{"id":22894,"date":"2025-03-03T20:45:54","date_gmt":"2025-03-03T19:45:54","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=22894"},"modified":"2025-03-24T23:25:54","modified_gmt":"2025-03-24T22:25:54","slug":"a-cinq-ans-jai-oublie-le-francais","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2025\/03\/a-cinq-ans-jai-oublie-le-francais\/","title":{"rendered":"A cinq ans, j&rsquo;ai oubli\u00e9 le Fran\u00e7ais"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">A cinq ans, j&rsquo;ai oubli\u00e9 le Fran\u00e7ais<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Conception et mise en sc\u00e8ne par Anouk Werro et M\u00e9lissa Rouvinet \/ \u00a0La Grange &#8211; Centre \/ Arts et Science \/ UNIL \/ Du 25 f\u00e9vrier au 2 mars 2025 \/ Critiques par Petya Ivanova et Loris Ferrari . <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>28 f\u00e9vrier 2025<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/petya-ivanova\/\">Petya Ivanova<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Les fa(m)illes de la m\u00e9moire<\/strong><\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"877\" height=\"661\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/03\/A-cinq-ans_article.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-22895\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/03\/A-cinq-ans_article.png 877w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/03\/A-cinq-ans_article-265x200.png 265w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/03\/A-cinq-ans_article-226x170.png 226w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/03\/A-cinq-ans_article-768x579.png 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/03\/A-cinq-ans_article-290x220.png 290w\" sizes=\"auto, (max-width: 877px) 100vw, 877px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Fabrice Ducrest &#8211; UNIL<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Un p\u00e8re voyage en voiture avec sa fille et son fils, deux jeunes adultes. L\u2019itin\u00e9raire de leur long trajet, parsem\u00e9 de moments d\u2019ennui, d\u2019engueulade, de solitude et de complicit\u00e9, les m\u00e8ne entre l\u2019enfance et l\u2019\u00e2ge adulte, entre les espaces liminaires du d\u00e9but et de la fin de la vie. Sur cette trajectoire, r\u00e9elle et imaginaire, le doute est omnipr\u00e9sent, guettant derri\u00e8re chaque certitude, chaque rem\u00e9moration et chaque prise de d\u00e9cision.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Issu d\u2019un travail collaboratif et interdisciplinaire entre art et sciences \u2013 l\u2019autrice et metteure en sc\u00e8ne Anouk Werro et la sc\u00e9nographe M\u00e9lissa Rouvinet ont collabor\u00e9 \u00e9troitement avec Delphine Preissmann et Nathalie Dongois, chercheuses respectivement en psychologie cognitive et en droit p\u00e9nal \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne \u2013, le spectacle se propose d\u2019interroger la facult\u00e9 de m\u00e9moire et ses failles, et, d\u2019un point de vue factuel, voire juridique, son manque de fiabilit\u00e9. Des souvenirs se confrontent, se succ\u00e8dent et ressurgissent encore dans un r\u00e9cit fragment\u00e9 qui d\u00e9montre la multiplicit\u00e9 des points de vue, et, \u00e0 plus forte raison, la puissance des r\u00e9cits sur la construction identitaire. <ins><\/ins><\/p>\n\n\n\n<p>Par des jeux de langage et son titre, la pi\u00e8ce soul\u00e8ve aussi la question du lien entre m\u00e9moire et langage, \u00e9quivoque au point de rendre Mn\u00e9mosyne variable. D\u2019o\u00f9 la perte du langage \u2013 l\u2019enfant se d\u00e9fait d\u2019un idiome qui lui transmet l\u2019angoisse et l\u2019impuissance d\u2019un abandon, ou de cette langue natale soudainement devenue inutile, inappropri\u00e9e qu\u2019il rejette en m\u00eame temps que la langue d\u2019accueil.&nbsp; <ins><\/ins><\/p>\n\n\n\n<p>Au fil du spectacle, les faits et leurs versions font place \u00e0 des paysages int\u00e9rieurs, \u00e0 des perceptions intimes, visc\u00e9rales et paradoxalement plus fiables \u2013 \u00ab&nbsp;j\u2019ai senti qu\u2019il y avait des espaces en elle que je n\u2019ai jamais r\u00e9ussi \u00e0 atteindre&nbsp;\u00bb dira le p\u00e8re en s\u2019interrogeant sur les raisons du d\u00e9part de son \u00e9pouse. La recherche inachev\u00e9e et inachevable d\u2019une version ultime de \u00ab&nbsp;comment les choses se sont-elles r\u00e9ellement pass\u00e9es&nbsp;\u00bb se d\u00e9ploie dans tous les registres du langage familial \u2013 de l\u2019engueulade pour un rien en passant par des moments de rires complices aux d\u00e9clarations d\u2019amour pudiquement conditionnelles ou d\u2019une tendresse lyrique.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame si le manque de fiabilit\u00e9 de la m\u00e9moire individuelle pour t\u00e9moigner, notamment dans des situations de faits divers, est mis en avant \u2013 ce qui pourrait donner \u00e0 penser que la focale du projet est la pr\u00e9cision dans la restitution des perceptions \u2013, ce n\u2019est finalement pas le trait saillant du spectacle. Ce qui prime est le lien qui se tisse dans cet effort commun pour converser \u2013 pour faire passer le temps, pour dissiper la g\u00eane de ceux qui s\u2019aiment plus que ce qu\u2019ils ont l\u2019habitude de se dire, pour comprendre o\u00f9 ils en sont ou ce qui leur arrive, pour \u00ab&nbsp;franchir la barri\u00e8re&nbsp;\u00bb de leur enfance, afin de choisir, ou non, d\u2019enfanter.<ins><\/ins><\/p>\n\n\n\n<p>La v\u00e9ritable force de ce spectacle r\u00e9side en cela qu\u2019il d\u00e9passe son projet initial, pour finalement mettre en lumi\u00e8re la po\u00e9sie et la difficult\u00e9 des relations avec ceux qui sont \u00e0 la fois t\u00e9moins et d\u00e9tenteurs d\u2019un morceau consid\u00e9rable du noyau qui fa\u00e7onne au plus intimement notre pr\u00e9sence au monde \u2013 le groupe familial. La sc\u00e9nographie de M\u00e9lissa Rouvinet, minimaliste et suggestive \u00e0 la fois, montre un v\u00e9hicule en mousse sur une route \u00e9clair\u00e9e par un jeu de lumi\u00e8res particuli\u00e8rement beau et perceptif sign\u00e9 C\u00e9line Ribeiro. Elle se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre un enjeu majeur du spectacle en \u00e9voquant des espaces modulables, extensibles ou r\u00e9tr\u00e9cissables selon les p\u00e9rip\u00e9ties du trajet, des humeurs, des prises de position, des aveux et des r\u00e9v\u00e9lations. Tant\u00f4t \u00e9triqu\u00e9s ou vastes, tant\u00f4t \u00e9touffants de proximit\u00e9 ou dilat\u00e9s entre aise et solitude, les paysages g\u00e9ographiques et int\u00e9rieurs \u00e9voquent les relations multivectorielles au sein d\u2019une famille dans toute leur complexit\u00e9, jusqu\u2019aux questionnements qui accompagnent la d\u00e9cision de la fonder, d\u2019y vivre ou de l\u2019abandonner. Dans un monologue particuli\u00e8rement saisissant livr\u00e9 par la fille (Margot Van Hove), la mise en sc\u00e8ne montre, litt\u00e9ralement et m\u00e9taphoriquement, que le socle, chancelant, \u00e0 partir duquel on appr\u00e9hende ces questions, est celui de nos v\u00e9cus partag\u00e9s, de nos r\u00e9cits, de nos racines et de nos affiliations.<\/p>\n\n\n\n<p>Le p\u00e8re, incarn\u00e9 superbement par Jean-Yves Ruf, avec ses fragilit\u00e9s et (in)certitudes, ses mani\u00e8res autoritaires parfois, exprime dans des instants d\u2019un lyrisme \u00e9mouvant son amour pour ses enfants, les personnes qui ont su transformer, alors qu\u2019il s\u2019y attendait le moins, sa g\u00e9ographie interne \u00ab&nbsp;en creusant des vall\u00e9es et \u00e9rigeant des montagnes l\u00e0 o\u00f9 il n\u2019y avait que de la boue auparavant&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>En livrant de multiples versions et interpr\u00e9tations des faits par chaque protagoniste \u2013 que s\u2019est-il vraiment pass\u00e9 dans la voiture o\u00f9 les deux jeunes enfants \u00e9taient enferm\u00e9s en attendant leur p\u00e8re, au moment du d\u00e9part (d\u00e9finitif&nbsp;?) de leur m\u00e8re&nbsp;? \u2013 le spectacle invite le public \u00e0 construire sa propre narration de l\u2019histoire de cette famille, mais surtout \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur le dispositif identitaire de la m\u00e9moire dont l\u2019entourage familial est l\u2019origine, le t\u00e9moin et le garant. Cette interaction avec le public est prolong\u00e9e \u00e0 l\u2019aide de deux questionnaires, portant sur l\u2019\u00e9tat \u00e9motionnel des spectateurs, sur leur appr\u00e9ciation des personnages et sur la restitution des images et des faits retenus, \u00e0 remplir l\u2019un avant et l\u2019autre apr\u00e8s le spectacle. Le th\u00e9\u00e2tre se transforme ainsi en une sorte de \u00ab&nbsp;laboratoire d\u2019\u00e9tude&nbsp;\u00bb avec pour but de contribuer \u00e0 la recherche scientifique sur les ph\u00e9nom\u00e8nes de la m\u00e9moire. Le public de la Grange s\u2019est majoritairement engag\u00e9 dans cette exp\u00e9rience \u00e0 la fois th\u00e9\u00e2trale et scientifique, tout en continuant les discussions suscit\u00e9es par la repr\u00e9sentation. Un spectacle \u00e0 voir dans le partage, qui donne \u00e0 sentir que sa seule m\u00e9moire, sa seule interpr\u00e9tation n\u2019est pas suffisante, que cette multiplication des points de vue en exige autant du public et qu\u2019une compr\u00e9hension \u00e0 peu pr\u00e8s fiable ne peut \u00e9merger que dans l\u2019infiabilit\u00e9 \u00e0 plusieurs.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>28 f\u00e9vrier 2025<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/petya-ivanova\/\">Petya Ivanova<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>28 f\u00e9vrier 2025<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/loris-ferrari\/\">Loris Ferrari<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Fonctionnement artificiel, dysfonctionnement r\u00e9el<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"943\" height=\"629\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/03\/A-cinq-ans_couverture.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-22896\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/03\/A-cinq-ans_couverture.png 943w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/03\/A-cinq-ans_couverture-300x200.png 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/03\/A-cinq-ans_couverture-250x167.png 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2025\/03\/A-cinq-ans_couverture-768x512.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 943px) 100vw, 943px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Fabrice Ducrest &#8211; UNIL<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Issu d\u2019une nouvelle collaboration entre Anouk Werro et M\u00e9lissa Rouvinet, <\/em>\u00c0 5 ans j\u2019ai oubli\u00e9 le fran\u00e7ais<em> confronte dans un espace clos les souvenirs vrais ou faux de trois personnages (un p\u00e8re, son fils et sa fille). Quel est le fictif ? Quel est le r\u00e9el ? Ces deux notions se rencontrent, se touchent et s\u2019emm\u00ealent, parfois avec violence, parfois avec douceur. Le spectacle vient chercher ceux qui y assistent et les oblige \u00e0 s\u2019interroger sur la v\u00e9rit\u00e9 des diff\u00e9rents r\u00e9cits, ainsi que sur les v\u00e9ritables enjeux des dialogues entre les protagonistes. Avec l\u2019intervention dans le processus de cr\u00e9ation de Delphine Preissmann, chercheuse en psychologie cognitive et Nathalie Dongois, chercheuse en droit p\u00e9nal.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Un long trajet en voiture pour r\u00e9cup\u00e9rer une vieille armoire et l\u2019amener \u00e0 Baba (la grand-m\u00e8re). Cette intrigue, d\u2019apparence simple, r\u00e9unit Guy, ainsi que ses deux enfants Gabrielle et Guillaume, dans un plongeon vers les souvenirs de leurs vies. Les spectateurs assistent au d\u00e9ballage des souvenirs personnels de chacun, qu\u2019ils soient approuv\u00e9s ou contredits par les autres. Tout tourne principalement autour de l\u2019enfance des personnages et d\u2019un braquage s\u2019\u00e9tant d\u00e9roul\u00e9 sous leurs yeux. Les dialogues, pourtant ordinaires, r\u00e9v\u00e8lent un sous-texte profond, habit\u00e9 par la souffrance, la joie, la tristesse, la col\u00e8re et la violence. Ceux-ci laissent \u00e9clater toutes leurs \u00e9motions li\u00e9es \u00e0 leurs souvenirs. Chacun a sa version des faits et chaque souvenir racont\u00e9 \u00e9volue : des \u00e9l\u00e9ments s\u2019ajoutent, s\u2019enl\u00e8vent ou se modifient, jusqu\u2019\u00e0 ce que m\u00eame celui qui le raconte se contredise. Chacun semble avoir des blessures cach\u00e9es li\u00e9es \u00e0 l\u2019enfance et des secrets sur sa vie pr\u00e9sente, dont un seul est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 : Gabrielle est enceinte.<\/p>\n\n\n\n<p>La sc\u00e9nographie r\u00e9alis\u00e9e par M\u00e9lissa Rouvinet recr\u00e9e l\u2019espace de la voiture par l\u2019assemblage de diff\u00e9rents blocs blancs entour\u00e9s d\u2019un d\u00e9cor nu compos\u00e9 de couleurs froides et neutres. Tout est fait pour que le regard et l\u2019attention soient focalis\u00e9s sur les com\u00e9diens et particuli\u00e8rement sur leurs dialogues. Le travail sur la lumi\u00e8re et le son permet de captiver l\u2019attention des spectateurs sur le voyage dont ils sont les t\u00e9moins.<\/p>\n\n\n\n<p>Au fil du spectacle, le r\u00e9el que chaque personnage souhaite retrouver dans ses souvenirs vient se confronter au fictionnel. En effet, les spectateurs peuvent choisir de croire ou non ce qui est racont\u00e9. Mais le doute perdure et est omnipr\u00e9sent : est-il vraiment possible d\u2019avoir la v\u00e9rit\u00e9 sur le pass\u00e9 ? Il semble que non. C\u2019est du moins ce que laisse entendre ce spectacle. Pourtant, une chose est bien r\u00e9elle : l\u2019instant pr\u00e9sent v\u00e9cu par les protagonistes, ce moment partag\u00e9 dans une voiture, le temps de trois jours. La r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est le voyage, du point de d\u00e9part lorsque Guy et Gabrielle prennent Guillaume, \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e chez Baba. Lorsqu\u2019ils ne sont pas plong\u00e9s dans le pass\u00e9 qui devient une sorte de fiction, la discussion est plus coh\u00e9rente, plus suivie et les spectateurs d\u00e9couvrent derri\u00e8re l\u2019apparence artificielle d\u2019une famille fonctionnelle et \u00ab heureuse \u00bb une famille d\u00e9chir\u00e9e, dysfonctionnelle et ab\u00eem\u00e9e par l\u2019enfance douloureuse de chacun.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque Guy, Gabrielle et Guillaume laissent \u00e9clater leurs \u00e9motions, la sc\u00e8ne devient plus r\u00e9elle et sinc\u00e8re, \u00e0 travers des sourires doux, des sc\u00e8nes de col\u00e8re, des vers d\u00e9clam\u00e9s et des moments sans paroles avec simplement de la musique en fond. Ces trois individus, \u00e9tant incapables de communiquer entre eux par la parole, le font de cette mani\u00e8re, progressivement, \u00e0 mesure que le voyage en voiture les rapproche de leur destination. Leur proximit\u00e9 physique leur permet de se d\u00e9couvrir, de finalement se rapprocher et de mettre de l\u2019ordre dans certains souvenirs communs. Les spectateurs d\u00e9couvrent, presque en m\u00eame temps que les personnages, les souffrances et les violences qu\u2019ils ont subies durant leur enfance, mais sans jamais qu\u2019elles ne soient exprim\u00e9es frontalement. Influenc\u00e9s par leur propre exp\u00e9rience de la vie, ils projettent toutes sortes d\u2019hypoth\u00e8ses sur ce qui a \u00e9t\u00e9 v\u00e9cu par cette famille. Ils sont ainsi renvoy\u00e9s \u00e0 leur propre imagination et \u00e0 son impact sur la m\u00e9moire.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>28 f\u00e9vrier 2025<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/loris-ferrari\/\">Loris Ferrari<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.grange-unil.ch\/evenement\/a-5-ans-jai-oublie-le-francais\/\">Voir la page du spectacle <\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Conception et mise en sc\u00e8ne par Anouk Werro et M\u00e9lissa Rouvinet \/ \u00a0La Grange &#8211; Centre \/ Arts et Science \/ UNIL  \/ Du 25 f\u00e9vrier au 2 mars 2025 \/ Critiques par Petya Ivanova et Loris Ferrari .<\/p>\n","protected":false},"author":1002847,"featured_media":22896,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,5,38],"tags":[303,312],"class_list":["post-22894","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-la-grange","category-spectacle","tag-loris-ferrari","tag-petya-ivanova"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/22894","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002847"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=22894"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/22894\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":22986,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/22894\/revisions\/22986"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/22896"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=22894"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=22894"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=22894"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}