{"id":23502,"date":"2026-05-03T13:09:50","date_gmt":"2026-05-03T11:09:50","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=23502"},"modified":"2026-05-03T13:09:52","modified_gmt":"2026-05-03T11:09:52","slug":"le-nain","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2026\/05\/le-nain\/","title":{"rendered":"Le Nain"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Le Nain<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">De Alexander von Zemlinsky, livret de Georg C. Klaren, d&rsquo;apr\u00e8s Oscar Wilde \/ Mise en sc\u00e8ne par Jean Liermier et direction musicale par Sora Elisabeth Lee \/ Op\u00e9ra de Lausanne \/ Du 26 avril au 3 mai 2026 \/ Critique par Ilian Guesmia . <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>28 avril 2026 <\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/ilian-guesmia\/\">Ilian Guesmia<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Derri\u00e8re les fleurs, la laideur<\/strong><\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"658\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/05\/le-nain-article-1024x658.jpg\" alt=\"le nain article\" class=\"wp-image-23503\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/05\/le-nain-article-1024x658.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/05\/le-nain-article-300x193.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/05\/le-nain-article-250x161.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/05\/le-nain-article-768x493.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2026\/05\/le-nain-article.jpg 1157w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">@ Carole Parodi &#8211; OPL<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>C\u2019est le printemps \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra de Lausanne&nbsp;! Sur sc\u00e8ne fleurissent en effet un somptueux jardin, mais aussi les sentiments sinc\u00e8res d\u2019un \u00eatre maudit par la nature, le Nain, protagoniste de l\u2019op\u00e9ra \u00e9ponyme (<\/em>Der Zwerg<em>, 1922) d\u2019Alexander Von Zemlinsky. Mais derri\u00e8res les airs l\u00e9gers et bucoliques de cette nouvelle mise en sc\u00e8ne de Jean Liermier se cache en r\u00e9alit\u00e9 une \u00e9tonnante noirceur.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s 14 ans d\u2019absence sur les sc\u00e8nes romandes, <em>Le Nain<\/em> \u2013 op\u00e9ra allemand en un acte repr\u00e9sent\u00e9 pour la derni\u00e8re fois en 2002 au Grand Th\u00e9\u00e2tre de Gen\u00e8ve dans une mise en sc\u00e8ne de Pierre Strosser \u2013 fait son grand retour \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra de Lausanne. C\u2019est cette fois au tour du com\u00e9dien et metteur en sc\u00e8ne Jean Liermier de s\u2019emparer de la pi\u00e8ce d\u2019Alexander von Zemlinsky (1871-1942), cr\u00e9\u00e9e \u00e0 Cologne en 1922 sur un livret de Georg C. Klaren, futur sc\u00e9nariste du film <em>Mary<\/em> (1931) d\u2019Alfred Hitchcock. Ce conte noir, librement adapt\u00e9 de la nouvelle d\u2019Oscar Wilde <em>L\u2019Anniversaire de l\u2019Infante<\/em> (<em>The Birthday of the Infanta, <\/em>1891), raconte l\u2019histoire de la princesse d\u2019Espagne qui, pour ses dix-huit ans, re\u00e7oit comme cadeau un nain. Ce dernier, n\u2019ayant jamais vu son propre reflet et se prenant pour un digne chevalier, ignore sa laideur et tombe amoureux de la princesse, croyant na\u00efvement pouvoir \u00eatre aim\u00e9 d\u2019elle en retour.<\/p>\n\n\n\n<p>Se met ainsi en marche l\u2019engrenage de ce que Zemlinsky appelle \u00ab&nbsp;la trag\u00e9die de l\u2019homme laid&nbsp;\u00bb. Cette th\u00e9matique qui hante le compositeur \u2013 fascin\u00e9 par les personnages monstrueux, les amoureux martyrs et les victimes de la fatalit\u00e9 (on lui doit \u00e9galement une adaptation de <em>La Petite Sir\u00e8ne<\/em> de Hans Christian Andersen) \u2013 trouve un \u00e9cho dans sa propre exp\u00e9rience. En effet, une vingtaine d\u2019ann\u00e9es avant la composition de cet op\u00e9ra, Zemlinsky est rejet\u00e9 par son amour de jeunesse, Alma Schindler (la future Alma Mahler, musicienne et compositrice), qui le compare dans son autobiographie \u00e0 \u00ab un petit gnome monstrueux \u00bb. Cette peine de c\u0153ur, combin\u00e9e \u00e0 un int\u00e9r\u00eat du compositeur pour l\u2019\u0153uvre d\u2019Oscar Wilde dont il avait d\u00e9j\u00e0 adapt\u00e9 la pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre inachev\u00e9e <em>Une trag\u00e9die florentine<\/em> en 1917, a ainsi donn\u00e9 lieu \u00e0 ce drame cruel.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans une conf\u00e9rence donn\u00e9e \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne le 30 mars dernier, Jean Liermier s\u2019est dit lui aussi int\u00e9ress\u00e9 par le th\u00e8me de la laideur comme obstacle \u00e0 l\u2019amour. Le metteur en sc\u00e8ne, qui s\u2019attache le plus souvent \u00e0 renouveler le regard que l\u2019on porte sur des pi\u00e8ces issues du r\u00e9pertoire classique (de Moli\u00e8re et Marivaux en particulier), s\u2019est d\u2019ailleurs pench\u00e9 sur la question en mettant en sc\u00e8ne <em>Cyrano de Bergerac<\/em> d\u2019Edmond Rostand en 2017 au Th\u00e9\u00e2tre de Carouge, institution qu\u2019il dirige. En outre, il n\u2019est pas \u00e9tonnant que Liermier, qui s\u2019est \u00e9galement dit grand amateur de <em>La Dispute<\/em> (1744) de Marivaux, soit int\u00e9ress\u00e9 par la probl\u00e9matique de la m\u00e9connaissance et de la d\u00e9couverte de soi, qui m\u00e8ne \u00e0 l\u2019amour propre ou, dans le cas du <em>Nain<\/em>, \u00e0 l\u2019horreur de soi. L\u2019op\u00e9ra ne lui est pas non plus \u00e9tranger puisqu\u2019il a mont\u00e9 des op\u00e9ras c\u00e9l\u00e8bres comme <em>La Fl\u00fbte enchant\u00e9e<\/em> et <em>Les Noces de Figaro<\/em>. Le metteur en sc\u00e8ne fait ici un pas de c\u00f4t\u00e9 au profit d\u2019une \u0153uvre plus mineure, lui aussi troubl\u00e9 par le r\u00e9cit original de Wilde.<\/p>\n\n\n\n<p>La mise en sc\u00e8ne de Liermier se d\u00e9marque peut-\u00eatre en premier lieu par ses d\u00e9cors et costumes somptueux, cr\u00e9\u00e9s par Rudy Sabounghi. Avant m\u00eame le d\u00e9but du spectacle, quelques fleurs d\u00e9passent du rideau. Puis, au bout de quelques minutes, ce dernier s\u2019ouvre pour r\u00e9v\u00e9ler une grande serre vitr\u00e9e, tapiss\u00e9e de verdure et de massifs floraux compos\u00e9s d\u2019une septantaine de vari\u00e9t\u00e9s de fleurs diff\u00e9rentes. Cette place faite \u00e0 la v\u00e9g\u00e9tation n\u2019est pas anodine&nbsp;: il s\u2019agit d\u2019une r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la nouvelle d\u2019Oscar Wilde, o\u00f9 la nature occupe un r\u00f4le central. C\u00f4t\u00e9 jardin (quoique le jardin soit ici de tous les c\u00f4t\u00e9s) est dispos\u00e9e une table o\u00f9 s\u2019amoncellent les pr\u00e9sents \u00e0 l\u2019intention de l\u2019Infante d\u2019Espagne. Autour de cette table s\u2019activent le majordome Don Estoban \u2013 habill\u00e9 d\u2019un complet noir et d\u2019un \u00e9l\u00e9gant n\u0153ud papillon blanc, la servante Ghita \u2013 v\u00eatue d\u2019une veste courte noire \u00e0 col large et d\u2019une superbe jupe de c\u00e9r\u00e9monie bleu roi, ainsi que trois cam\u00e9ristes en robe noire sous collerette blanche.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019abord \u00e9tonn\u00e9 par la faible profondeur du plateau, le public assiste bient\u00f4t avec \u00e9merveillement \u00e0 l\u2019ouverture des portes coulissantes de la serre, qui d\u00e9voilent ainsi le jardin idyllique o\u00f9 s\u2019amuse la princesse \u2013 accoutr\u00e9e d\u2019une robe fuchsia paillet\u00e9e au bustier brod\u00e9 de perles et de strass \u2013 et ses suivantes \u2013 portant chacune une robe de soie digne des collections des plus grands couturiers. Favorisant une plus grande proximit\u00e9 avec le public contemporain au d\u00e9triment de l\u2019exactitude historique par rapport au cadre spatio-temporel de l\u2019\u0153uvre originale, les costumes parviennent \u00e0 mettre en \u00e9vidence le d\u00e9calage de maturit\u00e9 et les rapports de classe qui sous-tendent les interactions entre les cinq serviteurs et une cour superficielle au centre de laquelle tr\u00f4ne une princesse aux allures de poup\u00e9e et aux caprices pu\u00e9rils.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais alors que tout ce beau monde joue gaiement au badminton, la partie est interrompue par l\u2019entr\u00e9e du protagoniste, v\u00eatu d\u2019une fraise, d\u2019une redingote grise, d\u2019un gilet en brocart beige avec des motifs floraux et des boutons d\u00e9coratifs, de poignets \u00e0 jabot blanc et d\u2019un pantalon trop large \u00e0 rayures verticales. Cette tenue d\u00e9su\u00e8te, en rupture nette par rapport aux v\u00eatements des personnages en pr\u00e9sence, accentue le d\u00e9calage entre une cour qui valorise les apparences et la beaut\u00e9 ext\u00e9rieure sans r\u00e9aliser sa propre laideur morale d\u2019une part, et le Nain d\u2019autre part, moqu\u00e9 et incapable de percevoir sa diff\u00e9rence. Cette polarisation entre le Nain et les autres personnages, souvent s\u00e9par\u00e9s spatialement sur sc\u00e8ne, permet au metteur en sc\u00e8ne d\u2019explorer et de d\u00e9noncer le harc\u00e8lement collectif subi par le Nain, victime de l\u2019intol\u00e9rance du groupe face \u00e0 sa diff\u00e9rence.<\/p>\n\n\n\n<p>La mise en sc\u00e8ne est tout aussi habile que la sc\u00e9nographie. Liermier commence par \u00e9tablir une ambiance l\u00e9g\u00e8re et espi\u00e8gle&nbsp;: on pense notamment \u00e0 la bataille de fleurs amusante entre Ghita et l\u2019Infante, imitant la gestuelle d\u2019un combat \u00e0 l\u2019\u00e9p\u00e9e. La pi\u00e8ce prend toutefois une tonalit\u00e9 progressivement plus sombre lorsqu\u2019un personnage muet repr\u00e9sentant Zemlinsky lui-m\u00eame (et explicitant le jeu de miroir entre le Nain et le compositeur) d\u00e9pose un pistolet sur la table couverte de pr\u00e9sents, pr\u00e9sage d\u2019une trag\u00e9die en devenir. Quant aux lumi\u00e8res de Jean-Philippe Roy, elles suivent cette m\u00eame trajectoire, d\u2019abord vibrantes, puis de plus en plus obscures, jusqu\u2019\u00e0 un final nocturne o\u00f9 quelques faisceaux de lumi\u00e8re balayent une triste f\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces effets de contraste entre l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 et noirceur sont renforc\u00e9s par les m\u00e9lodies de Zemlinsky, qui a compos\u00e9 des airs d\u2019une grande th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 et plusieurs leitmotive pour caract\u00e9riser ses personnages&nbsp;: tant\u00f4t majestueuse et d\u00e9licate lorsque Don Estoban d\u00e9voile les cadeaux raffin\u00e9s de l\u2019Infante, tant\u00f4t comique et boiteuse lorsque le Nain appara\u00eet (on entend alors retentir une trompette bouch\u00e9e dont le son \u00e9voque le cri des canards), la partition de Zemlinsky est d\u2019une grande richesse expressionniste. \u00c0 l\u2019\u00e2pret\u00e9 des airs entonn\u00e9s par l\u2019Infante s\u2019oppose la douceur lyrique du Nain, abonn\u00e9 aux glissandi qui singent sa difformit\u00e9, sa d\u00e9marche maladroite et son manque de points d\u2019appui. En outre, le choix de recourir \u00e0 la r\u00e9duction orchestrale de Jan-Benjamin Homolka con\u00e7ue pour 18 musiciens (brillamment dirig\u00e9s par Sora Elisabeth Lee) donne \u00e0 l\u2019ensemble une composante intimiste bienvenue et d\u2019autant plus heureuse que le t\u00e9nor Adrian Dwyer (le Nain) manquait de voix le soir de la repr\u00e9sentation, victime d\u2019une mauvaise grippe.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela dit, la distribution vocale n\u2019en est pas moins impeccable&nbsp;: le baryton-basse Christian Immler interpr\u00e8te avec charisme Don Estoban, tandis que Andrea Cueva Molnar, C\u00e9line Soudain et Anouk Molendijk jouent les trois cam\u00e9ristes avec une complicit\u00e9 admirable. La soprano Tamara Bounazou, quant \u00e0 elle, brille dans le r\u00f4le de la retorse Infante Donna Clara. La com\u00e9dienne saisit bien toutes les nuances du personnage, arrogante certes, mais moins cruelle qu\u2019immature, s\u2019amusant avec son cadeau sans se rendre compte des cons\u00e9quences de ses actes&nbsp;: une blague de mauvais go\u00fbt \u2013 l\u2019id\u00e9e d\u2019offrir en mariage le Nain \u00e0 l\u2019une de ses suivantes \u2013 aura suffi \u00e0 entra\u00eener le Nain vers son issue fatale. Les suivantes de l\u2019Infante, tout aussi d\u00e9daigneuses et superficielles, sont quant \u00e0 elles interpr\u00e9t\u00e9es avec brio par huit choristes du Ch\u0153ur de l\u2019Op\u00e9ra de Lausanne dirig\u00e9 par Pascal Mayer. Seule la servante Ghita, jou\u00e9e avec une puissance remarquable par la mezzo-soprano Linsey Coppens, fait preuve de compassion envers le Nain&nbsp;; un attendrissement condescendant, certes, mais non moins sinc\u00e8re. Enfin, Adrian Dywer s\u2019en sort \u00e0 merveille malgr\u00e9 sa convalescence, dans ce r\u00f4le d\u2019homme candide et d\u00e9connect\u00e9 de la r\u00e9alit\u00e9. On regrettera simplement l\u2019occasion manqu\u00e9e de donner le r\u00f4le \u00e0 un acteur de petite taille&nbsp;: Liermier avait pens\u00e9 \u00e0 Thomas Quasthoff pour le r\u00f4le, mais le chanteur a depuis quitt\u00e9 la sc\u00e8ne et n\u2019a pas la bonne tessiture\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Au chapitre des regrets, on ajoutera qu\u2019il est dommage que le metteur sc\u00e8ne n\u2019ait pas rapproch\u00e9 les th\u00e9matiques de l\u2019op\u00e9ra d\u2019enjeux plus contemporains&nbsp;: l\u2019importance des apparences, la suj\u00e9tion au regard d\u2019autrui et les discriminations sociales en tout genre restent malheureusement bien pr\u00e9sentes aujourd\u2019hui&nbsp;; pourtant, Liermier souligne finalement assez peu les liens que cette fable cynique entretient avec notre actualit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>De plus, il aurait \u00e9t\u00e9 bienvenu de d\u00e9construire, de jouer avec ou au moins de se positionner sur certains aspects de cet op\u00e9ra qui, force est de le constater, a quelque peu vieilli. Par exemple, cr\u00e9er un plus fort contraste entre le livret \u2013 qui pr\u00e9sente le Nain comme un monstre proche de la cr\u00e9ature mythologique \u2013 et la r\u00e9alit\u00e9 du personnage incarn\u00e9 sur sc\u00e8ne aurait permis de r\u00e9viser une conception des personnes de petite taille qui, en 2026, peut sembler probl\u00e9matique.<\/p>\n\n\n\n<p>En outre, quoique le livret ne comporte aucun passage aussi explicitement misogyne que certaines des r\u00e9pliques de Sancho dans <em>Don Quichotte<\/em> \u2013 autre op\u00e9ra du d\u00e9but du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle sur un amoureux d\u00e9connect\u00e9 de la r\u00e9alit\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 l\u2019ann\u00e9e pass\u00e9e \u00e0 Lausanne, il y a peut-\u00eatre un petit c\u00f4t\u00e9 \u00ab&nbsp;miskine&nbsp;\u00bb (comme le dit Tamara Bounazou sur son compte Instagram) voire <em>incel<\/em> dans cette histoire d\u2019homme sup\u00e9rieur moralement, malmen\u00e9 par les femmes \u00e0 cause de son physique. Le d\u00e9calage d\u2019\u00e2ge entre le Nain et l\u2019Infante \u2013 \u00e2g\u00e9e de 12 ans dans la nouvelle, de 18 ans ici \u2013 n\u2019aide probablement pas non plus. Alors certes, ces consid\u00e9rations rel\u00e8vent probablement d\u2019un biais de r\u00e9ception contemporain et ne refl\u00e8tent pas les valeurs de l\u2019\u00e9poque \u00e0 laquelle <em>Le Nain<\/em> a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9. Mais l\u00e0 est justement l\u2019enjeu&nbsp;: pourquoi ne pas s\u2019\u00eatre empar\u00e9 de ce biais de r\u00e9ception in\u00e9vitable afin de donner \u00e0 cette mise en sc\u00e8ne une lecture nouvelle du personnage&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, la version de Jean Liermier \u00e9choue \u2013 en son milieu surtout \u2013 \u00e0 dynamiser le rythme d\u2019un livret qui, \u00e0 l\u2019\u00e9vidence, \u00e9tire en longueur l\u2019histoire d\u2019une nouvelle de quelques dizaines de pages tout au plus, quitte \u00e0 stagner par moments malgr\u00e9 une dur\u00e9e relativement courte (1h20). En revanche, en faisant le choix audacieux de ne pas coupler cet op\u00e9ra bref avec une autre \u0153uvre, comme ce fut g\u00e9n\u00e9ralement le cas dans le pass\u00e9, le directeur de l\u2019op\u00e9ra de Lausanne Claude Cortese intensifie la <em>catharsis<\/em> du public, \u00e0 la fois percut\u00e9 par une fin d\u2019une noirceur terrible, et soudainement moins seul face au rejet amoureux.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>28 avril 2026 <\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/ilian-guesmia\/\">Ilian Guesmia<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.opera-lausanne.ch\/show\/le-nain\/\">Voir la page du spectacle<\/a> <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De Alexander von Zemlinsky,  livret de Georg C. Klaren, d&rsquo;apr\u00e8s Oscar Wilde \/ Mise en sc\u00e8ne par Jean Liermier et direction musicale par Sora Elisabeth Lee \/ Op\u00e9ra de Lausanne \/ Du 26 avril au 3 mai 2026 \/ Critique par Ilian Guesmia . <\/p>\n","protected":false},"author":1002847,"featured_media":23504,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,33,325,38],"tags":[321],"class_list":["post-23502","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-onstage","category-opera-de-lausanne","category-spectacle","tag-ilian-guesmia"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23502","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002847"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=23502"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23502\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":23505,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23502\/revisions\/23505"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/23504"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=23502"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=23502"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=23502"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}