{"id":23164,"date":"2025-05-18T19:01:09","date_gmt":"2025-05-18T17:01:09","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=23164"},"modified":"2025-05-23T09:12:24","modified_gmt":"2025-05-23T07:12:24","slug":"le-sommet","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2025\/05\/le-sommet\/","title":{"rendered":"Le Sommet"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Le Sommet<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Conception et mise en sc\u00e8ne par Christoph Marthaler \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy (Lausanne) \/ Du 16 au 25 mai 2025 \/ Critiques par In\u00e8s Dalle et Hadrien Halter . <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>16 mai 2025 <\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/ines-dalle\/\">In\u00e8s Dalle<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Au sommet de l\u2019incommunicabilit\u00e9<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"676\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/05\/sommet_couverture-1024x676.jpg\" alt=\"sommet couverture\" class=\"wp-image-23166\" style=\"object-fit:cover;width:300px;height:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/05\/sommet_couverture-1024x676.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/05\/sommet_couverture-300x198.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/05\/sommet_couverture-250x165.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/05\/sommet_couverture-768x507.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/05\/sommet_couverture.jpg 1274w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Th\u00e9\u00e2tre de Vidy<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Dans sa derni\u00e8re cr\u00e9ation, le metteur en sc\u00e8ne suisse Christoph Marthaler explore une nouvelle fois l\u2019incommunicabilit\u00e9 entre les \u00eatres. Un groupe de six individus issus de milieux linguistiques distincts se retrouve isol\u00e9 au sommet d\u2019une montagne.<\/em><em> <\/em><em>Leur pr\u00e9sence partag\u00e9e dans ce lieu recul\u00e9 et leurs interactions donnent \u00e0 croire qu\u2019un \u00e9change pourrait s\u2019instaurer. <\/em><em>Rien, toutefois, ne permet d\u2019affirmer avec certitude qu\u2019ils se comprennent. <\/em><em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Un groupe de six individus p\u00e9n\u00e8tre dans ce qui semble \u00eatre une cabane ou un abri au sommet d\u2019une montagne, perch\u00e9 \u00e0 une altitude ind\u00e9termin\u00e9e. La nature exacte de cet espace \u2013 par ailleurs intelligemment agenc\u00e9 avec un travail de profondeur et de perspective remarquable, enrichi de dispositifs m\u00e9caniques \u00e9voquant les v\u00e9ritables refuges alpins \u2013 importe finalement peu. Ce qui prime, c\u2019est l\u2019atmosph\u00e8re d\u2019isolement qu\u2019il instaure. Ce lieu, partag\u00e9 par les six personnages, accentue paradoxalement leur \u00e9loignement en soulignant l\u2019absence de v\u00e9ritable communication entre eux, malgr\u00e9 cette cohabitation impos\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Les com\u00e9diens investissent d\u2019abord l\u2019espace sc\u00e9nique avec une froideur accompagn\u00e9e d\u2019une gestuelle m\u00e9canique et chor\u00e9graphi\u00e9e, oscillant entre absurdit\u00e9 et burlesque.&nbsp; Un silence favoris\u00e9 par la structure close de la cabane s\u2019installe. La premi\u00e8re tentative explicite de communication a lieu lors d\u2019une s\u00e9quence comique, presque rituelle, durant laquelle les com\u00e9diens, munis de classeurs renfermant des mots simples et uniques, se contentent de les \u00e9noncer tour \u00e0 tour. La diction m\u00e9canique finit par r\u00e9v\u00e9ler une forme de musicalit\u00e9, transformant peu \u00e0 peu le langage en rythme sonore. D\u00e8s lors s\u2019engage un v\u00e9ritable jeu autour de la communication. Les personnages qui parlent l\u2019anglais, l\u2019italien, l\u2019allemand et le fran\u00e7ais semblent se comprendre \u00e0 travers leurs gestes et leurs regards, toutefois sans que le spectateur n\u2019en soit convaincu. Cette premi\u00e8re tentative est r\u00e9v\u00e9latrice des deux principes fondamentaux qui structureront le spectacle&nbsp;: l\u2019incommunicabilit\u00e9 et la musique comme langage alternatif.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien que par la suite les mots laissent la place \u00e0 de v\u00e9ritables phrases, l\u2019incommunicabilit\u00e9 n\u2019en est pas att\u00e9nu\u00e9e. Marthaler d\u00e9ploie ce th\u00e8me \u00e0 travers divers dispositifs sc\u00e9niques : le traitement du d\u00e9cor, le choix des \u00ab&nbsp;dialogues&nbsp;\u00bb, ou encore la disposition des com\u00e9diens sur la sc\u00e8ne. \u00c0 plusieurs reprises, cinq personnages se regroupent, tandis qu\u2019un sixi\u00e8me s\u2019isole pour livrer un monologue ou produire des sons musicaux. Le com\u00e9dien marginalis\u00e9 semble s\u2019exprimer dans le vide : ses gestes, ses mots ou ses sons ne suscitent ni r\u00e9action, ni reconnaissance. Les autres l\u2019ignorent ostensiblement ou poursuivent leurs activit\u00e9s comme si sa pr\u00e9sence \u00e9tait insignifiante.<\/p>\n\n\n\n<p>Le second levier fondamental du spectacle r\u00e9side d\u00e8s lors dans les instants musicaux. Le chant et la musique, qui sont deux \u00e9l\u00e9ments essentiels du travail de Christoph Marthaler, sont mis en exergue par un travail sonore d\u2019une richesse remarquable, oscillant entre dialogues \u00e0 peine audibles, vacarmes assourdissants et dispositifs acoustiques vari\u00e9s. Ils s\u2019imposent ici comme motifs r\u00e9v\u00e9lateurs d\u2019union et de compr\u00e9hension. Ces instants m\u00e9lodieux sont pr\u00e9cieux car ils permettent aux personnages de se rejoindre et de s\u2019accorder temporairement. Qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un \u00e9change cacophonique sur fond d\u2019accord\u00e9on, d\u2019un chant a cappella, d\u2019une s\u00e9quence dans\u00e9e et chant\u00e9e au micro dans un anglais volontairement inintelligible, ou encore d\u2019un air de violon, ces cours moments semblent suspendus. La musique permet d\u2019unifier, dans cet univers pourtant marqu\u00e9 par le d\u00e9saccord.<\/p>\n\n\n\n<p>Christoph Marthaler signe ainsi une \u0153uvre profond\u00e9ment marqu\u00e9e par l\u2019absurde, qui s\u2019ancre dans l\u2019opposition et la dissonance entre les \u00eatres. L\u2019absurdit\u00e9 se manifeste d\u2019abord par cette incapacit\u00e9 persistante \u00e0 \u00e9tablir un v\u00e9ritable \u00e9change, et par l\u2019\u00e9volution de l\u2019action malgr\u00e9 le malaise et l\u2019incompr\u00e9hension, comme si cet \u00e9chec langagier n\u2019avait pour les personnages aucune cons\u00e9quence. Elle r\u00e9side dans le d\u00e9saccord entre le regard du spectateur, conscient de l\u2019\u00e9chec du langage, et les personnages qui demeurent impassibles. \u00c0 cela s\u2019ajoute une dissonance gestuelle : les mouvements des corps, souvent en d\u00e9calage avec les sons ou les paroles \u00e9mises, g\u00e9n\u00e8rent un trouble visuel et rythmique, accentuant le burlesque des situations. Ainsi ce spectacle multilingue r\u00e9ussit \u00e0 produire dans un v\u00e9ritable jeu d\u2019oppositions, de d\u00e9saccords et d\u2019isolement une forme de rassemblement paradoxal, de lien dans l\u2019incommunicable.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>16 mai 2025 <\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/ines-dalle\/\">In\u00e8s Dalle<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>16 mai 2025 <\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/hadrien-halter\/\">Hadrien Halter<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Parler pour ne rien dire<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"676\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/05\/sommet_couverture-1024x676.jpg\" alt=\"sommet couverture\" class=\"wp-image-23166\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/05\/sommet_couverture-1024x676.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/05\/sommet_couverture-300x198.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/05\/sommet_couverture-250x165.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/05\/sommet_couverture-768x507.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/05\/sommet_couverture.jpg 1274w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Th\u00e9\u00e2tre de Vidy<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>C\u2019est une montagne&nbsp;! C\u2019est une viennoiserie&nbsp;! C\u2019est une rencontre&nbsp;! Que dis-je, c\u2019est une rencontre&nbsp;? C\u2019est un sommet&nbsp;! Apr\u00e8s une cr\u00e9ation au Piccolo Teatro de Milan, la premi\u00e8re au Th\u00e9\u00e2tre Vidy-Lausanne du <\/em>Sommet<em> multilingue et multinational de Christoph Marthaler s\u2019est faite devant une salle comble. Un spectacle musical qui reprend les th\u00e9matiques favorites du metteur en sc\u00e8ne suisse-allemand&nbsp;: la difficult\u00e9, voire l\u2019impossibilit\u00e9, de communiquer avec autrui. Une franche r\u00e9ussite, une pi\u00e8ce dr\u00f4le et grin\u00e7ante, presque anthologique de l\u2019\u0153uvre de Marthaler.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ils sont six. Une francophone, un anglophone, deux germanophones et deux italophones. Chacun.e parle ces langues, mais personne ne se comprend. Voil\u00e0 six personnages, arriv\u00e9s par ascenseur dans une cabane de montagne. Au milieu de la pi\u00e8ce, le sommet de ladite montagne perce le plancher. Ils sont en habits montagnards traditionnels des Alpes, mais personne ne les gardera tr\u00e8s longtemps. Qu\u2019est-ce que ces gens sont venus faire ici&nbsp;? Un sommet&nbsp;! Mais de quel type&nbsp;? \u00c7a discute, \u00e7a mange, \u00e7a \u00e9change autour de documentation officielle, le tout r\u00e9gl\u00e9 par les all\u00e9es et venues de l\u2019\u00e9trange monte-charge qui est \u00e0 peu de choses pr\u00e8s leur seul moyen de communication avec le monde ext\u00e9rieur. Une fois les discussions termin\u00e9es, ils discutent \u00e0 nouveau. Ou bien ils chantent en attendant une nouvelle t\u00e2che ou un nouveau sujet de conversation. Mais il est clair pourtant que personne ici ne se comprend vraiment.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment communiquer&nbsp;? Au-del\u00e0 d\u2019une \u00ab&nbsp;bonne&nbsp;\u00bb ou d\u2019une \u00ab&nbsp;mauvaise&nbsp;\u00bb communication, comment communiquer, tout simplement&nbsp;? Face au <em>Sommet<\/em>, force est de constater que l\u2019espoir d\u2019une communication claire et simple est impossible.<\/p>\n\n\n\n<p>Les personnages du spectacle sont pr\u00e9sents dans cette cabane pour pr\u00e9parer un sommet, mais dont nous n\u2019aurons jamais la teneur et peu importe. Nos personnages (dont nous ne saurons jamais les noms, d\u2019ailleurs) sont isol\u00e9s du reste du monde, et ils sont l\u00e0 pour parler. Alors ils parlent, de tout, et surtout de rien. La pr\u00e9paration de ce sommet est embl\u00e9matis\u00e9e par cette sc\u00e8ne o\u00f9, classeurs gris en mains, chacun dos coll\u00e9 \u00e0 un des murs de la cabane, les personnages r\u00e9duisent les n\u00e9gociations interminables de telles rencontres en leurs \u00e9l\u00e9ments essentiels&nbsp;: \u00ab&nbsp;Point un.&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;Oui.&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;Non.&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;Mais.&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;Ja.&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;No.&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;Aber.&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;Mais.&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;Yes.&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;Si.&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;But.&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;Non.&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;No.&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;Ja.&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;Nein.&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;But.&nbsp;\u00bb, dans un ballet impressionnant orchestr\u00e9 comme une partition. Ils communiquent mais ne disent rien. Et ils continueraient s\u00fbrement <em>ad nauseam<\/em> sans l\u2019interruption du monte-charge leur livrant un repas&nbsp;: ils d\u00e9gustent en pause bien m\u00e9rit\u00e9e et m\u00e9caniquement organis\u00e9e un<em> Gipfel<\/em>, un croissant.<\/p>\n\n\n\n<p>De l\u00e0, les situations s\u2019encha\u00eenent sans qu\u2019il soit possible de trouver une v\u00e9ritable logique derri\u00e8re leurs interactions. Nos personnages s\u2019ennuient, tentent de parler, avant de bien souvent spontan\u00e9ment commencer \u00e0 chanter, accompagn\u00e9s ou non au <em>schwyzer\u00f6rgeli<\/em>. Une alarme les interrompt alors, ou bien l\u2019arriv\u00e9e du monte-charge ou d\u2019une livraison, comme s\u2019ils \u00e9taient tomb\u00e9s par hasard sur le mot de passe qui miraculeusement ferait r\u00e9agir la machine du syst\u00e8me qui les a men\u00e9s l\u00e0. Ils s\u2019engagent alors dans une nouvelle activit\u00e9, avant de s\u2019ennuyer de nouveau.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils font ce qu\u2019ils font parce qu\u2019il n\u2019y a rien \u00e0 faire d\u2019autre, dans une lenteur mesur\u00e9e et paradoxalement parfois pourtant fr\u00e9n\u00e9tique. Une lenteur qui fait rire autant qu\u2019elle incommode, et qui souligne bien une chose&nbsp;: ce syst\u00e8me qu\u2019ils servent pourtant en participant \u00e0 ce sommet ne semble pas vouloir leur rendre la pareille. Et les personnages eux-m\u00eames ne semblent pas beaucoup tenir \u00e0 leurs camarades&nbsp;: lorsque l\u2019anglophone (Graham Valentine) s\u2019agrippe la poitrine, pris d\u2019une crise cardiaque, le groupe entier l\u2019ignore, se d\u00e9tourne, fait mine d\u2019oublier sa pr\u00e9sence d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e. Il faut finalement l\u2019intervention d\u2019une des italophones (Liliana Benini) pour lui rendre la sant\u00e9, mais au prix de sa propre sant\u00e9, puisqu\u2019elle s\u2019effondre aussit\u00f4t sur le sol, \u00e9puis\u00e9e. L\u2019anglophone retourne alors s\u2019asseoir, l\u2019ignorant sciemment comme les autres, sans m\u00eame un merci, et l\u2019italophone doit se relever d\u2019elle-m\u00eame une fois ses forces recouvertes.<\/p>\n\n\n\n<p>Par la barri\u00e8re de la langue, certains personnages se retrouvent constamment isol\u00e9s, \u00e0 ne rien comprendre de ce qu\u2019on leur dit, \u00e0 beaucoup faire semblant, \u00e0 souvent \u00e9chouer, \u00e0 parfois s\u2019isoler. Dans <em>Le Sommet<\/em>, comme elle l\u2019est dans notre monde, la langue est une barri\u00e8re impossible \u00e0 franchir, mais qu\u2019il nous faut pourtant traverser quotidiennement, pour le meilleur et pour le pire. Quand quelqu\u2019un accapare la parole, c\u2019est toujours pour dire des absurdit\u00e9s, des non-sens ou pour ressasser les m\u00eames id\u00e9es avec de tr\u00e8s petites variations. Le monologue ne permet pas la clart\u00e9. Plus un personnage parle, plus il risque d\u2019\u00e9noncer une incongruit\u00e9 qui fait perdre le fil de son discours au spectateur, ou bien de se r\u00e9p\u00e9ter en boucle au point de faire perdre \u00e0 ses paroles tout le sens qu\u2019elles d\u00e9tenaient. Une v\u00e9ritable logorrh\u00e9e qui impressionne par sa vitesse autant qu\u2019elle fait rire par son insanit\u00e9. \u00ab&nbsp;Je suis b\u00eate et sourde&nbsp;\u00bb nous dit la francophone (Charlotte Clamens) dans un haut-parleur, lorsqu\u2019elle se retrouve incapable de comprendre ses camarades, et donc rejet\u00e9e. Ils parlent dans un coin, elle d\u00e9balle la r\u00e9alit\u00e9 terrible de ce qu\u2019elle ressent dans un autre, se r\u00e9p\u00e8te, fait des variations, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019on l\u2019arr\u00eate dans ses divagations. La pi\u00e8ce est surtitr\u00e9e en fran\u00e7ais et en anglais. Pourtant, lors des logorrh\u00e9es des personnages, le texte passe si vite sur l\u2019\u00e9cran qu\u2019on peut \u00e0 peine le lire. Pourtant, lors des chansons, aucune parole n\u2019est surtitr\u00e9e. Pourtant, il y a ce germanophone, d\u2019\u00e9vidence un Suisse-allemand, que personne ne comprend lorsqu\u2019il tente de parler dans sa langue natale, m\u00eame pas les surtitres, qui ne tentent m\u00eame pas de traduire sa pens\u00e9e&nbsp;: il est fondamentalement incompr\u00e9hensible. L\u2019humain chez Marthaler cherche d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment \u00e0 communiquer. Mais ce n\u2019est pas par le langage, parl\u00e9 ou \u00e9crit, qu\u2019on peut trouver cette communication tant d\u00e9sir\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais tout n\u2019est pas si d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9. La musique est vectrice de communication, quelle que soit sa nature. Lorsque la musique retentit, les fa\u00e7ades biens\u00e9antes s\u2019effacent, les personnalit\u00e9s guind\u00e9es disparaissent, on parle. Cette communication n\u2019est pourtant pas toujours heureuse, elle peut amener \u00e0 des conflits parfois violents, mais au moins elle existe. Et d\u00e8s que la musique cesse, les faux-semblants reprennent le dessus, les regards de connivence, les langues de bois et les sourires en coin. La musique de Marthaler est un langage en soi. Lorsqu\u2019il y a musique, l\u2019ordre se fait naturellement, sans violence et sans coercition. Lorsqu\u2019il y a musique, les personnages s\u2019unissent, se coordonnent, se compl\u00e9mentent. Peu importe qu\u2019on ne comprenne parfois rien aux paroles, ou si peu, la musique d\u00e9passe tout.<\/p>\n\n\n\n<p>Le condens\u00e9 parfait de tout le spectacle se retrouve cristallis\u00e9 en quelques minute, lorsque l\u2019un des deux germanophones, ayant trouv\u00e9 un micro, reprend <em>Prisencolinensinainciusol<\/em>, chanson d\u2019Adriano Celentano parue en 1972, et enti\u00e8rement chant\u00e9e dans un \u00ab&nbsp;yaourt&nbsp;\u00bb imitant l\u2019anglais am\u00e9ricain, mais ne voulant absolument rien dire. Une chanson italienne parodique, imitant l\u2019anglais, chant\u00e9e par un com\u00e9dien Suisse-allemand \u00e0 un public francophone&nbsp;: la quintessence magnifique des th\u00e8mes marthal\u00e9riens. Un th\u00e9\u00e2tre dense, lent, dr\u00f4le, incompr\u00e9hensible et pourtant tellement clair, grin\u00e7ant, fr\u00e9n\u00e9tique, l\u00e9ger. Un assemblage de contradictions savamment assembl\u00e9es et unies par la musique, dans une cacophonie harmonieuse. Un paradoxe formidable dont <em>Le Sommet<\/em> est certainement un des pinacles.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>16 mai 2025 <\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/hadrien-halter\/\">Hadrien Halter<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.vidy.ch\/fr\/evenement\/le-sommet\/#artistes\">Voir la page du spectacle <\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Conception et mise en sc\u00e8ne par Christoph Marthaler \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy (Lausanne) \/ Du 16 au 25 mai 2025 \/ Critiques par In\u00e8s Dalle et Hadrien Halter . <\/p>\n","protected":false},"author":1002847,"featured_media":23166,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,33,38,2],"tags":[305,319],"class_list":["post-23164","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-onstage","category-spectacle","category-theatre-de-vidy","tag-hadrien-halter","tag-ines-dalle"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23164","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002847"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=23164"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23164\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":23170,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23164\/revisions\/23170"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/23166"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=23164"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=23164"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=23164"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}