{"id":23185,"date":"2025-05-29T19:31:45","date_gmt":"2025-05-29T17:31:45","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=23185"},"modified":"2025-06-29T13:01:05","modified_gmt":"2025-06-29T11:01:05","slug":"biennale-out-of-the-box-biennale-des-arts-inclusifs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2025\/05\/biennale-out-of-the-box-biennale-des-arts-inclusifs\/","title":{"rendered":"Biennale Out of the Box (Biennale des Arts inclusifs)"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Biennale Out of the Box (Biennale des Arts inclusifs)<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Iris, performance mise en sc\u00e8ne par Alessandro Sciarroni \/ Sacre ! Spectacle de danse mis en sc\u00e8ne par Teresa Vittucci, Annina Machaz et leTheater HORA \/ An Evening with Tito Bone, performance mise en sc\u00e8ne par Tito Bone\/ Critiques par Hadrien Halter et Muireann Walsh . <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Iris <\/h2>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-default\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>24 mai 2025 <\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/hadrien-halter\/\">Hadrien Halter<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">L\u2019invariable de l\u2019intense rituel<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/05\/iris_article-1024x768.jpg\" alt=\"iris article\" class=\"wp-image-23186\" style=\"object-fit:cover;width:300px;height:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/05\/iris_article-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/05\/iris_article-267x200.jpg 267w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/05\/iris_article-227x170.jpg 227w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/05\/iris_article-768x576.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/05\/iris_article.jpg 1280w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Biennale Out of the Box<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>La Biennale Out of the Box pr\u00e9sente depuis 2013 des \u00e9v\u00e9nements artistiques centr\u00e9s sur les situations de handicap, quelles qu\u2019elles soient. Au centre sportif Le Sapay, \u00e0 Gen\u00e8ve, le spectacle d<\/em>\u2019<em>Alessandro Sciarroni met en parall\u00e8le natation et chant, dans un m\u00e9lange au r\u00e9sultat intense et tr\u00e8s explicite.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le principe du spectacle est simple&nbsp;: trois courses de natation o\u00f9 concourent nageurs et nageuses valides ou en diverses situations de handicap, entrecoup\u00e9es de reprises du motet <em>Sicut Cervus<\/em> de Palestrina (1604). Un principe fort, qui appelle \u00e0 la variation et au d\u00e9veloppement de son th\u00e8me. Tout commence lorsque le public est dans les gradins d\u2019une salle de sport. Se dressent parmi le public des chanteurs et chanteuses en maillots de bains, peignoirs et portant des planches de mousse, conduit.e.s par leur directeur (Oussama Mhanna) depuis le centre de la salle de gym. D\u2019abord assemblage de notes et syllabes r\u00e9p\u00e9t\u00e9es, dans un ensemble presque atonal mais paradoxalement harmonieux, le chant \u00e9volue vers le <em>Sicut Cervus<\/em>, et les chanteur.euse.s nous invitent \u00e0 les suivre, se m\u00ealant au public pour nous guider, quittant les gradins, descendant les marches, parcourant les corridors du centre sportif qui m\u00e8nent \u00e0 la piscine int\u00e9rieure dans une lente procession. L\u00e0, le public s\u2019installe sur les bancs \u00e0 disposition. \u00c9clair\u00e9e de lumi\u00e8res bleues, la piscine est calme, l\u2019eau tranquille. Seul \u00e9l\u00e9ment incongru&nbsp;: un cerf empaill\u00e9 orne un des coins de la pi\u00e8ce, en r\u00e9f\u00e9rence explicite au motet de Palestrina. Apr\u00e8s la fin de leur chant, les chanteurs et chanteuses s\u2019immobilisent, certains assis dans le public, d\u2019autres les pieds dans l\u2019eau, d\u2019autres encore en retrait. Commence alors le ballet chant-natation qui compose le corps de ce spectacle.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e0 o\u00f9 <em>Iris<\/em> est d\u00e9routant, c\u2019est par son inflexible droiture&nbsp;: chaque \u00e9preuve est introduite de la m\u00eame mani\u00e8re par Virginie Portal, la juge-arbitre. Elle pr\u00e9sente les comp\u00e9titeur.ice.s et leurs handicaps (s\u2019iels en ont), ainsi que la cat\u00e9gorie dans laquelle chacun.e participe. Sa voix est nette, claire, ne souffrant aucune variation. Les coups de sifflets sont nets et implacables, ses ordres stricts. Une fois la course termin\u00e9e, les r\u00e9sultats son annonc\u00e9s avec la m\u00eame solennit\u00e9, les nageur.euse.s quittent le bassin, Oussama Mhanna s\u2019avance et les chanteurs et chanteuses reprennent <em>Sicut Cervus<\/em>. Une. Deux. Trois fois. Les variations sont infimes, au point qu\u2019elles semblent anodines parfois, malgr\u00e9 la performance qu\u2019elles impliquent. Le tout fonctionne comme une machinerie bien huil\u00e9e et \u00e0 la pr\u00e9cision proverbialement helv\u00e9tique.<\/p>\n\n\n\n<p>Les espaces du chant et de la natation, bien que r\u00e9unis dans la m\u00eame piscine, ne se croisent jamais, ou si rarement. Les nageur.euse.s concourent comme \u00e0 n\u2019importe quelle comp\u00e9tition, et leur performance physique, bien qu\u2019impressionnante, est peu mise en relief par la c\u00e9r\u00e9monie. L\u2019eau est leur \u00e9l\u00e9ment et rien ne vient perturber la prouesse presque attendue de la part de nageurs et nageuses professionnel.le.s ou semi-pro. Au contraire, les rares moments o\u00f9 les chanteur.euse.s interagissaient avec l\u2019eau sont vraiment sp\u00e9ciaux et trait\u00e9s comme tels. Les chanteurs et chanteuses semblent ravi.e.s d\u2019\u00eatre l\u00e0, certain.e.s sautent dans la piscine en faisant des tours sur eux-m\u00eames. Leur performance para\u00eet parfois m\u00eame plus extraordinaire que celle des nageur.euse.s en comp\u00e9tition, comme lorsqu\u2019iels se laissent flotter sur des planches de mousse, tout en chantant en parfaite harmonie et en rythme, alors qu\u2019il est impossible pour l\u2019ensemble de pouvoir suivre les gestes de leur directeur, sans parler de l\u2019effort physique de chanter en se laissant porter. Chaque membre du ch\u0153ur peut interagir avec l\u2019eau de mani\u00e8re naturelle, tout en conservant une certaine gravit\u00e9, qui est transmise au ch\u0153ur tout entier. Dans son ensemble, l\u2019action du ch\u0153ur est aussi rigide, lente, solennelle et droite que la comp\u00e9tition de natation.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est incongru d\u2019assister en silence \u00e0 une comp\u00e9tition sportive, dans un calme m\u00e9ditatif, un mutisme respectueux durant lequel public comme ch\u0153ur observent sans un mot la performance physique. La solennit\u00e9 du spectacle dans son entier interdisait l\u2019interruption, le mouvement, le bruit qui briserait l\u2019espace de dignit\u00e9 dans lequel \u00e9voluent les nageur.euse.s. Alors m\u00eame que la repr\u00e9sentation \u00e9tait \u00ab&nbsp;Relax&nbsp;\u00bb, personne n\u2019a quitt\u00e9 la salle, \u00e9chang\u00e9 plus de quelques murmures ou n\u2019a boug\u00e9. Sans \u00eatre guind\u00e9e, l\u2019atmosph\u00e8re de la piscine \u00e9tait celle d\u2019un public retenant son souffle par peur de briser la d\u00e9f\u00e9rence pour les sportifs et sportives. Comme si personne, artistes comme spectateurs et spectatrices, n\u2019en avait l\u2019autorisation.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ensemble, la rigidit\u00e9 du cadre, le silence du public, la nature du <em>Sicut Cervus<\/em>, bas\u00e9 sur un psaume tout ram\u00e8ne <em>Iris<\/em> \u00e0 une sorte de c\u00e9r\u00e9monie rituelle, religieuse, avec toute la force \u00e9vocatrice et toute l\u2019inflexibilit\u00e9 r\u00e9flexive que cela am\u00e8ne. Le public n\u2019est jamais perdu, tout est direct. Le cerf empaill\u00e9 est justifi\u00e9 par l\u2019utilisation du <em>Sicut Cervus <\/em>(\u00ab&nbsp;Comme le cerf&nbsp;\u00bb&nbsp;, les premiers mots du psaume 42 de la Bible et de la Torah). Le psaume, mis en musique dans le motet de Palestrina, est justifi\u00e9 par le lien avec l\u2019eau, son d\u00e9sir profond qui anime le cerf. Tout est clair, sans ambigu\u00eft\u00e9s. Le spectacle prend la forme d\u2019une messe, d\u2019une c\u00e9r\u00e9monie religieuse, d\u2019un rituel sacr\u00e9, demande \u00e0 son public le m\u00eame respect silencieux, le guide sans jamais tout expliquer, sans pourtant qu\u2019il soit perdu, puisque tout est clair, \u00e0 port\u00e9e de main.<\/p>\n\n\n\n<p>Une forme de frustration na\u00eet malgr\u00e9 tout de cet ensemble simili-religieux, de cette machine que rien ne saurait d\u00e9ranger. Une fois le th\u00e8me expos\u00e9, une fois les r\u00e8gles instaur\u00e9es et d\u00e9montr\u00e9es, plus rien ne change. Une fois la procession termin\u00e9e, le public a entendu l\u2019entier du motet de Palestrina de multiples fois. Une fois que la juge-arbitre a termin\u00e9 d\u2019expliquer au public les diff\u00e9rentes cat\u00e9gories de comp\u00e9tition, correspondant aux diff\u00e9rents handicaps et \u00e0 leur s\u00e9v\u00e9rit\u00e9, une fois qu\u2019on a assist\u00e9 \u00e0 la premi\u00e8re \u00e9preuve, le reste du spectacle ne d\u00e9vie pas (ou peu) de ce qu\u2019il a \u00e9tabli. Chant, natation, chant, natation, chant, natation.<\/p>\n\n\n\n<p>Les quelques d\u00e9veloppements que les artistes pr\u00e9sentent (les artistes choraux uniquement, puisque les nageur.euse.s et la juge-arbitre ne varient jamais) ne parviennent jamais \u00e0 d\u00e9passer le cadre fix\u00e9 au d\u00e9part. Certes, d\u2019instant chant\u00e9 en instant chant\u00e9, les choristes sautent \u00e0 l\u2019eau, parfois avec l\u2019enjolivure d\u2019une pirouette&nbsp;; certes, iels finissent par rejoindre l\u2019eau, flottant en chantant sur la surface calme, mais sans que jamais rien ne surprenne. Comme si le carcan de la performance \u00e9tait trop solide pour permettre son d\u00e9passement.<\/p>\n\n\n\n<p>La v\u00e9ritable lib\u00e9ration des contraintes arrive apr\u00e8s&nbsp;le spectacle&nbsp;: une fois la performance termin\u00e9e et sous les applaudissements, les nageur.euse.s et les choristes sautent \u00e0 l\u2019eau et se rejoignent enfin, avec une joie sinc\u00e8re \u00e0 batifoler ensemble dans la piscine. Un moment de sinc\u00e9rit\u00e9 spontan\u00e9e bienvenu apr\u00e8s un spectacle presque \u00e9touffant de beaut\u00e9 et de gr\u00e2ce contr\u00f4l\u00e9e, de respect silencieux et d\u2019\u00e9motions contenues. On applaudit avec enthousiasme, tout autant \u00e0 la performance artistique et \u00e0 son carcan serr\u00e9 qu\u2019\u00e0 son regorgement r\u00e9joui.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>24 mai 2025 <\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/hadrien-halter\/\">Hadrien Halter<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>24 mai 2025<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/muireann-walsh\/\">Muireann Walsh<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>\u00c0 la recherche de Dieu dans un bassin de 25 m\u00e8tres<\/strong><\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/05\/iris_article-1024x768.jpg\" alt=\"iris article\" class=\"wp-image-23186\" style=\"object-fit:cover;width:300px;height:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/05\/iris_article-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/05\/iris_article-267x200.jpg 267w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/05\/iris_article-227x170.jpg 227w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/05\/iris_article-768x576.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/05\/iris_article.jpg 1280w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Biennale Out of the Box<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Entre des voix humaines pr\u00e9sent\u00e9es sans artifice et des nager-euse-s engag\u00e9-es dans une comp\u00e9tition performative, Alessandro Sciarroni cherche \u00e0 r\u00e9investir la piscine publique, la transformant en un lieu rituel, presque sacr\u00e9.<\/em>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le spectacle, cr\u00e9\u00e9 pour le Festival d\u2019Automne \u00e0 Paris, repris par la Com\u00e9die de Gen\u00e8ve et jou\u00e9 \u00e0 la piscine du Sapay dans le cadre de la Biennale <em>Out of the Box<\/em>, est une performance et un po\u00e8me sc\u00e9nique qui se d\u00e9roule en quatre mouvements chant\u00e9s tir\u00e9s du <em>Sicut Cervus, <\/em>le fameux motet de Palestrina publi\u00e9 au d\u00e9but du XVIIe si\u00e8cle,&nbsp;et trois courses nag\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Iris <\/em>se d\u00e9roule dans une piscine publique, haut-lieu des complexes esth\u00e9tiques. Dans ce spectacle cependant, le potentiel dramatique de l\u2019espace est exploit\u00e9 pour le transformer en un lieu \u00e0 la fois th\u00e9\u00e2tral et sacr\u00e9, o\u00f9 on est invit\u00e9 \u00e0 regarder, et pas seulement \u00e0 voir, le corps humain. D\u00e8s son arriv\u00e9e dans l\u2019espace de la piscine, le public lui-m\u00eame est mis en sc\u00e8ne, tout comme les performeurs. La premi\u00e8re partie du spectacle se d\u00e9roule dans les gradins de la salle de gymmastique au-dessus de la piscine. Les choristes (l\u2019Ensemble Dynamique) sont d\u00e9j\u00e0 install\u00e9s dans les gradins, habill\u00e9s en maillots de bain et en peignoirs. Une fois le public install\u00e9 \u00e0 leurs c\u00f4tes, le chef de ch\u0153ur (Oussama Mhanna) entre dans la salle \u2013 on le voit en surplomb, il leur fait un signe, et ils entonnent leur chant. Apr\u00e8s plusieurs minutes de chant lent, \u00e0 l\u2019unisson, puis de quintes et octaves justes, qui se d\u00e9veloppent vers une polyphonie plus complexe, les choristes nous invitent \u00e0 nous d\u00e9placer, sans jamais cesser leur chant. Le public forme une lente procession, descendant un long escalier de b\u00e9ton et des couloirs de b\u00e9ton pour arriver vers la piscine.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Les lumi\u00e8res y sont basses, la palette de couleurs est, tout comme l\u2019eau du bassin, domin\u00e9e par le bleu. La lumi\u00e8re des projecteurs se r\u00e9fl\u00e9chit contre la surface de l\u2019eau, produisant&nbsp;l\u2019impression de vagues au plafond. L\u2019effet cr\u00e9\u00e9 est celui d\u2019une occasion solennelle, marqu\u00e9e par sa progression lente, intentionnelle. Puis, on entend un long sifflement strident, choquant apr\u00e8s les r\u00e9p\u00e9titions quasi-hypnotiques du ch\u0153ur, et une nageuse apparait sur le muret qui se trouve \u00e0 une extr\u00e9mit\u00e9 du bassin. Dans un silence complet, elle plonge dans l\u2019eau. On n\u2019entend que les battements de ses bras contre l\u2019eau. Son aller-retour accompli, elle sort de l\u2019eau, et l\u2019arbitre (Virginie Portal), habill\u00e9e en blanc, explique que nous allons assister \u00e0 plusieurs courses. Les nageur-eus-s, certains valides, d\u2019autres vivant avec des handicaps, auront des scores ajust\u00e9s selon un tableau officiel qui permettra de produire un classement qui prend en compte les diff\u00e9rences physiques entre chacun. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi cette forme de comp\u00e9tition ritualis\u00e9e\u202f? L\u2019arbitre explique syst\u00e9matiquement apr\u00e8s chaque course la situation de handicap de chaque participant, et la cat\u00e9gorie dans laquelle iel court habituellement. Elle annonce qu\u2019elle utilise \u00ab\u202fun tableau officiel pour \u00e9tablir un classement aux points\u202f\u00bb avant d\u2019annoncer le classement pour chaque course. Les courses ont lieu en silence, et lorsque les victoires sont annonc\u00e9es, on voit mal les r\u00e9actions des nageur-euse-s face \u00e0 ces r\u00e9sultats, ou m\u00eame s\u2019ils r\u00e9agissent du tout. Quand ils et elles sortent de l\u2019eau, l\u2019annonceuse \u00e9change sa place avec le chef du ch\u0153ur, et le chant reprend. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>On voit les similitudes : la nage et le chant sont r\u00e9gis par une autorit\u00e9 principale, et incarnent des rites diff\u00e9rents. Le chant cyclique et r\u00e9p\u00e9titif du psaume met en regard la volont\u00e9 d\u2019\u00eatre proche de Dieu, et la souffrance, la soif \u00e9prouv\u00e9e face \u00e0 Son absence.&nbsp;La comp\u00e9tition, m\u00eame s\u2019il s\u2019agit d\u2019un rite familier, produit un effet d\u2019\u00e9tranget\u00e9 par cette mise en sc\u00e8ne, par l\u2019\u00e9cho avec la musique sacr\u00e9e, et par le cadre regorgeant de tant de solennit\u00e9. Les nageur-euse-s sont bien plus restreints dans le type d\u2019actions qu\u2019iels peuvent entreprendre de leur propre volont\u00e9. Les choristes se d\u00e9placent, \u00e0 certains moments sautent \u00e0 l\u2019eau, certains et certaines chantent des longs passages en flottant sur leur dos, ils traversent l\u2019espace lentement et d\u00e9licatement. Les nageurs, au contraire, sont cantonn\u00e9s dans leur espace \u00e0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 de la salle. Ils en sortent pour leur course, puis ils s\u2019y retrouvent apr\u00e8s. Le cadre de la comp\u00e9tition semble forc\u00e9, artificiel et froid en comparaison avec la fragilit\u00e9 des voix des choristes, et leur proximit\u00e9 physique avec le public. Une tension se joue autour de l\u2019eau, entre les deux groupes, leurs utilisations de l\u2019espace commun du bassin, leur ma\u00eetrise respective de l\u2019eau.<\/p>\n\n\n\n<p>Ajoutons qu\u2019un cerf grandeur nature est pos\u00e9 pr\u00e8s du bord du bassin. Il ne participe pas r\u00e9ellement \u00e0 ce qui se fait dans la salle. &nbsp;S\u2019agit-il du cerf qui cherche l\u2019eau dans le texte du <em>Sicut Cervus <\/em>que chantent les choristes&nbsp;? Sa pr\u00e9sence dans ce contexte nous invite \u00e0 en faire aussi une interpr\u00e9tation symbolique, mais il est difficile de lire laquelle. L\u2019exp\u00e9rience, avec son atmosph\u00e8re alourdie \u00e0 la fois par l\u2019air chaud et humide de la salle et le s\u00e9rieux extr\u00eame du public, s\u2019apparente \u00e0 celle d\u2019assister \u00e0 une messe catholique alors qu\u2019on n\u2019est pas croyant. Une forme de myst\u00e8re s\u2019y joue, on est par moments pris dans un \u00e9lan artistique, mais faute de pouvoir faire le lien entre les diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments, on peine \u00e0 y trouver le recueillement ou la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration revendiqu\u00e9es par la feuille de salle.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faudrait n\u00e9anmoins mentionner la grande qualit\u00e9 esth\u00e9tique du spectacle. La piscine est un lieu qui a tendance \u00e0 concentrer les inqui\u00e9tudes de chacun par rapport \u00e0 la perception de son propre corps, puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019un des seuls lieux publics ou on est tant \u00e0 d\u00e9couvert. Il s\u2019agit donc d\u2019un espace qui rend visibles les diff\u00e9rences, et les ins\u00e9curit\u00e9s physiques, qui rend&nbsp; vuln\u00e9rable. La grande force du spectacle de Sciarroni r\u00e9side dans la r\u00e9appropriation qu\u2019il op\u00e8re sur le regard dans cet espace polaris\u00e9. Les lumi\u00e8res basses, la proximit\u00e9 des choristes, l\u2019attention sp\u00e9ciale port\u00e9e \u00e0 l\u2019action de la nage permettent de voir les corps humains dans de multiples d\u00e9clinaisons, grands, petits, muscl\u00e9s, gras, durs, mous, amput\u00e9s, f\u00e9minins, masculins, lents, rapides, cicatris\u00e9s, vieux, jeunes, et de mettre en lumi\u00e8re leur beaut\u00e9. Il semble que tout corps est beau, d\u00e8s lors qu\u2019il est mis en mouvement. Reste alors \u00e0 interroger les conditions sous lesquelles cette beaut\u00e9 peut \u00eatre rendue visible.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>24 mai 2025<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/muireann-walsh\/\">Muireann Walsh<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/biennaleoutofthebox.ch\/programme\/iris\/\">Voir la page du spectacle Iris <\/a><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Sacre ! <\/h2>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-default\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>26 mai 2025 <\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/hadrien-halter\/\">Hadrien Halter<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Sacrifier le sacre, d\u00e9ritualiser le rite<\/strong><\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/05\/sacre-_article-1024x768.jpg\" alt=\"philip frowein\" class=\"wp-image-23189\" style=\"object-fit:cover;width:300px;height:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/05\/sacre-_article-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/05\/sacre-_article-267x200.jpg 267w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/05\/sacre-_article-227x170.jpg 227w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/05\/sacre-_article-768x576.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/05\/sacre-_article.jpg 1280w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Biennale Out of the Box<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Reprenant un des ballets les plus mythiques du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, les metteuses en sc\u00e8ne Teresa Vittucci et Annina Machaz, accompagn\u00e9es de la troupe du Theater HORA, d\u00e9montent et remontent l\u2019\u0153uvre de Stravinski en lui r\u00e9insufflant une vitalit\u00e9 digne de la transgression musicale qu\u2019\u00e9tait l\u2019\u0153uvre lors de sa cr\u00e9ation un si\u00e8cle plus t\u00f4t. Un spectacle qui ne laisse pas indiff\u00e9rent.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Un homme en costume de dent sectionne un doigt g\u00e9ant avec une hache, une scie, une tron\u00e7onneuse, sous les yeux agressifs de ses camarades dents, au comportement tigresque. La troupe se jette alors sur les entrailles d\u00e9vers\u00e9es par le doigt.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout a commenc\u00e9 sur un noir : deux danseuses nues, typiques d\u2019un spectacle clich\u00e9 de danse moderne, peuvent \u00e0 peine commencer leur spectacle qu\u2019un policier s\u2019empare d\u2019elles, les plaque contre un mur du plateau, puis les escorte hors de la salle aux cris de \u00ab&nbsp;We just wanna dance&nbsp;!&nbsp;\u00bb. Ce n\u2019est pas leur show. C\u2019est le show de ces membres du public particuli\u00e8rement v\u00e9h\u00e9ments, qui s\u2019\u00e9lancent depuis le premier rang au son de <em>I want it that way<\/em> des Backstreet Boys. Voil\u00e0 nos performers&nbsp;! Apr\u00e8s ce num\u00e9ro d\u2019introduction, une \u00e9trange silhouette fait son apparition, ressemblant fortement \u00e0 un tsch\u00e4gg\u00e4tt\u00e4 du carnaval du L\u00f6tschental. Le <em>Sacre<\/em> commence.<\/p>\n\n\n\n<p>La sc\u00e8ne, l\u00e9g\u00e8rement d\u00e9sax\u00e9e par rapport au public, repr\u00e9sente une bouche grande ouverte, peinte au sol ou faite de tissus tendus, luette incluse. Au sol et sur la paroi du fond, un cercle blanc figure la dentition. Pourtant les dents bougent. Chaque danseur, en habit noir, porte sur son dos un dessin de dent. Tout le spectacle se passe dans cette bouche, \u00e0 suivre ces dents. Mais cet organe devient vite un espace d\u00e9passant l\u2019humain, et ces dents changent rapidement d\u2019apparence et de comportement. Chaque partie du spectacle est un tableau figurant une situation plut\u00f4t claire&nbsp;: ici les dents, inspect\u00e9es par une brosse \u00e0 dent, sont ensuite retir\u00e9es (\u00ab&nbsp;tu\u00e9es&nbsp;\u00bb) une \u00e0 une par un marteau-piqueur, \u00e9voquant une op\u00e9ration de dentiste&nbsp;; l\u00e0 elles s\u2019attaquent \u00e0 un doigt, comme des pr\u00e9dateurs affam\u00e9s, se d\u00e9lectant des chairs qu\u2019elles y trouvent. Plusieurs tableaux d\u00e9passent cependant l\u2019entendement&nbsp;: que fait l\u00e0 ce robot, sorti de la gorge (qui elle-m\u00eame sert de coulisses aux performers)&nbsp;? Qui est cette figure carnavalesque \u00e9voqu\u00e9e plus t\u00f4t&nbsp;? Certains costumes ne sont pas identifiables, comme celui, bigarr\u00e9, d\u2019une sorte d\u2019oiseau ou d\u2019extra-terrestre. Et que dire des nombreuses sc\u00e8nes de guerre, de lutte \u00e0 l\u2019arme \u00e0 feu et de massacres qui \u00e9gr\u00e8nent le spectacle&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Il est difficile de trouver le sens exact du propos, mais est-ce seulement n\u00e9cessaire qu\u2019il y en ait un&nbsp;? La joie et l\u2019\u00e9nergie ind\u00e9niables des danseur.euse.s, parfois accompagn\u00e9.e.s par les metteuses en sc\u00e8ne, se suffit \u00e0 elle-m\u00eame. Le travail de chor\u00e9graphie donne un sens aux gestes que la parole peine \u00e0 transmettre. Un r\u00e9sultat d\u2019autant plus remarquable qu\u2019il para\u00eet parfaitement adapt\u00e9 \u00e0 la troupe du Theater HORA compos\u00e9e d\u2019artistes trisomiques. La chor\u00e9graphie, sans perdre en complexit\u00e9, s\u2019adapte \u00e0 la vitesse de chacun, et m\u00eame si l\u2019ensemble n\u2019est pas parfaitement coordonn\u00e9, elle reste esth\u00e9tique et \u00e9vocatrice. Chaque geste accompagne le morceau de Stravinski avec une force prenante. Chaque tableau, m\u00e9lange de danse et de performance physique (comme lorsque les danseur.euse.s s\u2019\u00e9lancent depuis la gorge et courent le long des gencives peintes au sol, une personne apr\u00e8s l\u2019autre), accompagne parfaitement la musique. M\u00eame les moments improvis\u00e9s se joignent \u00e0 l\u2019ensemble sans difficult\u00e9&nbsp;: imitant des tigres affam\u00e9s, certaines des dents, profitant de l\u2019inattention de leur montreur (une dent lui-aussi), s\u2019\u00e9lancent sur les premiers rangs et s\u2019emparent avec leurs dents de sacs de membres du public, au point que le montreur doit v\u00e9ritablement arracher lesdits sacs et les rendre, contrit, aux gens auxquels ils ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9rob\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors que la fin du spectacle approche, lors d\u2019une sc\u00e8ne de bataille particuli\u00e8rement intense autant visuellement qu\u2019auditivement (les cris au micro de l\u2019un des performers recouvrant presque la musique pourtant cacophonique), une \u00e9trange figure accompagn\u00e9e d\u2019un serpent t\u00e9l\u00e9command\u00e9 fait son apparition, semblable \u00e0 un Mo\u00efse ou \u00e0 un dieu \u00e0 t\u00eate animale. Mettant fin par sa pr\u00e9sence seule \u00e0 la rage des dents, il dresse sa main vers la gorge&nbsp;: les draps sont arrach\u00e9s, r\u00e9v\u00e9lant la figure de tsch\u00e4gg\u00e4tt\u00e4 qui avait ouvert le <em>Sacre<\/em>. C\u2019est la fin, noir.<\/p>\n\n\n\n<p>Aussi brusque dans son introduction que dans son d\u00e9veloppement et dans sa fin, surprenant, d\u00e9routant et prenant \u00e0 chaque instant, le spectacle du Theater HORA marque par les images qu\u2019il propose, sans pour autant rebuter par son chaos et son herm\u00e9tisme. Une performance qui s\u00e9duit en r\u00e9ussissant le pari paradoxal d\u2019\u00eatre un hommage transgressif \u00e0 un classique transgressif.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>26 mai 2025 <\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/hadrien-halter\/\">Hadrien Halter<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/biennaleoutofthebox.ch\/programme\/sacre\/\">Voir la page du spectacle Sacre ! <\/a><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">An evening with Tito Bone<\/h2>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>28 mai 2025 <\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/hadrien-halter\/\">Hadrien Halter<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Un cocktail soft<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/05\/tito-bone_article-1024x683.jpg\" alt=\"tito bone article\" class=\"wp-image-23200\" style=\"object-fit:cover;width:300px;height:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/05\/tito-bone_article-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/05\/tito-bone_article-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/05\/tito-bone_article-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/05\/tito-bone_article-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/05\/tito-bone_article-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/05\/tito-bone_article.jpg 1800w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Biennale Out of the Box<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Tito Bone est un&nbsp;<\/em>drag king non-binaire aveugle et bisexuel<em>, dot\u00e9 d\u2019une forte personnalit\u00e9 et d\u2019un d\u00e9sir profond de se montrer au monde tel qu\u2019il est et de nous mettre face \u00e0 nos id\u00e9es re\u00e7ues, nos facilit\u00e9s et nos envies. Pour cette derni\u00e8re soir\u00e9e de la Biennale Out of the Box, le spectacle du drag king, qui se rapproche plus d\u2019un stand up musical, \u00e9voque avec beaucoup d\u2019auto-d\u00e9rision et d\u2019\u00e9nergie les difficult\u00e9s qu\u2019une personne comme ellui peut rencontrer dans sa vie de tous les jours. Un moment divertissant qui touche la cible sans pour autant frapper dans le mille.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><br>Pendant une petite heure, Tito Bone, en costumes flashy, barbe \u00e0 paillette et canne arc-en-ciel, chante, rit, plaisante et partage son exp\u00e9rience. Entre chansons parodiques, faux documentaire animalier, danse et effets de connivence avec le public, iel \u00e9voque les diff\u00e9rents aspects de sa vie qui la rendent atypique. Il est vrai qu\u2019iel cumule les attributs qui le mettent \u00ab&nbsp;\u00e0 part&nbsp;\u00bb. Personne non-binaire dans un milieu jouant avec les clich\u00e9s des genres, personne aveugle dans un milieu domin\u00e9 par le visuel, personne bisexuelle&nbsp;dans une soci\u00e9t\u00e9 qui peine \u00e0 reconna\u00eetre les attractions non-binaires : un cocktail qui promet une personnalit\u00e9 bien tremp\u00e9e et un show explosif.<\/p>\n\n\n\n<p>Que ce soit dans l\u2019\u00e9criture des parodies musicales ou dans la performance chant\u00e9e elle-m\u00eame, la musique est le point fort de ce show. Dot\u00e9 d\u2019un talent ind\u00e9niable pour le chant, Tito Bone r\u00e9gale par ses vocalises et l\u2019\u00e9nergie folle qu\u2019iel d\u00e9gage, accompagn\u00e9 d\u2019une bande sonore ou de son fid\u00e8le ukul\u00e9l\u00e9. On se r\u00e9jouit de reconna\u00eetre les chansons qu\u2019iel entonne et de r\u00e9aliser comment elles ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9tourn\u00e9es.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il est pourtant difficile de parler ici d\u2019un&nbsp;<em>drag show<\/em>. Entre stand up, musique humoristique, sketches, il manque \u00e0 ce spectacle un des \u00e9l\u00e9ments centraux du drag&nbsp;: la subversion du genre, ou du moins le jeu sur le genre, et son exag\u00e9ration. Cette subversion est bien pr\u00e9sente dans des \u00e9l\u00e9ments visuels&nbsp;\u2013 barbe, maquillage masculinisant, habits paillet\u00e9s&nbsp;; le&nbsp;<em>drag king non-binaire aveugle et bisexuel<\/em>&nbsp;est engageant, amusant, tr\u00e8s excit\u00e9 sexuellement, oui. Mais iel n\u2019est que peu subversif. Les plaisanteries reposent principalement sur les aspects centraux de sa vie&nbsp;: sa non-binarit\u00e9, sa c\u00e9cit\u00e9 et le fait d\u2019\u00eatre un drag king. On rit avec lui, en chanson ou en sketch, lorsqu\u2019il \u00e9voque avec dynamisme les diff\u00e9rentes mani\u00e8res dont ces facettes de son existence influencent sa vie, tout en regrettant de ne pas assez lae voir sortir des sentiers battus. C\u2019est plut\u00f4t par sa mani\u00e8re de d\u00e9livrer ses farces que le&nbsp;<em>drag king non-binaire aveugle et bisexuel<\/em>&nbsp;fait rire, par exemple dans des moments de sinc\u00e9rit\u00e9, o\u00f9 iel s\u2019adresse \u00e0 un membre du public qui lui r\u00e9pond \u00e0 la vol\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, certaines de ses histoires laissent entrevoir un monde entier d\u2019humour et de sinc\u00e9rit\u00e9 dans lequel iel pourrait puiser. Une partie de son spectacle se concentre sur le fait qu\u2019iel est un drag king en p\u00e9rim\u00e9nopause, ce qui implique des changements corporels et donc un changement de regard sur son corps, d\u2019autant plus pour une personne non-binaire&nbsp;: un sujet int\u00e9ressant et pourtant peu exploit\u00e9 dans ce show. Lorsqu\u2019iel \u00e9voque les difficult\u00e9s qu\u2019un<em>&nbsp;drag king non-binaire, bisexuel et aveugle&nbsp;<\/em>rencontre pour percer dans le milieu artistique, parce que rien n\u2019est adapt\u00e9 pour ellui, iel laisse au public la t\u00e2che d\u2019imaginer ce qui pourrait rendre difficile ce projet. Le drag est un art fondamentalement visuel&nbsp;: paillettes color\u00e9es, coiffures \u00e9labor\u00e9es, maquillages caricaturaux, costumes criards, le tout s\u2019\u00e9quilibrant avec \u00e9l\u00e9gance. On mesure l\u2019enjeu pour une personne \u00e0 la c\u00e9cit\u00e9 quasi-totale et on voudrait pouvoir entrer davantage dans son monde, le comprendre comme iel le comprend.<\/p>\n\n\n\n<p>Un cocktail intriguant qui n\u2019\u00e9tanche pourtant pas toute notre soif&nbsp;: on aurait presque souhait\u00e9 qu\u2019il soit plus s\u00e9rieux dans son personnage, pour nous permettre de rire non des \u00e9checs mais des exc\u00e8s&nbsp;de ce&nbsp;<em>drag king non-binaire, aveugle et bisexuel<\/em>&nbsp;avec qui on a tr\u00e8s envie de partager une soir\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/biennaleoutofthebox.ch\/programme\/an-evening-with-tito-bone\/\">Voir la page du spectacle An evening with Tito Bone<\/a><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2025\/06\/entretien-avec-la-compagnie-quiplash-sur-an-evening-with-tito-bone\/\">Voir l&rsquo;entretien avec la compagnie Quiplash (Amelia Lander-Cavallo, Al Lander-Cavallo, Adae Bajomo) autour du spectacle An evening with Tito Bone, men\u00e9 par Muireann Walsh<\/a>. <\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><em>Iris<\/em>, performance mise en sc\u00e8ne par Alessandro Sciarroni \/ <em>Sacre !<\/em> Spectacle de danse mis en sc\u00e8ne par Teresa Vittucci, Annina Machaz et leTheater HORA \/ <em>An Evening with Tito Bone<\/em>, performance mise en sc\u00e8ne par Tito Bone\/ Critiques par Hadrien Halter et Muireann Walsh .<\/p>\n","protected":false},"author":1002847,"featured_media":23195,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","_seopress_analysis_target_kw":"","footnotes":""},"categories":[246,32,34,38],"tags":[305,314],"class_list":["post-23185","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-biennale-out-of-the-box","category-critique","category-expired","category-spectacle","tag-hadrien-halter","tag-muireann-walsh"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23185","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002847"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=23185"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23185\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":23216,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23185\/revisions\/23216"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/23195"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=23185"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=23185"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=23185"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}