{"id":23099,"date":"2025-04-06T14:01:31","date_gmt":"2025-04-06T12:01:31","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=23099"},"modified":"2025-04-13T22:19:26","modified_gmt":"2025-04-13T20:19:26","slug":"lenz","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2025\/04\/lenz\/","title":{"rendered":"Lenz"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Lenz<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">D&rsquo;apr\u00e8s Georg B\u00fcchner \/ Mise en sc\u00e8ne par \u00c9l\u00e9onore Bonah et Maria Clara Castioni \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy (Lausanne) \/ Du 1 au 10 avril 2025 \/ Critiques par Alexia Gay, Muireann Walsh, Loris Ferrari, Laurie Boissenin, Killian Lachat, Maxime Grandjean, Orane Gigon et C\u00e9lia Reymond. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1 avril 2025<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/alexia-gay\/\">Alexia Gay<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Lenz en \u00e9clats<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"629\" height=\"411\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/04\/lenz_article.jpeg\" alt=\"lenz article\" class=\"wp-image-23101\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/04\/lenz_article.jpeg 629w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/04\/lenz_article-300x196.jpeg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/04\/lenz_article-250x163.jpeg 250w\" sizes=\"auto, (max-width: 629px) 100vw, 629px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Dougados Magal<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Il est l\u00e0, mais il n\u2019est pas l\u00e0. <\/em>Lenz<em> s\u2019efface, se diffracte, se d\u00e9double dans les voix et les gestes d\u2019Anne Tismer et Luna Desmeules. Le spectacle imagin\u00e9 par \u00c9l\u00e9onore Bonah et Maria Clara Castioni ne reconstitue pas le r\u00e9cit de Georg B\u00fcchner, mais l\u2019explore, le d\u00e9coupe, le fait r\u00e9sonner autrement. Rien n\u2019est fix\u00e9, achev\u00e9, et pourtant tout vibre intens\u00e9ment.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Un rideau de plastique argent\u00e9, baiss\u00e9. La lumi\u00e8re \u00e9claire encore le public. Sur sc\u00e8ne, deux com\u00e9diennes, debout, portant des habits de m\u00eame couleur. Elles semblent \u00eatre l\u00e0 par accident, arriv\u00e9es trop t\u00f4t, dans un spectacle qui n\u2019aurait pas encore commenc\u00e9. Sans transition, sans d\u00e9cor plant\u00e9, elles plongent dans le texte et le font \u00e9clater, le laissent se disperser en \u00e9clats de voix, de gestes, de silences. Lenz est l\u00e0, mais en morceaux. Un jeu de reflets, d\u2019\u00e9chos, de fragments qui ne s\u2019assemblent jamais tout \u00e0 fait.<\/p>\n\n\n\n<p>Elles sont deux, Anne Tismer et Luna Desmeules, et elles sont tout sauf <em>Lenz<\/em>. L\u2019une, grande figure allemande du th\u00e9\u00e2tre, un jeu ma\u00eetris\u00e9, pos\u00e9, presque distant. L\u2019autre, jeune, vive, port\u00e9e par une expressivit\u00e9 brute. Deux pr\u00e9sences oppos\u00e9es, qui pourtant vibrent ensemble, se r\u00e9pondent, se compl\u00e8tent. Elles ne jouent pas une histoire : elles la d\u00e9construisent, la reconfigurent \u00e0 leur mani\u00e8re, parfois en l\u2019\u00e9loignant, parfois en y plongeant jusqu\u2019\u00e0 l\u2019incarnation physique.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le texte de Georg B\u00fcchner devient mati\u00e8re \u00e0 d\u00e9couper. Un peu comme ces feuilles de papier sur sc\u00e8ne, que les com\u00e9diennes taillent, suspendent, font virevolter. Pas d\u2019Oberlin, pas de Dieu. Pas m\u00eame une reconstitution fid\u00e8le du parcours de Lenz dans les Vosges. Juste une parole qui se cherche, qui s\u2019\u00e9change au hasard, qui se superpose parfois. Un rythme bris\u00e9, hach\u00e9, des phrases l\u00e2ch\u00e9es comme si elles venaient d\u2019\u00eatre pens\u00e9es \u00e0 l\u2019instant. D\u2019autres r\u00e9cit\u00e9es tr\u00e8s rapidement, sans pause. Une rythmique impr\u00e9visible, qui ne laisse jamais le spectateur s\u2019installer.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>On croit percevoir une logique, mais elle se d\u00e9robe aussit\u00f4t. Une sc\u00e8ne se construit, mais elle s\u2019arr\u00eate, bifurque, repart ailleurs. Une image commence \u00e0 prendre forme, et d\u00e9j\u00e0 elle s\u2019efface. Un grand tableau blanc est dress\u00e9 sur sc\u00e8ne : vide, comme ce spectacle qui semble en train de s\u2019inventer sous nos yeux. Puis il devient surface de projection. Ombres mouvantes, d\u00e9cors esquiss\u00e9s du bout du doigt, montagnes et cimes imaginaires que Luna trace en d\u00e9signant le vide. Une g\u00e9ographie incertaine, entre suggestion et effacement.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le texte se joue aussi par le corps. Une phrase prononc\u00e9e est aussit\u00f4t mim\u00e9e : \u00ab Il ne sentait aucune lassitude, mais, par instants, il lui \u00e9tait d\u00e9sagr\u00e9able de ne pas pouvoir marcher sur la t\u00eate. \u00bb Et Luna, en r\u00e9ponse, fait un poirier. Plus encore, la gestuelle pr\u00e9c\u00e8de presque la parole, comme si elle l\u2019attirait \u00e0 elle. \u00ab Il s\u2019accrochait particuli\u00e8rement\u2026 \u00bb, alors que justement, avec des pinces, elles sont en train d\u2019accrocher au sens propre \u00e0 des cannes leurs branches de papier d\u00e9coup\u00e9. Le texte devient action, geste, et parfois, \u00e0 l\u2019inverse, c\u2019est plut\u00f4t un refus franc du mim\u00e9tisme qui s\u2019impose.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout semble \u00e0 la fois spontan\u00e9 et ma\u00eetris\u00e9. On joue avec la lumi\u00e8re&nbsp;; les com\u00e9diennes d\u00e9placent un spot au sol pour cr\u00e9er des ombres mouvantes \u00e0 l\u2019aide des branches en papier accroch\u00e9es aux cannes, on laisse planer l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 entre accident et intention. Lorsque le noir se fait sur sc\u00e8ne, Luna elle-m\u00eame semble h\u00e9siter un instant, scruter autour d\u2019elle, comme si un probl\u00e8me technique s\u2019\u00e9tait gliss\u00e9 dans la mise en sc\u00e8ne. Mais non : tout est voulu, tout est ma\u00eetris\u00e9. Une mise en sc\u00e8ne qui semble jouer avec ses propres rat\u00e9s, ou du moins avec leur illusion.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis, il y a ces moments d\u2019abandon, quand la parole d\u00e9croche du texte de B\u00fcchner. Quand Luna s\u2019arr\u00eate et dit : \u00ab Il me vient une pens\u00e9e. \u00bb Elle parle du malheur, de ceux qui ne veulent plus vivre. Anne l\u2019\u00e9coute, puis conclut : \u00ab C\u2019est beau. \u00bb Mais rien n\u2019est approfondi. On revient au texte, comme si la r\u00e9flexion \u00e9tait laiss\u00e9e en suspens. Comme si tout le spectacle \u00e9tait une phrase inachev\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>On s\u2019amuse aussi. Un sac de cong\u00e9lation ALDI devient un accessoire de sc\u00e8ne improbable, r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ce moment du texte o\u00f9 Lenz se recouvre d\u2019un sac. Une chanson surgit, inattendue elle aussi : <em>D\u00e9senchant\u00e9e<\/em> de Myl\u00e8ne Farmer, chant\u00e9e et mim\u00e9e, perform\u00e9e en somme. Inattendue mais dans le th\u00e8me, les paroles de la chanson r\u00e9sonnant avec la folie que subit Lenz. Et cette r\u00e9p\u00e9tition lancinante : \u00ab Toute la nuit, toute la nuit, toute la nuit\u2026 \u00bb, comme une obsession, une litanie.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout est jeu, tout est tentative. On croit toucher quelque chose et cela nous \u00e9chappe. Et pourtant, un fil se tisse. Lentement, le spectacle construit son propre cheminement. Jusqu\u2019\u00e0 la chute finale.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Reste une sensation d\u2019incompl\u00e9tude, de suspension. Un spectacle qui ne cherche jamais \u00e0 boucler son propos, qui pr\u00e9f\u00e8re laisser des br\u00e8ches. Quelque chose d\u2019insaisissable, un th\u00e9\u00e2tre brut, sans concession, qui \u00e9branle et amuse \u00e0 la fois. Une adaptation qui ne cl\u00f4t rien, mais qui ouvre, qui questionne, qui souffle sur le texte de B\u00fcchner pour en laisser s\u2019envoler les fragments.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1 avril 2025<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/alexia-gay\/\">Alexia Gay<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1 avril 2025<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/muireann-walsh\/\">Muireann Walsh<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La folie \u00e0 bout de bras<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"626\" height=\"420\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/04\/lenz_article-2.jpeg\" alt=\"lenz article 2\" class=\"wp-image-23103\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/04\/lenz_article-2.jpeg 626w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/04\/lenz_article-2-298x200.jpeg 298w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/04\/lenz_article-2-250x168.jpeg 250w\" sizes=\"auto, (max-width: 626px) 100vw, 626px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Dougados Magal<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>L\u2019adaptation pour la sc\u00e8ne, par \u00c9l\u00e9onore Bonah et Maria Clara Castioni, de la nouvelle de Georg B\u00fcchner, qui raconte l\u2019histoire d\u2019un \u00e9crivain allemand en crise mentale, donne \u00e0 entendre le texte de B\u00fcchner \u00e0 travers deux personnages \u00e0 la fois conteuses, com\u00e9diennes, folles et amies.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Assise au fond de la salle Ren\u00e9 Gonzalez au Th\u00e9\u00e2tre de Vidy, regardant deux femmes conter l\u2019histoire de \u00ab&nbsp;monsieur L&nbsp;\u00bb qui est venu vivre un temps dans leur village, j\u2019ai eu la tr\u00e8s \u00e9trange impression de ne rien saisir des mots qui \u00e9taient prononc\u00e9s sur le plateau. Parfois, l\u2019une ou l\u2019autre com\u00e9dienne pronon\u00e7ait une phrase qui me semblait \u00eatre d\u2019une importance primordiale, mais en essayant de la fixer dans ma m\u00e9moire, elle fuyait, se perdait dans le flux du texte. En dessous des deux voix, qui se m\u00ealaient par moments, s\u2019opposaient dans d\u2019autres, j\u2019entendais comme un bourdonnement, dont je n\u2019arrivais pas \u00e0 cerner l\u2019origine.<\/p>\n\n\n\n<p>La cr\u00e9ation de ce flou sensoriel, cet \u00e9tat de flottement et d\u2019incertitude face \u00e0 ce qui \u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9 sur la sc\u00e8ne, semble \u00eatre au c\u0153ur du projet esth\u00e9tique du spectacle. Il op\u00e8re en effet surtout sur le mode narratif, donnant aux com\u00e9diennes un texte \u00e0 se raconter l\u2019une \u00e0 l\u2019autre, et \u00e0 raconter au public, plut\u00f4t qu\u2019un dialogue dramatique \u00e0 incarner. Les deux personnages, jou\u00e9es par Anne Tismer et Luna Desmeules, sont des institutrices vivant en dessous de Lenz apr\u00e8s qu\u2019il s\u2019installe entre fin janvier et mi-f\u00e9vrier 1778 dans ce petit village montagneux. Elles nous racontent comment Lenz est arriv\u00e9 l\u00e0, ce qu\u2019il y a fait, et finalement, comment il en est parti. Elles ne nous font pas part de leurs propres parcours biographiques&nbsp;: on ignore qui elles sont, outre leur r\u00f4le d\u2019institutrice et leur proximit\u00e9 spatiale avec Lenz. Cependant, elles ne sont pas totalement d\u00e9sincarn\u00e9es, chacune a une perspective propre sur ce qui se raconte et une approche du jeu singuli\u00e8re et fortement contrast\u00e9e avec l\u2019autre. La figure qu\u2019incarne Luna Desmeules est proche du public, directe dans son regard et dans son jeu. On la sent souvent proche de la col\u00e8re ou de l\u2019outrance, alors que celle que joue Anne Tismer est au contraire restreinte dans son affect, parfois enfantine dans son jeu, et distante de nous. Malgr\u00e9 ces approches diff\u00e9rentes du plateau et du jeu, elles font preuve d\u2019une \u00e9coute tr\u00e8s fine l\u2019une de l\u2019autre ainsi que d\u2019une complicit\u00e9 importante. On a l\u2019impression que ces deux personnes (les com\u00e9diennes ou les personnages, la limite est volontairement floue) se connaissent depuis longtemps, partagent un projet commun, une vie commune, m\u00eame si celle-ci ne nous est pas offerte \u00e0 voir.<\/p>\n\n\n\n<p>Le mode plut\u00f4t narratif du spectacle, le jeu distanci\u00e9 des com\u00e9diennes avec leurs personnages ainsi que les d\u00e9cors minimalistes, qui sont transform\u00e9s \u00e0 vue, pr\u00eatent \u00e0 <em>Lenz <\/em>des r\u00e9sonances avec le th\u00e9\u00e2tre \u00e9pique th\u00e9oris\u00e9 par Bertolt Brecht. On ressent cette m\u00eame volont\u00e9 de mettre en \u00e9vidence le geste de mise en sc\u00e8ne, de rappeler aux spectateurs que ce discours est construit, et de faire du th\u00e9\u00e2tre qui raconte, qui montre, plut\u00f4t que du th\u00e9\u00e2tre qui incarne et qui fait. Cette approche est tr\u00e8s pertinente pour saisir la th\u00e9matique centrale de l\u2019histoire, celle de la folie.<\/p>\n\n\n\n<p>La question est en effet capitale&nbsp;: comment montrer la folie&nbsp;? Comment rendre lisible au public ce qui est propre \u00e0 la plus profonde intimit\u00e9 d\u2019une personne, comment retranscrire ses d\u00e9chirures internes, comment faire qu\u2019on les voit&nbsp;? Comment narrer quelque chose qui rend muet, qui sort de la narration, qui sort de la logique de la lisibilit\u00e9 et de l\u2019intelligibilit\u00e9 mutuelle qui r\u00e9git tant de nos conversations quotidiennes? Ici, cela passe pr\u00e9cis\u00e9ment par le jeu de l\u2019ali\u00e9nation et du d\u00e9doublement, de la distance prise entre les deux com\u00e9diennes et leur histoire. Elles sont deux \u00e0 tenter de raconter cette histoire, deux \u00e0 essayer de faire sens, \u00e0 essayer d\u2019approcher. Par moments, elles sont plus proches de la personne qu\u2019elles racontent, imitant ses mouvements, prenant sur elles une part de la d\u00e9chirure qu\u2019il vit. Par d\u2019autres, elles adoptent plus de distance avec leur propos, s\u2019approchant du public mais s\u2019\u00e9loignant du d\u00e9cor, s\u2019\u00e9loignant de l\u2019espace de la fiction. Par moments, on croit comprendre qu\u2019elles sont deux aspects contradictoires d\u2019un esprit qui essaye de se rassembler&nbsp;; par d\u2019autres, il s\u2019agit simplement de deux personnes partageant un espace, essayant de se faire comprendre l\u2019une \u00e0 l\u2019autre, et de faire comprendre au public ces choses qu\u2019elles ne peuvent pas simplement dire.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019issue du spectacle, les avis \u00e9chang\u00e9s dans le public divergent grandement. Certains ressortent avec un sentiment profond d\u2019angoisse, d\u2019autres t\u00e9moignent de frustrations. Personnellement, j\u2019en ai tir\u00e9 une impression de paix. T\u00e9moin d\u2019une histoire trouble et ind\u00e9cise, j\u2019en retiens surtout des images rassurantes par leur pr\u00e9cision et leur intimit\u00e9 : une femme qui danse dans une fontaine imaginaire, ou qui parle \u00e0 sa propre ombre, tentant de l\u2019encourager, alors qu\u2019une autre lui donne un rythme sur lequel danser, ou dispose \u00e0 son intention un projecteur allum\u00e9, afin qu\u2019elle puisse voir son ombre. Il est question d\u2019une d\u00e9chirure, mais \u00e9galement, par le geste de la narration, de r\u00e9tablir une entente avec cette d\u00e9chirure, de tendre ses bras vers le fou, et d&rsquo;essayer de vivre ce qu\u2019il a v\u00e9cu, de comprendre ce qu\u2019il a compris.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1 avril 2025<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/muireann-walsh\/\">Muireann Walsh<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1 avril 2025<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/loris-ferrari\/\">Loris Ferrari<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Tout est chaos \/ A c\u00f4t\u00e9<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"627\" height=\"422\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/04\/lenz_couverture.jpeg\" alt=\"lenz couverture\" class=\"wp-image-23102\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/04\/lenz_couverture.jpeg 627w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/04\/lenz_couverture-297x200.jpeg 297w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/04\/lenz_couverture-250x168.jpeg 250w\" sizes=\"auto, (max-width: 627px) 100vw, 627px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Dougados Magal<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>La cr\u00e9ation d&rsquo;\u00c9l\u00e9onore Bonah et Maria Clara Castioni revisite la nouvelle de Georg B\u00fcchner, en voulant donner la parole \u00e0 deux femmes qui auraient accueilli le po\u00e8te tourment\u00e9 Lenz, offrant ainsi une perspective in\u00e9dite sur son histoire. Le texte prend vie entre les voix des com\u00e9diennes, le langage du corps se fait \u00e9cho du tumulte int\u00e9rieur, tandis que la lumi\u00e8re et l\u2019eau fa\u00e7onnent l\u2019espace et les \u00e9motions.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ce spectacle est une adaptation pour la sc\u00e8ne de la nouvelle de Georg B\u00fcchner, publi\u00e9e en 1839. En se fondant sur le journal tenu par le pasteur Jean-Fr\u00e9d\u00e9ric Oberlin, B\u00fcchner fait le r\u00e9cit d\u2019un homme sombrant dans la folie. Cet homme, c\u2019est Jakob Lenz, po\u00e8te et dramaturge dont la vie tragique s\u2019est termin\u00e9e mis\u00e9rablement en 1792 \u00e0 Moscou. La nouvelle s\u2019int\u00e9resse \u00e0 son passage dans le petit village de Waldersbach, en Alsace. Il y arrive en fuyant une existence vide de sens, et y vit entre le 20 janvier et le 8 f\u00e9vrier 1778. Lenz cherche \u00e0 trouver la paix en lui-m\u00eame, mais rien n\u2019y fait&nbsp;; m\u00eame l\u2019aide d\u2019Oberlin ne suffit pas et, atteint d\u2019une compl\u00e8te d\u00e9mence, il finit par \u00eatre envoy\u00e9 \u00e0 Strasbourg. Ce bref moment de la vie de Jakob Lenz, son conflit int\u00e9rieur, est une r\u00e9sonnance de celui que v\u00e9cut B\u00fcchner lui-m\u00eame au moment de l\u2019\u00e9criture de la nouvelle, laiss\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9tat de brouillon et publi\u00e9e apr\u00e8s sa mort. Un des points forts en est la description des paysages faisant \u00e9cho et illustrant les drames int\u00e9rieurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Le choix d\u2019\u00c9l\u00e9onore Bonah et Maria Clara Castioni de laisser la parole \u00e0 deux institutrices fictives vivant sous la chambre de Jacob Lenz est extr\u00eamement int\u00e9ressant. Les deux femmes, merveilleusement interpr\u00e9t\u00e9es par Luna Desmeules et Anne Tismer, livrent un r\u00e9cit des observations qui pourraient \u00eatre faites par deux personnes <em>lambda<\/em> sur cet \u00e9trange ph\u00e9nom\u00e8ne qui d\u00e9barque dans la vie des villageois de Waldersbach. Oberlin, personnage central de la nouvelle de B\u00fcchner, qui \u00e9tait presque le seul \u00e0 consid\u00e9rer Lenz comme un \u00eatre humain, n\u2019est plus l\u00e0. Il ne reste que l\u2019observation de la plong\u00e9e compl\u00e8te dans la folie, sans espoir. Les paroles r\u00e9cit\u00e9es par les deux com\u00e9diennes correspondent la plupart du temps au texte de la nouvelle, mais avec des coupes, notamment concernant les parties qui montrent le personnage plus apais\u00e9. Ces sauts dans le r\u00e9cit viennent renforcer l\u2019impression de folie grandissante de celui qu\u2019elles appellent \u00ab&nbsp;Monsieur L.&nbsp;\u00bb. Mais des moments plus doux, plus po\u00e9tiques sont aussi pr\u00e9serv\u00e9s, avec notamment l\u2019int\u00e9gration des descriptions magnifiques des paysages de Georg B\u00fcchner, qui refl\u00e8tent le drame int\u00e9rieur v\u00e9cu par le protagoniste et l\u2019\u00e9crivain.<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9cor est presque nu, avec quelques objets et un panneau \u00e9clair\u00e9 sur lequel les ombres des com\u00e9diennes sont projet\u00e9es. Ce sont elles qui font vivre et voir le texte, leurs mouvements tr\u00e8s travaill\u00e9s ne font qu\u2019un avec ce d\u00e9cor. Des gestes simples, sans pr\u00e9tention, mais qui tirent leur force de leur simplicit\u00e9, soulignent le r\u00e9cit sinc\u00e8re et touchant. La lumi\u00e8re vient compl\u00e9ter ce jeu, avec des variations entre tons chauds, lorsque les moments sont plus l\u00e9gers, et tons sombres, lorsque la folie de Lenz s\u2019accro\u00eet. Ce jeu entre deux tons met en avant sa double personnalit\u00e9. Le spectacle met l\u2019accent sur les \u00e9l\u00e9ments de la nouvelle portant sur le th\u00e8me de l\u2019eau, ici omnipr\u00e9sente dans les paroles des deux femmes, dans leurs mouvements fluides, dans l\u2019\u00e9vocation constante de la fontaine du village, qui finit par apparaitre sur sc\u00e8ne. Elle devient le fil rouge du r\u00e9cit, qui s\u2019\u00e9coule du d\u00e9but \u00e0 la fin, comme le destin tragique de Lenz. Source de vie, n\u00e9cessaire \u00e0 la vie, toujours en mouvement comme lui, elle a aussi une autre face, destructrice et dangereuse, qui peut \u00e9roder m\u00eame la roche la plus dure. Lenz, pauvre humain, telle de la pierre sans cesse tourment\u00e9e par un torrent, s\u2019\u00e9rode et finit par disparaitre. Il ne reste de lui qu\u2019une coquille vide, un corps d\u00e9truit. Son existence ne tient qu\u2019aux mots de la nouvelle de Georg B\u00fcchner et au spectacle qui les joue.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1 avril 2025<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/loris-ferrari\/\">Loris Ferrari<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1 avril 2025<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/laurie-boissenin\/\">Laurie Boissenin<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Une adaptation au f\u00e9minin ?<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"629\" height=\"411\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/04\/lenz_article.jpeg\" alt=\"lenz article\" class=\"wp-image-23101\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/04\/lenz_article.jpeg 629w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/04\/lenz_article-300x196.jpeg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/04\/lenz_article-250x163.jpeg 250w\" sizes=\"auto, (max-width: 629px) 100vw, 629px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Dougados Magali<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>La nouvelle inachev\u00e9e de Georg B\u00fcchner narrait la dissolution mentale de l\u2019\u00e9crivain allemand Jakob Michael Reinhold Lenz. \u00c9l\u00e9onore Bonah et Maria Clara Castioni en proposent une adaptation brute, en 45 minutes. Dans cette version de l\u2019histoire qu\u2019elles annoncent comme f\u00e9minine, la parole est donn\u00e9e \u00e0 deux institutrices logeant juste en dessous de Lenz, et t\u00e9moins de son \u00e9tat de crise. Dans un d\u00e9cor minimaliste, le spectacle m\u00eale narration, r\u00e9citation et mim\u00e9tisme pour faire \u00e9cho \u00e0 la folie de Lenz.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Plusieurs niveaux de narration se croisent dans le texte source, publi\u00e9 en 1839. Inachev\u00e9, ce dernier se base sur le journal tenu par le pasteur Johan Friedrich Oberlin qui accueillit Lenz chez lui du 20 janvier au 8 f\u00e9vrier 1778. B\u00fcchner, lui-m\u00eame en crise, s\u2019identifie \u00e0 l\u2019objet de son texte et projette ses propres angoisses sur son protagoniste. Une autre voix se superpose, celle de sa fianc\u00e9e, Wilhelmine J\u00e4gl\u00e9, qui retravaille et publie le texte apr\u00e8s sa mort. Ces diff\u00e9rentes intentions s\u2019entrem\u00ealent pour exposer la d\u00e9personnalisation d\u2019un homme qui perd tous ses rep\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec cette adaptation, \u00c9l\u00e9onore Bonah et Maria Clara Castioni ont l\u2019ambition d\u2019offrir une voix aux femmes, largement en retrait dans le r\u00e9cit d\u2019origine. Le personnage d\u2019Oberlin est gomm\u00e9, au profit de deux institutrices, qui n\u2019apparaissant pas dans la nouvelle. Celles-ci accueillent Lenz lors de sa fuite dans les montagnes. Luna Desmeules, fra\u00eechement dipl\u00f4m\u00e9e de la Manufacture, joue aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019Anne Tismer, actrice exp\u00e9riment\u00e9e. Manifestement li\u00e9es et \u00e0 l\u2019\u00e9coute l\u2019une de l\u2019autre, les deux femmes dressent ensemble le tableau des d\u00e9lires et terreurs du po\u00e8te. Le spectacle ne propose pas ici une mise en dialogue des longs passages descriptifs de B\u00fcchner, mais plut\u00f4t une r\u00e9citation distribu\u00e9e du texte d\u2019origine, augment\u00e9e d\u2019une chor\u00e9graphie, de mimes, d\u2019\u00e9chos au texte et de jeux de lumi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Les artistes indiquent avoir travaill\u00e9 le texte comme un paysage. Se succ\u00e8dent de fait une s\u00e9rie de tableaux dramaturgiques traduisant la dissolution des notions d\u2019espace et de temps dans l\u2019esprit du po\u00e8te. Le paysage litt\u00e9ral, travers\u00e9 par Lenz lors de son voyage, n\u2019est pas repr\u00e9sent\u00e9. L\u2019accent est mis sur l\u2019espace mental plut\u00f4t que sur le cadre naturel romantique grandiose qu\u2019\u00e9voque la nouvelle. Le d\u00e9cor minimaliste, constitu\u00e9 essentiellement d\u2019un panneau argent\u00e9, sert d\u2019\u00e9cran de projection des images mentales que construit, notamment gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9clairage changeant, le spectateur.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien que la note d\u2019intention promette une perspective f\u00e9minine, le travail de r\u00e9\u00e9criture ne propose ne propose pas de v\u00e9ritable changement de point de vue. Les institutrices racontent l\u2019exp\u00e9rience de Lenz avec les mots de B\u00fcchner, leur propre int\u00e9riorit\u00e9 et leur pens\u00e9e demeurant inexprim\u00e9es. La m\u00eame histoire, racont\u00e9e par deux hommes, aurait-elle \u00e9t\u00e9 si diff\u00e9rente&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Le texte, d\u00e9bit\u00e9 rapidement, est difficile \u00e0 \u00e9couter. La prose de B\u00fcchner est r\u00e9cit\u00e9e dans un flot de paroles qui flottent dans la salle sans r\u00e9ellement p\u00e9n\u00e9trer l\u2019esprit. Dans une d\u00e9marche quasi brechtienne, emp\u00eachant une identification entre le personnage et l\u2019actrice, les com\u00e9diennes maintiennent une distance dans leur jeu. Elles repr\u00e9sentent les personnages sans partager leurs sentiments, sans v\u00e9ritablement les incarner. En cons\u00e9quence, le public est tenu lui aussi \u00e0 distance sans avoir les moyens de s\u2019immerger dans la profondeur \u00e9motionnelle de la po\u00e9sie romantique ni de se sentir affect\u00e9 par les questions existentielles que soul\u00e8ve ce personnage. Le ton du spectacle, qui oscille entre le grave et le comique, ne sollicite pas les \u00e9motions. Lorsque les lumi\u00e8res s\u2019\u00e9teignent, apr\u00e8s un dernier tableau d\u00e9routant, un silence h\u00e9sitant r\u00e8gne dans la salle, avant que le public, d\u00e9boussol\u00e9, ne finisse par applaudir et faire retomber la tension.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1 avril 2025<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/laurie-boissenin\/\">Laurie Boissenin<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1 avril 2025<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/killian-lachat\/\">Killian Lachat<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Nuances<\/strong><\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"626\" height=\"420\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/04\/lenz_article-2.jpeg\" alt=\"lenz article 2\" class=\"wp-image-23103\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/04\/lenz_article-2.jpeg 626w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/04\/lenz_article-2-298x200.jpeg 298w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/04\/lenz_article-2-250x168.jpeg 250w\" sizes=\"auto, (max-width: 626px) 100vw, 626px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Dougados Magal<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Dans une adaptation en demi-teinte de&nbsp;<\/em>Lenz<em>, une nouvelle de Georg B\u00fcchner, deux com\u00e9diennes incarnent des institutrices racontant la venue du po\u00e8te allemand Lenz dans le village de Waldersbach. Entre d\u00e9doublement et brouillages \u00e9nonciatifs, elles alternent la narration et le mime afin de mettre en lumi\u00e8re sa longue descente dans la folie.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le choix d\u2019adapter une nouvelle, soit de porter un texte non-dramatique sur sc\u00e8ne, peut sembler assez ordinaire. Cependant, \u00c9l\u00e9onore Bonah et Maria Clara Castioni, respectivement metteuse en sc\u00e8ne et sc\u00e9nographe, affichent, pour leur premier spectacle, un refus de mettre en dialogue la nouvelle. Contrairement \u00e0 ce qui pourrait \u00eatre attendu, elles proposent effectivement de cr\u00e9er quelque chose \u00e0 partir du texte afin de le mettre&nbsp;<em>sur<\/em>&nbsp;sc\u00e8ne et non&nbsp;<em>en<\/em>&nbsp;sc\u00e8ne. S\u2019ensuivent alors des choix narratologiques et esth\u00e9tiques, parfois audacieux, qui jouent particuli\u00e8rement sur les nuances et intensit\u00e9s.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le spectacle est enti\u00e8rement port\u00e9 par deux com\u00e9diennes&nbsp;: la premi\u00e8re est camp\u00e9e par Anne Tismer, une actrice allemande renomm\u00e9e avec d\u00e9j\u00e0 une imposante carri\u00e8re th\u00e9\u00e2trale&nbsp;; la seconde est interpr\u00e9t\u00e9e par Luna Desmeules, dipl\u00f4m\u00e9e en 2024 de la Manufacture \u00e0 Lausanne. Le choix de deux actrices aux parcours si diff\u00e9rents se ressent dans leur style de jeu, entre distanciation et incarnation, mais aussi dans les timbres de voix qui offrent des nuances et des contrastes tr\u00e8s int\u00e9ressants.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s un court prologue, les deux com\u00e9diennes l\u00e8vent le rideau sur un plateau \u00e9pur\u00e9 qu\u2019elles envahissent progressivement&nbsp;; chacune \u00e0 son tour prend en charge la narration et la monstration de l\u2019action au moyen de mimes et de mouvements erratiques, qui ne sont pas sans rappeler la folie qui frappe Lenz. Cette passation \u00e9nonciative semble d\u2019ailleurs cr\u00e9er deux espaces distincts&nbsp;: d\u2019une part, le devant du plateau \u2013 espace de la narration \u2013 permet la prise de parole des deux villageoises&nbsp;; d\u2019autre part, le fond du plateau, para\u00eet plus proche de la fiction et de l\u2019action racont\u00e9e, soit de l\u2019exemplification des actions de Lenz. Le d\u00e9doublement se fait \u00e9galement ressentir quant au style de jeu des deux com\u00e9diennes&nbsp;: alors que Luna Desmeules incarne une forme d\u2019intensit\u00e9 d\u00e9fiante, Anne Tismer s\u2019exprime de mani\u00e8re plus d\u00e9tach\u00e9e, presque enfantine. Les deux villageoises sont donc compl\u00e9mentaires car elles offrent chacune un t\u00e9moignage selon leur propre point de vue. Ce contraste t\u00e9moigne d\u2019ailleurs de la duplicit\u00e9 m\u00e9taphorique de l\u2019esprit de Lenz qui se d\u00e9lite progressivement.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s le lever du rideau, la r\u00e9citation de la nouvelle commence dans un rythme emport\u00e9. Cette adaptation, qui reprend presque litt\u00e9ralement certains passages du texte original, donne la primaut\u00e9 \u00e0 la narration, au point que ce flot de paroles submerge les spectateurs, les invitant \u00e0 privil\u00e9gier l\u2019observation des corps et de l\u2019espace. La pr\u00e9\u00e9minence narrative, de m\u00eame que le jeu parfois d\u00e9sincarn\u00e9 d\u2019Anne Tismer, semblent s\u2019inscrire dans une forme brechtienne du th\u00e9\u00e2tre, qui promeut la distanciation, soit l\u2019impossibilit\u00e9 pour le com\u00e9dien et le spectateur de s\u2019identifier au personnage. Si nous pouvons saluer cette r\u00e9f\u00e9rence, assum\u00e9e ou non, il en ressort cependant un flou artistique, uniquement relev\u00e9 par les contrastes esth\u00e9tiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Le choix d\u2019adopter le point de vue des deux institutrices, personnages mineurs dans la nouvelle, garantit ici la coh\u00e9rence du spectacle car il justifie un certain type d\u2019\u00e9nonciation, proche du conte ou du mime. On pourrait s\u2019attendre \u00e0 ce que la nouvelle prenne une signification diff\u00e9rente, mais le changement n\u2019est pas saillant de prime abord. En effet, au-del\u00e0 de saluer la volont\u00e9 f\u00e9ministe, ni la fable ni l\u2019action \u2013 respectivement l\u2019histoire racont\u00e9e et l\u2019action pr\u00e9sent\u00e9e sur sc\u00e8ne \u2013 ne sont vraisemblablement alt\u00e9r\u00e9es&nbsp;; en d\u00e9finitive, n\u2019importe quel membre de la communaut\u00e9 pourrait prendre leur place, rel\u00e9guant l\u2019identit\u00e9 des personnages au second plan.<\/p>\n\n\n\n<p>La succession lin\u00e9aire et chronologique des \u00e9pisodes est parfois interrompue&nbsp;; les deux femmes prennent alors la libert\u00e9 d\u2019extrapoler certains \u00e9v\u00e9nements, de mani\u00e8re po\u00e9tique ou teint\u00e9s d\u2019un humour insaisissable. Paradoxalement, ces pauses ne font pas avancer l\u2019histoire mais \u00e9clairent le r\u00f4le des institutrices, elles-m\u00eames devenant com\u00e9diennes. D\u2019ailleurs, il arrive que les brouillages s\u2019intensifient, par exemple lorsque Luna Desmeules donne un fouet \u00e0 un spectateur du premier rang, et qu\u2019Anne Tismer s\u2019excuse aupr\u00e8s de lui, de mani\u00e8re \u00e0 le fictionnaliser et donc \u00e0 renforcer leur r\u00f4le de com\u00e9dienne.<\/p>\n\n\n\n<p>Si les choix esth\u00e9tiques et sc\u00e9nographiques jouent encore une fois sur les contrastes, entre ombre et lumi\u00e8re, timbres de voix, narration et mimes, la repr\u00e9sentation laisse une impression inaboutie. Le d\u00e9doublement et le psychisme de Lenz sont certes rendus palpables par des contrastes admirablement saisis, mais une forme \u00e9trange d\u2019humour vient all\u00e9ger et troubler en quelque sorte le ton du spectacle, qui h\u00e9site d\u00e8s lors entre tension psychologique et contrepoint comique. Cette ambiance, o\u00f9 l\u2019on h\u00e9site \u00e0 rire ou \u00e0 pleurer, cherche peut-\u00eatre \u00e0 adh\u00e9rer au ton de la nouvelle, en transposant le sentiment instable dans lequel le po\u00e8te se trouve, ne sachant quelle attitude adopter, quelle voix \u00e9couter. Au-del\u00e0 de l\u2019approche nuanc\u00e9e, ce spectacle questionne donc la forme que peut prendre l\u2019adaptation th\u00e9\u00e2trale d\u2019une nouvelle qui a pour sujet la maladie mentale. Mais au lieu de d\u00e9boucher sur une satisfaction agr\u00e9able, la fin g\u00e9n\u00e8re plut\u00f4t de nouvelles interrogations et un sentiment de d\u00e9senchantement profond.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1 avril 2025<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/killian-lachat\/\">Killian Lachat<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1 avril 2025<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/maxime-grandjean\/\">Maxime Grandjean<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Une lecture incarn\u00e9e de la folie<\/strong><\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"627\" height=\"422\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/04\/lenz_couverture.jpeg\" alt=\"lenz couverture\" class=\"wp-image-23102\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/04\/lenz_couverture.jpeg 627w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/04\/lenz_couverture-297x200.jpeg 297w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/04\/lenz_couverture-250x168.jpeg 250w\" sizes=\"auto, (max-width: 627px) 100vw, 627px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Dougados Magal<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>\u00c9l\u00e9onore Bonah et Maria Clara Castioni portent \u00e0 la sc\u00e8ne la nouvelle de l\u2019\u00e9crivain allemand du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle Georg B\u00fcchner. Passant par la traduction de Georges-Arthur Goldschmidt, elles adaptent le texte original en donnant la parole \u00e0 deux institutrices voisines de Lenz, incarn\u00e9es par Anne Tismer et Luna Desmeules, qui content la lutte contre la folie.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Dans un d\u00e9cor d\u00e9pouill\u00e9, simplement constitu\u00e9 d\u2019un panneau blanc au milieu de la sc\u00e8ne, la compl\u00e9mentarit\u00e9 d\u2019Anne Tismer et Luna Desmeules s\u2019impose rapidement comme la cl\u00e9 de vo\u00fbte du spectacle. Elle prend souvent la forme d\u2019une r\u00e9partition altern\u00e9e entre narration et jeu physique, par la voix de deux institutrices, voisines de Lenz, qui prennent, dans cette adaptation, une place in\u00e9dite. Si une com\u00e9dienne r\u00e9cite des parties du texte, l\u2019autre en amplifie le sens par ses gestes, endossant ponctuellement le r\u00f4le de Lenz lui-m\u00eame. Outre d\u2019autres ajouts musicaux, ce dispositif m\u00ealant d\u00e9clamation du texte et sa traduction mim\u00e9tique sert parfaitement la transposition th\u00e9\u00e2trale de la nouvelle en permettant aux spectateurs de voir le texte prendre vie sous ses yeux et de partager les \u00e9motions de Lenz ou des habitants du village au contact de ce dernier.<\/p>\n\n\n\n<p>Le partage des r\u00f4les s\u2019exprime premi\u00e8rement par la mise en geste de l\u2019action narr\u00e9e. Ainsi, lorsque, dans les premi\u00e8res minutes du spectacle, l\u2019une des com\u00e9diennes dit que Lenz descend une montagne, l\u2019autre effectue quelques sauts, \u00e0 l\u2019image d\u2019un cheval franchissant une haie. Ailleurs, un bras est contorsionn\u00e9 derri\u00e8re la t\u00eate pour signifier le bras cass\u00e9 de Lenz. Ces mimes ont pour effet tout \u00e0 fait bienvenu d\u2019ancrer physiquement le texte sur les planches, en d\u00e9passant la simple diction. Ensuite, la mise en sc\u00e8ne propose \u00e9galement d\u2019amusantes illustrations litt\u00e9rales de comparaisons litt\u00e9raires apparaissant dans le texte. En ce sens, lorsque dans celui-ci figure la comparaison \u00ab&nbsp;comme les plantes&nbsp;\u00bb, les deux personnages se mettent \u00e0 entreprendre des d\u00e9coupages, cr\u00e9ant de la sorte des bandelettes de fleurs en papier qui donnent corps aux mots.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet exemple rel\u00e8ve \u00e9galement l\u2019ing\u00e9nieuse fa\u00e7on qu\u2019a le spectacle de transmettre au public des \u00e9motions d\u00e9coulant de diverses situations. Le sentiment de longueur qui na\u00eet de la r\u00e9p\u00e9tition des d\u00e9coupages transmet parfaitement la notion exprim\u00e9e \u00e0 ce moment-l\u00e0 de routine, qui s\u2019installe au sein du presbyt\u00e8re pour Lenz. Ailleurs, c\u2019est la folie de ce dernier et le malaise ressenti par ceux qui le c\u00f4toient qui sont mis en \u00e9vidence. Par le simple fait qu\u2019un personnage place un sac sur sa t\u00eate, \u00e0 l\u2019instar de Lenz dans la nouvelle, le public, \u00e0 la vue de cette excentricit\u00e9, est \u00e9galement envahi par le m\u00eame sentiment d\u2019\u00e9tranget\u00e9 qui submerge les t\u00e9moins.<\/p>\n\n\n\n<p>La plus grande r\u00e9ussite du spectacle tient dans sa mani\u00e8re de transmettre les \u00e9motions v\u00e9cues par Lenz lui-m\u00eame. Tout d\u2019abord, la sc\u00e8ne du bain qu\u2019il prend dans la fontaine afin de soulager ses troubles se montre particuli\u00e8rement \u00e9loquente. Pour communiquer le plaisir que le baigneur \u00e9prouve au contact de l\u2019eau fra\u00eeche, deux proc\u00e9d\u00e9s sont mobilis\u00e9s. Premi\u00e8rement, l\u00e0 o\u00f9 Lenz s\u2019immerge dans la fontaine, l\u2019autre personnage entame une chansonnette exprimant le bonheur que le premier ressent. D\u00e8s lors, outre la transparence des quelques paroles r\u00e9p\u00e9t\u00e9es, le ton qu\u2019emploie la chanteuse se fait progressivement plus doux, diffusant ainsi l\u2019agr\u00e9ment de Lenz au public qui profite de la d\u00e9licatesse des chuchotements rythm\u00e9s. Deuxi\u00e8mement, la mise en sc\u00e8ne mobilise aussi une rupture dans la di\u00e9g\u00e8se. Lorsque le personnage en charge de la narration s\u2019appr\u00eate \u00e0 passer au jour suivant, l\u2019autre l\u2019interrompt par un \u00ab&nbsp;Attends&nbsp;!&nbsp;\u00bb. Elle la prie ensuite de la laisser savourer encore quelques instants son bain, rendant perceptible le plaisir de Lenz.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Ailleurs, la lumi\u00e8re devient aussi un moyen de transmission du sens et des \u00e9motions. Lenz \u00e9tant particuli\u00e8rement en proie \u00e0 ses crises lorsque la nuit tombe, il d\u00e9veloppe, \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019obscurit\u00e9, une forme de malaise et de peur. Ces deux sentiments sont partag\u00e9s par les spectateurs quand les lumi\u00e8res du th\u00e9\u00e2tre s\u2019\u00e9teignent et que le silence s\u2019empare de la pi\u00e8ce. Pour le public habitu\u00e9 jusqu\u2019ici \u00e0 une sc\u00e8ne \u00e9clair\u00e9e et bruyante, ces quelques secondes d\u2019obscurit\u00e9 suffisent \u00e0 provoquer un malaise g\u00e9n\u00e9ral qui se r\u00e9pand dans les rangs, avant de se transformer finalement en peur aux cris soudains prof\u00e9r\u00e9s par Luna Desmeules.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, il reste \u00e0 noter que cette adaptation parvient \u00e9galement \u00e0 m\u00ealer, selon les mots d\u2019\u00c9l\u00e9onore Bonah et Maria Clara Castioni, \u00ab&nbsp;gravit\u00e9 et humour&nbsp;\u00bb. Bien que le sujet du spectacle ne pr\u00eate<em> a priori<\/em> pas aux rires, sa mise en sc\u00e8ne invite tout de m\u00eame \u00e0 quelques sourires. Les actrices qui prennent en charge de la narration commettent parfois une erreur sur un mot \u00e9crit diff\u00e9remment dans la nouvelle, ce que s\u2019empresse de corriger l\u2019autre. Cette dynamique, \u00e0 l\u2019instar de la discussion mentionn\u00e9e concernant la longueur du bain, introduit un brin d\u2019humour aussi plaisant et inattendu que la chor\u00e9graphie sur <em>D\u00e9senchant\u00e9e <\/em>de Myl\u00e8ne Farmer qui surgit en plein village de montagne du XIX<sup>e <\/sup>si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1 avril 2025<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/maxime-grandjean\/\">Maxime Grandjean<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1 avril 2025<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/orane-gigon\/\">Orane Gigon<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Nouvelle flottante&nbsp;<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"629\" height=\"411\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/04\/lenz_article.jpeg\" alt=\"lenz article\" class=\"wp-image-23101\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/04\/lenz_article.jpeg 629w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/04\/lenz_article-300x196.jpeg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/04\/lenz_article-250x163.jpeg 250w\" sizes=\"auto, (max-width: 629px) 100vw, 629px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Dougados Magali<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Sur un plateau brut, sans autre d\u00e9cor qu\u2019un panneau gris et des jeux de lumi\u00e8re, Luna Desmeules et Anne Tismer se r\u00e9pondent dans une sc\u00e9nographie qui fait collaborer leur jeu pourtant contrast\u00e9 afin de mettre en valeur le texte de la nouvelle inachev\u00e9e&nbsp;<\/em>Lenz<em>&nbsp;de l\u2019auteur allemand Georg B\u00fcchner. Dans une adaptation flottante, les com\u00e9diennes se relaient pour narrer et mettre en mouvement ce texte po\u00e9tique complexe.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la sortie de la salle, il est difficile de ressentir autre chose qu\u2019un \u00e9trange flottement presque d\u00e9sorientant. Plut\u00f4t que de faire une adaptation \u00ab\u202ftraditionnelle\u202f\u00bb&nbsp;de la nouvelle, comme pourrait le faire une mise en dialogue, la metteuse en sc\u00e8ne et la sc\u00e9nographe,&nbsp;\u00c9l\u00e9onore Bonah et Maria Clara Castioni, ont choisi de mettre en valeur le texte sans le transformer en proposant une narration altern\u00e9e de la nouvelle sous l\u2019angle de deux femmes qui ont recueilli le po\u00e8te. Elles proposent ainsi une \u0153uvre exploratoire qui donne une impression de cr\u00e9ation instantan\u00e9e malgr\u00e9 la grande pr\u00e9cision de jeu des deux com\u00e9diennes. Comme le spectacle donne \u00e0 entendre une traduction du texte de B\u00fcchner presque similaire \u00e0 l\u2019original \u2013 bien que coup\u00e9 par endroits \u2013, le texte \u00e9nonc\u00e9 devient souvent peu compr\u00e9hensible, soit proclam\u00e9 trop rapidement pour saisir les d\u00e9tails de sa complexit\u00e9, soit r\u00e9cit\u00e9 d\u2019un ton trop monocorde pour v\u00e9ritablement retenir l\u2019attention. Ce choix \u00e9nonciatif cr\u00e9e un effet flottant&nbsp;; on n\u2019entend alors plus que le flot de la parole sans avoir envie d\u2019en saisir le sens. Cependant, l\u2019association du flot de la parole et de la gestuelle imag\u00e9e des narratrices donne forme \u00e0 un tout tr\u00e8s harmonieux qui demande plus \u00e0 \u00eatre regard\u00e9 qu\u2019\u00e0 \u00eatre \u00e9cout\u00e9 en profondeur, ce qui contribue peut-\u00eatre \u00e0 produire cette impression g\u00e9n\u00e9rale de flottement chez les spectateurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Les com\u00e9diennes assument \u00e0 tour de r\u00f4le un point de vue \u00e0 la fois de narrateur et de personnage, parfois sans r\u00e9elle d\u00e9marcation, dans des glissements qui brouillent la provenance de l\u2019\u00e9nonciation. Les actrices incarnent-elles des narratrices, des personnages di\u00e9g\u00e9tiques, elles-m\u00eames en train de jouer un personnage ou des figures qui seraient un peu de tout cela \u00e0 la fois&nbsp;? Pour ne pas simplifier cette ambigu\u00eft\u00e9 de l\u2019incarnation, le jeu des actrices laisse un \u00e9cart consid\u00e9rable entre le texte et leur interpr\u00e9tation. Cette distance quasi brechtienne \u2013 Bertolt Brecht pr\u00f4nait une mise \u00e0 distance de l\u2019identification totale entre le personnage, le public et l\u2019action, pr\u00e9f\u00e9rant raconter litt\u00e9ralement l\u2019action plut\u00f4t que de la jouer \u2013 amplifie l\u2019impression de flottement. Les \u00e9changes entre les actrices oscillent ainsi entre une narration franche et assum\u00e9e ponctu\u00e9e de mimes et ces glissements flottants qui dilatent la temporalit\u00e9 de la nouvelle pour incorporer des \u00e9l\u00e9ments nouveaux tels que des danses et des chants chor\u00e9graphi\u00e9s. Ces \u00e9l\u00e9ments plus contemporains, loin du texte original, \u2013 une reprise du titre&nbsp;<em>D\u00e9senchant\u00e9<\/em>&nbsp;de Myl\u00e8ne Farmer ou de la&nbsp;<em>body percussion<\/em>&nbsp;\u2013 apportent au texte complexe et r\u00e9p\u00e9titif de la nouvelle des touches d\u2019humour absurde bienvenues pour ne pas perdre le fil.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019utilisation brute de l\u2019espace sc\u00e9nique ainsi que du bord de sc\u00e8ne \u2013 les com\u00e9diennes ouvrent le rideau au d\u00e9but de la repr\u00e9sentation, apportent elles-m\u00eames un spot ou utilisent la porte de la salle pour r\u00e9cup\u00e9rer des accessoires \u2013 apporte une dimension tr\u00e8s concr\u00e8te \u00e0 la sc\u00e9nographie qui contraste avec le lyrisme du texte. Pourtant, tout comme le jeu tr\u00e8s diff\u00e9rent des actrices \u2013 entre innocence na\u00efve pour l\u2019une et intensit\u00e9 combative pour l\u2019autre \u2013, les oppositions sont travaill\u00e9es de telle mani\u00e8re qu\u2019elles sont per\u00e7ues comme des compl\u00e9mentarit\u00e9s. Gr\u00e2ce au d\u00e9cor minimaliste, la lumi\u00e8re aussi devient un \u00e9l\u00e9ment tr\u00e8s important dans le spectacle, au point de devenir un outil de narration, voire par moment un personnage \u00e0 part enti\u00e8re. Elle signifie non seulement les changements de lieux et de temporalit\u00e9, mais aussi les diff\u00e9rentes humeurs des figures sur le plateau jusqu\u2019\u00e0 devenir un r\u00e9el interlocuteur.<\/p>\n\n\n\n<p>La pr\u00e9sentation officielle du spectacle promet une vision f\u00e9minine sur la nouvelle de B\u00fcchner. N\u00e9anmoins, comme le texte est repris presque mot pour mot et ne subit pas de modification profonde, il est difficile de voir un r\u00e9el changement de point de vue sur le contenu textuel. Bien qu\u2019il n\u2019y ait pas de changement flagrant de paradigme, ce nouveau regard f\u00e9minin est peut-\u00eatre toutefois visible dans le jeu nuanc\u00e9 des com\u00e9diennes, dans leur fa\u00e7on de raconter et d\u2019interpr\u00e9ter l\u2019histoire de Lenz. En effet, malgr\u00e9 un jeu distant, il est possible de distinguer une mise en lumi\u00e8re avec douceur des maux de \u00ab&nbsp;monsieur L&nbsp;\u00bb, d\u00e9crits en m\u00eame temps dans des termes forts&nbsp;: solitude, angoisse, peur, fuite ou encore vide int\u00e9rieur. Ces th\u00e9matiques sont associ\u00e9es \u00e0 des gestes et des attitudes sc\u00e9niques plus po\u00e9tiques, notamment dans les descriptions gestuelles et textuelles des paysages de B\u00fcchner, figurant une peinture douce-am\u00e8re des sentiments de Lenz. Une autre forme de sensibilit\u00e9 pourrait aussi se retrouver dans le choix des guirlandes en papier \u2013 rappelant l\u2019enfance \u2013 utilis\u00e9es par les com\u00e9diennes pour former des ombres et tisser un lien entre la nature et la psych\u00e9 de Lenz, ce qui reste pourtant tr\u00e8s allusif. Par ailleurs, les jeux d\u2019ombres sont aussi utilis\u00e9s pour d\u00e9doubler par moment les com\u00e9diennes, cr\u00e9ant une forme d\u2019avatar sombre avec lequel interagir. On regrette finalement que les tourments du po\u00e8te, \u00e9voqu\u00e9s de fa\u00e7on morcel\u00e9e, ne soient pas plus approfondis par la mise en sc\u00e8ne, qui se prive par-l\u00e0 d\u2019une dimension r\u00e9flexive suppl\u00e9mentaire.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1 avril 2025<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/orane-gigon\/\">Orane Gigon<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1 avril 2025<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/celia-reymond\/\">C\u00e9lia Reymond<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Lumi\u00e8re sur la folie<\/strong><\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"626\" height=\"420\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/04\/lenz_article-2.jpeg\" alt=\"lenz article 2\" class=\"wp-image-23103\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/04\/lenz_article-2.jpeg 626w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/04\/lenz_article-2-298x200.jpeg 298w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/04\/lenz_article-2-250x168.jpeg 250w\" sizes=\"auto, (max-width: 626px) 100vw, 626px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Dougados Magal<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>\u00c9l\u00e9onore Bonah et Maria Clara Castioni<ins> <\/ins>adaptent, pour leur sortie de La Manufacture,<\/em> <em>la nouvelle <\/em>Lenz<em> de Georg B\u00fcchner, en donnant voix et corps \u00e0 deux institutrices ainsi qu\u2019\u00e0 la folie du po\u00e8te.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Comment mettre en sc\u00e8ne aujourd\u2019hui la nouvelle romantique de B\u00fcchner&nbsp;? Le spectacle donne \u00e0 voir et \u00e0 entendre l\u2019histoire du po\u00e8te Lenz qui sombre progressivement dans la folie du point de vue de deux institutrices. Sur sc\u00e8ne, peu d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments mat\u00e9riels sont pr\u00e9sents&nbsp;: un grand drap formant une sorte de mur, lev\u00e9 rapidement, un grand panneau blanc, du papier, deux ciseaux et une fontaine uniquement d\u00e9voil\u00e9e \u00e0 la fin par la chute du panneau. Les d\u00e9cors sont remplac\u00e9s par les gestes et la parole : le lieu de la fiction est sugg\u00e9r\u00e9 par le jeu des com\u00e9diennes. Pour signaler un changement d\u2019espace, elles l&rsquo;annoncent verbalement et passent derri\u00e8re le panneau afin d&rsquo;illustrer cette transition. Alors qu\u2019Anne Tismer, grande actrice allemande, cr\u00e9e une distance entre elle et son jeu, Luna Desmeules, sortie depuis peu de La Manufacture, semble plus dans l\u2019imm\u00e9diat. Ce jeu contrast\u00e9 des deux com\u00e9diennes accentue l\u2019effet de d\u00e9doublement, rendant par-l\u00e0 sensible l\u2019\u00e9tat du po\u00e8te.<\/p>\n\n\n\n<p>Les jeux de lumi\u00e8re occupent une place essentielle dans cette adaptation. La repr\u00e9sentation d\u00e9bute alors que le public est encore \u00e9clair\u00e9. Ce choix saute l\u2019\u00e9tape habituelle de l\u2019extinction des lumi\u00e8res, qui signale g\u00e9n\u00e9ralement le d\u00e9but du spectacle. Cela g\u00e9n\u00e8re un effet de surprise, voire de d\u00e9routement, qui r\u00e9ussit pourtant \u00e0 arracher les spectateur\u00b7rices de leur activit\u00e9 et \u00e0 les immerger imm\u00e9diatement dans la repr\u00e9sentation. La lumi\u00e8re a en outre une fonction dramaturgique&nbsp;: lorsque les spectateur\u00b7rices sont plong\u00e9\u00b7es dans la nuit, les variations lumineuses qui interviennent sur la sc\u00e8ne sugg\u00e8rent les changements de lieu ou de temporalit\u00e9. Toutefois, certains effets de lumi\u00e8re semblent moins ma\u00eetris\u00e9s. \u00c0 un moment, la salle a \u00e9t\u00e9 enti\u00e8rement plong\u00e9e dans le noir pendant de longues secondes, poussant une des com\u00e9diennes \u00e0 fixer \u00e9trangement une ampoule au plafond. Plus tard, un bref flash vert est apparu. Il est difficile de savoir s\u2019il s\u2019agit d\u2019un effet sc\u00e9nique pr\u00e9vu, d\u2019une erreur technique, d\u2019une improvisation dans les jeux de lumi\u00e8re ou encore d\u2019un effet destin\u00e9 \u00e0 renforcer la repr\u00e9sentation de la folie.<\/p>\n\n\n\n<p>Le caract\u00e8re plut\u00f4t narratif du spectacle \u00e9voque le conte. Cet aspect se manifeste particuli\u00e8rement dans la mani\u00e8re dont les com\u00e9diennes s\u2019expriment : souvent, elles adoptent un ton doux et lent qui \u00e9voque une adresse aux enfants, renfor\u00e7ant ainsi leur posture d\u2019institutrices.&nbsp;De fa\u00e7on originale, le spectacle donne \u00e9galement \u00e0 voir la narration du texte de B\u00fcchner&nbsp;: le r\u00e9cit est redoubl\u00e9 par des mimes. Il y a parfois du mim\u00e9tisme entre les passages racont\u00e9s par l\u2019une et les actions de l\u2019autre, cr\u00e9ant une sorte d\u2019\u00e9cho au texte, mais, \u00e0 d\u2019autres moments, elles y renoncent. L\u2019absence de correspondance est particuli\u00e8rement saillante et semble \u00e9trange. C\u2019est notamment le cas lorsqu\u2019une des institutrices affirme que les jambes de Lenz bougent fr\u00e9n\u00e9tiquement, mais que son bin\u00f4me \u2013 qui jusque-l\u00e0 mimait fid\u00e8lement les mouvements \u00e9voqu\u00e9s \u2013 reste immobile. Cette \u00e9tranget\u00e9 parvient \u00e0 faire ressentir aux specteur\u00b7ices le comportement atypique et marqu\u00e9 par la folie de Lenz. L\u2019\u00e9tat mental de ce dernier se refl\u00e8te \u00e9galement dans la diction des com\u00e9diennes&nbsp;: certaines c\u00e9sures sont parfois mal plac\u00e9es et certains mots sont tronqu\u00e9s de mani\u00e8re \u00e9trange.<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis quelque peu mitig\u00e9e face \u00e0 ce spectacle dont les intentions sous-jacentes sont difficiles \u00e0 saisir. Ce soir-l\u00e0, le public de Vidy semblait \u00e9galement d\u00e9sorient\u00e9, surtout \u00e0 la fin du spectacle. Les lumi\u00e8res se sont \u00e9teintes et un petit doute silencieux s\u2019est install\u00e9&nbsp;: la repr\u00e9sentation est-elle termin\u00e9e&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1 avril 2025<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/celia-reymond\/\">C\u00e9lia Reymond<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.vidy.ch\/fr\/evenement\/lenz\/\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D&rsquo;apr\u00e8s Georg B\u00fcchner \/ Mise en sc\u00e8ne par \u00c9l\u00e9onore Bonah et Maria Clara Castioni \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy (Lausanne) \/ Du 1 au 10 avril 2025 \/ Critiques par Alexia Gay, Muireann Walsh, Loris Ferrari, Laurie Boissenin, Killian Lachat, Maxime Grandjean, Orane Gigon et C\u00e9lia Reymond.<\/p>\n","protected":false},"author":1002847,"featured_media":23102,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,2],"tags":[313,316,318,320,303,317,314,315],"class_list":["post-23099","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-de-vidy","tag-alexia-gay","tag-celia-reymond","tag-killian-lachat","tag-laurie-boissenin","tag-loris-ferrari","tag-maxime-grandjean","tag-muireann-walsh","tag-orane-gigon"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23099","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002847"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=23099"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23099\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":23134,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23099\/revisions\/23134"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/23102"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=23099"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=23099"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=23099"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}