{"id":23177,"date":"2025-05-26T17:43:42","date_gmt":"2025-05-26T15:43:42","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=23177"},"modified":"2025-05-27T15:26:38","modified_gmt":"2025-05-27T13:26:38","slug":"le-lasagne-della-nonna","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2025\/05\/le-lasagne-della-nonna\/","title":{"rendered":"Le Lasagne della Nonna"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Le Lasagne della Nonna<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Conception et mise en sc\u00e8ne par Massimo Furlan et Claire de Ribaupierre \/ Th\u00e9\u00e2tre Les Halles (Sierre) \/ Du 23 au 24 mai 2025 \/ Critiques par Laurie Boissenin et Alexia Gay . <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>23 mai 2025<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/laurie-boissenin\/\">Laurie Boissenin<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Trouver sa place autour d\u2019un plat de lasagnes<\/strong><\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/05\/copypierrenydeggerfilage-lelasagnecopypierrenydegger-1024x683.jpg\" alt=\"\u00a9pierrenydeggerfilage lelasagne\u00a9pierrenydegger\" class=\"wp-image-23178\" style=\"object-fit:cover;width:300px;height:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/05\/copypierrenydeggerfilage-lelasagnecopypierrenydegger-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/05\/copypierrenydeggerfilage-lelasagnecopypierrenydegger-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/05\/copypierrenydeggerfilage-lelasagnecopypierrenydegger-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/05\/copypierrenydeggerfilage-lelasagnecopypierrenydegger-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/05\/copypierrenydeggerfilage-lelasagnecopypierrenydegger-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/05\/copypierrenydeggerfilage-lelasagnecopypierrenydegger.jpg 1800w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Pierre Nydegger<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Apr\u00e8s <\/em>Les Italiens<em> (2019), Massimo Furlan et Claire de Ribaupierre mettent en lumi\u00e8re \u2013 et en paillettes \u2013 la sp\u00e9cificit\u00e9 de l\u2019exp\u00e9rience f\u00e9minine lors de l\u2019immigration italienne en Suisse. Six interpr\u00e8tes livrent leurs r\u00e9cits de vie v\u00e9ritables avec vuln\u00e9rabilit\u00e9&nbsp;: une drag queen, quatre <\/em>nonne <em>et un jeune Marocain. Cette cr\u00e9ation de 2024 rassemble ces parcours h\u00e9t\u00e9roclites autour d\u2019une souffrance commune&nbsp;: celle de ne pas appartenir. Pendant 1h30, le public est convi\u00e9 \u00e0 la table de <\/em>laNonna<em> afin de savourer les diff\u00e9rentes couches d\u2019une lasagne interg\u00e9n\u00e9rationnelle et interculturelle dans un moment de partage profond.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Dans un monde politiquement cliv\u00e9, le duo artistique Furlan-Ribaupierre r\u00e9ussit le pari d\u2019un spectacle m\u00e9diateur qui agit comme une bouff\u00e9e d\u2019air frais. L\u2019empathie des dialogues fait l\u2019effet d\u2019une caresse affectueuse, alors que l\u2019intimit\u00e9 des r\u00e9cits provoque un choc \u00e9motionnel. Le public est alors invit\u00e9 \u00e0 s\u2019identifier aux exp\u00e9riences racont\u00e9es sur sc\u00e8ne, le poussant \u00e0 une rencontre avec lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la fois tendre et triomphal, Davide Brancato m\u00e8ne le bal avec prestance. La lumi\u00e8re des projecteurs fait miroiter les paillettes de sa robe azur, soulignant sa silhouette masculine. V\u00e9ritable diva, la drag queen remplit l\u2019espace de son aura. Personnage pivot, Davide relie tous les protagonistes. Sa grand-m\u00e8re, <em>la Nonna<\/em>, le rejoint sur sc\u00e8ne en talons, v\u00eatue d\u2019une longue robe scintillante et magenta, une perruque extravagante se dressant sur sa t\u00eate. Sous les feux de la rampe, Giuseppina se pr\u00eate au jeu \u2013 autant litt\u00e9ralement qu\u2019au sens figur\u00e9. En effet, arriv\u00e9e en Suisse en 1966 lorsqu\u2019elle n\u2019avait que 17 ans, elle n\u2019a pas de formation d\u2019actrice&nbsp;: <em>Le Lasagne della Nonna <\/em>est son premier spectacle.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi immerg\u00e9e dans le monde clinquant de son petit-fils, elle peut l\u2019\u00e9couter avec empathie.&nbsp;Davide retire sa perruque et explique : \u00ab&nbsp;Quand je deviens drag queen, c\u2019est comme un rituel [&#8230;] je disparais comme toi, Nonna, quand tu as d\u00fb t\u2019adapter&nbsp;\u00bb. Il met ainsi l\u2019accent sur la transformation qui les unit, celle qui permet de se trouver, mais aussi celle qui am\u00e8ne \u00e0 se perdre. La robe appara\u00eet alors comme un patrimoine partag\u00e9, unissant leurs exp\u00e9riences pourtant \u00e9loign\u00e9es en apparence. Innocemment, l\u2019homme de 31 ans, n\u00e9 \u00e0 Del\u00e9mont s\u2019enquiert&nbsp;: \u00ab&nbsp;Est-ce que <em>toi<\/em> tu aimes les robes, Nonna&nbsp;?&nbsp;\u00bb Davide souffre que son d\u00e9sir de robes ne soit pas accept\u00e9, alors que Giuseppina souffre de ne pas avoir eu assez d\u2019argent pour en acheter. L\u2019ampleur de ces chagrins n&rsquo;est pourtant pas compar\u00e9e&nbsp;; leur validit\u00e9 n\u2019est pas mise en cause. Il ne s\u2019ensuit pas un concours de peines mais plut\u00f4t une rencontre \u00e0 travers celles-ci. C\u2019est un partage, une forme de solidarit\u00e9 par la souffrance, qui ne verse pourtant jamais dans le path\u00e9tique.<\/p>\n\n\n\n<p>Le duo familial est d\u2019abord rejoint par les autres <em>nonne<\/em>&nbsp;: Rita, Lucia et Anna, qui tout comme Giuseppina sont arriv\u00e9es en Suisse dans leur jeunesse et relatent leur vie sur sc\u00e8ne pour la premi\u00e8re fois. Puis, avec une entr\u00e9e prodigieuse rappelant celle d\u2019un extraterrestre, Ali Lamaadli fait irruption dans la troupe italienne se chamaillant alors sur la recette des lasagnes. N\u00e9 \u00e0 Casablanca il y a 27 ans, le nouvel arriv\u00e9 vit en Suisse depuis six ans. Son apparition semble inqui\u00e9ter les <em>nonne<\/em> qui reculent lorsqu\u2019il affirme&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je me plais bien ici, je pense rester&nbsp;\u00bb. Son isolement grandissant est alors soulign\u00e9 par cet accueil m\u00e9fiant. Puis, \u00e0 travers la chanson, la danse et l\u2019histoire touchante de sa grand-m\u00e8re, Ali, avec l\u2019aide de Davide, \u00ab&nbsp;s\u2019accorde avec les lieux&nbsp;\u00bb et transforme les six individus en un groupe uni.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019ensuit alors un partage de r\u00e9cits personnels et vuln\u00e9rables sous la douce direction de Davide qui enqu\u00eate, comme \u00e0 la recherche de points communs malgr\u00e9 les diff\u00e9rences. Son investigation r\u00e9v\u00e8le un trait d\u2019union qui transpara\u00eet en filigrane : le sentiment d\u2019ali\u00e9nation et la souffrance qu\u2019il engendre. Le poids de l\u2019impr\u00e9dictibilit\u00e9 de la vie, de la violence humaine, de la discrimination et de la solitude que celle-ci provoque est partag\u00e9 par les interpr\u00e8tes. Le fardeau, une fois communiqu\u00e9, devient moins lourd \u00e0 porter.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Le Lasagne della Nonna<\/em> s\u2019impose comme un spectacle \u00e0 voir absolument pour quiconque s\u2019est un jour senti mis \u00e0 l\u2019\u00e9cart, inadapt\u00e9, hybride, et quiconque souhaite ouvrir un dialogue interg\u00e9n\u00e9rationnel au sein de sa famille.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>23 mai 2025<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/laurie-boissenin\/\">Laurie Boissenin<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>23 mai 2025<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/alexia-gay\/\">Alexia Gay<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Des lasagnes\u2026 et bien plus encore<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/05\/lano_fil_vid-65-1024x683.jpg\" alt=\"lano fil vid 65\" class=\"wp-image-23181\" style=\"object-fit:cover;width:300px;height:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/05\/lano_fil_vid-65-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/05\/lano_fil_vid-65-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/05\/lano_fil_vid-65-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/05\/lano_fil_vid-65-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/05\/lano_fil_vid-65-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/05\/lano_fil_vid-65.jpg 1800w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Pierre Nydegger<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Le titre du spectacle pourrait pr\u00eater \u00e0 sourire&nbsp;: un clin d\u2019\u0153il culinaire, une promesse de nostalgie italienne ? Oui, mais pas seulement. Sur sc\u00e8ne, il y a bien des lasagnes \u2014 une part g\u00e9ante et toute fumante, parsem\u00e9e de grandes feuilles de basilic et de paillettes \u2014 mais surtout, il y a la vie&nbsp;: la vie rude, belle, \u00e9mouvante et racont\u00e9e sans artifices par quatre&nbsp;<\/em>nonne<em>, Lucia, Anna, Rita et Giuseppina, rejointes par Davide, le petit-fils de cette derni\u00e8re, et Ali, venu du Maroc.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ce spectacle s&rsquo;inscrit dans la continuit\u00e9\u00a0<em>Des Italiens<\/em>, pr\u00e9sent\u00e9 en 2019, dans lequel Massimo Furlan et Claire de Ribaupierre donnaient la parole \u00e0 des hommes immigr\u00e9s italiens en Suisse.\u00a0<em>Le Lasagne della Nonna<\/em> compl\u00e8te ce portrait en mettant en lumi\u00e8re les voix f\u00e9minines, souvent rest\u00e9es dans l&rsquo;ombre, de cette immigration italienne.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Bien qu\u2019unies par une culture commune, les&nbsp;<em>nonne<\/em>&nbsp;italiennes ne s\u2019accordent pas sur la conception des lasagnes. La sauce bolognaise met tout le monde d\u2019accord, mais l\u2019une ach\u00e8te la p\u00e2te, d\u2019autres les pr\u00e9f\u00e8rent gratin\u00e9es et, en Toscane, on ajoute volontiers de la b\u00e9chamel \u2014 un affront pour d\u2019autres r\u00e9gions ! Finalement, peu importe les divergences, puisque les lasagnes rassemblent. C\u2019est ce que prouvent Giuseppina, Lucia, Anna et Rita, lorsqu\u2019elles se mettent \u00e0 confectionner la p\u00e2te (ou \u00e0 essayer de le faire) devant le public, s\u2019appliquant sur leurs plans de travail sur roulettes am\u00e9nag\u00e9s sp\u00e9cialement pour elles \u00e0 l\u2019avant-sc\u00e8ne, une LED descendue tout droit du plafond pour reconstituer l\u2019\u00e9clairage d\u2019une cuisine.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les spectateurs sont immerg\u00e9s dans une s\u00e9rie d\u2019ambiances sensibles, port\u00e9es par les r\u00e9cits des&nbsp;<em>nonne<\/em>, mais aussi de Davide, le petit-fils de Giuseppina, et d\u2019Ali. \u00c0 tour de r\u00f4le, ils nous racontent ce qu\u2019ils font, qui ils sont et d\u2019o\u00f9 ils viennent. La langue circule sans contrainte entre le fran\u00e7ais \u2014 souvent empreint d\u2019accents italien et jurassien \u2014, quelques bribes d\u2019italien et l\u2019arabe chant\u00e9 d\u2019un po\u00e8me. \u00c0 travers leurs voix, les espaces se transforment librement : d\u2019une cuisine \u00e0 une piste de danse, en passant par une cour d\u2019\u00e9cole. Les \u00e9l\u00e9ments visuels et sonores d\u00e9filent aussi : des robes \u00e0 paillettes, une balle g\u00e9ante qui rebondit avec fracas, une chanson de Vasco Rossi. Ces s\u00e9quences pourraient sembler disparates, mais ici, tout trouve naturellement sa place. Le fil invisible qui relie les sc\u00e8nes, c\u2019est la tendresse qui \u00e9merge dans les gestes les plus simples \u2014 un regard \u00e9chang\u00e9, un \u00e9clat de rire, une main pos\u00e9e sur une \u00e9paule. Cette d\u00e9licatesse de pr\u00e9sence ne cherche ni l\u2019emphase ni la d\u00e9monstration, mais cr\u00e9e de l\u2019espace pour l\u2019autre et invite au lien.<\/p>\n\n\n\n<p>Chaque parole, chaque r\u00e9cit vient comme un geste offert. Sans \u00eatre explicitement autobiographiques, ces histoires sont pourtant puis\u00e9es dans des exp\u00e9riences v\u00e9cues, racont\u00e9es avec authenticit\u00e9 par celles et ceux qui les portent sur sc\u00e8ne. Ni pathos, ni mise en sc\u00e8ne spectaculaire&nbsp;: rien n\u2019est forc\u00e9. Ce sont les lumi\u00e8res douces, les voix simples et les silences aussi qui conf\u00e8rent \u00e0 ce spectacle toute sa profondeur humaine. Les r\u00e9cits individuels sont pos\u00e9s avec pudeur et une sinc\u00e9rit\u00e9 sans compromis, souvent teint\u00e9s d\u2019humour. Ils racontent le d\u00e9racinement, l\u2019adaptation, les \u00e9preuves de la vie et le courage de recommencer ailleurs. Tout le dispositif sc\u00e9nique est pens\u00e9 pour laisser \u00e9merger ces voix. L\u2019\u00e9clairage, discret mais toujours juste, isole celui ou celle qui parle, tandis que le reste de la sc\u00e8ne s\u2019estompe, ralentit et accompagne. Le fond sonore, lui non plus, n\u2019est jamais accessoire : il enveloppe et transporte doucement le public d\u2019un espace \u00e0 un autre, sans rupture. Ainsi, la mise en sc\u00e8ne est toujours au service de ce qui se dit. Elle ne cherche pas \u00e0 s\u2019imposer, mais accompagne chaque t\u00e9moignage et guide les spectateurs d\u2019un univers \u00e0 l\u2019autre avec justesse, soutenant les r\u00e9cits de vie et leur laissant le temps d\u2019exister.<\/p>\n\n\n\n<p>Les histoires personnelles se tissent les unes aux autres. Celle d\u2019Ali, qui \u00e9voque le souvenir de son p\u00e8re, au Maroc, se travestissant parfois en femme pour pouvoir danser parmi elles \u2013 un geste accueilli avec complicit\u00e9 et all\u00e9gresse \u2013, entre en \u00e9cho avec celle de Davide, qui, rev\u00eatu lui aussi d\u2019une robe, explique \u00e0 sa&nbsp;<em>nonna<\/em>&nbsp;ses performances de drag queen. Sans jamais chercher \u00e0 imposer un message, le spectacle ouvre des espaces d\u2019\u00e9coute. C\u2019est l\u00e0, sans doute, que r\u00e9side sa plus grande force&nbsp;: dans sa capacit\u00e9 \u00e0 suspendre le temps pour laisser le public, tout simplement, \u00eatre l\u00e0 avec eux.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la fin, lorsque les spectateurs se sont lev\u00e9s pour applaudir, ce n\u2019\u00e9tait pas un enthousiasme comme les autres. C\u2019\u00e9tait un moment d\u2019\u00e9lan collectif, marqu\u00e9 par une \u00e9motion reconnaissante et profonde, une d\u00e9monstration de gratitude d\u2019avoir assist\u00e9 \u00e0 ces fragments de vie, mais surtout d\u2019y avoir \u00e9t\u00e9 convi\u00e9s \u2013 comme on partage un plat, une danse, un souvenir, un instant suspendu.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>23 mai 2025<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/alexia-gay\/\">Alexia Gay<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.theatre-leshalles.ch\/spectacles\/le-lasagne-della-nonna\">Voir la page du spectacle <\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Conception et mise en sc\u00e8ne par Massimo Furlan et Claire de Ribaupierre \/ Th\u00e9\u00e2tre Les Halles (Sierre) \/ Du 23 au 24 mai 2025 \/ Critiques par Laurie Boissenin et Alexia Gay .<\/p>\n","protected":false},"author":1002847,"featured_media":23178,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,14],"tags":[313,320],"class_list":["post-23177","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-les-halles","tag-alexia-gay","tag-laurie-boissenin"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23177","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002847"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=23177"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23177\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":23184,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23177\/revisions\/23184"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/23178"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=23177"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=23177"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=23177"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}