{"id":23511,"date":"2026-05-12T08:45:49","date_gmt":"2026-05-12T06:45:49","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=23511"},"modified":"2026-05-12T09:00:40","modified_gmt":"2026-05-12T07:00:40","slug":"sur-les-ruines-de-east-st-louis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2026\/05\/sur-les-ruines-de-east-st-louis\/","title":{"rendered":"Sur les ruines de East St. Louis"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Sur les ruines de East St. Louis<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Pi\u00e8ce de Roberto Garieri \/ Compte rendu par Petya Ivanova. <\/p><\/div>\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Deux lundis par mois, pendant l\u2019\u00e9t\u00e9, <a href=\"https:\/\/lecourrier.ch\/2025\/07\/20\/sur-les-ruines-de-east-st-louis\/\">Le Courrier&nbsp;<\/a>publie le texte in\u00e9dit (extrait) d\u2019un-e auteur-e de th\u00e9\u00e2tre suisse ou r\u00e9sidant en Suisse. L\u2019Atelier critique a eu acc\u00e8s \u00e0 la version int\u00e9grale de ces oeuvres et en propose aujourd\u2019hui un compte rendu, assortie d\u2019un entretien avec leurs auteur\u00b7e\u00b7s.<\/p>\n\n\n\n<p>Voir l&rsquo;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2026\/05\/entretien-avec-roberto-garieri-sur-la-piece-sur-les-ruines-de-east-st-louis\/\">Entretien avec Roberto Garieri autour de la pi\u00e8ce Sur les ruines de East St. Louis<\/a><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>11 mai 2026<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/petya-ivanova\/\">Petya Ivanova<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p><em>Premier texte dramatique de l\u2019artiste polyvalent Roberto Garieri, <\/em>Sur les ruines de East St. Louis <em>\u00e9voque cette Am\u00e9rique si particuli\u00e8re et peu connue qui \u00e9veille l\u2019imagination et qui fascine autant qu\u2019elle effraie. Inspir\u00e9e par la participation de l\u2019auteur au festival de musique <\/em>Put Down the Guns and Pick Up Your Sons \u00e0 <em>East St. Louis, la pi\u00e8ce pr\u00e9sente un tableau vivant de la r\u00e9alit\u00e9 politique et humaine que Roberto Garieri, accompagn\u00e9 de Madafi Pierre, a rencontr\u00e9 dans cette ville presque d\u00e9serte en 2016.&nbsp; Apr\u00e8s une premi\u00e8re performance-lecture au Th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point \u00e0 Paris le 30 avril 2024, la pi\u00e8ce para\u00eetra en version int\u00e9grale prochainement aux \u00e9ditions BSN Press. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s son titre, la pi\u00e8ce introduit dans un univers dystopique qui fait r\u00e9sonner de multiples couches de l\u2019histoire des Etats-Unis dans l\u2019imagination du visiteur europ\u00e9en. D\u2019autant plus que ce dernier porte sur le lieu un regard multiple, constitu\u00e9 des points de vue incarn\u00e9s par les diff\u00e9rents personnages \u2013 \u00e0 la fois locaux et cosmopolites. On y rencontre Orphea, une jeune auteure-compositrice et interpr\u00e8te d\u2019origine ha\u00eftienne venant de Miami, que ses compatriotes paradoxalement et avec obstination consid\u00e8rent comme suisse. Arrivant depuis la Suisse \u00e0 East St. Louis, petite ville d\u00e9peupl\u00e9e du Midwest, pour participer \u00e0 l\u2019\u00e9dition 2016 du festival de musique \u00e9lectro-funk <em>Put Down the Guns and Pick Up Your Sons,<\/em> elle voit son destin se m\u00ealer \u00e0 celui d\u2019une communaut\u00e9 locale haute en couleur et vivant sur le fil du rasoir, dans la menace de la violence et d\u2019un futur incertain.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019originalit\u00e9 de ce point de vue curieux, externe et hybride, r\u00e9side dans le fait qu\u2019il est incarn\u00e9 par le public ou le lecteur. Car Orphea, dont le nom et le talent \u00e9voquent l\u2019arch\u00e9type lyrique, c\u2019est litt\u00e9ralement nous. D\u00e8s le d\u00e9but, selon un proc\u00e9d\u00e9 dramaturgique d\u00e9j\u00e0 employ\u00e9 par Shakespeare dans son <em>Pericles <\/em>mais qui reste rare, le public est invit\u00e9 par le personnage du narrateur Joseph Funicello \u00e0 s\u2019imaginer, \u00e0 se projeter dans la peau \u00ab&nbsp;d\u2019une femme d\u2019une trentaine d\u2019ann\u00e9es dont [il] ne sa[it] presque rien&nbsp;\u00bb. Cette dimension interactive se poursuit tout au long de la pi\u00e8ce, sous forme d\u2019instructions \u00e9voquant une m\u00e9ditation guid\u00e9e, qui nous permettent de vivre les perceptions de cette jeune artiste virtuellement incarn\u00e9e par nous-m\u00eames.<\/p>\n\n\n\n<p>Chacun, parmi les seize personnages d\u2019\u00e2ges et occupations vari\u00e9es, tout en \u00e9tant pleinement vivant et incarn\u00e9, est en m\u00eame temps taill\u00e9 dans une dimension arch\u00e9typale&nbsp;: \u00e0 l\u2019instar du narrateur Joseph Funicello, scientifique en chaise roulante aux allures de Stephen Hawking, porte-parole des valeurs d\u2019une cosmogonie humaniste, qui ouvre la pi\u00e8ce en nous rappelant l\u2019adresse que l\u2019humanit\u00e9 \u2013 \u00e9tasunienne et cosmopolite, multifacette et embourb\u00e9e dans ses antagonismes \u2013 a lanc\u00e9e aux hypoth\u00e9tiques civilisations extra-plan\u00e9taires avec la sonde <em>Voyager <\/em>sous la pr\u00e9sidence de Jimmy Carter. Il y a aussi les jeunes et moins jeunes rebelles des milieux artistiques et alternatifs de cette petite ville-banlieue du Midwest am\u00e9ricain, connue pour son d\u00e9clin \u00e9conomique et social et ses \u00e9meutes meurtri\u00e8res contre les immigr\u00e9s afro-am\u00e9ricains venus des \u00e9tats du sud et employ\u00e9s comme main-d\u2019\u0153uvre bon march\u00e9 en 1917. Connue aussi, et d\u00e9sormais gr\u00e2ce \u00e0 la pi\u00e8ce, pour l\u2019\u00e9mancipation des conditions de pr\u00e9carit\u00e9 et de violence pour les jeunes de bidonville que favorisa l\u2019anthropologue et pionni\u00e8re de la danse contemporaine, la chor\u00e9graphe et danseuse afro-am\u00e9ricaine Katherine Dunham \u00e0 la fin de sa vie. En relatant les \u00e9v\u00e8nements autour de la participation d\u2019Orphea comme interpr\u00e8te au festival \u2013 interviews radio, concerts d\u2019artistes locaux, diverses rencontres avec les organisateurs du festival et m\u00eame avec le maire de East St Louis, le texte fait d\u00e9couvrir cette ville avec ses quartiers d\u00e9serts mais aussi en reconstruction, avec ses habitations pauvres mais aussi avec les manoirs du <em>Katherine Dunham Museum<\/em>. C\u2019est la figure de cette artiste, fondamentale mais paradoxalement discr\u00e8te, que Roberto Garieri y a en effet d\u00e9couvert gr\u00e2ce \u00e0 la chanteuse Madafi Pierre, mod\u00e8le du personnage d\u2019Orphea, lors de leur voyage \u00e0 East St Louis.<\/p>\n\n\n\n<p>Impr\u00e9gn\u00e9 d\u2019un \u00e9lan transformateur, le texte entrelace la lucidit\u00e9 d\u2019une conscience politique et sociale aigu\u00eb avec un canevas de r\u00e9alisme magique inspir\u00e9 des exp\u00e9rimentations sonores et psych\u00e9d\u00e9liques des courants artistiques des ann\u00e9es 1970. Forte d\u2019un arri\u00e8re-plan historique tr\u00e8s bien inform\u00e9 et peu connu du grand public, la pi\u00e8ce fascine aussi par sa dimension onirique, voire hallucinatoire, \u00e9vocatrice d\u2019une Am\u00e9rique mythique et pionni\u00e8re dont l\u2019histoire a \u00f4t\u00e9 le fard et les illusions, mais non l\u2019audace de l\u2019esprit qui les a anim\u00e9es.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cette polyphonie des voix est tiss\u00e9e dans un rythme organique, o\u00f9 chaque \u00e9pisode est titr\u00e9 d\u2019une r\u00e9plique-cl\u00e9 \u2013 et en effet, la pi\u00e8ce met en exergue l\u2019art de la r\u00e9plique. La r\u00e9ussite extraordinaire de ce texte dramatique consiste \u00e0 avoir insuffl\u00e9 les id\u00e9es les plus abstraites et philosophiques dans des \u00e9changes simples et spontan\u00e9s des personnages tir\u00e9s de mod\u00e8les r\u00e9els, pleins de vie et d\u2019\u00e9motion.<\/p>\n\n\n\n<p>Leurs rencontres et interactions autour des \u00e9v\u00e9nements du festival, la d\u00e9couverte de la vie locale dans ses aspects quotidiens et culturels s\u2019articulent dans une trame captivante qui tisse leurs (mes)aventures, aspirations et d\u00e9couvertes humaines dans une narration haletante, dont la fin reste ouverte \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>11 mai 2026<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/petya-ivanova\/\">Petya Ivanova<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pi\u00e8ce de Roberto Garieri \/ Compte rendu par Petya Ivanova.<\/p>\n","protected":false},"author":1002847,"featured_media":23512,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","_seopress_analysis_target_kw":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38],"tags":[312],"class_list":["post-23511","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","tag-petya-ivanova"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23511","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002847"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=23511"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23511\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":23519,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23511\/revisions\/23519"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/23512"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=23511"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=23511"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=23511"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}