{"id":23506,"date":"2026-05-03T13:32:20","date_gmt":"2026-05-03T11:32:20","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=23506"},"modified":"2026-05-03T13:32:22","modified_gmt":"2026-05-03T11:32:22","slug":"he-promethee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2026\/05\/he-promethee\/","title":{"rendered":"H\u00e9, Prom\u00e9th\u00e9e\u00a0!"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">H\u00e9, Prom\u00e9th\u00e9e\u00a0!<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Conception et mise en sc\u00e8ne par Matteo Zimmermann et Matthieu M\u00e9gevand \/ Sc\u00e8nes du Gr\u00fctli (Gen\u00e8ve) \/ Du 28 avril au 13 mai 2026 \/ Critique par Hadrien Halter . <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>28 avril 2026<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/hadrien-halter\/\">Hadrien Halter<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Combler un silence pourtant plein<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/05\/promethee_couverture-1024x683.jpg\" alt=\"prom\u00e9th\u00e9e couverture\" class=\"wp-image-23507\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/05\/promethee_couverture-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/05\/promethee_couverture-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/05\/promethee_couverture-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/05\/promethee_couverture-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/05\/promethee_couverture-1536x1025.jpg 1536w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/05\/promethee_couverture.jpg 1799w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Magali Dougados<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Sur un texte de Matthieu M\u00e9gevand, Matteo Zimmermann cr\u00e9e aux Sc\u00e8nes du Gr\u00fctli <\/em>H\u00e9 Prom\u00e9th\u00e9e&nbsp;! Dis-moi pourquoi je br\u00fble\u2026<em>, un \u00ab seul en sc\u00e8ne \u00bb (ou presque) qui interroge autant qu\u2019il satisfait, qui harmonise autant qu\u2019il vrille. Entre chant et monologue questionnant les travers de l\u2019humanit\u00e9, le spectacle trouve une gr\u00e2ce surprenante dont on regrette presque qu\u2019elle ne se poursuive pas plus longtemps.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est le noir de la nuit qui nous accueille. Un homme seul erre \u00e0 l\u2019aube dans une steppe \u00e0 la recherche d\u2019un rocher. Sur ce rocher, il esp\u00e8re trouver Prom\u00e9th\u00e9e, le Titan, qui donna le feu aux hommes, et avec, la raison, les arts et les passions. Au lieu d\u2019un dieu encha\u00een\u00e9, personne. D\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, frustr\u00e9, d\u00e9fait, l\u2019homme parle, sans r\u00e9ponse. Il rel\u00e2che tout son chagrin, son incompr\u00e9hension, sa rage, pendant une journ\u00e9e enti\u00e8re. Il revit son pass\u00e9 et bl\u00e2me un Prom\u00e9th\u00e9e absent pour tous les maux de l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>En fond de sc\u00e8ne, un grand \u00e9cran blanc cadrant l\u2019espace se teinte de lumi\u00e8res d\u2019aube, de midi, de cr\u00e9puscule, d\u2019aurores bor\u00e9ales nocturnes, avec une gr\u00e2ce simple et l\u00e9g\u00e8re. Du ciel changeant se d\u00e9tache l\u2019immense rocher de Prom\u00e9th\u00e9e, de pr\u00e8s de trois m\u00e8tres de haut, rude, brut, droit. &nbsp;L\u2019espace est minimaliste, propice \u00e0 toutes les projections. Le vent souffle, r\u00e9gulier, compl\u00e9tant le tableau de son calme presque m\u00e9ditatif. Brusquement, le naturel du tableau install\u00e9 se brise. Une lumi\u00e8re frontale, blanche, agressive. Un bref retour dans le pass\u00e9, des sc\u00e8nes d\u00e9cousues, qui nous font comprendre qui est l\u2019homme qui nous fait face. Puis la lumi\u00e8re blanche dispara\u00eet, laissant \u00e0 nouveau la plaine battue par les vents prendre les couleurs du ciel.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;La lumi\u00e8re est travaill\u00e9e, magnifique, mais elle pr\u00e9sente quelques impr\u00e9cisions qui compromettent par moments la coh\u00e9rence de l\u2019ensemble. \u00c0 plusieurs reprises, alors que le personnage \u00e9volue dans la p\u00e9nombre bleut\u00e9e de la steppe, un projecteur frontal vient l\u2019\u00e9clairer d\u2019une lueur orang\u00e9e pour rendre son visage visible au public. Ce faisceau lumineux, bien que subtil, fragilise l\u2019immersion et d\u00e9fait l\u2019esth\u00e9tique autrement l\u00e9ch\u00e9e du spectacle. Malgr\u00e9 cela, le public est transport\u00e9 jusque dans la steppe, anim\u00e9e par l\u2019ambiance sonore qui nous accompagne durant toute la repr\u00e9sentation, sans effort mais avec force.<\/p>\n\n\n\n<p>Le randonneur parle. Il parle beaucoup. Incapable de reconna\u00eetre l\u2019absence du Titan, il en vient m\u00eame \u00e0 parler \u00e0 sa place, lui pr\u00eatant les mots d\u2019Eschyle dans son <em>Prom\u00e9th\u00e9e Encha\u00een\u00e9<\/em>, puis le traite d\u2019hypocrite pour ces m\u00eames mots. L\u2019homme est perdu, de toute \u00e9vidence. Son pass\u00e9 n\u2019est jamais loin&nbsp;: mauvais buveur, mauvais com\u00e9dien, mauvais mari, mauvais p\u00e8re. Il pr\u00e9tend aller mieux, s\u2019en \u00eatre sorti. Pourtant ses longues tirades et divagations nous hurlent presque le contraire. On en vient m\u00eame \u00e0 se demander s\u2019il n\u2019aurait pas b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019une s\u00e9ance de psy, plut\u00f4t que de r\u00e9fugier ses \u00e9motions dans cette qu\u00eate aberrante d\u2019un personnage mythique.<\/p>\n\n\n\n<p>Le texte, \u00e9crit par Matthieu M\u00e9gevand d\u2019apr\u00e8s l\u2019histoire personnelle de Matteo Zimmermann, est port\u00e9 sur sc\u00e8ne par celui-ci, qui en interpr\u00e8te le personnage principal. Combinant l\u2019inspiration autobiographique et la forme th\u00e9\u00e2trale du seul en sc\u00e8ne, le spectacle ne parvient pas \u00e0 jongler avec ces deux p\u00f4les, tant ils se confondent sur sc\u00e8ne. Comment r\u00e9agir face aux plaintes du protagoniste qui, si elles s\u2019ancrent dans une douleur r\u00e9elle, deviennent, \u00e0 travers le filtre de la fiction, presque insupportables ? Autant le r\u00e9cit emporte par moments, autant il est \u00e0 d\u2019autres difficile \u00e0 avaler. Le personnage principal commence par nous \u00eatre irritant \u00e0 travers son comportement, mais c\u2019est lorsqu\u2019il r\u00e9v\u00e8le ses actions pass\u00e9es qu\u2019il nous devient quasiment d\u00e9testable. Pourtant, la mise en sc\u00e8ne ne cesse de nous le pr\u00e9senter comme un homme repenti, alors m\u00eame que la mani\u00e8re dont il confronte Prom\u00e9th\u00e9e, tout en feu et en col\u00e8re, nous laisse entrevoir que le chemin qu\u2019il annonce avoir parcouru \u00e9tait peut-\u00eatre circulaire. Que faire alors&nbsp;? Condamner un personnage odieux ou hocher sagement de la t\u00eate en voyant un homme mauvais remonter la pente&nbsp;? Telle est l\u2019h\u00e9sitation du public, coinc\u00e9 entre une personne bien r\u00e9elle qui demande son empathie et un personnage fictif trop imbuvable pour la m\u00e9riter.<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9lucubrations du randonneur sont entrecoup\u00e9es de moments de flottement, d\u2019abord nets, puis de plus en plus m\u00eal\u00e9s au texte. D\u2019autres individus errent aussi autour du rocher, se cachent, r\u00e9apparaissent, reprenant des chants religieux de style Renaissance et Baroque, lents et solennels. Ces chanteurs, aux habits de trekking sombres, masqu\u00e9s, accompagnent leurs chants d\u2019une d\u00e9marche pesante et saccad\u00e9e, qui leur donne un aspect fantomatique et irr\u00e9el, d\u2019autant plus que le randonneur n\u2019interagit jamais avec eux. Des moments poignants qui ouvrent une respiration n\u00e9cessaire, emp\u00eachant le spectacle de se perdre dans le texte, et dont on regrette qu&rsquo;ils ne nous accompagnent pas plus longtemps.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019identit\u00e9 de ces ch\u0153urs demeure volontairement \u00e9nigmatique. Au vu de leurs habits, ils \u00e9voquent d\u2019autres \u00e2mes en peine venues chercher Prom\u00e9th\u00e9e pour lui cracher au visage toute leur d\u00e9ception, leur col\u00e8re et leur tristesse. Leurs chants, qui hantent la steppe, et leur d\u00e9marche calme et lourde seraient alors le signe soit de ceux qui ont fait la paix avec leur feu int\u00e9rieur, soit de ceux qui se sont laiss\u00e9 consumer, \u00e0 force de tenter de parler \u00e0 Prom\u00e9th\u00e9e. Cette ind\u00e9termination, maintenue jusqu\u2019au bout, renforce la force po\u00e9tique du spectacle mais en noie quelque peu la fin. On voudrait que l\u2019homme se taise enfin, arr\u00eate de tenter de parler avec un Prom\u00e9th\u00e9e de toute \u00e9vidence absent, qu\u2019il joigne les ch\u0153urs qui l\u2019encadrent, pour le meilleur ou pour le pire. Lors de sa nuit pr\u00e8s du rocher, le moment semble se dessiner\u2026 mais non. L\u2019aube pointe \u00e0 nouveau. Le soleil se l\u00e8ve sans r\u00e9solution. L\u2019homme annonce avoir trouv\u00e9 une forme de paix dans ce lieu, mais son destin et sa nature restent brouill\u00e9s, au point de frustrer.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces r\u00e9flexions en suspens, loin de prolonger notre vagabondage sur la steppe, nous emp\u00eachent de profiter pleinement d\u2019un spectacle aux messages contradictoires, presque sibyllins. Il ne reste alors qu\u2019\u00e0 faire abstraction, \u00e0 se laisser toucher par des visuels et une musique qui portent bien apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 le th\u00e9\u00e2tre, et \u00e0 faire comme le randonneur&nbsp;: laisser ses questions sans r\u00e9ponse au pied du rocher vide de Prom\u00e9th\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>28 avril 2026<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/hadrien-halter\/\">Hadrien Halter<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/grutli.ch\/spectacle\/he-promethee\">Voir la page du spectacle <\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Conception et mise en sc\u00e8ne par Matteo Zimmermann et Matthieu M\u00e9gevand \/ Sc\u00e8nes du Gr\u00fctli (Gen\u00e8ve) \/ Du 28 avril au 13 mai 2026 \/ Critique par Hadrien Halter . <\/p>\n","protected":false},"author":1002847,"featured_media":23508,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,33,38,125],"tags":[305],"class_list":["post-23506","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-onstage","category-spectacle","category-teatre-du-grutli","tag-hadrien-halter"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23506","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002847"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=23506"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23506\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":23509,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23506\/revisions\/23509"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/23508"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=23506"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=23506"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=23506"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}