{"id":23326,"date":"2025-11-10T16:29:28","date_gmt":"2025-11-10T15:29:28","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=23326"},"modified":"2025-11-10T16:29:31","modified_gmt":"2025-11-10T15:29:31","slug":"vudu-3318-blixen","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2025\/11\/vudu-3318-blixen\/","title":{"rendered":"Vud\u00fa (3318) Blixen"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Vud\u00fa (3318) Blixen<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Conception et mise en sc\u00e8ne par Ang\u00e9lica Liddell \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy (Lausanne) \/ Du 7 au 9 novembre 2025 \/ Critique par Mathys Lonfat . <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>7 novembre 2025<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/mathys-lonfat\/\">Mathys Lonfat<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Ang\u00e9lica Liddell\u00a0: par-del\u00e0 la laideur<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"630\" height=\"412\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/11\/vudu_article-.png\" alt=\"vudu article\" class=\"wp-image-23327\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/11\/vudu_article-.png 630w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/11\/vudu_article--300x196.png 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/11\/vudu_article--250x163.png 250w\" sizes=\"auto, (max-width: 630px) 100vw, 630px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Luca del Pia<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Pour trois soirs de suite, la salle 64 du Th\u00e9\u00e2tre de Vidy accueille Ang\u00e9lica Liddell qui pose une nouvelle fois ses bagages \u00e0 Lausanne, un peu moins de deux ans apr\u00e8s <\/em>Liebestod<em>, avec une \u00ab&nbsp;\u0152uvre-monstre&nbsp;\u00bb d\u00e9nomm\u00e9e <\/em>Vud\u00fa (3318) Blixen<em>. Monstre \u00e0 la fois par la forme et le fond, le spectacle en cinq actes (5h30) est un rituel purgeant la laideur quotidienne par l\u2019ultra-laideur.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s le premier acte, le spectateur est confront\u00e9 au langage d\u00e9stabilisant de la metteuse en sc\u00e8ne espagnole : quatre fillettes se rejoignent au centre du plateau pour former un cercle et pousser un cri qui, tel un gong, ouvre la c\u00e9r\u00e9monie vesp\u00e9rale, bient\u00f4t ponctu\u00e9e par la fr\u00e9n\u00e9sie d\u2019un com\u00e9dien reproduisant sur un mannequin le geste du co\u00eft. <em>Vud\u00fa (3318) Blixen<\/em> est, en effet, un spectacle obscur dont les com\u00e9diens, les figurants, les objets, les mots, les hurlements, les \u00e9l\u00e9ments de d\u00e9cor d\u00e9filent dans un flux ininterrompu et enivrant qui laisse le public non averti perplexe.&nbsp; Cela tient au fait qu\u2019Ang\u00e9lica Liddell n\u2019utilise pas la sc\u00e8ne comme un trompe-l\u2019\u0153il.<\/p>\n\n\n\n<p>Le plateau est d\u2019abord un lieu d\u2019exhibition sinc\u00e8re o\u00f9 l\u2019artiste raconte l\u2019horreur v\u00e9cue \u00e0 la suite de sa rupture avec cet homme dont elle brosse le triste portrait de Don Juan (acte II). Pour ce faire, la com\u00e9dienne fait face au public, assise sur une simple chaise, et s\u2019exprime de mani\u00e8re d\u00e9complex\u00e9e, rythme son propos de tics de langage (clic lingual), de grattements, de r\u00e9p\u00e9titions, dans un inconfort corporel affichant une posture sans artifices.<\/p>\n\n\n\n<p>La confession n\u2019est, cependant, que la face la plus prosa\u00efque du spectacle de Liddell qui, dans les faits, redonne au drame ses forces mythiques. Nous n\u2019assistons pas ce soir \u00e0 une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre dont nous sommes les observateurs externes, mais nous prenons part \u00e0 un rituel visant \u00e0 purger la laideur. Si les images d\u00e9goulinantes de sang et de lait, les insultes, les r\u00e9cits macabres, les gestes bouchers et obsc\u00e8nes qu\u2019Ang\u00e9lica Liddell d\u00e9verse sur sc\u00e8ne nous \u00e9c\u0153urent, nous r\u00e9voltent ou bien tombent dans le registre du grotesque, il nous faut pourtant d\u00e9passer cette r\u00e9pugnance premi\u00e8re. Dans une dynamique semblable \u00e0 l\u2019alchimie baudelairienne, la metteuse en sc\u00e8ne espagnole plonge dans les m\u00e9andres de la laideur pour mieux sublimer l\u2019horreur qui la consume. Elle l\u2019expose dans toute sa brutalit\u00e9, tout en l\u2019esth\u00e9tisant par une sc\u00e9nographie au clair-obscur et aux drap\u00e9s dignes du Caravage. Pour ce faire, le verbe doit d\u2019abord \u00eatre an\u00e9anti pour retrouver, ensuite, toute sa puissance incantatoire. Dans l\u2019acte I, la chanson \u00ab&nbsp;Ne me quitte pas&nbsp;\u00bb de Jacques Brel est d\u00e9gosill\u00e9e, d\u00e9sarticul\u00e9e, jusqu\u2019\u00e0 ce que la formule \u00e9ponyme soit isol\u00e9e pour se r\u00e9p\u00e9ter et se fondre dans la r\u00e9verb\u00e9ration de la r\u00e9gie, perdant alors sa signification. Cet an\u00e9antissement du sens est la condition n\u00e9cessaire \u00e0 ce que la \u00ab mal\u00e9diction \u00bb prenne corps. Le langage doit perdre sa teneur sociale et quotidienne \u2013 les corps doivent \u00eatre d\u00e9personnalis\u00e9s, les gestes d\u00e9shumanis\u00e9s, les mots d\u00e9nu\u00e9s de leur valeur d\u00e9notative \u2013 afin de pouvoir recouvrer sa puissance symbolique. D\u00e8s lors, l\u2019\u0153uvre de Liddell s\u2019\u00e9rige sur la profusion de mots, de gestes, de corps impersonnels et\/ou nus, d\u2019objets d\u00e9tourn\u00e9s de leur usage ordinaire, d\u2019animaux qui, ensemble, constituent une architecture symbolique remarquable que le spectateur ne peut circonscrire. Le langage et le th\u00e9\u00e2tre d\u00e9construits, Ang\u00e9lica Liddell file habilement son \u0153uvre qui atteint son climax dans l\u2019acte ultime o\u00f9 la fiction s\u2019\u00e9crase sur la r\u00e9alit\u00e9 pour ne former plus qu\u2019un seul plan. Alors que l\u2019artiste orchestre son propre enterrement en se servant d\u2019une fillette comme d\u2019une poup\u00e9e vaudou \u00e0 son effigie, la pr\u00e9sence de Robert-Pascal Fontanet, notaire genevois appel\u00e9 \u00e0 lire les dispositions fun\u00e9raires, brouille d\u00e9finitivement les niveaux de r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Au bout des horreurs, \u0153uvrant entre le rouge et le noir, s\u2019inspirant aussi bien des compositions pyramidales de la Renaissance, des clo\u00eetres religieux, des c\u00e9r\u00e9monies nuptiales, que des architectures monumentales, le travail de la G\u00e9ronaise rayonne \u00e0 travers un esth\u00e9tisme l\u00e9ch\u00e9. \u00c0 23h20 pass\u00e9es, alors que l\u2019ultime acte touche \u00e0 sa fin, nous sommes encore l\u00e0, tenus au poste par un envo\u00fbtement m\u00eal\u00e9 d\u2019incompr\u00e9hension et d\u2019admiration. Peut-\u00eatre devrait-on, pour les r\u00e9fractaires et les tenants du th\u00e9\u00e2tre traditionnel, \u00e9voquer le d\u00e9bit de parole d\u00e9mentiel et irr\u00e9prochable qu\u2019elle prof\u00e8re&nbsp;? Admir\u00e9e, moqu\u00e9e, incomprise, appr\u00e9ci\u00e9e par snobisme, il est ind\u00e9niable qu\u2019Ang\u00e9lica Liddell revitalise le th\u00e9\u00e2tre, <em>transforme la boue en or<\/em> et m\u00e9rite donc pleinement son titre de po\u00e8te.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>7 novembre 2025<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/mathys-lonfat\/\">Mathys Lonfat<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.vidy.ch\/fr\/evenement\/angelica-liddell-vudu-3318-blixen\/\">Voir la page du spectacle <\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Conception et mise en sc\u00e8ne par Ang\u00e9lica Liddell \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy (Lausanne) \/ Du 7 au 9 novembre 2025 \/ Critique par Mathys Lonfat . <\/p>\n","protected":false},"author":1002847,"featured_media":23328,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,2],"tags":[323],"class_list":["post-23326","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-de-vidy","tag-mathys-lonfat"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23326","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002847"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=23326"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23326\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":23329,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23326\/revisions\/23329"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/23328"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=23326"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=23326"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=23326"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}