{"id":23344,"date":"2025-11-19T14:14:10","date_gmt":"2025-11-19T13:14:10","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=23344"},"modified":"2025-11-19T14:46:06","modified_gmt":"2025-11-19T13:46:06","slug":"le-misanthrope-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2025\/11\/le-misanthrope-2\/","title":{"rendered":"Le Misanthrope"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Le Misanthrope<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">D&rsquo;apr\u00e8s Moli\u00e8re \/ Mise en sc\u00e8ne par Anne Schwaller \/ Th\u00e9\u00e2tre des Osses (Fribourg) \/ Du 30 octobre au 21 d\u00e9cembre 2025 \/ Critique par Ilian Guesmia . <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>14 novembre 2025<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/ilian-guesmia\/\">Ilian Guesmia<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>L\u2019\u00e9cart \u00e0 la norme comme moyen de s\u2019\u00e9manciper<\/strong><\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"657\" height=\"821\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/11\/getattachmentthumbnail-1.png\" alt=\"getattachmentthumbnail\" class=\"wp-image-23349\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/11\/getattachmentthumbnail-1.png 657w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/11\/getattachmentthumbnail-1-160x200.png 160w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/11\/getattachmentthumbnail-1-136x170.png 136w\" sizes=\"auto, (max-width: 657px) 100vw, 657px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Dimitri K\u00e4nel<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Anne Schwaller, directrice artistique du Th\u00e9\u00e2tre des Osses, fait de C\u00e9lim\u00e8ne une femme libre et ind\u00e9pendante, qui cherche \u00e0 s\u2019\u00e9manciper des normes sociales. Une relecture f\u00e9ministe aboutie pour un spectacle brillant, port\u00e9 par des interpr\u00e8tes extraordinaires.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Depuis sa cr\u00e9ation en 1666,<em> Le Misanthrope<\/em> n\u2019a pas pris une ride&nbsp;: cette com\u00e9die en cinq actes et en vers conserve une \u00e9tonnante modernit\u00e9 dans ce qu\u2019elle dit des rapports humains. Pour autant, la question de l\u2019actualisation se pose in\u00e9vitablement au moment de mettre en sc\u00e8ne, au XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et pour une \u00e9ni\u00e8me fois, cette pi\u00e8ce de Moli\u00e8re. Que peut-elle encore nous dire de nouveau, que nous n\u2019ayons pas d\u00e9j\u00e0 entendu&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Pour r\u00e9pondre \u00e0 cette question, Anne Schwaller commence \u2013 comme bon nombre de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs (et pr\u00e9d\u00e9cesseuses, quoiqu\u2019elles soient peu nombreuses) \u2013 par d\u00e9sancrer temporellement l\u2019action ou, pour \u00eatre plus pr\u00e9cis, par rendre le cadre temporel ambigu. En effet, plut\u00f4t que de se contenter de choisir entre costumes modernes (parti pris largement majoritaire dans les mises en sc\u00e8ne de la pi\u00e8ce au XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle) et costumes d\u2019\u00e9poque (privil\u00e9gi\u00e9s par Jean-Pierre Miquel \u00e0 la Com\u00e9die Fran\u00e7aise en 2000 ou, plus r\u00e9cemment, par Peter Stein au Th\u00e9\u00e2tre Libre en 2019), la metteuse en sc\u00e8ne opte pour des costumes h\u00e9t\u00e9roclites, m\u00ealant les codes vestimentaires de diff\u00e9rentes modes. L\u2019int\u00e9r\u00eat de cette proposition est qu\u2019elle permet aux diverses tenues de refl\u00e9ter les valeurs des personnages. Ainsi, alors que le t\u00eatu Alceste s\u2019obstine dans son v\u00eatement style XVII<sup>e<\/sup>, C\u00e9lim\u00e8ne se montre \u2013 sans surprise \u2013 plus audacieuse, en portant successivement une combinaison moulante noire et paillet\u00e9e ouverte dans le dos, un complet compos\u00e9 d\u2019une redingote et d\u2019un \u00e9l\u00e9gant pantalon blanc, une robe fuchsia flashy et enfin une robe verte plus simple. En outre, si plusieurs personnages arborent, au d\u00e9but de la pi\u00e8ce, des habits qui \u00e9voquent le XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, certains indices \u2013 comme le port de masques blancs, ainsi que la pr\u00e9sence de chaussures \u00e0 talons hauts et d\u2019une robe s\u2019arr\u00eatant au-dessus des genoux \u2013 laissent penser que ces v\u00eatements rel\u00e8vent davantage du bal costum\u00e9 moderne que d\u2019une repr\u00e9sentation authentique de la noblesse. Cette derni\u00e8re se voit ainsi transpos\u00e9e en un autre groupe social, en une autre forme de cour plus actuelle mais tout aussi oisive, celle des jet-setters, l\u2019\u00e9lite fortun\u00e9e de notre temps&nbsp;; quoique les privil\u00e8ges aient \u00e9t\u00e9 abolis en 1789, ils existent toujours, ind\u00e9niablement.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, la r\u00e9interpr\u00e9tation d\u2019Anne Schwaller passe \u00e9galement par un jeu habile sur le d\u00e9cor&nbsp;: au contraire de Jean-Fran\u00e7ois Sivadier (Th\u00e9\u00e2tre National de Bretagne, 2013) ou de Cl\u00e9ment Hervieu L\u00e9ger (Com\u00e9die-Fran\u00e7aise, 2014) qui agr\u00e9mentent (et encombrent, dans certains cas) leur sc\u00e8ne d\u2019un abondant mobilier, la metteuse en sc\u00e8ne opte pour un plateau \u00e9pur\u00e9, \u00e0 peine orn\u00e9 de deux chaises noires, choix qui rappelle la mise en sc\u00e8ne de Miquel. Elle emprunte en outre \u00e0 St\u00e9phane Braunschweig (Th\u00e9\u00e2tre National de Strasbourg, 2003) l\u2019id\u00e9e de composer sa sc\u00e8ne avec des miroirs, \u00e0 la diff\u00e9rence pr\u00e8s qu\u2019elle ne les dispose pas en fond de sc\u00e8ne, mais plut\u00f4t au sol&nbsp;; si ce choix ne permet en l\u2019occurrence pas de produire d\u2019effets de sens particuliers \u2013 au contraire du dispositif de Braunschweig qui cr\u00e9ait des effets de masse saisissants et faisait litt\u00e9ralement du public le reflet de l\u2019action \u2013, il est esth\u00e9tiquement bienvenu. Mais c\u2019est surtout le fond de sc\u00e8ne qui attire l\u2019attention et rend la sc\u00e9nographie de Vincent Lemaire unique&nbsp;: une grande paroi translucide, dont les articulations s\u2019ouvrent et se ferment comme des portes, laisse entrevoir les mouvements des com\u00e9dien.ne.s en hors-sc\u00e8ne, tout en diffusant les \u00e9l\u00e9gantes lumi\u00e8res \u00e9labor\u00e9es par Philippe Sireuil. Ce dispositif sc\u00e9nique est particuli\u00e8rement pertinent au d\u00e9but de la pi\u00e8ce&nbsp;; en effet, il donne l\u2019impression d\u2019assister, en apart\u00e9, aux discussions d\u2019Alceste et Philinte en marge d\u2019une f\u00eate dont on per\u00e7oit les lumi\u00e8res et la musique \u00e9touff\u00e9e, situation qui met en \u00e9vidence la mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart \u2013 certes volontaire \u2013 du misanthrope.<\/p>\n\n\n\n<p>La direction d\u2019acteur.ice contribue \u00e9galement \u00e0 rendre les dialogues naturels pour un public d\u2019aujourd\u2019hui : les com\u00e9dien.ne.s interpr\u00e8tent toutes et tous leur personnage avec une spontan\u00e9it\u00e9, une intensit\u00e9 et un naturel impressionnants, \u00e9vitant le pi\u00e8ge du surjeu (on pense notamment \u00e0 l\u2019interminable mise en sc\u00e8ne de Sivadier, \u00e0 celle de Michel Fau en 2014 ou encore au Alceste hurlant constamment de Lo\u00efc Corbery dans la tr\u00e8s longue mise en sc\u00e8ne d\u2019Hervieu-L\u00e9ger). Vincent Ozanoninterpr\u00e8te avec brio un Alceste tant\u00f4t \u00e9loquent, moralisateur et bougon, tant\u00f4t \u00e9mouvant voire path\u00e9tique et pu\u00e9ril (rappelant en cela la proposition de Denis Podalyd\u00e8s en 2000).<\/p>\n\n\n\n<p>Mais c\u2019est avant tout par le personnage de C\u00e9lim\u00e8ne, brillamment interpr\u00e9t\u00e9e par S\u00e9l\u00e8ne Assaf, que s\u2019op\u00e8re l\u2019actualisation. En effet, quoiqu\u2019Alceste reste ind\u00e9niablement le protagoniste d\u2019une fable et d\u2019un texte que la metteuse en sc\u00e8ne conserve intacts, c\u2019est bel et bien en portant une attention toute particuli\u00e8re \u00e0 l\u2019amante du misanthrope qu\u2019Anne Schwaller apporte un regard nouveau sur l\u2019\u0153uvre de Moli\u00e8re et ach\u00e8ve la relecture f\u00e9ministe esquiss\u00e9e par certain.e.s de ses pr\u00e9d\u00e9cesseur.euse.s. C\u00e9lim\u00e8ne n\u2019est ici pas tant une coquette joueuse et m\u00e9disante qu\u2019une femme libre et ind\u00e9pendante, qui se fiche pas mal de transgresser les normes sociales \u00e9touffantes qu\u2019on voudrait lui imposer. Son dernier geste est \u00e0 ce titre aussi fort que jouissif, la d\u00e9livrant pour de bon d\u2019une conclusion moralisatrice qui la mettait, dans le texte de Moli\u00e8re, en position de faiblesse. L\u2019\u00e9cart \u00e0 la norme, vecteur de comique pour le public du XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, devient l\u2019outil indispensable et courageux d\u2019une \u00e9mancipation puissante et jubilatoire.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>14 novembre 2025<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/ilian-guesmia\/\">Ilian Guesmia<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/lesosses.ch\/programme\/le-misanthrope\/\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D&rsquo;apr\u00e8s Moli\u00e8re \/ Mise en sc\u00e8ne par Anne Schwaller \/ Th\u00e9\u00e2tre des Osses (Fribourg) \/ Du 30 octobre au 21 d\u00e9cembre 2025 \/ Critique par Ilian Guesmia . <\/p>\n","protected":false},"author":1002847,"featured_media":23348,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,11,33,38],"tags":[321],"class_list":["post-23344","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-theatre-des-osses","category-onstage","category-spectacle","tag-ilian-guesmia"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23344","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002847"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=23344"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23344\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":23350,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23344\/revisions\/23350"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/23348"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=23344"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=23344"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=23344"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}