{"id":23354,"date":"2025-12-01T15:59:25","date_gmt":"2025-12-01T14:59:25","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=23354"},"modified":"2025-12-03T09:14:23","modified_gmt":"2025-12-03T08:14:23","slug":"poil-de-carotte-poil-de-carotte","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2025\/12\/poil-de-carotte-poil-de-carotte\/","title":{"rendered":"Poil de Carotte, Poil de Carotte"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Poil de Carotte, Poil de Carotte<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">D&rsquo;apr\u00e8s Jules Renard \/ Mise en sc\u00e8ne par Flavien Bellec et Etienne Blanc \/ Th\u00e9\u00e2tre Le Pommier (Neuch\u00e2tel) \/ Du 26 au 27 novembre 2025 \/ Critiques par Laurie Boissenin et Maud Seem. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>26 novembre 2025<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/laurie-boissenin\/\">Laurie Boissenin<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Une humiliation qui questionne et r\u00e9conforte<\/strong><\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"577\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/12\/poildecarotte_couverture-1024x577.jpg\" alt=\"poildecarotte couverture\" class=\"wp-image-23355\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/12\/poildecarotte_couverture-1024x577.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/12\/poildecarotte_couverture-300x169.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/12\/poildecarotte_couverture-250x141.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/12\/poildecarotte_couverture-768x432.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/12\/poildecarotte_couverture-1536x865.jpg 1536w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/12\/poildecarotte_couverture.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Le Pommier<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>La troisi\u00e8me cr\u00e9ation du jeune duo artistique fran\u00e7ais fait sa premi\u00e8re suisse au th\u00e9\u00e2tre du Pommier. Dans une sc\u00e9nographie minimaliste, Flavien Bellec et Etienne Blanc proposent un spectacle autor\u00e9flexif sur les doutes li\u00e9s \u00e0 la cr\u00e9ation artistique. Sur sc\u00e8ne, Flavien et Solal reprennent contact apr\u00e8s cinq ans. Tandis que la carri\u00e8re d\u2019acteur de Flavien fleurit, celle de Solal, intermittent du spectacle, est encore stagnante. Rapidement, la rencontre amicale d\u00e9g\u00e9n\u00e8re en une d\u00e9valorisation de la personne de Solal. Une r\u00e9flexion sur l\u2019humiliation finement men\u00e9e, qui trouble tout en offrant du r\u00e9confort.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le spectacle est inspir\u00e9 du c\u00e9l\u00e8bre roman de Jules Renard, publi\u00e9 en 1894. Dans un r\u00e9cit inspir\u00e9 de sa propre enfance, l\u2019auteur y racontait avec une distance lourde de malaise les pers\u00e9cutions subies par Fran\u00e7ois Lepic, petit gar\u00e7on roux, fils d\u2019une m\u00e8re qui le hait et d\u2019un p\u00e8re indiff\u00e9rent, grandissant dans une famille qui prend plaisir \u00e0 le tourmenter et qui le surnomme \u00ab&nbsp;Poil de Carotte&nbsp;\u00bb. Le projet du spectacle n\u2019est toutefois pas d\u2019adapter <em>Poil de Carotte <\/em>mais plut\u00f4t de mettre en sc\u00e8ne des dynamiques de pouvoir in\u00e9gales qui font ressentir l\u2019humiliation v\u00e9cue par le personnage de Renard. Le spectacle s\u2019inspire surtout du journal intime de Renard, qui relate ses doutes et ses angoisses quant \u00e0 l\u2019\u00e9criture du roman. L\u2019auteur allait jusqu\u2019\u00e0 y questionner l\u2019utilit\u00e9 de son travail et m\u00eame celle de sa propre existence. Dans une d\u00e9marche m\u00e9ta-th\u00e9\u00e2trale, Bellec et Blanc interrogent leur propre processus de cr\u00e9ation ainsi que la pertinence m\u00eame du spectacle auquel le public est en train d\u2019assister. La mise en sc\u00e8ne brise le quatri\u00e8me mur&nbsp;: \u00e0 plusieurs reprises les com\u00e9diens interrompent l\u2019action pour s\u2019adresser directement aux spectateurs. Ils commentent les artifices du spectacle et modifient simultan\u00e9ment des \u00e9l\u00e9ments de la sc\u00e9nographie, rendant le public conscient du fait qu\u2019il est en train de regarder une repr\u00e9sentation construite et fabriqu\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>La sc\u00e9nographie minimaliste se compose essentiellement de deux chaises se faisant face et d\u2019un ordinateur portable pos\u00e9 \u00e0 m\u00eame le sol. Ce dernier est reli\u00e9 par un c\u00e2ble \u00e0 un appareil qui projette du texte sur le mur noir en fond de sc\u00e8ne. Les acteurs peuvent directement agir sur le texte gr\u00e2ce au clavier de l\u2019ordinateur, provoquant ainsi des moments de d\u00e9rision et d\u2019ironie. Solal, d\u2019abord seul en sc\u00e8ne, tape, dans un proc\u00e9d\u00e9 de mise en abyme, le titre&nbsp;du spectacle&nbsp;: <em>Poil de Carotte, Poil de Carotte<\/em>. Le redoublement du titre du roman de Renard n\u2019est d\u2019ailleurs jamais expliqu\u00e9. Le journal intime de Renard ainsi qu\u2019une figurine de tigre sont dispos\u00e9s sur sc\u00e8ne. D\u2019autres accessoires color\u00e9s rappelant l\u2019enfance sortent d\u2019un sac au fur et \u00e0 mesure de l\u2019action.<\/p>\n\n\n\n<p>Organis\u00e9 en trois moments, le spectacle, cr\u00e9\u00e9 en 2022, oscille entre humour et malaise. Chaque partie commence sur un ton l\u00e9ger et comique avant de mettre en sc\u00e8ne une situation qui devient de plus en plus humiliante pour l\u2019un des personnages. Cette humiliation prend la forme de violence verbale, mais aussi physique, \u00e0 travers l\u2019utilisation d\u2019accessoires. La m\u00e9chancet\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e sur sc\u00e8ne est si gratuite qu\u2019elle en devient absurde. Lorsque le malaise occasionn\u00e9 par la pers\u00e9cution d\u2019un des personnages devient insoutenable, les com\u00e9diens att\u00e9nuent la tension habilement par un retournement de situation comique. Ils r\u00e9ussissent ainsi \u00e0 basculer d\u2019un extr\u00eame \u00e0 l\u2019autre sans perdre le public.<\/p>\n\n\n\n<p>Solal Forte, dans le r\u00f4le de Solal, joue un intermittent du spectacle \u00e0 la recherche de son prochain projet. Il renoue avec un ancien ami, Flavien (incarn\u00e9 par Flavien Bellec), devenu acteur de renomm\u00e9e internationale. Assis face \u00e0 face de part et d\u2019autre de la sc\u00e8ne, les deux artistes entreprennent de se raconter \u00ab&nbsp;ce qu\u2019ils sont devenus&nbsp;\u00bb. L\u2019\u00e9change, d\u2019abord joueur et amical, vire graduellement \u00e0 l\u2019humiliation compl\u00e8te de Solal. Alors que ce dernier peine \u00e0 raconter son projet de cr\u00e9ation encore embryonnaire, Flavien, charismatique, s\u2019exprime avec aisance et raconte ses exploits internationaux comme s\u2019il s\u2019agissait de banalit\u00e9s. Une dynamique de pouvoir in\u00e9gale s\u2019installe rapidement&nbsp;: Flavien injecte dans son discours des piques d\u00e9pr\u00e9ciatives tout en feignant un int\u00e9r\u00eat pour la carri\u00e8re de son ami. Il ne laisse pas \u00e0 Solal l\u2019espace d\u2019exprimer sa pens\u00e9e, le reprenant sur chaque mot qu\u2019il ose prononcer. Les commentaires d\u00e9sobligeant virent \u00e0 l\u2019insulte sans que Solal ne puisse se d\u00e9fendre. Habilement, Flavien manipule la situation \u00e0 son avantage et retourne les mots de Solal contre lui&nbsp;: \u00ab&nbsp;tu sais, ta sensibilit\u00e9 peut se retourner en violence contre moi&nbsp;\u00bb. Peu \u00e0 peu, ce n\u2019est plus le projet de Solal que Flavien remet en question mais son int\u00e9grit\u00e9 tout enti\u00e8re&nbsp;: \u00ab&nbsp;c\u2019est peut-\u00eatre \u00e0 cause de toi que plus personne ne va au th\u00e9\u00e2tre&nbsp;\u00bb. Ces remarques, qui suscitent d\u2019abord le rire, deviennent si cinglantes que les spectateurs s\u2019indignent de mani\u00e8re audible. La situation vire \u00e0 l\u2019absurde lorsque Flavien entreprend de recouvrir Solal des accessoires enfantins que ce dernier envisageait d\u2019utiliser dans son prochain spectacle. La violence, d\u2019abord cach\u00e9e, est maintenant si flagrante qu\u2019elle en devient ridicule.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette premi\u00e8re sc\u00e8ne narrant l\u2019annihilation compl\u00e8te de l\u2019ego de Solal trouble par sa perspicacit\u00e9. Les com\u00e9diens parviennent ici \u00e0 mettre en lumi\u00e8re avec clart\u00e9 un proc\u00e9d\u00e9 d\u2019humiliation d\u2019autant plus insidieux qu\u2019il parait inoffensif. En effet, Flavien peut se targuer d\u2019avoir simplement voulu aider son ami en partageant son expertise. Dans sa bouche, chaque commentaire destructif peut passer pour une plaisanterie ou une maladresse. La pr\u00e9cision et la subtilit\u00e9 avec laquelle ce ph\u00e9nom\u00e8ne est reproduit sur sc\u00e8ne facilite l&rsquo;identification des spectateurs. Flavien est l\u2019arch\u00e9type du coll\u00e8gue ambivalent, de l\u2019ex-copain abusif, du mentor malintentionn\u00e9 qu\u2019un chacun est amen\u00e9 \u00e0 rencontrer au cours de sa vie. En identifiant par le jeu une situation famili\u00e8re isolante, puis en la tournant au ridicule, le spectacle a ainsi un effet r\u00e9confortant malgr\u00e9 le malaise. En pouvant observer cette dynamique de l\u2019ext\u00e9rieur, on se sent moins seul. De multiples retournements de situation suivent, qui ne seront pas r\u00e9v\u00e9l\u00e9s ici, dans un spectacle qui explore sous de multiples facettes l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 des dynamiques de pouvoirs li\u00e9es \u00e0 l\u2019humiliation.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>26 novembre 2025<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/laurie-boissenin\/\">Laurie Boissenin<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>26 novembre 2025<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/maud-seem\/\">Maud Seem<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Rire du grave<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"577\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/12\/poildecarotte_couverture-1024x577.jpg\" alt=\"poildecarotte couverture\" class=\"wp-image-23355\" style=\"width:312px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/12\/poildecarotte_couverture-1024x577.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/12\/poildecarotte_couverture-300x169.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/12\/poildecarotte_couverture-250x141.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/12\/poildecarotte_couverture-768x432.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/12\/poildecarotte_couverture-1536x865.jpg 1536w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/12\/poildecarotte_couverture.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Le Pommier<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Coup de c\u0153ur de Yan Walther, directeur du Pommier, lors du festival d\u2019Avignon, le spectacle de la compagnie Frenhofer, n\u2019est pas une adaptation du roman de Jules Renard. Il \u00e9voque plut\u00f4t le processus cr\u00e9atif d\u2019une pi\u00e8ce autour de\u00a0<\/em>Poil de carotte<em>, en exposant des m\u00e9canismes de harc\u00e8lement. Quelle prouesse de jeu que d\u2019offusquer une salle enti\u00e8re, de la pousser jusqu\u2019au d\u00e9go\u00fbt et \u00e0 l\u2019indignation, et de parvenir \u00e0 la r\u00e9cup\u00e9rer ensuite par le rire.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Un com\u00e9dien apparait. Sur une musique m\u00e9lancolique, tir\u00e9e de l\u2019anime&nbsp;<em>Naruto<\/em>, il se dirige vers la console lumi\u00e8re en fond de sc\u00e8ne, et plonge le public dans le noir. Sur la sc\u00e8ne sont \u00e9parpill\u00e9s une perruque rousse, une figurine de tigre, une \u00e9dition du journal de Jules Renard, et un ordinateur portable. Il se saisit de ce dernier, s\u2019assied sur une chaise, et \u00e9crit des lettres qui se projettent sur le fond de la sc\u00e8ne&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><em>Poil de carotte,&nbsp;<br>Poil de carotte<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Solal et Flavien sont com\u00e9diens. Flavien a du succ\u00e8s, il est en train de tourner un film avec Lars von Trier. Solal est intermittent du spectacle, il est en plein processus cr\u00e9atif d\u2019un spectacle autour du roman\u00a0<em>Poil de Carotte<\/em>\u00a0de Jules Renard. Tous deux sont amis, ils ne se sont pas vus depuis longtemps. Solal est gentil, il s\u2019int\u00e9resse aux nombreux projets et voyages de Flavien. Flavien est une insupportable vermine arrogante, orgueilleuse, pr\u00e9tentieuse, vaniteuse et m\u00e9prisante.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Le quatri\u00e8me mur est rapidement bris\u00e9 par Flavien, qui prend le public \u00e0 t\u00e9moin pour humilier Solal. Celui-ci reste silencieux, \u00e9coute, subit, rit nerveusement face aux attaques de son ami. Si la salle rit de bon c\u0153ur au d\u00e9but, les outrages r\u00e9p\u00e9t\u00e9s mettent peu \u00e0 peu mal \u00e0 l\u2019aise. Le rire se change en hoquet de stupeur, la compassion en piti\u00e9, l\u2019irritation en col\u00e8re. Pourtant, personne n\u2019intervient\u00a0: cette absence de r\u00e9action est le miroir de l\u2019effet de groupe dans les ph\u00e9nom\u00e8nes r\u00e9els de harc\u00e8lement, effet qui contribue \u00e0 la souffrance de la victime. Puisque les pr\u00e9noms des personnages sont les m\u00eames que ceux des com\u00e9diens qui les incarnent, la fronti\u00e8re entre r\u00e9alit\u00e9 et fiction devient floue, la souffrance semble plus r\u00e9elle. Crisp\u00e9, le public est pris \u00e0 parti. Il m\u2019a sembl\u00e9 participer moi-m\u00eame \u00e0 l\u2019humiliation d\u2019un enfant dont on montre le doudou \u00e0 tous ses camarades en se moquant de lui. Mais il ne faut pas mal le prendre, ass\u00e8ne-t-il\u00a0: \u00ab\u00a0c\u2019est une blague, on est d\u2019accord\u00a0?\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Tu me fais passer pour quelqu\u2019un de m\u00e9chant, ne me fais pas passer pour un agresseur\u00a0\u00bb, dit Flavien d\u2019un ton accusateur\u00a0: \u00ab\u00a0ta sensibilit\u00e9 peut se retourner contre moi.\u00a0\u00bb. Les formules tranchantes et la verve cynique rappellent le ton du\u00a0<em>Journal<\/em>\u00a0de Jules Renard dont Solal lisait un extrait au d\u00e9but du spectacle.<\/p>\n\n\n\n<p>Au terme d\u2019un violent lynchage, Solal est seul sur sc\u00e8ne. La salle est silencieuse. C\u2019est ici que se r\u00e9v\u00e8le toute la prouesse technique du com\u00e9dien, Solal Forte, qui parvient \u00e0 lever l\u2019atmosph\u00e8re pesante qui s\u2019\u00e9tait install\u00e9e et \u00e0 rendre m\u00eame le rire au public. Il devient difficile de placer la fronti\u00e8re de la di\u00e9g\u00e8se. La premi\u00e8re partie du spectacle est pr\u00e9sent\u00e9e comme la partie pr\u00e9par\u00e9e, et la deuxi\u00e8me s\u2019en extirpe. Solal joue son propre r\u00f4le, un com\u00e9dien embauch\u00e9 par Flavien et Etienne (r\u00e9gisseur), qui voulaient monter une pi\u00e8ce autour de l\u2019histoire de&nbsp;<em>Poil de carotte<\/em>. Flavien est un com\u00e9dien rat\u00e9, qui se venge sur Solal, bien plus talentueux que lui. Tout le monde connait un Flavien. Quelle jouissance de pouvoir s\u2019en moquer.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Loin d\u2019une adaptation litt\u00e9rale de l\u2019\u0153uvre originale de Jules Renard, la compagnie Frenhofer la d\u00e9place en traitant des m\u00eames th\u00e9matiques de harc\u00e8lement ou de violence, dans une imagerie enfantine qui rappelle le ton du roman. L\u2019\u00e9nergie effervescente qui a envahi la salle \u00e9tait rare, et les applaudissements nourris amplement m\u00e9rit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>26 novembre 2025<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/maud-seem\/\">Maud Seem<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/lepommier.ch\/event\/883\/?archive=2025\">Voir la page du spectacle<\/a> <\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D&rsquo;apr\u00e8s Jules Renard \/ Mise en sc\u00e8ne par Flavien Bellec et Etienne Blanc \/ Th\u00e9\u00e2tre Le Pommier (Neuch\u00e2tel) \/ Du 26 au 27 novembre 2025 \/ Critiques par Laurie Boissenin et Maud Seem.<\/p>\n","protected":false},"author":1002847,"featured_media":23355,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,255,38],"tags":[320,324],"class_list":["post-23354","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-le-pommier","category-spectacle","tag-laurie-boissenin","tag-maud-seem"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23354","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002847"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=23354"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23354\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":23358,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23354\/revisions\/23358"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/23355"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=23354"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=23354"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=23354"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}