{"id":21231,"date":"2024-12-09T17:44:59","date_gmt":"2024-12-09T16:44:59","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=21231"},"modified":"2025-03-31T15:14:59","modified_gmt":"2025-03-31T13:14:59","slug":"le-spectacle-qui-ecoute-enfin-la-parole-des-enfants","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2024\/12\/le-spectacle-qui-ecoute-enfin-la-parole-des-enfants\/","title":{"rendered":"Le spectacle qui \u00e9coute enfin la parole des enfants"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Le spectacle qui \u00e9coute enfin la parole des enfants<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Conception et mise en sc\u00e8ne par Lola Giouse \/ Du 6 au 15 d\u00e9cembre 2024 \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy (Lausanne) \/ Critique par Lucie Ortet . <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>6 d\u00e9cembre 2024<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/lucie-ortet\/\">Lucie Ortet<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Immersion dans le silence d\u2019une enfant<\/strong><\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/12\/parole-aux-enfants_couverture.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-21234\" style=\"width:300px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Claudia Ndebele<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Lola Giouse met en sc\u00e8ne une jeune fille qui renonce \u00e0 la parole comme acte de r\u00e9bellion contre ses parents. Quand la voix n\u2019est pas assez forte, le silence peut prendre encore plus de place : une le\u00e7on d\u2019humilit\u00e9 dans un dispositif immersif o\u00f9 les com\u00e9diens et com\u00e9diennes interagissent directement avec les spectateurs.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le spectacle commence d\u00e8s que les spectateurs passent la porte de la salle. Pendant que chacun s\u2019assoit, les trois personnages, Eva, Xavier et Alex, s\u2019assurent que le d\u00e9cor est bien plac\u00e9 et que les gens s\u2019installent sans souci. Alex, dans sa robe noire, chic et paillet\u00e9e, monte sur une grande \u00e9chelle et revisse une ampoule. Des lumi\u00e8res sont gliss\u00e9es \u00e0 l\u2019avant-sc\u00e8ne par Xavier dans son costume avec cravate. Eva, dans un joli tutu rose, essaie en vain d\u2019aider Xavier et Alex \u00e0 r\u00e9ajuster le cadre portant le titre du spectacle, qui restera bancal. La salle enti\u00e8re reste illumin\u00e9e pendant tout le spectacle.<\/p>\n\n\n\n<p>Les deux adultes, bien que cela ne soit jamais explicit\u00e9, se comportent comme les parents d\u2019Eva. Ils l\u2019encouragent, la grondent, veulent lui apprendre et lui transmettre ce qu\u2019ils savent et ce qu\u2019ils ont eux-m\u00eames appris de la vie. Le sch\u00e9ma d\u2019un homme et d\u2019une femme v\u00e9hicule une id\u00e9e traditionnelle du mod\u00e8le de la famille. Le spectacle prend son \u00e9lan alors que ces parents, tr\u00e8s fiers, pr\u00e9sentent la jeune fille aux spectateurs. Il s\u2019agit de lui donner la parole pour qu\u2019elle s\u2019exprime aux oreilles de tous. Mais comme un avion qui n\u2019arrive pas \u00e0 s\u2019envoler de la piste de d\u00e9collage, \u00e0 force de la pr\u00e9senter et de contextualiser son discours, ils ne l\u2019\u00e9coutent pas et ne font que lui couper la parole. Les spectateurs participent activement \u00e0 cet affront en se pr\u00eatant \u00e0 la demande de taper sur leurs genoux pour figurer les roulements de tambours cens\u00e9s pr\u00e9c\u00e9der cette prise de parole. D\u00e8s cet instant, Eva annonce clairement \u00e0 tout le monde qu\u2019elle ne veut plus parler.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9cor du spectacle est \u00e9pur\u00e9 et minimaliste. Outre le cadre portant le titre du spectacle, de petites lumi\u00e8res entourent la salle enti\u00e8rement et un petit escabeau est dispos\u00e9 derni\u00e8re un micro \u00e0 l\u2019attention d\u2019Eva. Cette sc\u00e9nographie simple ouvre l\u2019imagination du public. Par leurs seuls discours, Alex et Xavier plongent les spectateurs dans un monde sous-marin. Les adultes et les enfants de la salle participent \u00e0 cet acte imaginatif et se transforment en animaux marins. Certains font des imitations de poisson avec leurs bouches.<\/p>\n\n\n\n<p>Le spectacle peut \u00eatre caract\u00e9ris\u00e9 comme immersif car l\u2019espace de la salle n\u2019est pas dissoci\u00e9 de l\u2019espace de la fiction. Les spectateurs se retrouvent au centre de l\u2019action et le dispositif du th\u00e9\u00e2tre devient transparent, comme si ce qui se d\u00e9roule sur sc\u00e8ne \u00e9tait de l\u2019ordre du r\u00e9el. Parce que le quatri\u00e8me mur est compl\u00e8tement dissout, la fronti\u00e8re entre personnage et com\u00e9dien devient fine. Alex et Xavier utilisent les r\u00e9actions du public pour enrichir leur jeu. L\u2019effort d\u2019int\u00e9grer les spectateurs dans la di\u00e9g\u00e8se est constant. Par des contacts physiques, des questions, des regards directs, des invitations \u00e0 chanter, ceux-ci deviennent des personnages \u00e0 part enti\u00e8re. La situation initiale de l\u2019histoire, qui rel\u00e8ve du quotidien, suscite en outre l\u2019empathie.<\/p>\n\n\n\n<p>La fin du spectacle, particuli\u00e8rement amusante, produit le summum de l\u2019exp\u00e9rience immersive, apr\u00e8s qu\u2019Eva a chass\u00e9 tous les adultes de la salle. Il est tr\u00e8s \u00e9tonnant pour les spectateurs de se voir mettre \u00e0 la porte. Les enfants restent seuls et les adultes se retrouvent enferm\u00e9s dehors avec les com\u00e9diens. Le jeu continue dans le foyer et alors que l\u2019espace di\u00e9g\u00e9tique s\u2019ancre encore davantage dans un espace r\u00e9el, l\u2019effet de questionnement sur l\u2019exp\u00e9rience des enfants est plus vive que jamais.<\/p>\n\n\n\n<p>Il demeure cependant un espace d\u2019incertitude sur cette exp\u00e9rience. Il est \u00e9vident que les enfants veulent s\u2019exprimer et que les parents doivent apprendre \u00e0 les \u00e9couter pour entendre leur voix. Cependant, au lieu de proposer une v\u00e9ritable solution, le spectacle substitue une dynamique de pouvoir \u00e0 une autre, sans que l\u2019une ne soit plus justifi\u00e9e que l\u2019autre. L\u2019enfant se responsabilise toute seule. Toujours dans le s\u00e9rieux, elle indique aux spectateurs adultes o\u00f9 s\u2019asseoir quand ils reviennent. Elle fait un sermon \u00e0 toute la salle, inversant les rapports de pouvoir et devenant elle-m\u00eame le parent. A l\u2019inverse, ses parents endossent le r\u00f4le d\u2019enfants, \u00e9coutant sans oser dire un mot. Face \u00e0 une enfant responsable qui poss\u00e8de un comportement d\u2019adulte, on se retrouve donc devant des parents essayant de renouer avec leur propre enfance dans un comportement usuellement associ\u00e9 aux enfants.<\/p>\n\n\n\n<p>Le message sur l\u2019importance de l\u2019\u00e9coute reste toutefois amen\u00e9 avec humour et \u00e9tonnement, questionnant avec finesse la relation entre les adultes et les enfants &nbsp;: certains silences en disent plus que tous les mots du monde.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>6 d\u00e9cembre 2024<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/lucie-ortet\/\">Lucie Ortet<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.vidy.ch\/fr\/evenement\/le-spectacle-qui-ecoute-enfin-la-parole-des-enfants\/\">Voir la page du spectacle <\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Conception et mise en sc\u00e8ne par Lola Giouse \/ Du 6 au 15 d\u00e9cembre 2024 \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy (Lausanne) \/ Critique par Lucie Ortet .<\/p>\n","protected":false},"author":1002847,"featured_media":21234,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,2],"tags":[304],"class_list":["post-21231","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-de-vidy","tag-lucie-ortet"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/21231","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002847"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=21231"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/21231\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":23070,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/21231\/revisions\/23070"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/21234"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=21231"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=21231"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=21231"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}