{"id":23331,"date":"2025-11-15T13:52:30","date_gmt":"2025-11-15T12:52:30","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=23331"},"modified":"2025-11-18T08:54:40","modified_gmt":"2025-11-18T07:54:40","slug":"la-distance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2025\/11\/la-distance\/","title":{"rendered":"La Distance"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">La Distance<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Conception et mise en sc\u00e8ne par Tiago Rodrigues \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy (Lausanne) \/ Du 13 au 23 novembre 2025 \/ Critiques par Hadrien Halter, Maud Seem et Mathys Lonfat . <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>13 novembre 2025 <\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/hadrien-halter\/\">Hadrien Halter<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Oublier les mots pour se parler<\/strong><\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"559\" height=\"736\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/11\/la-distance_article-1.jpg\" alt=\"la distance article 1\" class=\"wp-image-23332\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/11\/la-distance_article-1.jpg 559w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/11\/la-distance_article-1-152x200.jpg 152w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/11\/la-distance_article-1-129x170.jpg 129w\" sizes=\"auto, (max-width: 559px) 100vw, 559px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Christophe Raynaud de Lage<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>L\u2019auteur et metteur en sc\u00e8ne Tiago Rodrigues revient \u00e0 Vidy avec <\/em>La Distance<em>, discussion intime d\u2019une fille et de son p\u00e8re, alors que celle-ci est partie sans pr\u00e9venir et sans intention de revenir. Un spectacle aussi prenant qu\u2019il est profond, aussi beau qu\u2019il est d\u00e9chirant. Une performance bouleversante d\u2019Adama Diop et Alison Dechamps. \u00c0 ne manquer sous aucun pr\u00e9texte.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est un p\u00e8re. C\u2019est une fille. Ils communiquent comme ils le peuvent, c\u2019est-\u00e0-dire mal, avec le seul moyen qui leur est donn\u00e9&nbsp;: des messages audios, qu\u2019on ne peut ni effacer, ni corriger, ni recommencer. C\u2019est une fille d\u00e9termin\u00e9e, qui part sans un adieu, pour un monde meilleur qu\u2019elle construira de ses mains, loin d\u2019un pass\u00e9 qui lui p\u00e8se. C\u2019est un p\u00e8re d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, qui tente de comprendre, rest\u00e9 dans ce pass\u00e9, essayant comme il peut de lutter, pour ce monde perdu, pour cette fille qui lui \u00e9chappe. C\u2019est plus qu\u2019un foss\u00e9 entre les deux. C\u2019est l\u2019immensit\u00e9 de l\u2019espace. Ce sont les sursauts d\u2019une plan\u00e8te Terre qu\u2019elle juge moribonde et qu\u2019il esp\u00e8re en lutte. C\u2019est la folie d\u2019une plan\u00e8te Mars qu\u2019il juge dangereuse et qu\u2019elle esp\u00e8re le berceau de la naissance d\u2019une Nouvelle Humanit\u00e9. C\u2019est l\u2019extr\u00e9misme presque sectaire d\u2019une fille qui veut oublier pour mieux repartir. C\u2019est le pass\u00e9isme attentiste d\u2019un p\u00e8re qui s\u2019accroche \u00e0 ses racines, m\u00eames lorsqu\u2019elles l\u2019entravent. C\u2019est, en filigrane, l\u2019\u00e9cologie, la lutte, la corpocratie, une critique des espoirs fous de milliardaires persuad\u00e9s que l\u2019avenir est ailleurs. C\u2019est un r\u00e9cit de l\u2019oubli, volontaire, d\u00e9finitif, brutal. Mais avant et surtout, c\u2019est la relation d\u2019une fille et de son p\u00e8re. C\u2019est une trag\u00e9die in\u00e9vitable d\u00e8s le premier mot.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur sc\u00e8ne, un plateau circulaire, un sol de terre, un arbre mort couch\u00e9, un rocher ocre. Un homme, Ali (Adama&nbsp; Diop), seul avec un tourne-disque, \u00e9coute <em>Sonhos<\/em> de Caetano Veloso. Il parle. Il nous parle&nbsp;? Non. Il s\u2019adresse \u00e0 quelqu\u2019un d\u2019autre. Un message pour sa fille, partie loin, sur Mars, qu\u2019elle recevra \u00e0 son arriv\u00e9e sur la plan\u00e8te rouge. L\u2019incompr\u00e9hension, la perte, la n\u00e9gociation. Elle peut revenir encore, apr\u00e8s tout. Le deuil. Les lumi\u00e8res chaudes se refroidissent, le plateau circulaire commence \u00e0 tourner, r\u00e9v\u00e9lant derri\u00e8re le rocher une jeune femme. Sa fille, Amina (Alison Dechamps). Elle lui parle, d\u00e9termin\u00e9e. Elle ne dit pas tout. Elle est en mission de colonisation. Nous suivons leurs \u00e9changes, alors qu\u2019il devient de plus en plus clair pour nous et pour le p\u00e8re qu\u2019elle ne reviendra pas. Ils ne se sont m\u00eame pas dit au revoir.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle a l\u2019espoir de recr\u00e9er un monde sur Mars, loin des \u00e9checs cuisants que l\u2019Homme a essuy\u00e9s sur Terre. Il a l\u2019espoir que les R\u00e9publiques terriennes se soul\u00e8vent contre les Corpo-Nations, comme Novus, celle qui a envoy\u00e9 sa fille si loin. Elle veut se s\u00e9parer d\u2019un pass\u00e9 qui ne peut \u00eatre que source d\u2019inspirations destructrices pour cette Nouvelle Humanit\u00e9. Il a l\u2019intime conviction qu\u2019oublier son pass\u00e9, c\u2019est \u00eatre condamn\u00e9 \u00e0 le r\u00e9p\u00e9ter. Gr\u00e2ce \u00e0 un \u00ab&nbsp;Protocole&nbsp;\u00bb, elle va oublier, tout oublier. \u00c0 peine trois-cent vingt jours avant son oubli total.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9criture de Tiago Rodrigues se r\u00e9v\u00e8le une fois de plus tr\u00e8s subtile. Ni p\u00e8re ni fille n\u2019ont parfaitement raison. Leurs motivations sont compr\u00e9hensibles, leurs r\u00e9ticences, leurs espoirs diff\u00e9rents, aussi. La peur d\u2019un p\u00e8re surprotecteur pour sa fille et la fuite de cette fille que la protection de son p\u00e8re \u00e9touffe&nbsp;; l\u2019espoir de sauver le monde contre l\u2019espoir d\u2019en fonder un nouveau, un bon, un id\u00e9al, enfin&nbsp;; le d\u00e9sespoir de celui qui reste, seul avec des souvenirs autrefois partag\u00e9s. On en oublie les corpo-nations, on en oublie les effondrements soci\u00e9taux, la pollution, le Protocole, la colonisation martienne. Seule la relation compte. Tiago Rodrigues nous parle de conflit g\u00e9n\u00e9rationnel, de la volont\u00e9 d\u2019avancer, de se s\u00e9parer du pass\u00e9. Ne faut-il pas parfois briser le lien pour avoir la force et la libert\u00e9 d\u2019avancer&nbsp;? Ne faut-il pas garder contact, se battre pour ce qu\u2019on a, plut\u00f4t que de tout abandonner&nbsp;? Face \u00e0 la litanie de \u00ab&nbsp;pourquoi&nbsp;?&nbsp;\u00bb d\u00e9chirants du p\u00e8re, la fille n\u2019a rien \u00e0 dire. Elle se raccroche \u00e0 l\u2019espoir fou qu\u2019elle peut r\u00e9ussir l\u00e0 o\u00f9 tant d\u2019autres ont \u00e9chou\u00e9. Face \u00e0 l\u2019acte d\u00e9finitif de la fille, le p\u00e8re n\u2019a rien \u00e0 faire. Il se raccroche \u00e0 l\u2019espoir vain qu\u2019elle changera d\u2019avis.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 mesure que le temps passe, bien trop lentement pour la fille, bien trop vite pour le p\u00e8re, la plateforme circulaire tourne de plus en plus vite. Les \u00e9changes verbaux, jusqu\u2019alors cloisonn\u00e9s en monologues, deviennent poreux, rapides, fr\u00e9n\u00e9tiques et h\u00e9sitants. Un tourbillon de mots, de corps, d\u2019\u00e9motions. Les com\u00e9dien.ne.s quittent leur espace, tentant de rejoindre l\u2019autre (ou bien de l\u2019\u00e9viter). Ils ne se croiseront jamais, ne se toucheront jamais, ne s\u2019accorderont jamais, ou presque.<\/p>\n\n\n\n<p>Et c\u2019est sur les paroles de <em>leur<\/em> chanson, d\u00e9sormais opaque pour elle, que le p\u00e8re, qui n\u2019a plus d\u2019autre choix que de se ranger du c\u00f4t\u00e9 de sa fille, lui souhaite bonne chance&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>L\u2019esp\u00e9rance est un don que j\u2019ai en moi. Je l\u2019ai, oui. Il n\u2019y a pas de d\u00e9sespoir, non. Tu m\u2019as appris des millions de choses. J\u2019ai un r\u00eave entre les mains. Demain sera un autre jour. Je vais certainement \u00eatre plus heureux<\/em>. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>13 novembre 2025 <\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/hadrien-halter\/\">Hadrien Halter<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>13 novembre 2025 <\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/maud-seem\/\">Maud Seem<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Pourquoi se souvenir<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"626\" height=\"410\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/11\/la-distance_couverture.png\" alt=\"la distance couverture\" class=\"wp-image-23333\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/11\/la-distance_couverture.png 626w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/11\/la-distance_couverture-300x196.png 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/11\/la-distance_couverture-250x164.png 250w\" sizes=\"auto, (max-width: 626px) 100vw, 626px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Christophe Raynaud de Lage<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>En 2077, apr\u00e8s le quatri\u00e8me effondrement, Ali entretient une relation par messages interpos\u00e9s avec sa fille Amina, qui a quitt\u00e9 la Terre pour Mars, mue par l\u2019id\u00e9al de fonder une nouvelle civilisation bas\u00e9e sur la technologie, l\u2019espoir et surtout l\u2019oubli. Le nouveau spectacle de Tiago Rodrigues parle de m\u00e9moire, d\u2019espace et d\u2019espoir, de relation familiale et de conflit g\u00e9n\u00e9rationnel, et plonge cette semaine le public du Th\u00e9\u00e2tre de Vidy dans l\u2019\u00e9motion et le sanglot.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Sur une plaque circulaire, au centre du plateau, se dresse un gros rocher rouge et, au sol, un tronc d\u2019arbre sans vie. Un homme seul fait face au public. Les lumi\u00e8res sont encore allum\u00e9es quand il commence \u00e0 parler. Il salue, prend des nouvelles. Il s\u2019adresse \u00e0 quelqu\u2019un d\u2019absent&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pourquoi es-tu partie&nbsp;? Pourquoi&nbsp;?&nbsp;\u00bb. La question rebondit contre les murs de la salle, encore et encore. Adama Diop convainc imm\u00e9diatement par son jeu, ses variations de tons sur ce seul mot qui retentit encore et encore&nbsp;: le public est accroch\u00e9 et ne se d\u00e9tachera plus avant le noir de fin. Sur le plateau, il incarne un p\u00e8re qui d\u00e9livre un message \u00e0 sa fille. O\u00f9 est-elle&nbsp;? Le message termin\u00e9, la plaque circulaire se met \u00e0 tourner comme un disque, et laisse d\u00e9couvrir la deuxi\u00e8me face du d\u00e9cor&nbsp;: la terre jaune ocre laisse place \u00e0 une terre rouge battue. Sa fille est sur Mars, et r\u00e9pond \u00e0 son tour. La distance qui les s\u00e9pare est de quelques m\u00e8tres sur le plateau. Dans la fiction, elle est de plusieurs centaines de millions de kilom\u00e8tres.<\/p>\n\n\n\n<p>Le spectacle repose sur ce principe de relation \u00e9pistolaire. Ce ne sont pas des lettres qui sont \u00e9chang\u00e9es \u00e0 travers l\u2019espace, mais des messages audios. Chaque message dict\u00e9 par l\u2019un des protagonistes provoque la rotation de la plaque tournante, pour passer d\u2019un lieu \u00e0 l\u2019autre. Une interaction par messages interpos\u00e9s, cela a ses avantages. Bien s\u00fbr, les conversations peuvent avoir du mal \u00e0 \u00eatre fluides, il faut sans cesse attendre pour poursuivre le dialogue, mais au moins personne ne peut se couper la parole, il n\u2019y a pas d\u2019autre choix que de s\u2019\u00e9couter. Ce dialogue entre un p\u00e8re et sa fille est un \u00e9change d\u2019id\u00e9es entre deux g\u00e9n\u00e9rations, sur l\u2019avenir de l\u2019humanit\u00e9, son sauvetage, la pr\u00e9servation de l\u2019esp\u00e8ce, mais c\u2019est surtout un dialogue empli de souvenirs, de tendresse, d\u2019espoir et d\u2019affection. Quel autre choix y a-t-il que de faire preuve de patience, quand on ne se comprend pas mais qu\u2019on s\u2019aime&nbsp;? Mais comment faire preuve de patience lorsque le temps est compt\u00e9&nbsp;? Car Amina fait partie des Oubliants. Elle est partie pour toujours et a fait le choix d\u2019effacer de sa m\u00e9moire peu \u00e0 peu toute l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9, mais aussi sa propre histoire, pour reconstruire enti\u00e8rement une civilisation sur de nouvelles bases, avec d\u2019autres volontaires Oubliants. Bient\u00f4t, elle ne se souviendra plus de son p\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Le spectacle est \u00e9crit tout en subtilit\u00e9. Le p\u00e8re et sa fille ne parlent pas de politique ou d\u2019histoire, de sociologie ou de science, mais plut\u00f4t d\u2019huile d\u2019olive et de tomate. Pourtant se dessine \u00e0 travers leur dialogue toute l\u2019humanit\u00e9 de 2077. Cette relation seule, d\u00e9chir\u00e9e \u00e0 travers l\u2019espace, dessine un tableau bien plus large. Elle fait sentir la peur et l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 face au monde qui s\u2019effondre, cette m\u00eame peur qui existe d\u00e9j\u00e0 aujourd\u2019hui. Elle met au jour l\u2019amour inconditionnel d\u2019un p\u00e8re pour sa fille, malgr\u00e9 des opinions diam\u00e9tralement oppos\u00e9es. Elle montre l\u2019importance de la m\u00e9moire de l\u2019individu, et l\u2019importance de la m\u00e9moire de l\u2019humanit\u00e9. L\u2019utilisation mod\u00e9r\u00e9e des codes de la science-fiction \u2013 des codes d\u00e9j\u00e0 bien \u00e9tablis comme l\u2019imaginaire martien ou celui du grand effondrement \u2013 permet de mettre en place un univers simple dans lequel il est facile de se projeter, facilitant aussi l\u2019identification aux personnages. Lorsqu\u2019est tomb\u00e9 le noir final, ce sont les yeux encore mouill\u00e9s de larmes que le public s\u2019est lev\u00e9 pour applaudir la sensibilit\u00e9 de cette repr\u00e9sentation.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>13 novembre 2025 <\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/maud-seem\/\">Maud Seem<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>13 novembre 2025<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/mathys-lonfat\/\">Mathys Lonfat<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Quand l\u2019\u00e9loignement rapproche\u00a0<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"559\" height=\"736\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/11\/la-distance_article-1.jpg\" alt=\"la distance article 1\" class=\"wp-image-23332\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/11\/la-distance_article-1.jpg 559w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/11\/la-distance_article-1-152x200.jpg 152w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/11\/la-distance_article-1-129x170.jpg 129w\" sizes=\"auto, (max-width: 559px) 100vw, 559px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Christophe Raynaud de Lage<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Tiago Rodrigues pr\u00e9sente au Th\u00e9\u00e2tre de Vidy une \u0153uvre poignante et bien construite, accessible \u00e0 tous les \u00e2ges, qui interroge l\u2019incompr\u00e9hension interg\u00e9n\u00e9rationnelle et les relations entre parents et enfants.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>2077&nbsp;: la Terre a essuy\u00e9 son quatri\u00e8me \u00ab&nbsp;effondrement&nbsp;\u00bb. Ali (Adama Diop), m\u00e9decin dans un h\u00f4pital, parvient \u00e0 r\u00e9tablir le contact avec sa fille, Amina (Alison Deschamps) dont il n\u2019avait plus de nouvelles depuis plusieurs mois. S\u2019encha\u00eenent, alors, les messages vocaux&nbsp;: ce principe, tout en rappelant le mode de communication introduit par WhatsApp en 2013, fonde la vraisemblance des monologues successifs. A plusieurs reprises, le silence d\u2019Amina, malgr\u00e9 l\u2019efficacit\u00e9 des moyens de transmissions disponibles, r\u00e9sonne comme un \u00e9cho de notre propre tendance \u00e0 remettre \u00e0 demain les r\u00e9ponses dues \u00e0 nos proches. Au cours de leur premier \u00e9change de messages vocaux la jeune fille apprend \u00e0 son p\u00e8re qu\u2019elle a d\u00e9cid\u00e9 de rejoindre le programme de la \u00ab corpo-nation \u00bb&nbsp;<em>Novus<\/em>. L\u2019objectif de la mission est de rendre Mars habitable dans l\u2019espoir d\u2019y fonder une nouvelle humanit\u00e9 alors que la&nbsp;<em>plan\u00e8te bleue<\/em>, \u00e9puis\u00e9e par l\u2019exploitation humaine, s\u2019est transform\u00e9e en terre ocre, aride et inhospitali\u00e8re. Point capital&nbsp;: l\u2019habilitation d\u2019Amina doit suivre un certain \u00ab&nbsp;protocole&nbsp;\u00bb consistant en l\u2019effacement progressif de sa m\u00e9moire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le spectacle applique les codes de la dystopie : une collectivit\u00e9 entreprend de fonder un monde id\u00e9al \u2014 en l\u2019occurrence une soci\u00e9t\u00e9 \u00e9galitaire \u2014 mais sa r\u00e9alisation implique l\u2019ali\u00e9nation du sujet au profit d\u2019un corps unique et l\u2019effacement de l\u2019Histoire, d\u00e9rive dont un personnage situ\u00e9 hors de la doxa (ici Ali) tente de d\u00e9voiler la folie. Contrairement \u00e0 ce qu\u2019on aurait pu attendre, la catastrophe \u00e9cologique \u2013 qui renvoie aux enjeux contemporains \u2013 et les travers totalitaires ne constituent pas le centre du propos de Tiago Rodrigues. Il est clair que l\u2019auteur ne dresse pas une fresque dystopique, mais use du genre comme un levier dramaturgique. Ce tour de force consiste dans le fait qu\u2019Amina conservera son savoir technique tout en oubliant ses souvenirs personnels, engageant Ali dans une course contre la montre qui nous tient en haleine jusqu\u2019au terme de la pi\u00e8ce.&nbsp;&nbsp;Pour g\u00e9n\u00e9rer cette tension, la mise en sc\u00e8ne fait preuve d\u2019un travail rythmique m\u00e9ticuleux port\u00e9 par les \u00e9changes stichomythiques remarquablement agenc\u00e9s et soutenus par la sc\u00e9nographie&nbsp;: l\u2019action se d\u00e9roule sur une plateforme circulaire tournante qui symbolise les r\u00e9volutions des plan\u00e8tes et rend palpable le tourbillon \u00e9motionnel.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant qu\u2019Amina refoule son pass\u00e9, Ali tente de la convaincre de revenir sur Terre en lui rem\u00e9morant des souvenirs de son enfance \u00e0 l\u2019aide de photographies et de \u00ab&nbsp;leur chanson&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>Sonhos&nbsp;<\/em>de Caetano Veloso, jou\u00e9e \u00e0 trois reprises, qui souligne de mani\u00e8re \u00e9l\u00e9gante et \u00e9mouvante leur relation qui s\u2019effrite sous les coups du protocole. Cependant, au-del\u00e0 de la nostalgie se d\u00e9gagent les tensions sous-tendant leur relation parent-enfant auxquelles le symbolisme de l\u2019espace sc\u00e9nique donne corps. A la fois si proche et si loin \u2013 il n\u2019y a que quelques m\u00e8tres qui s\u00e9parent Adama Diop et Alison Deschamps \u2013 une fronti\u00e8re infranchissable (mat\u00e9rielle et symbolique) les isole&nbsp;: l\u2019un dans sa peur et son instinct protecteur, l\u2019autre dans son d\u00e9sir \u00e9perdu d\u2019ind\u00e9pendance et de libert\u00e9. Toutefois, l\u2019urgence du \u00ab&nbsp;protocole&nbsp;\u00bb m\u00e8ne les deux personnages \u00e0 rompre le silence autour de leurs non-dits. Ironiquement, alors que le p\u00e8re et la fille se trouvent, au niveau de la fiction, plus loin que jamais (225 millions de km), l\u2019\u00e9loignement, devient le lieu de leur rapprochement au fil des confidences, rem\u00e9morations, regrets, besoins et reproches. Pourtant la distance ne finira jamais par se r\u00e9sorber totalement, car l\u2019\u00e9cart id\u00e9ologique persiste&nbsp;: Ali d\u00e9fend jusqu\u2019au bout l\u2019id\u00e9e que la Vie doit se maintenir sur Terre alors qu\u2019Amina affirme que seul un nouveau d\u00e9part est susceptible de la perp\u00e9tuer. La pi\u00e8ce de Tiago Rodrigues pr\u00e9sente une double distance, d\u2019un c\u00f4t\u00e9 relationnelle et de l\u2019autre id\u00e9ologique, deux p\u00f4les mis en tension par l\u2019\u00e9loignement g\u00e9ographique. Si les deux visions du monde, incarn\u00e9es par l\u2019un et l\u2019autre des personnages, eux-m\u00eames repr\u00e9sentants de leur g\u00e9n\u00e9ration, ne se r\u00e9concilient pas, les deux partis, cependant, r\u00e9tablissent la communication affective.&nbsp;&nbsp;C\u2019est, d\u2019ailleurs, cette affectivit\u00e9 qui permettra \u00e0 l\u2019issue du spectacle une certaine acceptation de l\u2019autre. N\u2019est-elle pas synonyme d\u2019une entente v\u00e9ritable&nbsp;au-del\u00e0 de la persuasion ?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Alors que les personnages se rencontrent dans l\u2019entrem\u00ealement de leurs voix et lors d\u2019une unique s\u00e9quence dans une \u00e9treinte onirique, o\u00f9 Ali franchit physiquement la fronti\u00e8re pour enlacer \u00ab&nbsp;[s]on soleil&nbsp;\u00bb, le metteur en sc\u00e8ne offre aux spectateurs petits et grands, aussi, la possibilit\u00e9 de se rejoindre. Par un engrenage dramaturgique bien huil\u00e9 et l\u2019adoption d\u2019une forme fictionnelle transg\u00e9n\u00e9rationnelle \u2013 la dystopie \u2013,&nbsp;<em>La Distance<\/em>&nbsp;est une pi\u00e8ce poignante qui s\u2019adresse \u00e0 toutes et tous dans un langage universel pour traiter d\u2019une th\u00e9matique qui l\u2019est tout autant.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>13 novembre 2025<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/mathys-lonfat\/\">Mathys Lonfat<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.vidy.ch\/fr\/evenement\/tiago-rodrigues-la-distance\/\">Voir la page du spectacle<\/a> <\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Conception et mise en sc\u00e8ne par Tiago Rodrigues \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy (Lausanne) \/ Du 13 au 23 novembre 2025 \/ Critiques par Hadrien Halter, Maud Seem et Mathys Lonfat .<\/p>\n","protected":false},"author":1002847,"featured_media":23333,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","_seopress_analysis_target_kw":"","footnotes":""},"categories":[32,33,38,2],"tags":[305,323,324],"class_list":["post-23331","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-onstage","category-spectacle","category-theatre-de-vidy","tag-hadrien-halter","tag-mathys-lonfat","tag-maud-seem"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23331","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002847"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=23331"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23331\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":23339,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23331\/revisions\/23339"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/23333"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=23331"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=23331"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=23331"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}