatt qui passe \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019occasion de faire r\u00e9ellement entendre \u00e0 un public d\u2019aujourd\u2019hui la voix d\u2019une femme bafou\u00e9e, celle d\u2019une c\u00e9l\u00e8bre vielle dame qui perd ici (un peu) de sa superbe.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019intrigue, nombreux sont ceux qui la connaissent&nbsp;: la richissime Clara Zahanassian revient dans sa ville d\u2019origine, G\u00fcllen, auparavant prosp\u00e8re, afin de s\u2019acheter la justice&nbsp;\u00e0 coup de milliards. Elle propose aux habitants un march\u00e9&nbsp;: sortir de la mis\u00e8re en \u00e9change de l\u2019assassinat d\u2019Alfred Ill, son amant de jeunesse qui l\u2019a abandonn\u00e9e, elle et leur enfant. Les habitants discutent, d\u00e9battent parfois, mais l\u2019issue est d\u00e9j\u00e0 presque connue d\u2019avance. L\u2019app\u00e2t du gain est trop fort et le crime collectif commence d\u00e9j\u00e0 par des achats intempestifs \u00e0 cr\u00e9dit&nbsp;: alcool de luxe, tabac de premi\u00e8re qualit\u00e9 et de nouvelles chaussures jaunes\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces chaussures jaunes font office de symbole d\u2019un changement de paradigme dans la pi\u00e8ce \u2013 tout le monde sait et comprend en les voyant qu\u2019Alfred Ill va mourir, tu\u00e9 par ses compatriotes \u2013 et se retrouvent brillamment d\u00e9clin\u00e9es dans une ribambelle d\u2019accessoires qui participent \u00e0 effrayer ou faire enrager Ill&nbsp;; de la cravate jaune du maire aux souliers \u00e0 talons de sa secr\u00e9taire, en passant par les grosses santiags du policier, jusqu\u2019\u00e0 la mousse de micro du speaker. Le public avis\u00e9 remarque \u00e9galement que l\u2019\u00e9picerie ambulante d\u2019Alfred Ill ressemble \u00e0 s\u2019y m\u00e9prendre \u00e0 un vieux landau, illustrant, par sa profession de fortune, l\u2019enfant qu\u2019il a abandonn\u00e9. Les choix visuels se distinguent des autres adaptations du sujet de D\u00fcrrenmatt (nous pensons par exemple \u00e0 la superbe adaptation cin\u00e9matographique de Djibril Diop Mamb\u00e9ty qui transpose le sujet au S\u00e9n\u00e9gal avec une grande po\u00e9sie visuelle dans <em>Hy\u00e8nes<\/em>) en nous transportant dans les univers du Guignol : cette esth\u00e9tique permet de typiser les habitants de la ville par les costumes, les masques et un style de jeu clownesque et donne un ton humoristique \u00e0 ce sujet. Les r\u00e9f\u00e9rences stylistiques du burlesque se retrouvent fr\u00e9quemment dans les mises en sc\u00e8nes d\u2019Omar Porras&nbsp;: on se souvient par exemple des <em>Fourberies de Scapin<\/em>, au TKM en 2022, un spectacle caract\u00e9ris\u00e9 visuellement par des couleurs tr\u00e8s satur\u00e9es dans les d\u00e9cors et les costumes, l\u2019usage de masques grossissant certains traits physiques, ou encore de <em>Pedro et le commandeur<\/em> en 2006, <em>El Don Juan en japonais<\/em> en 2009 ou <em>L\u2019\u00e9lixir d\u2019amour<\/em> en 2006, qui pr\u00e9sentaient un jeu physique apparent\u00e9 au mime. Dans <em>La Visite de la vieille dame<\/em>, les costumes, sign\u00e9s Omar Porras et Bruno Fatalot, oscillent entre les habits rapi\u00e9c\u00e9s de vieilles marionnettes et ceux de poup\u00e9es effrayantes, avec un c\u00f4t\u00e9 un peu punk. Les couleurs sont criardes, surexpos\u00e9es, sursatur\u00e9es&nbsp;: la sc\u00e9nographie de Fredy et Omar Porras semble faite de bric et de broc, r\u00e9par\u00e9e plusieurs fois (comme les v\u00eatements des personnages). Elle immerge dans le monde de la bande-dessin\u00e9e avec des malles blanches d\u00e9tour\u00e9es de noir, un \u00e9criteau qui symbolise une mairie, une \u00e9glise modulable en carton, un simple cadre de porte pour cr\u00e9er un espace, ou une corde \u00e0 linge qui semble tomb\u00e9e du ciel. La composition des espaces sc\u00e9niques est tr\u00e8s intelligente et porteuse de sens&nbsp;: la copr\u00e9sence des personnages, par exemple, est magnifiquement symbolis\u00e9e dans une sc\u00e8ne par un voile de tulle qui nous donne \u00e0 voir une Claire Zahanassian en transparence, toujours isol\u00e9e, malgr\u00e9 la proximit\u00e9 sur le plateau des autres personnages.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Malgr\u00e9 la beaut\u00e9 de la composition, un brin de modernisation manque \u00e0 ce nouveau remaniement de la pi\u00e8ce de D\u00fcrrenmatt, d\u00e9j\u00e0 cr\u00e9\u00e9e par Omar Porras en 1993, d\u00e9j\u00e0 remani\u00e9e en 2004 et 2015.Le jeu des com\u00e9diens, que l\u2019on peut comparer \u00e0 celui des marionnettes, est caract\u00e9ris\u00e9 par son intensit\u00e9 corporelle, parfois pouss\u00e9e \u00e0 l\u2019extr\u00eame. Il est cependant justifi\u00e9 par le port constant, par chacun des com\u00e9diens, de demi-masques, sign\u00e9s Fredy Porras, qui engendrent une surcompensation due \u00e0 la perte d\u2019une partie du visage. Le jeu clownesque fonctionne cependant et dresse un tableau complet de ces personnages peu reluisants par arch\u00e9types (le policier, la directrice du coll\u00e8ge, le pr\u00eatre, l\u2019\u00e9pouse\u2026) dont le r\u00f4le social au sein de cette petite communaut\u00e9 du plateau transpara\u00eet parfaitement de fa\u00e7on humoristique : d\u00e8s que le maire bascule dans le march\u00e9 de la vieille dame, d\u00e8s qu\u2019il sait qu\u2019Ill va mourir, il se transforme en caricature de lui-m\u00eame, avec le traditionnel gros cigare et une nouvelle cravate jaune. Quant au policier, les spectateurs observent un grand monsieur viril avec de gros, faux biscotos, cens\u00e9 r\u00e9tablir l\u2019ordre masculin. Claire Zahanassian est incarn\u00e9e par Omar Porras dans un jeu similaire, sur le plan vocal surtout, \u00e0 celui des autres interpr\u00e8tes. Sa voix masculine singe celle d\u2019une femme \u00e2g\u00e9e en exag\u00e9rant tous les lieux communs de la vieillesse&nbsp;; sa posture rigide en d\u00e9calage avec le mouvement permanent des autres com\u00e9diens, son \u00e9l\u00e9gance de nouvelle riche divorc\u00e9e sept fois qui glisse vers le <em>cheap<\/em> vulgaire avec des bijoux trop gros, des robes trop orn\u00e9es comme s\u2019il fallait en permanence prouver quelque chose. Le personnage de Claire Zahanassian perd ainsi, dans cette version risible, une grande part de sa dignit\u00e9 et de sa force. Son combat, enjeu principal de la pi\u00e8ce qui, chez D\u00fcrrenmatt \u00e9tait trait\u00e9 comme ambigu, comme une question qu\u2019on ne peut compl\u00e8tement trancher, est ici presque d\u00e9valoris\u00e9, moqu\u00e9, malgr\u00e9 le crime bel et bien commis quarante-cinq ans plus t\u00f4t par Alfred Ill, un crime qui, nous le savons, est celui r\u00e9ellement commis par beaucoup d\u2019hommes contre beaucoup de femmes, dans notre soci\u00e9t\u00e9 contemporaine. \u00ab&nbsp;Il y a prescription&nbsp;\u00bb dit le personnage condamn\u00e9 \u2013 c\u2019est peut-\u00eatre ce que l\u2019on tente de faire croire aux spectateurs, qui ne peuvent vraiment compatir compl\u00e8tement avec les envies de justice de cette Claire-ci, trop ridicule, trop lointaine, immens\u00e9ment riche mais manquant d\u2019un grain d\u2019humanit\u00e9 suppl\u00e9mentaire pour que sa parole soit v\u00e9ritablement \u00e9cout\u00e9e. Seules quelques r\u00e9pliques fortes du texte de D\u00fcrrenmatt suscitent cette empathie pour une femme bless\u00e9e et victime&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le monde a fait de moi une putain, je veux faire du monde un bordel&nbsp;\u00bb, clame ainsi Claire Zahanassian. Cette formule c\u00e9l\u00e9brissime \u00e9claire en tout cas superbement le caract\u00e8re grossier de chacun des personnages aux costumes rapi\u00e9c\u00e9s \u2013 et, peut-\u00eatre, \u00e9claire-elle \u00e9galement le comportement du public, pas si diff\u00e9rent des personnages en sc\u00e8ne&nbsp;? L\u2019envie d\u2019une vie meilleure (dans le meilleur des cas) ou d\u2019une vie riche et mat\u00e9rialiste (dans le cas qu\u2019Omar Porras semble nous sugg\u00e9rer) pousse chacun, dans une succession de scayn\u00e8tes intimistes, \u00e0 vouloir la mort d\u2019Alfred Ill&nbsp;: la justice de Claire n\u2019est finalement obtenue que par volont\u00e9 de survie au mieux, app\u00e2t du gain au pire, et cela, Porras le montre compl\u00e8tement dans sa mise en sc\u00e8ne en repr\u00e9sentant tous les personnages qui sombrent peu \u00e0 peu dans la cupidit\u00e9, par\u00e9s de leurs symboliques chaussures jaunes. Si la pi\u00e8ce de D\u00fcrrenmatt pousse \u00e0 se demander si tout peut \u00eatre achet\u00e9, la mise en sc\u00e8ne de Porras invite \u00e0 se poser une autre question&nbsp;: en travaillant ce sujet sur la sc\u00e8ne contemporaine, pourquoi transformer un personnage de victime en caricature d\u00e9mesur\u00e9e d\u2019elle-m\u00eame, engendrant la destruction sur son passage ? Chez Omar Porras, Claire Zahanassian est semblable \u00e0 une m\u00e9chante d\u2019un conte de f\u00e9e, type de personnage dont on oublie les raisons (souvent l\u00e9gitimes) de leurs mauvaises actions. L\u2019adaptation de ce sujet manque ainsi d\u2019une prise de position contemporaine, dans le contexte de 2026, sur la voix d\u2019une femme qui s\u2019exprime ouvertement et publiquement sur un crime du pass\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-8f761849 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">9 octobre 2026<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/fiona-todeschini\/\" data-type=\"page\" data-id=\"23608\">Fiona Todeschini<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le prix d\u2019une vie\u00a0<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-8f761849 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">9 octobre 2026<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/delphine-martinet\/\" data-type=\"page\" data-id=\"23583\">Delphine Martinet<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/10\/la-visite-de-la-vieille-dame-5-1024x683.jpg\" alt=\"la visite de la vieille dame (tkm)\" class=\"wp-image-23653\" style=\"width:300px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/10\/la-visite-de-la-vieille-dame-5-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/10\/la-visite-de-la-vieille-dame-5-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/10\/la-visite-de-la-vieille-dame-5-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/10\/la-visite-de-la-vieille-dame-5-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/10\/la-visite-de-la-vieille-dame-5.jpg 1050w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 David Arraez<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Cette recr\u00e9ation de<\/em> La Visite de la vieille dame <em>de Friedrich D\u00fcrrenmatt par Omar Porras et sa troupe le Teatro Malandro pose des questions br\u00fblantes d\u2019actualit\u00e9 concernant la justice, l\u2019app\u00e2t du gain et la nature humaine. Dans une mise en sc\u00e8ne burlesque et color\u00e9e, le spectacle d\u00e9voile de mani\u00e8re gla\u00e7ante comment une vie humaine peut \u00eatre r\u00e9duite \u00e0 un simple prix au nom d\u2019une justice humaine nourrie par un d\u00e9sir de vengeance. La mort r\u00f4de sur sc\u00e8ne tout au long du spectacle, rappelant constamment le funeste destin d\u2019Alfred Ill.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bien que la quatri\u00e8me cr\u00e9ation de <em>La Visite de la vieille dame<\/em> pr\u00e9sente une mise en sc\u00e8ne comique, dynamique et haute en couleurs, elle reprend pourtant le constat pessimiste de la pi\u00e8ce de D\u00fcrrenmatt&nbsp;: la victoire de l\u2019argent sur les valeurs humaines et la preuve irr\u00e9futable que l\u2019app\u00e2t du gain fonctionne sur tout le monde, toutes professions et tous \u00e2ges confondus. <em>La Visite de la vieille dame<\/em> raconte l\u2019histoire d\u2019Alfred Ill dont la vie est mise \u00e0 prix \u00e0 la suite de la visite de Clara Zahanassian, ancienne ma\u00eetresse d\u2019Alfred devenue milliardaire. Cette visite importe grandement aux habitants de la ville de G\u00fcllen, plong\u00e9s dans une mis\u00e8re noire depuis plusieurs d\u00e9cennies, qui entrevoient en la personne de Clara une source d\u2019espoir. Alfred joue un r\u00f4le essentiel dans la situation puisque tous comptent sur lui pour adoucir Clara et lui soutirer l\u2019argent n\u00e9cessaire \u00e0 la ville. La suite de l\u2019intrigue confirme l\u2019importance capitale du pauvre \u00e9picier, en modifiant cependant son implication dans le plan initial : c\u2019est par la perte de sa vie qu\u2019il contribuera au bien-\u00eatre de la ville.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans cette mise en sc\u00e8ne, la mort, omnipr\u00e9sente, accompagne Alfred tout au long du spectacle vers sa destin\u00e9e tragique. Elle se dessine visuellement d\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e de Clara, v\u00eatue d\u2019une robe enti\u00e8rement noire et qui poss\u00e8de, dans ses bagages, un cercueil. Elle continue de r\u00f4der tout au long du spectacle \u00e0 travers les couronnes fun\u00e8bres qui flottent sur le fond noir derri\u00e8re Alfred, mais \u00e9galement \u00e0 travers la pr\u00e9sence de plusieurs armes sur sc\u00e8ne et de feuilles mortes, symboliquement charg\u00e9es. Lorsque qu\u2019Alfred se retrouve seul sur sc\u00e8ne, les couleurs et la lumi\u00e8re semblent s\u2019amenuir, symbolisant \u00e9galement la perte progressive de sa vie et cr\u00e9ant une atmosph\u00e8re lugubre. A cette pr\u00e9sence visuelle s\u2019ajoute une pr\u00e9sence auditive de la mort \u00e0 travers les chants aux tonalit\u00e9s graves que l\u2019on peut entendre durant la performance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e8s l\u2019annonce du march\u00e9 propos\u00e9 par la milliardaire, la mort d\u2019Alfred se concr\u00e9tise en deux mouvements&nbsp;: Alfred est d\u2019abord victime d\u2019une mort sociale qui pr\u00e9figure sa mort physique. La premi\u00e8re se traduit de mani\u00e8re visuelle par son isolement sur la sc\u00e8ne&nbsp;: d\u00e8s l\u2019annonce de la sinistre condition \u00e9mise par Clara, il se retrouve physiquement en dehors du groupe des habitants. Avec une anxi\u00e9t\u00e9 grandissante, il les observe acheter \u00e0 cr\u00e9dit des produits de meilleure qualit\u00e9, des habits et chaussures neufs, tout en lui affirmant leur soutien&nbsp;: le jaune, couleur symbolique de l\u2019or, prend visuellement de l\u2019ampleur et rappelle constamment au personnage la menace qui plane au-dessus de lui. Lors de sa mort physique, Alfred est \u00e9galement isol\u00e9&nbsp;: son cadavre g\u00eet au milieu de la sc\u00e8ne et est couvert de confettis dor\u00e9s&nbsp;: image saisissante unissant la mort et l\u2019argent, meurtre collectif pour une justice dor\u00e9e, symbolisant l\u2019accomplissement du contrat.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Plac\u00e9e g\u00e9n\u00e9ralement au centre de la sc\u00e8ne, Clara, incarn\u00e9e par Omar Porras, d\u00e9montre une certaine stabilit\u00e9 qui contraste avec les autres personnages semblables \u00e0 des marionnettes se mouvant autour d\u2019elle. Le fait qu\u2019elle soit plus grande que tous les autres renforce cette id\u00e9e de domination. Cette stabilit\u00e9 physique refl\u00e8te son ent\u00eatement \u00e0 vouloir la mort d\u2019Alfred mais r\u00e9v\u00e8le aussi par contraste le trouble \u00e9motionnel de la vieille dame&nbsp;entre le souvenir de sa passion amoureuse avec Alfred, la souffrance endur\u00e9e depuis son d\u00e9part de G\u00fcllen et son violent d\u00e9sir de vengeance. Lors de son t\u00e9moignage, elle touche le public avec sa voix tremblante d\u2019\u00e9motion, mais les larmes qu\u2019elle suscite tendent rapidement \u00e0 dispara\u00eetre derri\u00e8re le burlesque. Le ridicule de la vieille dame ressort beaucoup dans les autres sc\u00e8nes, transformant alors son histoire en quelque chose de l\u00e9ger et risible, ce qui peut faire augmenter la compassion des spectateurs pour Alfred, r\u00e9el protagoniste du spectacle. D\u00e8s le d\u00e9but, il est seul sur sc\u00e8ne, \u00e0 la gare de la ville, contrairement \u00e0 la pi\u00e8ce de D\u00fcrrenmatt qui s\u2019ouvre sur quatre hommes anonymes discutant \u00e0 la gare. Alfred est \u00e9galement le personnage que l\u2019on voit le plus et le seul dont on suit le d\u00e9veloppement psychologique&nbsp;de la joie \u00e0 l\u2019indignation et du repentir \u00e0 la r\u00e9signation. A l\u2019image d\u2019un h\u00e9ros tragique, ni enti\u00e8rement coupable ni enti\u00e8rement innocent, il est men\u00e9 irr\u00e9m\u00e9diablement vers la mort \u00e0 cause d\u2019une faute pass\u00e9e. Tout est mis en \u0153uvre pour \u00e9veiller la compassion&nbsp;: son isolement physique, sa voix \u00e0 la tonalit\u00e9 chaude, ses yeux teint\u00e9s de tristesse malgr\u00e9 le masque qui recouvre la moiti\u00e9 de son visage. Clara et Alfred s\u2019opposent alors non seulement dans le conflit judiciaire mais \u00e9galement dans leur attitude et leur ton, cr\u00e9ant ainsi la dynamique du spectacle entre rire et tristesse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">M\u00eame si cette cr\u00e9ation met plus en avant le grotesque que la pi\u00e8ce de D\u00fcrrenmatt, ce qui tend \u00e0 faire oublier le s\u00e9rieux de la situation durant le spectacle, \u00e0 la fin, la dure r\u00e9alit\u00e9 concernant la gravit\u00e9 de l\u2019acceptation de la donation et ses cons\u00e9quences s\u2019impose brutalement au public avec le cadavre d\u2019Alfred expos\u00e9 au milieu de la sc\u00e8ne. En adoptant une approche plus comique et color\u00e9e que la pi\u00e8ce originale, cette mise en sc\u00e8ne d\u00e9voile de mani\u00e8re encore plus terrifiante le pouvoir de l\u2019argent et la r\u00e9duction d\u2019une vie humaine \u00e0 un prix, d\u00e9non\u00e7ant un meurtre collectif accept\u00e9, c\u00e9l\u00e9br\u00e9 et couronn\u00e9 de succ\u00e8s financier mais condamnant l\u2019humanit\u00e9 mat\u00e9rialiste et insensible.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-8f761849 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">9 octobre 2026<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/delphine-martinet\/\" data-type=\"page\" data-id=\"23583\">Delphine Martinet<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Enfanter de sa mort<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-8f761849 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">9 octobre 2026<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/heloise-margot\/\" data-type=\"page\" data-id=\"23592\">H\u00e9lo\u00efse Margot<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/10\/la-visite-de-la-vieille-dame-6-1024x683.jpg\" alt=\"la visite de la vieille dame 6\" class=\"wp-image-23654\" style=\"width:300px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/10\/la-visite-de-la-vieille-dame-6-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/10\/la-visite-de-la-vieille-dame-6-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/10\/la-visite-de-la-vieille-dame-6-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/10\/la-visite-de-la-vieille-dame-6-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/10\/la-visite-de-la-vieille-dame-6.jpg 1050w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Lauren Pasche<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Alfred Ill s\u2019est condamn\u00e9 \u00e0 mort en abandonnant le mauvais enfant, la mauvaise femme. En ce d\u00e9but d\u2019automne, le TKM accueille la quatri\u00e8me<\/em> Visite de la Vieille Dame <em>dans une mise en d\u2019Omar Porras, d\u2019apr\u00e8s<\/em> Der Besuch der alten Dame<em>, cr\u00e9\u00e9 par Friedrich D\u00fcrrenmatt en1956. Sous les masques, la mise en sc\u00e8ne met l\u2019accent sur le poids d\u2019un acte individuel et la violence d\u2019une ignorance collective.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Milieu du spectacle&nbsp;: l\u2019infortun\u00e9 Alfred pousse son \u00e9picerie. Celle-ci a la curieuse apparence d\u2019une poussette, d\u2019un vieux landau. Il pousse l\u2019\u00e9picerie qu\u2019il a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e \u00e0 son enfant. Il pousse le premier enfant qu\u2019il n\u2019a jamais accept\u00e9 de reconna\u00eetre. Ce choix a scell\u00e9 son destin. En refusant cette vie, il a agend\u00e9 sa propre mort. La m\u00e8re de cet enfant vient r\u00e9clamer justice. La mort d\u2019Alfred Ill contre cent milliards&nbsp;: la mort d\u2019Alfred Ill pour la vie qu\u2019il n\u2019a pas reconnue. Clara Zahanassian, devenue riche exige sa mort. Cent milliard pour tuer un homme, un criminel. Que justice soit rendue&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le jeu des acteurs \u2013 demi-masque oblige \u2013 est expressif et caricatural&nbsp;: ils cabriolent, miment, soulignent. Ces masques figent une expression comme celle que peut laisser la mort, ou le masque mortuaire. Pourtant, ils sont loin d\u2019enlever de la vivacit\u00e9 ou de la vitalit\u00e9 au jeu des com\u00e9diens. Cachant la moiti\u00e9 sup\u00e9rieure de leur visage, ils leur laissent leurs yeux, leur bouche et leur corps pour s\u2019exprimer. Un caract\u00e8re est imprim\u00e9 sur le demi-visage, le com\u00e9dien lui insuffle une vie. Les gestes sont arr\u00eat\u00e9s, programm\u00e9s, calcul\u00e9s, porteurs de sens. Tous les actes ont une cons\u00e9quence, \u00e0 l\u2019instar du choix fait il y a quarante-cinq ans par Alfred Ill. Le jeu induit par la fixit\u00e9 de l\u2019expression rend bien cette dualit\u00e9, une vie d\u00e9j\u00e0 fix\u00e9e par un d\u00e9roulement programm\u00e9. A l\u2019instar des habitants de G\u00fcllen qui combattent depuis des ann\u00e9es pour maintenir leur ville en faillite \u00e0 flot. A l\u2019instar d\u2019Alfred Ill qui lutte durant toute la pi\u00e8ce pour qu\u2019on ne l\u2019assassine pas. Seul le jeu de la vieille dame, incarn\u00e9e par Porras lui-m\u00eame,&nbsp;est diff\u00e9rent&nbsp;: moins fluide et moins caricatural, il la d\u00e9marque des habitants de G\u00fcllen. Litt\u00e9ralement, elle ne joue pas sur le m\u00eame plan, ce qui am\u00e8ne de mani\u00e8re subtile l\u2019id\u00e9e qu\u2019elle est la seule et derni\u00e8re maitresse de ce qui se d\u00e9roule.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme chez D\u00fcrrenmatt, les habitants de G\u00fcllen ont leur part de responsabilit\u00e9 dans cette d\u00e9cision. Toutefois, chez Porras, la d\u00e9cision rampante de tuer Alfred Ill appara\u00eet comme plus individuelle. Les personnages arrivent \u00e0 cette conclusion comme chacun de leur c\u00f4t\u00e9. &nbsp;Les personnages sont souvent montr\u00e9s seuls en sc\u00e8ne ou seuls face \u00e0 Alfred Ill. Porras supprime certains personnages de la pi\u00e8ce originale et isole r\u00e9guli\u00e8rement ceux qui reste dans des douches lumineuses, ce qui donne \u00e0 leurs d\u00e9cisions un aspect moins collectif.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les lumi\u00e8res et les sons concourent \u00e9galement \u00e0 souligner la dualit\u00e9 de l\u2019action entre le comique et le dramatique. Les sons, plus clownesques, servent plut\u00f4t \u00e0 l\u2019aspect comique de la sc\u00e8ne&nbsp;: moins subtils et plus appuy\u00e9s, ils servent \u00e9norm\u00e9ment la com\u00e9die et le rythme du jeu, &nbsp;indispensable au comique. L\u2019\u00e9clairage souligne plut\u00f4t le c\u00f4t\u00e9 grave et s\u00e9rieux de la sc\u00e8ne. Les lumi\u00e8res sont naturalisantes&nbsp;: elles apparaissent et disparaissent en fondu. Elles se projettent tout de m\u00eame parfois au-devant de la sc\u00e8ne. Dans certaines sc\u00e8nes, l\u2019\u00e9clairage contribue \u00e0 conf\u00e9rer \u00e0 Alfred Ill une dimension christique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, au sein de la lumi\u00e8re et du son se trouve toute l\u2019ambivalence, tout le sel de la pi\u00e8ce&nbsp;: un drame social et satyrique teint\u00e9 d\u2019un humour, aussi bon enfant que grin\u00e7ant. Toutefois, le dilemme moral s\u2019est l\u00e9g\u00e8rement d\u00e9plac\u00e9&nbsp;: chez D\u00fcrrenmatt il \u00e9tait question de corruption, de justice, de r\u00e9paration du pass\u00e9, du prix de la justice. Chez Porras, ces th\u00e9matiques sont toujours pr\u00e9sentes, mais il est plus question de l\u2019enfant abandonn\u00e9, des cons\u00e9quences de cet abandon. Porras insuffle plus d\u2019importance au fait que les actes ont des cons\u00e9quences. L\u2019enjeu se d\u00e9place d\u2019une question morale \u00e0 propos de la justice \u00e0 un questionnement sur les actes et les cons\u00e9quences&nbsp;: Alfred Ill ne m\u00e9rite peut-\u00eatre pas la mort mais on ne peut nier que c\u2019est son choix initial qui a men\u00e9 \u00e0 cette fin. On n\u2019abandonne pas une vie sans payer de la sienne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-8f761849 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">9 octobre 2026<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/heloise-margot\/\" data-type=\"page\" data-id=\"23592\">H\u00e9lo\u00efse Margot<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"https:\/\/www.tkm.ch\/representation\/la-visite-de-la-vieille-dame-2\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De Friedrich D\u00fcrrenmatt \/ mise en sc\u00e8ne par Omar Porras \/ TKM &#8211; Th\u00e9\u00e2tre Kl\u00e9ber-M\u00e9leau (Lausanne) \/ du 22 septembre au 1er novembre 2026 \/ critiques par Delphine Martinet, Fiona Todeschini, H\u00e9lo\u00efse Margot, Lila Michaud, Sohane Allisson et Zo\u00e9 van Mal<\/p>\n","protected":false},"author":1003187,"featured_media":23626,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","_seopress_robots_follow":"","_seopress_robots_imageindex":"","_seopress_robots_snippet":"","_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_robots_breadcrumbs":"","_seopress_robots_freeze_modified_date":"","_seopress_robots_custom_modified_date":"","_seopress_robots_canonical":"","_seopress_social_fb_title":"","_seopress_social_fb_desc":"","_seopress_social_fb_img":"","_seopress_social_fb_img_attachment_id":0,"_seopress_social_fb_img_width":0,"_seopress_social_fb_img_height":0,"_seopress_social_twitter_title":"","_seopress_social_twitter_desc":"","_seopress_social_twitter_img":"","_seopress_social_twitter_img_attachment_id":0,"_seopress_social_twitter_img_width":0,"_seopress_social_twitter_img_height":0,"_seopress_redirections_value":"","_seopress_redirections_enabled":"","_seopress_redirections_enabled_regex":"","_seopress_redirections_logged_status":"","_seopress_redirections_param":"","_seopress_redirections_type":0,"_seopress_analysis_target_kw":"","_seopress_news_disabled":"","_seopress_video_disabled":"","_seopress_video":[],"_seopress_pro_schemas_manual":[],"_seopress_pro_rich_snippets_disable_all":"","_seopress_pro_rich_snippets_disable":[],"_seopress_pro_schemas":[],"footnotes":""},"categories":[32,33,38,170],"tags":[328,331,329,327,330,332],"class_list":["post-23625","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-onstage","category-spectacle","category-tkm-theatre-kleber-meleau","tag-delphine-martinet","tag-fiona-todeschini","tag-heloise-margot","tag-lila-michaud","tag-sohane-allisson","tag-zoe-van-mal"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23625","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1003187"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=23625"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23625\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":23655,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23625\/revisions\/23655"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/23626"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=23625"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=23625"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=23625"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}