{"id":23293,"date":"2025-11-02T09:52:29","date_gmt":"2025-11-02T08:52:29","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=23293"},"modified":"2025-11-05T11:54:54","modified_gmt":"2025-11-05T10:54:54","slug":"faustus-in-africa","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2025\/11\/faustus-in-africa\/","title":{"rendered":"Faustus in Africa\u00a0!"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Faustus in Africa\u00a0!<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">D&rsquo;apr\u00e8s Johann Wolfgang von Goethe \/ Mise en sc\u00e8ne par William Kentridge et Handspring Puppet Company\u2019s \/ Com\u00e9die de Gen\u00e8ve \/ Du 29 octobre au 1er novembre 2025 \/ Critiques par Laurie Boissenin et Muireann Walsh . <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>29 octobre 2025 <\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/laurie-boissenin\/\">Laurie Boissenin<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Un tour de force artistique difficile \u00e0 s\u2019approprier<\/strong><\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"944\" height=\"639\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/11\/image.png\" alt=\"image\" class=\"wp-image-23294\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/11\/image.png 944w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/11\/image-295x200.png 295w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/11\/image-250x170.png 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/11\/image-768x520.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 944px) 100vw, 944px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Fiona Macpherson<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>William Kentridge d\u00e9place le mythe de Faust en Afrique coloniale en m\u00ealant th\u00e9\u00e2tre de marionnettes et film d\u2019animation. Un spectacle difficile \u00e0 s\u2019approprier, qui malgr\u00e9 les prouesses techniques et la pr\u00e9cision du travail esth\u00e9tique peine parfois \u00e0 faire ressentir les exc\u00e8s qu\u2019il d\u00e9nonce<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>En 1995, cinq ans apr\u00e8s la fin de l\u2019Apartheid, <em>Faustus in Africa&nbsp;!<\/em> fit conna\u00eetre le sud-africain William Kentridge au public occidental. Trente ans apr\u00e8s sa cr\u00e9ation, ce spectacle devenu historique est repris \u00e0 la Com\u00e9die de Gen\u00e8ve. Librement inspir\u00e9 du <em>Faust<\/em> de Johann Wolfgang von Goethe, ce th\u00e9\u00e2tre de marionnettes transpose l\u2019all\u00e9gorie du pacte avec le diable au contexte colonial. Dans cette adaptation, l\u2019ambition sans borne de Faust n\u2019est plus celle d\u2019un savant allemand avide de connaissance mais celle du colon europ\u00e9en en Afrique. Profond\u00e9ment engag\u00e9, le spectacle a pour ambition de faire m\u00e9moire et de d\u00e9noncer la cupidit\u00e9 et la consommation europ\u00e9enne des ressources africaines.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette adaptation libre, mont\u00e9e en collaboration avec la Handspring Puppet Company, se d\u00e9marque par sa ma\u00eetrise singuli\u00e8re de l\u2019art de la marionnette. Plusieurs personnages de la fable faustienne sont repr\u00e9sent\u00e9s par des marionnettes, \u00e0 l\u2019instar de M\u00e9phistoph\u00e9l\u00e8s, incarnation du diable. Sculpt\u00e9es en bois avec soin et parfois augment\u00e9es de v\u00e9ritables m\u00e9canismes, elles font la taille et le poids d\u2019un enfant en bas \u00e2ge. Elles doivent \u00eatre port\u00e9es par deux interpr\u00e8tes, charg\u00e9s d\u2019insuffler une \u00e9nergie humaine \u00e0 leurs mouvements et de d\u00e9clamer leurs r\u00e9pliques. La pr\u00e9sence des interpr\u00e8tes est tant\u00f4t assum\u00e9e, tant\u00f4t cach\u00e9e par le dispositif sc\u00e9nographique.<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9cor rappelle le bureau d\u2019un professeur d\u2019universit\u00e9 au milieu du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Livres, classeurs et documents s\u2019y empilent aux c\u00f4t\u00e9s de machines \u00e0 \u00e9crire et d\u2019un t\u00e9l\u00e9phone manuel. Cette sc\u00e9nographie historiquement situ\u00e9e \u00e9voque l\u2019institutionnalisation de la connaissance par l\u2019Occident et permet de faire une allusion au Faustus savant de Goethe. Un \u00e9cran, au-dessus, sert tant\u00f4t de toile de fond, tant\u00f4t de balise spatio-temporelle. Y sont projet\u00e9s les dessins originaux de Kentridge, mont\u00e9s dans de courts films d\u2019animations. Dessin\u00e9es au fusain, les images repr\u00e9sentent astucieusement ce que les protagonistes voient sur la table devant eux, notamment la signature appos\u00e9e par Faustus sur le pacte que lui fait signer M\u00e9phistoph\u00e9l\u00e8s. Elles servent aussi \u00e0 pointer m\u00e9taphoriquement vers des th\u00e9matiques difficilement montrables sur le plateau, telles que l\u2019enrichissement colossal des europ\u00e9ens ou la consommation syst\u00e9matique des ressources africaines par les forces occidentales.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 ces visuels \u00e9labor\u00e9s et d\u2019une grande qualit\u00e9 artistique, on peine \u00e0 entrer dans le spectacle. Le fait que l\u2019action se d\u00e9roule souvent sur l\u2019\u00e9cran plut\u00f4t que sur le plateau contribue \u00e0 un sentiment d\u2019abstraction et de mise \u00e0 distance.&nbsp; De m\u00eame, les marionnettes aux visages de bois compliquent l\u2019immersion \u00e9motionnelle malgr\u00e9 l\u2019habilet\u00e9 de leur conception. Mais la difficult\u00e9 \u00e0 s\u2019approprier ce spectacle vient aussi du texte, versifi\u00e9, prof\u00e9r\u00e9 en anglais et surtitr\u00e9 en fran\u00e7ais, exigeant par sa langue, son d\u00e9bit rapide et son abstraction. On appr\u00e9cie les r\u00e9pliques habilement teint\u00e9es d\u2019un cynisme cinglant qui pointe du doigt l\u2019hypocrisie humaine&nbsp;(\u00ab&nbsp;God is only human after all&nbsp;\u00bb) mais on regrette la trop grande densit\u00e9 de formules (\u00ab The soul seeks not what\u2019s past, only the present moment \u00bb) que le spectacle ne laisse pas le temps d\u2019int\u00e9grer. Signalons aussi que pour \u00eatre pleinement compris, le texte implique souvent de bien conna\u00eetre les versions de Goethe, ce qui constitue une difficult\u00e9. Cela contribue \u00e0 une forme d\u2019\u00e9litisme qui peut rappeler les dynamiques coloniales que le spectacle d\u00e9nonce pourtant de mani\u00e8re poignante.<\/p>\n\n\n\n<p>Troublante, \u00e9galement, est l\u2019impr\u00e9cision du cadre spatio-temporel. L\u2019action est situ\u00e9e en Afrique coloniale mais sans r\u00e9elle pr\u00e9cision sur le lieu o\u00f9 la p\u00e9riode exacte. Le spectacle fait allusion au Cameroun, au Congo belge ou encore \u00e0 l\u2019Abyssinie, de mani\u00e8re interchangeable. La course effr\u00e9n\u00e9e du Dr. Faustus \u00e0 travers une Afrique abstraite et homog\u00e8ne ne laisse pas place \u00e0 la singularit\u00e9 de chaque lieu et, tout en la d\u00e9non\u00e7ant, contribue \u00e0 perp\u00e9tuer la croyance occidentale selon laquelle le continent africain serait un pays \u00e0 la culture uniforme. La figure de Faust, paradoxalement, est ici rel\u00e9gu\u00e9e au second plan. Kentridge fait le choix de repr\u00e9senter un Dr. Faustus impuissant et l\u00e9thargique dont les motivations reposent enti\u00e8rement sur les injonctions de M\u00e9phistoph\u00e9l\u00e8s. Ce choix dessert le propos&nbsp;: l\u2019agentivit\u00e9 du colon en est amoindrie puisque que ses envies de grandeur coloniale ne lui sont pas propres. C\u2019est le diable M\u00e9phistoph\u00e9l\u00e8s, et non pas Faustus, qui semble \u00eatre \u00e0 l\u2019origine de la corruption et de la souffrance d\u00e9nonc\u00e9e sur sc\u00e8ne. A plusieurs reprises, la mise en sc\u00e8ne figure un Faustus&nbsp; simple marionnette du diable. Cette proposition laisse perplexe&nbsp;: on aurait plut\u00f4t imagin\u00e9 une figure faustienne convaincue et avide de pouvoir pour d\u00e9noncer la violence coloniale.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>29 octobre 2025 <\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/laurie-boissenin\/\">Laurie Boissenin<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>29 octobre 2025 <\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/muireann-walsh\/\">Muireann Walsh<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>\u00a0Mais o\u00f9 en Afrique, en fait\u00a0?<\/strong><\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"645\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/11\/faustus-in-africa_couverture-1024x645.jpg\" alt=\"faustus in africa couverture\" class=\"wp-image-23295\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/11\/faustus-in-africa_couverture-1024x645.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/11\/faustus-in-africa_couverture-300x189.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/11\/faustus-in-africa_couverture-250x158.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/11\/faustus-in-africa_couverture-768x484.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/11\/faustus-in-africa_couverture.jpg 1268w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Fiona Macpherson<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Cette reprise du spectacle cr\u00e9\u00e9 en 1995 donne \u00e0 voir le mythe de l\u2019homme pr\u00eat \u00e0 mettre son \u00e2me en gage pour retrouver le plaisir de vivre. Si le spectacle regorge de belles tournures de langue et de jeux subtils de marionnettes, la combinaison d\u2019un texte dense, de questionnements philosophiques qui s\u2019encha\u00eenent et d\u2019un paysage symbolique qu\u2019on traverse \u00e0 toute vitesse risque de perdre un peu le public.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Faustus in Africa&nbsp;!<\/em> a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 en 1995, dans l\u2019ombre de la fin du r\u00e9gime de l\u2019apartheid en Afrique du Sud. Il est le fruit d\u2019une collaboration entre William Kentridge, artiste issu d\u2019une famille d\u2019avocats qui combattait contre le syst\u00e8me de l\u2019apartheid,&nbsp; et la Handspring Puppet Company, tr\u00e8s importante compagnie marionnettiste sud-africaine. Le spectacle est une r\u00e9interpr\u00e9tation du chef-d\u2019\u0153uvre de Goethe, <em>Faustus<\/em>, compos\u00e9 en deux parties, publi\u00e9es respectivement en 1806 et en 1831. Le spectacle de Kentridge est relativement court (une heure et demie) et puise son intrigue dans les deux textes originaux. Les \u00e9v\u00e9nements d\u00e9filent presque comme dans un r\u00eave&nbsp;: Faustus signe le pacte qui donne son \u00e2me au d\u00e9mon, il rend visite \u00e0 une sorci\u00e8re qui lui permettra de retrouver la jeunesse \u00e9ternelle, il s\u00e9duit une jeune fille, se retrouve dans un empire africain, et tombe amoureux d\u2019H\u00e9l\u00e8ne, la femme de l\u2019empereur. On se demande finalement comment on est pass\u00e9 d\u2019un \u00e9pisode \u00e0 l\u2019autre pour en arriver l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Les rep\u00e8res visuels du spectacle contribuent \u00e0 l\u2019effet de flottement. On reconna\u00eet le d\u00e9cor&nbsp;: un bureau qui aurait pu exister \u00e0 tout moment entre l\u2019invention de la machine \u00e0 \u00e9crire et l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019ordinateur personnel, deux grandes biblioth\u00e8ques, un standard t\u00e9l\u00e9phonique. Au centre de la sc\u00e8ne, entre les deux biblioth\u00e8ques se trouve un \u00e9cran sur lequel sont projet\u00e9s des dessins anim\u00e9s r\u00e9alis\u00e9s par Kentridge au fusain. Ceux-ci signalent des changements d\u2019espace et de temps, montrant par exemple une carte qui indique que l\u2019on passe du Cameroun \u00e0 l\u2019Abyssinie. Malgr\u00e9 ces points d\u2019ancrage g\u00e9ographique, ces espaces ne sont pas diff\u00e9renci\u00e9s. On est bien en Afrique, mais pas dans un lieu pr\u00e9cis&nbsp;: il s\u2019agit d\u2019un univers symbolique, entour\u00e9 de signifiants de l\u2019Afrique colonis\u00e9e&nbsp;: ainsi les parodies, sur l\u2019\u00e9cran, d\u2019affiches publicitaires pour des produits issus de l\u2019exploitation coloniale de l\u2019Afrique se transforment en images de corps cicatris\u00e9s ou bless\u00e9s. Ces images entrent en \u00e9cho avec les violences auxquelles on voit Faust se livrer, en particulier lors de safaris sanglants pendant lesquels il tire sur toute la faune qu\u2019il voit, son fusil faisant un bruit de fouet.<\/p>\n\n\n\n<p>Le mythe \u00e0 l\u2019origine du spectacle est simple&nbsp;: le docteur Faust, profond\u00e9ment insatisfait par la vie qu\u2019il a v\u00e9cue jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, apprend la magie et conjure un d\u00e9mon qui lui propose son pacte. Comme dans la version de Goethe, lors du prologue au paradis, Dieu fait un pari avec un d\u00e9mon pour gagner une \u00e2me fid\u00e8le \u00e0 Dieu. On descend sur terre pour d\u00e9couvrir Faustus qui est en train de songer au suicide. Le d\u00e9mon, M\u00e9phistoph\u00e9l\u00e8s, lui propose un pacte&nbsp;: de son vivant il fera tout ce que lui demande Faustus, mais d\u00e8s sa mort, le docteur devra faire de m\u00eame pour lui. Ce qui fait la complexit\u00e9 ici n\u2019est pas la fable, mais le texte. Il est en effet tr\u00e8s dense, la traduction de la pi\u00e8ce de Goethe maintient les vers et les rimes, et y sont ajout\u00e9s encore des extraits du po\u00e8te sud-africain Lesego Rampolokeng, qui ajoute au texte un humour noir.<\/p>\n\n\n\n<p>Le propos central du spectacle est une critique de la colonisation de l\u2019Afrique par les puissances occidentales. Faustus est cens\u00e9 incarner cette puissance&nbsp;: on apprend qu\u2019il a tout exp\u00e9riment\u00e9, qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 cartographe, scientifique, magicien, et esclavagiste, comme si tout l\u2019appareil colonial \u00e9tait concentr\u00e9 en lui, et ce, bien avant qu\u2019il ne scelle son pacte avec M\u00e9phistoph\u00e9l\u00e8s. Cependant, pour un personnage qui concentre autant de pouvoir colonial, on ne le voit que tr\u00e8s peu agir. Litt\u00e9ralement, c\u2019est une marionnette, \u00e0 qui Atandwa Kani pr\u00eate sa voix. Tous les personnages humains sont des marionnettes par ailleurs. Le seul personnage en chair et en os est M\u00e9phistoph\u00e9l\u00e8s, incarn\u00e9 par le tr\u00e8s charismatique Wessel Pretorius. Le d\u00e9mon est de loin le personnage qui d\u00e9tient le plus de contr\u00f4le sur l\u2019\u00e9tat du monde, et sur l\u2019\u00e9tat de Faustus en particulier. Il se pr\u00e9tend serviteur du docteur, mais ce dernier est souvent tir\u00e9 d\u2019un c\u00f4t\u00e9 de l\u2019Afrique \u00e0 l\u2019autre selon les envies de M\u00e9phistoph\u00e9l\u00e8s, on a bien souvent l\u2019impression que m\u00eame sans le toucher, c\u2019est le d\u00e9mon qui tire les fils du docteur.<\/p>\n\n\n\n<p>Le caract\u00e8re all\u00e9gorique de la pi\u00e8ce devient alors probl\u00e9matique, les lectures auxquelles invitent les diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments de la mise en sc\u00e8ne \u00e9tant contradictoires. Le jeu physique entre M\u00e9phistoph\u00e9l\u00e8s et Faustus nous invite \u00e0 comprendre que ce dernier subit les diverses machinations du d\u00e9mon, qu\u2019une fois le pacte scell\u00e9, le docteur ne peut pas agir sans son aide. Si ses envies et son agentivit\u00e9 sont totalement repris en charge par M\u00e9phistoph\u00e9l\u00e8s, et si celui-ci est au premier degr\u00e9 un d\u00e9mon venu de l\u2019enfer qui poss\u00e8de des pouvoirs surnaturels, alors Faustus n\u2019est plus ma\u00eetre de lui-m\u00eame, donc les atrocit\u00e9s qu\u2019il commet par la suite ne seraient pas totalement les siennes. Le colonisateur ne serait donc en un sens pas responsable la colonisation. Si, au contraire, M\u00e9phistoph\u00e9l\u00e8s est une manifestation des d\u00e9sirs internes de Faustus, alors ce dernier est bel et bien responsable, mais d\u00e8s lors, le Dieu qui apparait au d\u00e9but et \u00e0 la fin de la pi\u00e8ce devient extr\u00eamement \u00e9trange. En effet, il pr\u00e9tend que le Faustus qu\u2019on pr\u00e9sente comme esclavagiste et empli d\u2019hubris d\u00e8s avant toute intervention d\u00e9moniaque serait un de ses fid\u00e8les serviteurs. Faut-il comprendre que les valeurs de ce Dieu sont compatibles avec celles affich\u00e9es par Faust, ou qu\u2019il ment&nbsp;? Dans tous les cas, le statut de cette divinit\u00e9 qui semble \u00eatre complice avec les pires atrocit\u00e9s humaines soul\u00e8ve de v\u00e9ritables questions.<\/p>\n\n\n\n<p>Si les effets d\u2019abstraction posent probl\u00e8me quant au personnage de Faustus, ils sont en revanche extr\u00eamement efficaces en ce qui concerne les dessins anim\u00e9s qui d\u00e9filent sur l\u2019\u00e9cran au centre de la sc\u00e8ne. Vers la fin du spectacle, on voit se concentrer tout le propos id\u00e9ologique de la pi\u00e8ce en quelques images brutales et frappantes : des bateaux remplis d\u2019esclaves dans un bol de soupe servi \u00e0 Faustus, accompagn\u00e9 du slogan \u00ab the poor are salted meat&nbsp;\u00bb (les pauvres sont de la viande sal\u00e9e). Toute la violence du r\u00e9gime colonial est l\u00e0 : Faust et M\u00e9phistoph\u00e9l\u00e8s transforment tout un continent en produit de consommation. Les corps humains se transforment en nourriture pour un app\u00e9tit qui n\u2019est jamais rassasi\u00e9, ou un fourneau qui ne doit jamais s\u2019\u00e9teindre. On se demande m\u00eame pourquoi M\u00e9phistoph\u00e9l\u00e8s aurait besoin d\u2019attendre que Faustus descende aux enfers pour le tourmenter. En effet, il semble bien que l\u2019enfer soit d\u00e9j\u00e0 sur terre.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>29 octobre 2025 <\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/muireann-walsh\/\">Muireann Walsh<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.comedie.ch\/fr\/faustus-in-africa\">Voir la page du spectacle <\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D&rsquo;apr\u00e8s Johann Wolfgang von Goethe \/ Mise en sc\u00e8ne par William Kentridge et Handspring Puppet Company\u2019s \/ Com\u00e9die de Gen\u00e8ve \/ Du 29 octobre au 1er novembre 2025 \/ Critiques par Laurie Boissenin et Muireann Walsh .<\/p>\n","protected":false},"author":1002847,"featured_media":23295,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,10,38],"tags":[320,314],"class_list":["post-23293","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-theatre-comedie","category-spectacle","tag-laurie-boissenin","tag-muireann-walsh"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23293","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002847"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=23293"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23293\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":23324,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23293\/revisions\/23324"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/23295"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=23293"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=23293"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=23293"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}